Chapitre 110
Valerian se tenait dans la cuisine de sa Chambre et préparait le thé que Seraphine et lui buvaient généralement avant qu’elle ne commence à l’examiner.
Il avait désormais pris l’habitude de ce geste, qui avait le don de l’apaiser. Entre les entraînements éprouvants de Ravena et ses séances de « recherche » avec Seraphine, préparer du thé lui changeait les idées.
Lorsqu’il eut fini, il resta un instant dans le salon, perplexe : pourquoi n’était-elle pas encore là ?
D’ordinaire, elle arrivait à peu près au moment où il terminait le thé. Puis il se rappela qu’elle avait parlé de dix minutes, et non de cinq.
Comme il avait du temps devant lui, Valerian alla s’asseoir sur le canapé et se laissa s’enfoncer dans les coussins moelleux.
Tout en se détendant, il repensa à l’entraînement du jour et aux progrès accomplis. Un seul mot lui vint pour les résumer.
« Lents. »
Depuis son arrivée à l’académie, il n’était pas devenu plus fort. Les entraînements avec Ravena lui avaient apporté un peu d’expérience, mais elle avait dit qu’ils ne commenceraient le véritable entraînement à l’épée qu’une fois qu’il aurait réussi à donner à Twilight sa forme parfaite.
D’ici là, ils se contentaient de travailler les bases et de s’affronter chaque jour avec une épée différente.
En magie, il n’avait pas davantage progressé, trop absorbé qu’il était par l’entraînement à l’épée.
Pour la plupart des gens, ne pas devenir plus fort en deux semaines n’avait rien d’étrange. Mais, pour Valerian, c’était bien en deçà de ses attentes.
Il était peut-être la personne la plus douée de tout l’univers : il ne voyait pas comment il aurait pu bénéficier de meilleurs atouts au départ.
[Enfant du Mana], [Physique du Cosmos Infini], lignée et race de [Dragon Céleste Primordial], [Briseur de Loi], sans oublier la mystérieuse [Graine de Dieu].
Il avait tant d’avantages que rester au même niveau pendant deux semaines lui donnait l’impression de ne pas exploiter pleinement son potentiel. Mais, pour être honnête, il n’avait aucune idée de la manière dont il devait progresser dans ces domaines.
Malgré toute sa puissance, son physique se trouvait toujours au [Stade infantile], et sa lignée était encore [Non éveillée]. Il ne savait ni comment l’éveiller ni comment faire progresser son physique.
Il soupçonnait son physique de mûrir naturellement avec l’âge, mais il ne pouvait pas se contenter de parier là-dessus et de rester sans rien faire. Quant à sa lignée, il existait bien des moyens de l’éveiller, mais aucun outil universel ne permettait de le faire : tout dépendait de circonstances très précises.
Or, il n’avait pas la moindre idée de ces circonstances. Il n’existait évidemment aucun document sur la lignée du [Dragon Céleste Primordial] où que ce soit à Eldoria. Il pensait pouvoir trouver des réponses sur son éveil auprès de Tiamat, mais cela lui était impossible pour le moment.
Et puis, il y avait [Briseur de Loi], sans doute l’arme la plus puissante de son arsenal.
Il comprenait les applications de base de cette compétence ; il avait même appris à voler des affinités. Mais que faire ensuite ?
La description de la compétence ne fixait aucune limite ni aucun paramètre à respecter. Face à un éventail de possibilités infini, Valerian se sentait donc un peu désemparé.
Valerie ne pouvait pas non plus l’aider. Quand il l’avait interrogée à ce sujet, elle lui avait répondu que ses connaissances étaient au même niveau que les siennes. Si sa compréhension s’approfondissait, elle découvrirait elle aussi de nouvelles façons d’utiliser son pouvoir.
Il devait trouver un moyen de devenir plus fort, et vite.
Pour une raison ou une autre, il avait le pressentiment que quelque chose de terrible se tramait et qu’il devait se dépêcher de gagner en puissance.
C’est alors qu’il sentit une présence familière entrer dans sa Chambre, mettant fin à ses réflexions.
Valerian se leva en soupirant et se dirigea vers la porte d’entrée de sa Chambre. Lorsqu’il l’ouvrit, il découvrit une scène à laquelle il ne s’attendait absolument pas.
C’était bien Seraphine ; sa présence n’avait rien de surprenant. Ce qui le surprit, en revanche, ce fut sa tenue.
Jusqu’ici, elle avait porté l’uniforme de l’académie : une chemise blanche rentrée dans une jupe réglementaire, accompagnée de bas noirs montant jusqu’aux cuisses. Même s’il ne l’aurait jamais admis, son regard s’était attardé plus d’une fois sur ses jambes. Enfin, on ne pouvait pas le lui reprocher : elle avait une Statistique de Charme ridiculement élevée, comme lui, et elle ne se gênait pas du tout pour le dévisager !
Enfin…
Elle portait une robe noire aux accents célestes discrets. Le haut ajusté, à col montant, s’accompagnait de manches transparentes ; de petits détails dorés et des motifs étoilés accrochaient la lumière à chacun de ses mouvements. Une large ceinture lui entourait la taille, ornée de fines chaînes et d’un petit pendentif en croissant de lune. La jupe superposée se teintait de magenta sur les bords. Des bas noirs et des bottines à talons complétaient la tenue sans lui donner un air trop formel.
