Chapitre 104
« Qu’est-ce que vous voulez dire, elle a disparu ?! »
Valerian se tordit de douleur sur le sol blanc, incapable de comprendre ce que Valerie voulait dire.
La douleur qu’il avait ressentie lorsque la femme avait tranché Twilight était la pire qu’il eût jamais éprouvée ; il avait l’impression que son âme se déchirait et se faisait découper en menus morceaux.
Une douce lueur verte apparut autour de son corps tandis que Valerian canalisait [Étincelle de Genèse] pour atténuer la douleur. Peu à peu, seconde après seconde, celle-ci devint plus supportable, au point qu’il ne se disait plus qu’il aurait mieux valu mourir.
La femme observa tout le processus avec intérêt, ses yeux argentés perçants fixés sur lui.
Pour Valerian, des jours semblèrent s’écouler avant que la douleur de son âme ne cesse de lui donner l’impression d’être déchiré vivant et ne se transforme en une souffrance sourde qui irradiait dans tout son corps.
À présent capable de réfléchir un tant soit peu, Valerian ouvrit sa fenêtre de statut et son regard se posa aussitôt sur la dernière rubrique.
│ ─────── LIEN ─────── │
│ Entité liée : Valerie
Twilight, qui aurait dû se trouver juste à côté de Valerie, avait disparu.
« Qu- qu’est-ce que vous avez fait ? »
La peur que lui inspirait la femme dépassait désormais la simple pression de son mana. À cause d’elle, il venait de subir la pire douleur de toute sa vie ; il se montrait donc un peu prudent.
« Cette lame était atroce. »
La colère monta dans la poitrine de Valerian. C’était la lame que Helias et Freya lui avaient offerte pour son anniversaire et qu’il avait ensuite liée personnellement à son âme. Et voilà que cette inconnue qui l’avait enlevé venait de la détruire.
« Alors vous l’avez juste détruite ? »
Valerian ne comprenait pas cette femme. Pourquoi détruire une arme simplement parce qu’elle ne lui plaisait pas ? Ce n’était même pas la sienne, à la base. C’était la sienne, à lui ! Et il l’aimait, bordel !
« On m’a demandé d’entraîner un épéiste, pas un clown de cirque qui cache cinquante armes dans sa manche. »
« Et qui vous a demandé d’“entraîner un épéiste” ? Parce que, si mes souvenirs sont bons, je ne vous ai jamais rien demandé. »
La femme sortit une cigarette de son Anneau spatial et l’alluma d’une petite flamme apparue au-dessus de son doigt. Elle tira une longue bouffée, puis souffla la fumée.
« L’elfe me l’a demandé. »
Encore cette histoire d’« elfe ».
Après un instant de réflexion, un visage lui vint à l’esprit, affublé d’un sourire narquois exaspérant.
« Le directeur… »
La femme recula de quelques mètres et se tourna vers Valerian.
« Ah oui, c’est le directeur, ici. Il m’a demandé de t’entraîner et, comme je lui devais une faveur, me voilà. »
Valerian la regarda avec méfiance. Tout ce qui touchait au directeur était terriblement suspect, mais il ne pouvait pas vraiment se battre contre lui ni contre la femme qui se tenait en face de lui.
Il voulait tout de même savoir qui était cette femme. Il activa les [Yeux du Dragon], et son statut se déploya devant lui.
│─────── STATUT ─────── │
│ Nom : Ravena
│ Âge : ???
│ Race : ???
│ ─────── ORIGINE ─────── │
│ Lignée : ???
│ Physique : ???
│ Noyau : ???
│ ────── ATTRIBUTS ────── │
│ Vitalité : ???
│ Force : ???
│ Agilité : ???
│ Dextérité : ???
│ Intelligence : SS
│ Mana : ???
│ Charme : SSS+
│ ─────── AFFINITÉS ─────── │
│ ???
│ ─────── TITRES ─────── │
│ ???
│ ─────── COMPÉTENCES ─────── │
│ [Compétences raciales]
│ ???
│ [Compétence unique]
│ ???
│ ─────── LIEN ─────── │
│ Entité liée : -
Valerian ignora les rubriques marquées « ??? » : il savait déjà que la femme dépassait les rangs mortels et que ses Yeux du Dragon ne pouvaient pas l’analyser entièrement.
Il examina tout de même les informations visibles.
Ravena… c’est tout ? Pas de nom de famille ? Mais pourquoi ce nom me dit-il quelque chose…
« Tu as fini de me dévisager ? »
Sa voix résonna dans l’espace blanc. Valerian referma sa fenêtre de statut et reporta son attention sur elle.
En la regardant de plus près, il se souvint peu à peu d’où il la connaissait.
Ses longs cheveux noirs en bataille ne témoignaient d’aucun souci des convenances nobles ni de son apparence. Son corps hâlé et musclé, aux muscles puissamment dessinés, était taillé pour le combat rapproché.
Son visage était beau, mais froid et impassible ; elle avait davantage l’air désintéressée que véritablement froide. Et ses yeux argentés perçants semblaient pouvoir transpercer quelqu’un d’un seul regard.
