Chapitre 115
« Qu’est-ce qui s’est passé, bordel ? »
Ravena sortit d’une faille spatiale et contempla le cratère qui balafrait le sol de la salle d’entraînement.
Au bout d’un instant, son regard se posa sur Valerian. L’espace d’une fraction de seconde, son expression détachée se mua en stupeur, puis redevint impassible.
« Tu as changé, mais c’est bizarre. »
« Haha. »
Sylas éclata de rire devant sa réaction, ce qui lui valut un regard agacé de Ravena.
« Ah oui, toi aussi, tu es là. »
« Ne sois pas comme ça, Ravi, tu me brises le cœur. »
Feignant d’avoir le cœur transpercé, Sylas chancela en arrière.
*« Ravi ? »*
Valerian était plus que curieux de savoir pourquoi Sylas lui parlait avec tant de familiarité et pourquoi Ravena ne réagissait même pas à ce surnom, mais il ne voulait pas non plus se mêler des affaires de ces deux demi-dieux. Il laissa donc tomber.
« Maître, on peut faire un combat d’entraînement ? Je veux tester ma force. »
Valerian se tourna vers Ravena, qui l’examina d’un œil scrutateur avant d’acquiescer.
« D’accord, mais habille-toi d’abord. »
Valerian baissa les yeux vers lui-même. Son corps était encore couvert par les ténèbres qu’il avait invoquées, mais il se sentait tout de même assez exposé. Il obtempéra, sortit de la salle d’entraînement et laissa les deux autres derrière lui.
À peine fut-il parti que Ravena se tourna vers Sylas, l’air interrogateur.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi sa présence est-elle si différente ? »
Sylas se retourna et jeta un regard par-dessus son épaule.
« Hmm, serait-ce de l’inquiétude que je perçois chez toi, chère élève ? J’aimerais pouvoir prendre une photo et la vendre. »
Sans répondre à ses taquineries, Ravena le fixa d’un regard exigeant. La malice dans les yeux de Sylas s’évanouit à son tour et il détourna le regard.
« Tu as de la chance, Ravi. Nous avons assisté à la naissance d’un dieu. Enfin, pas tout à fait à sa naissance. »
Ravena fixa l’arrière du crâne de Sylas. Elle connaissait l’elfe depuis très, très longtemps, et jamais elle ne l’avait vu aussi sérieux.
Elle baissa les yeux vers ses mains, marquées par des siècles de guerre et de carnage, qui y avaient laissé des cicatrices si profondes que même son corps ne pouvait les guérir.
*« Un dieu… »*
Le silence fut rompu par Valerian, qui revint dans la salle d’entraînement vêtu de son Uniforme de combat de pointe.
Pour une raison ou une autre, la fenêtre étoilée sur sa ceinture semblait plus lumineuse et plus vivante. Sa simple présence attirait le monde autour de lui. L’attraction était subtile, mais pour des êtres comme eux, impossible à manquer.
« C’est quoi, cette ambiance lugubre ? »
Ravena ne répondit pas, mais Sylas s’approcha de Valerian et passa un bras autour de ses épaules.
« Tu ferais mieux de lui montrer un peu de respect, à cette gamine. Elle m’a ignoré tout le temps que tu étais parti ! »
*« Qu’est-ce que tu racontes, avec ton histoire de respect ? Et qui est-ce que tu traites de gamine ? »*
Sans prêter attention aux remarques de Sylas, Valerian regarda Ravena, qui avait déjà ouvert une faille vers l’espace d’entraînement blanc. Sylas claqua des doigts et la faille se referma aussitôt.
« Et si vous évitiez de vous battre dans un endroit aussi exigu ? »
D’un nouveau claquement de doigts, Sylas et Ravena furent transportés hors de la salle d’entraînement du dortoir de Valerian.
Ils réapparurent sur un sol terreux, au milieu des arbres.
« Où est-ce qu’on est ? »
Valerian regarda autour de lui, sans grand résultat : tous les arbres culminaient à plusieurs dizaines de mètres et il ne voyait rien au-delà. Même sa Perception spatiale ne détectait aucun repère dans les environs, seulement d’autres arbres.
« C’est une propriété qui m’appartient. Enfin, on me l’a offerte, mais je ne me souviens plus par qui. Je crois que c’était un Roi… »
Enfin, Sylas lâcha l’épaule de Valerian, s’approcha de Ravena et lui murmura quelque chose à l’oreille, hors de portée de Valerian.
« D’accord ! »
Sylas se retourna et frappa dans ses mains, le visage rayonnant d’un sourire éclatant qui ne collait pas du tout à ses paroles.
« Valerian, je veux que tu te donnes à fond ! Utilise tout ce que tu as et essaie de tuer Ravi ! »
Valerian regarda Sylas d’un air impassible. Bien sûr, il savait qu’il ne pourrait pas tuer Ravena. Même avec son Domaine, il n’était pas sûr de pouvoir lui faire quoi que ce soit.
Pourtant, l’entendre dire ça avec un sourire aussi joyeux était franchement bizarre.
Mais qu’y pouvait-il ? Il se mit en garde. Il n’avait pas d’arme sous la main, puisque Twilight n’était pas terminée.
En voyant Valerian se préparer, Sylas sourit de toutes ses dents et disparut, les laissant seuls, Ravena et lui.
