Chapitre 281
« Un concert… »
Jeong Seongbin murmura ces mots dans sa barbe. Ils lui avaient visiblement échappé sans qu’il s’en rende compte.
« Déjà un concert ? Même si on sort un album complet au premier semestre, est-ce qu’on a assez de chansons ? »
Cela dit, si on incluait des unités et des reprises, on pourrait probablement monter une setlist correcte.
Mais à notre époque d’inflation galopante, où les places de concert dépassent les 100 000 wons, je ne voulais pas proposer un spectacle qui n’en avait que l’apparence. Si on fait payer les gens, autant que ça en vaille la peine, non ?
En d’autres termes, ça signifiait que je pouvais faire une croix sur ma vie cette année et me contenter de bosser. Les gens disent qu’après une année de galère, la suivante est plus facile, mais elle arrive quand, cette fameuse année facile ?
« Heureusement que UA a l’habitude d’organiser des concerts solos. »
C’était peut-être leur premier concert en tant qu’idoles, mais UA en avait déjà produit un paquet. Certains étaient même de très grande envergure. C’est normal, leurs artistes enchaînaient les performances et les tournées.
Qu’est-ce qui se serait passé si UA avait parlé de concert sans jamais en avoir fait auparavant ?
Si ça avait été le cas, je n’aurais pas fermé ma gueule. Même si ça devait me coûter un double saignement de nez, je me serais fait voir en train de passer mes nuits au bureau, histoire de mettre tous les employés et les cadres mal à l’aise.
Bref, c’était un soulagement de ne pas avoir à gérer le son et la logistique. Les compétences techniques en place n’allaient pas s’évaporer soudainement juste parce que c’était au tour de Spark.
Mais quelque chose clochait. Le Système ne donnait pas habituellement un truc aussi gros en guise de KPI ?
Je parie sur l’une des deux options suivantes : soit on allait m’assigner une tâche encore plus exigeante qu’un concert, soit un incident majeur allait survenir pour rendre le concert impossible. Si de toute façon rien ne devait être simple, autant choisir la première option.
« L’année va être rude. »
L’avenir semblait sombre. Aussi morne que lorsque je venais tout juste de devenir assistant manager.
J’ai jeté un œil à Jeong Seongbin, assis à côté de moi. Il écoutait attentivement les explications de Mme Jukyung en hochant la tête.
Enfin, avoir cinq collègues, ça compte forcément pour quelque chose. C’est la pensée qui m’est venue.
* * *
Jusqu’à la mi-janvier, le dortoir de Spark était sous tension.
À cause des examens d’entrée à l’université de Jeong Seongbin et Park Joowoo, qui commençaient début janvier, une campagne de protection des cordes vocales des deux chanteurs principaux a été menée jusqu’au jour de leurs épreuves pratiques.
« C’est vraiment pas nécessaire. »
« Hé, c’est une période importante, on doit vous aider ! »
Même si Lee Cheonghyeon, qui leur avait ordonné de reposer leur voix en dehors des répétitions, est revenu du studio à l’aube le lendemain en déclenchant la fureur de Jeong Seongbin, les autres membres ont fait de leur mieux pour ne pas contrarier les candidats.
Résultat…
« Vous avez l’air heureux ? »
…Spark a pu voir les deux revenir au dortoir avec des visages radieux.
En plus de ça, après avoir tourné du contenu auto-produit pour le Nouvel An lunaire et assisté à un événement Indenia, les vacances approchaient à grands pas. Juste avant la pause, Spark a enfin obtenu des vacances bien méritées.
J’étais prêt à manifester devant le bâtiment de UA s’ils ne nous accordaient pas de congés. Heureusement, on n’en est pas arrivés là.
« On se repose deux semaines ? D’affilée ? »
« Vous n’avez pas eu beaucoup de longues pauses, n’est-ce pas ? Même pendant les périodes d’inactivité, vous bossiez presque tout le temps. »
À ces mots du manager Chanyoung, Lee Cheonghyeon était ému.
Le gars avait déjà compris la mentalité précieuse d’un employé de bureau en vacances. Quand on est étudiant, même un mois de pause semble court, mais quand on est un adulte qui travaille, enchaîner quatre jours de week-end ressemble à un miracle.
Après l’annonce officielle des vacances, on a pris le temps de discuter de la manière dont on allait les passer. Choi Jeho, Jeong Seongbin et Kang Kiyeon ont décidé de rentrer dans leurs familles, comme toujours.
« Et toi, Joowoo hyung ? Tu vas à Daejeon ? »
« Probablement… ? »
« Et toi, Iwol hyung ? »
Lee Cheonghyeon m’a demandé. Quand j’ai dit que je pensais rester au dortoir, un boucan pas possible a éclaté de tous les côtés. Même le manager s’y est mis, et j’en avais les oreilles qui sifflaient.