Sa longue chevelure argentée cascadait dans son dos en vagues souples, quelques mèches tressées et retenues par un ruban sombre. Des boucles d’oreilles magenta pendaient à ses oreilles pointues, assorties à ses yeux éclatants et contrastant avec la pâleur de son visage.
Elle leva vers Valerian un regard plein d’attente, tandis qu’il la contemplait, stupéfait.
« Vous êtes ravissante. »
Elle haussa un sourcil et croisa les bras sur sa poitrine.
« C’est tout ? Je suis l’incarnation même de la beauté, et c’est tout ce que vous trouvez à dire ? »
Sa voix avait un net accent taquin et un sourire en coin se dessina sur ses lèvres. Valerian la regarda, puis s’approcha.
« Et pour quelle occasion cette beauté descend-elle dans ma Chambre ? »
Seraphine ne recula pas. Au fil des dernières semaines, elle avait pris davantage d’assurance quand il s’agissait d’oser avec Valerian ; leurs contacts physiques répétés l’avaient rendue moins timide.
« Faut-il une occasion pour se sentir jolie ? »
Valerian plongea un instant les yeux dans les siens, d’un magenta cramoisi, qui luisaient d’un éclat magnifique sur son visage. Il leva doucement la main et glissa une mèche de ses doux cheveux argentés derrière son oreille elfique.
« Vous êtes jolie tous les jours. »
Elle plongea son regard dans ses yeux violets et faillit se perdre dans la galaxie tourbillonnante qu’ils abritaient. Mais elle se ressaisit et lui adressa un sourire en coin.
« Waouh, c’était d’un kitsch ! Allez, hop, on commence. »
Elle lui fit faire volte-face et le poussa vers le salon, un léger sourire aux lèvres.
Elle entreprit ensuite son examen habituel, et Valerian constata qu’elle en était déjà au septième volume de son rapport.
Tout se déroulait normalement lorsqu’elle sortit brusquement un poignard acéré de son Anneau spatial et le brandit d’un air menaçant.
« Euh, Sera, qu’est-ce que vous faites avec ça ? »
Valerian sentit une boule d’angoisse se former dans son ventre. Mais Seraphine le dévisagea, une lueur dangereuse dans les yeux.
« Votre régénération fait évidemment partie de l’examen et des informations dont j’ai besoin pour gagner cette partie. »
« J’ai aussi découvert que vous ne ressentiez pas la douleur comme nous, pas vrai ? »
*Quand a-t-elle découvert ça ?*
Effectivement, à ce stade, Valerian ne ressentait plus la douleur comme les autres. Lorsqu’on le coupait, il sentait l’objet pénétrer sa chair à cause du déplacement du mana, mais la véritable douleur n’existait plus pour lui.
Mais il ignorait toujours quand et comment elle s’en était rendu compte !
« Et alors, si c’est vrai ? Vous ne comptez pas me couper, hein, Sera ? Hein ? »
La lueur dangereuse ne quitta pas ses yeux. Elle s’approcha et appuya la pointe acérée du poignard contre son ventre.
« Dites-moi si ça fait mal, Val. C’est une information précieuse. »
Sans attendre de réponse, elle commença à enfoncer la lame dans sa peau. Elle eut d’abord du mal à percer son épiderme résistant, mais un peu de Renforcement par mana suffit à y remédier, et elle le transperça.
Valerian sentit le poignard s’enfoncer en lui. Comme il n’avait pas mal, il observa plutôt Seraphine, qui contemplait avec une admiration sans bornes la réaction de son corps autour de la lame.
*Pfiou… Ne me dites pas que c’est une sadique.*
Elle continua de le poignarder et de le taillader pendant l’heure qui suivit, observant son corps réparer les dégâts. Les blessures restaient superficielles : elle ne s’enfonçait jamais à plus de quelques centimètres.
Lorsqu’elle eut terminé, Seraphine passa près de trente minutes assise sur le canapé à consigner dans son rapport tout ce qu’elle avait vu et ressenti ce jour-là, remplissant les pages à toute vitesse.
Pendant qu’il la regardait noter ses observations, Valerian s’assit en face d’elle et but un peu du thé qui restait.
Il jeta un coup d’œil rapide à son carnet — rien de plus qu’un regard furtif — mais, à cet instant précis, il remarqua quelque chose.
Elle avait dessiné le contour de son corps et représenté autour de lui ses sept affinités, reliées les unes aux autres et à son corps par des traits.
À cette vue, une idée lui traversa l’esprit. Comme s’il venait d’avoir une révélation, il bondit du canapé, faisant sursauter Seraphine.
« Val ? Qu’y a-t-il ? »
Mais Valerian ne lui répondit pas. Il se téléporta à ses côtés et déposa un baiser furtif sur sa joue.
« Vous êtes un génie, Sera ! »
La seconde suivante, il disparut à nouveau, laissant Seraphine légèrement abasourdie, une main posée sur l’endroit qu’il venait d’embrasser.
*Quoi ?*