« Valerian, je dois dire… »
« J’ai hâte. Montrez-moi ce que vous savez faire. »
Valerian acquiesça et engagea le combat.
Il fit circuler son Mana divin dans tout son corps. Il sentait qu’il en avait moins qu’avant, mais sa qualité compensait largement cette différence.
La [Foudre du Vide] crépita autour de ses bras. Il serra le poing : un immense éclair s’abattit du ciel comme le courroux d’un dieu, droit sur Ravena. Lorsqu’il la frappa, les arbres alentour furent pulvérisés et réduits à néant d’un seul coup.
L’onde de choc provoquée par l’éclair parcourut encore deux kilomètres, déracinant toujours plus d’arbres.
En un instant, une zone de trois kilomètres fut dévastée : une couronne de deux kilomètres avait été ravagée par l’onde de choc, et un cratère d’un kilomètre de profondeur s’ouvrait au centre, à l’endroit même où se tenait Ravena.
*« Putain de merde, je m’attendais à quelque chose de puissant, mais là… »*
Avant l’impact, Valerian s’était téléporté. À présent, il contemplait d’en haut les ravages causés par cette unique attaque.
Pourtant, même si l’assaut alimenté par son Mana divin était puissant, il savait que cela ne suffirait pas à tuer Ravena. Et il eut raison : dès que la poussière soulevée par l’explosion retomba, Ravena flottait exactement là où elle se trouvait auparavant. Pas un seul cheveu n’avait bougé.
*« Putain. »*
Ses yeux argent se fixèrent aussitôt sur Valerian, puis elle disparut. Son instinct lui cria de se baisser. Il obéit et se jeta presque au sol, esquivant de justesse un coup de pied qui visait sa tête.
« Tu es plus rapide. Montre-m’en davantage. »
Sa voix, d’ordinaire dépourvue d’émotion, laissait percer une pointe d’excitation. Elle engagea Valerian dans un combat au corps à corps.
Elle était manifestement plus rapide, mais se limita à une vitesse et une force comparables aux siennes tandis que leur affrontement les entraînait dans les airs.
Valerian esquiva toutes les attaques qu’il pouvait et para celles qui étaient trop rapides. Ses bras nouvellement formés étaient plus solides que jamais et ne risquaient plus de se briser sous les coups de Ravena.
Il tenta de prendre ses distances en se téléportant, mais elle ne le laissa pas faire. Elle le poursuivit aussitôt grâce à sa propre téléportation et l’empêcha de lancer librement ses sorts à longue portée.
Il activa ses [Écailles primordiales], qui protégèrent ses bras comme des gantelets. Cette capacité étant encore partiellement verrouillée, il ne pouvait pas les étendre au-delà de ses avant-bras, mais le surcroît de résistance et de dureté l’aida énormément pendant le combat.
En voyant les écailles noires se former autour de ses avant-bras, Ravena les examina avec intérêt, puis esquissa un rare sourire et accéléra le rythme. Elle le projeta dans tous les sens comme un pantin, le faisant traverser des arbres et crevant le sol sous l’onde de choc de chaque attaque.
D’un coup de pied dévastateur, elle envoya Valerian voler dans les airs. Lorsqu’il percuta le sol, son corps déracina des dizaines d’arbres. Sans perdre un instant, il se téléporta et réapparut à plus de cinq kilomètres d’elle.
Enfin, il trouva une ouverture pour lancer un sort. Il tourna les yeux vers Ravena et tendit la main. Des dizaines de disques argentés et dorés apparurent autour de lui, tous dirigés vers Ravena au loin.
À peine le sort lancé, un rayon de lumière concentrée fila vers Ravena à la vitesse de la lumière. Elle se contenta de s’incliner, de pivoter et d’esquiver chacun d’eux.
Les rayons la frôlèrent sans même toucher ses vêtements et frappèrent le sol derrière elle. La chaleur de la lumière concentrée fit fondre la terre, tandis que les impacts faisaient trembler le sol et embrasaient les arbres environnants.
*« Tu te fiches de moi. »*
Ravena croisa le regard de Valerian, et une épée apparut dans ses mains. C’était l’un des katanas qu’elle lui avait offerts pendant leur entraînement, d’un noir de jais, sans ornement ni inscription.
Pourtant, entre ses mains, la lame semblait plus meurtrière que tout ce que Valerian avait jamais vu.
Se téléportant encore plus loin, Valerian lança des salves de stalactites de glace, de rayons lumineux, d’éclairs et de lances faites des ténèbres écrasantes de l’[Horizon des événements]. Aucune ne parvint à toucher Ravena : elle les esquivait toutes ou les tranchait de son épée.
Les sorts ne l’atteignirent pas, mais la forêt alentour encaissa de plein fouet les attaques. Ce havre de verdure devint un champ de bataille en flammes, où ne régnait plus que la destruction sur des kilomètres à la ronde.
Valerian prit de nouveau ses distances et se téléporta à quelques kilomètres. Mais à peine arrivé, il fut stupéfait de découvrir Ravena juste devant lui. Plus rapide qu’il ne pouvait diriger son mana, elle l’attrapa par le visage et l’écrasa profondément dans le sol, dévastant une nouvelle portion de la forêt.