« Iwol, tu veux venir chez moi ? »
Finalement, le manager Chanyoung a suggéré que je l’accompagne. Bien qu’il ait retiré son offre, disant qu’il serait trop inquiet pour moi pendant les trajets.
« Je ne suis pas un gosse. »
C’était un peu absurde, mais je suis resté silencieux, pensant que c’était une réaction normale pour ces types qui avaient installé une sonnette d’infirmière dans le dortoir.
« Je devrais rester ici, moi aussi ? »
« Pourquoi tu n’y vas pas cette fois ? Ça fait presque un an que Cheonghyeon n’est pas rentré chez lui. »
« Ils n’arrêtent pas de m’appeler pour me demander quand je rentre… »
À la remarque de Jeong Seongbin, Lee Cheonghyeon a fait claquer sa langue.
« Si tu ne veux vraiment pas y aller, tu n’es pas obligé de te forcer. Mais ne reste pas ici juste à cause de moi. »
« Hyung, tais-toi un peu. »
Lee Cheonghyeon m’a rembarré violemment. Il avait l’air assez irrité, alors j’ai décidé de la fermer pour le moment.
Alors que les idées fusaient — moi allant chez Jeong Seongbin, Jeong Seongbin restant au dortoir à ma place, ou moi partant chez Kang Kiyeon — quelqu’un a levé la main.
« Euh… »
Park Joowoo a hésité avant d’ouvrir la bouche.
« Hyung, tu veux venir chez ma tante avec moi ? »
Et avant même que je m’en rende compte, on était à Daejeon. Là où vivait la famille de la tante de Park Joowoo.
* * *
C’est le manager Daeyeon qui conduisait.
J’avais dit que je regarderais pour les trains, mais il a insisté en disant qu’il devait travailler de toute façon, étant donné que c’était un jour de semaine, et il est revenu avec l’autorisation de l’entreprise. Voulant exprimer ma gratitude, je lui ai offert tous les snacks que j’ai pu trouver à l’aire de repos.
J’ai eu droit aux détails sur la maison de la tante de Park Joowoo juste après que la voiture a quitté l’aire de repos. Park Joowoo, qui s’était installé à l’arrière pour manger des petites pommes de terre, m’a raconté diverses histoires.
« J’ai… vécu chez ma tante pendant longtemps. Donc, si je ne suis pas au dortoir, je vais généralement chez elle pendant les vacances. Ma tante et mon oncle sont là-bas… Je ne sais pas si mon hyung et ma noona seront là. Ils aiment sortir et s’amuser. …Ils sont tous les deux plus vieux que toi, hyung. »
Les « détails » étaient un peu biaisés par l’expérience personnelle de Park Joowoo, mais je ne pouvais pas en savoir plus. Pourquoi il avait vécu chez sa tante, depuis quand… Les histoires de famille, c’est souvent comme ça.
J’ai aussi appris que la tante de Park Joowoo lui avait ordonné de m’emmener la prochaine fois qu’il aurait des vacances.
Pourquoi, au juste ? Est-ce que j’allais enfin vivre le fameux « Je ne peux pas supporter de voir mon Joowoo dans la même équipe qu’un type comme toi, même si je devais en crever ! » que je n’avais pas eu de la part de la mère de Jeong Seongbin ? Si je suppliais sa tante d’être clémente, elle le serait ? D’après ce que j’avais entendu au téléphone la dernière fois, elle semblait être quelqu’un de gentil.
Toutes sortes de pensées me traversaient l’esprit. Mais je me suis dit que ça ne changerait rien, alors j’ai arrêté de réfléchir au moment où on a passé le péage.
Mon supérieur, le très vénérable Jeong Seongbin, avait dit que j’avais une personnalité qui se faisait aimer partout où j’allais, alors je n’avais pas d’autre choix que de le croire.
« Les autres membres sont déjà allés chez ta tante ? »
« Seulement Seongbin. Il y a longtemps, quand j’ai décidé de devenir idole… »
« …Ne me dis pas qu’il est allé dire : "S’il vous plaît, donnez Joowoo à notre équipe !" ? »
Un petit rire s’est fait entendre depuis le siège conducteur. Pourquoi tu ris ? Je suis sérieux.
« C’était… pas exactement comme ça, je crois. »
Génial. Maintenant, je passe pour un accro aux feuilletons dramatiques.
« Comment ils ont réagi quand tu leur as dit que tu voulais devenir idole ? »
« Ils étaient heureux… mais aussi très inquiets. Ils se demandaient si un gosse timide comme moi pouvait devenir idole. »
Park Joowoo a souri maladroitement.
Ils n’avaient pas tort. S’il n’avait pas travaillé comme un acharné pendant sa période de stagiaire, Park Joowoo aurait traversé beaucoup de difficultés. Tout comme par le passé.
« Ils ont dû être surpris de voir que tu t’en sortais si bien, non ? »
« Ouais. À chaque fois que j’appelle, ils me demandent comment une personne peut changer autant… »
Park Joowoo a souri. C’était un sourire différent de d’habitude. Un sourire clairement gêné, mais heureux.
Il a dit que toute sa famille avait regardé le quiz auquel Park Joowoo avait récemment participé avec Lee Cheonghyeon. Il m’a montré une photo qu’il avait reçue à l’époque, où l’on voyait la famille de sa tante réunie devant la télé du salon.
Park Joowoo avait été impressionnant dans cette émission. Il avait deviné les concentrations en sel dans l’ordre, localisé des câbles juste au son du courant (probablement à cause d’une mauvaise mise à la terre sur le plateau).
Surtout quand il réfléchissait à quel chemin prendre pour attraper le monstre PNJ alors qu’il restait peu de temps…
« Cheonghyeon, …combien de points ils ont dit qu’on gagne pour un monstre ? »
« Le violet est le plus élevé, à 100 points. »
« Alors… courons par là. »
…il avait montré sa capacité à retrouver un monstre qui s’était enfui grâce à l’odeur d’adoucissant imprégnée dans son costume.
Le voir gagner en attrapant le monstre le plus difficile que personne d’autre ne pouvait trouver était vraiment émouvant. Sa famille a dû être fière.
Attends une minute. Dans ce cas, n’aurait-il pas mieux valu qu’il amène Lee Cheonghyeon ?
J’ai brièvement essayé de me rappeler la dernière émission que j’avais faite avec Park Joowoo. Malheureusement, c’était le contenu auto-produit sur l’échange de colocataires.
Maintenant, je devais rencontrer ses proches alors que tout le pays me voyait comme un maniaque du contrôle autoritaire. Le siège de la voiture neuve ressemblait à un lit de clous.
* * *
Le manager Daeyeon nous a déposés à l’entrée de l’appartement et est reparti comme une flèche. On lui a forcé la main pour qu’il accepte un coffret de miel local qu’on avait préparé à l’avance avant de lui dire au revoir. J’avais entendu dire que le cadeau de vacances de UA était un coffret de jambon, alors on avait préparé quelque chose de différent pour le manager.
Avec le coffret de miel pour sa tante dans une main et tenant la main de Park Joowoo de l’autre, j’ai dit avec une expression solennelle :
« Si on me jette de l’eau au visage, tu devras m’apporter une serviette. Compris ? »
« Hein… ? »
Park Joowoo avait une tête qui disait : « De quoi tu parles ? »
Espèce d’innocent. Toi aussi, tu devras lire le premier volume de « Kingdom Another » quand tu rentreras au dortoir.
« Oh là là ! Iwol, ravi de te rencontrer ! Je suis la tante de Joowoo ! »
« Oui, bonjour tante ! Enchanté… »
« Mon Dieu, tu es bien plus beau qu’à la télé. »
L’incident malheureux de se faire asperger d’eau n’a pas eu lieu. Au lieu de ça, j’ai reçu un accueil chaleureux de sa tante.
« Pourquoi tu n’es pas venu avec lui la dernière fois ? »
« Haha, j’étais allé à Busan avec Cheonghyeon. »
« Busan, c’est sympa. Vous avez bien vu la mer ? Vous savez, vous auriez pu venir tous les trois la prochaine fois. Pas vrai, Joowoo ? »
Sa tante nous a dit de poser nos sacs et s’est dirigée vers la chambre, portant nos affaires l’une après l’autre.
À ce moment-là, quelqu’un a couru devant moi, créant un courant d’air.
Quand j’ai tourné la tête, Park Joowoo était en train de se faire serrer dans les bras par une jeune femme.
« Aigoo, c’est pas notre maknae, qu’on voit si rarement ! »
« Bonjour… »
« Joowoo, tes bras sont devenus si fermes ? Tu fais du sport ? »
« Ouais… »
« Dire qu’un bébé a autant grandi et qu’il fait du sport… le temps passe vraiment trop vite. »
Mes yeux ont croisé ceux de la femme qui se lamentait sincèrement. Elle devait être la cousine dont il m’avait parlé.
J’avais entendu dire qu’elle travaillait aussi ? Au moment où nos regards se sont croisés, on a immédiatement enfilé nos masques sociaux.
« Bonjour, je suis Kim Iwol, du même groupe que Joowoo ! »
« Oh mon Dieu, c’est vrai. J’avais entendu dire que vous veniez ensemble, mais j’ai complètement oublié et je vous ai montré dans un état pas possible ! »
Et puis on s’est serré la main. Ce n’était pas le genre de salutation qu’une noona en pyjama et quelqu’un en tenue décontractée échangeraient normalement, mais en tout cas, je n’ai probablement pas laissé une mauvaise première impression.
Plus que deux membres de la famille à rencontrer. Et je n’ai qu’une seule vie.
Même si leur gentillesse était diluée comme trois litres d’eau, j’espérais juste qu’ils ne me verraient pas comme le mauvais hyung qui entraîne Joowoo dans les ennuis.