Elle n’avait ni nom de famille ni grande maison noble pour la soutenir. Ce n’était qu’une roturière qui avait réussi à atteindre le rang suprême à force de verser le sang et de volonté.
Alors qu’il se la remémorait, un nom lui vint à l’esprit.
« Ravena, la [Déesse de la Scission]. »
Dès qu’il prononça le titre sous lequel Ravena était connue, une pression écrasante s’abattit sur lui et le força à tomber à genoux.
« Je déteste ce titre, putain. Ne le répète pas. »
Ses yeux argentés transpercèrent Valerian tandis que la panique s’emparait de lui.
« D-d’accord. »
La pression disparut et il put se relever.
En observant la femme devant lui, il ne put s’empêcher de repenser à son titre et à qui elle était.
[Déesse de la Scission].
On l’appelait ainsi à cause de sa [Compétence unique], qu’elle n’avait jamais cherché à dissimuler et qu’elle utilisait au grand jour.
Elle se nommait [Scission] et, comme son nom l’indiquait, lui permettait de trancher absolument tout. Sa puissance ne se limitait pas à percer les armures ou les protections.
Cette compétence lui permettait de trancher même les choses immatérielles, comme l’espace, le temps ou des concepts entiers.
Grâce à elle, elle pouvait briser l’espoir d’une armée entière et la plonger dans un désespoir absolu, ou bien trancher l’idée même de la haine, de l’amour ou de la riposte. La seule limite tenait à la quantité de mana déversée dans sa [Compétence unique], ce qui en faisait l’une des attaques les plus redoutées de l’Histoire.
Car comment se défendre contre une épée qui traverse l’armure pour attaquer directement l’esprit, ou qui déchire l’âme sans même entrer en contact avec elle ?
Et elle possédait aussi une affinité avec les [Épées], qui lui permettait de manier à la perfection toutes celles qu’elle touchait. Ses attaques conceptuelles faisaient d’elle l’une des Demi-déesses les plus redoutées du monde d’Eldoria.
À présent, Valerian comprenait mieux ce qui était arrivé à Twilight. Ravena ne l’avait pas « détruite » : elle avait directement tranché le lien de l’âme.
Attends, ça veut aussi dire que…
Plongeant au plus profond de son corps, Valerian sentit une masse tourbillonnante au centre de son être.
Elle est toujours là.
Twilight se trouvait toujours dans son corps ; il avait simplement perdu le lien qui l’unissait à l’arme.
« Arrête de réfléchir autant et commençons l’entraînement. Prends une épée. »
Valerian regarda la femme aux yeux argentés d’un air perplexe.
« Je n’en ai pas. »
« Quoi ? »
Ravena le dévisagea, l’incompréhension inscrite sur le visage. Elle vit l’expression étrange de Valerian et fronça les sourcils.
« Vous avez rendu mon épée inutilisable, vous vous souvenez ? »
« Alors prends une épée ordinaire. Ne me dis pas que tu n’en as pas une dans un Anneau spatial ou quelque chose du genre. »
Comme s’il venait de se faire prendre en faute, Valerian s’empressa de se justifier.
« Je n’avais pas besoin d’une épée de rechange, j’en avais une parfaitement fonctionnelle il y a une minute ! »
Ravena poussa un long soupir et plongea la main dans son Anneau spatial. Un katana noir de jais, rangé dans un fourreau dépourvu d’ornements ou de gravures, apparut dans sa main.
« Prends ça. »
Elle lança l’épée à Valerian, qui tendit la main pour la rattraper. Mais juste avant de la saisir, il comprit soudain.
Putain, qu’est-ce qu’elle est lourde !
La lame s’écrasa sur lui et le fit tomber.
« C’est quoi, ce bordel ? »
Le katana était bien plus lourd qu’il n’en avait l’air ; même Valerian, pourtant d’une force physique incroyable, dut s’échiner pour le soulever.
« Il n’est même pas si lourd. Arrête de faire semblant et relève-toi. »
Évidemment que ça ne te pose aucun problème, t’es une putain de Demi-déesse !!
Mais il garda ses protestations pour lui et se releva lentement, peinant à tenir l’épée à deux mains. Même en canalisant son mana pour augmenter sa force, elle était beaucoup trop lourde pour être maniée comme une épée ordinaire.
Ravena sortit à son tour une simple branche de bois droite, qui avait l’air d’avoir été ramassée dans le jardin avant qu’elle n’arrive.
À la vue de la branche, Valerian ne se sentit pas du tout rassuré. Une simple branche entre les mains de la [Déesse de la Scission] était bien plus effrayante que n’importe quel Demi-dieu ordinaire armé d’une lame tueuse de dieux.
Valerian leva l’épée malgré les protestations de son corps et regarda Ravena, l’air désintéressé, la cigarette toujours à la bouche.
Elle passa aussitôt à l’attaque. Si elle l’avait voulu, elle aurait pu fondre sur Valerian avant même que sa perception ne s’active ; mais elle se contenta d’avancer assez vite pour rester visible à ses yeux, tout en étant plus rapide que lui.
Valerian leva le lourd katana pour bloquer la branche. Mais lorsque la simple brindille entra en contact avec l’épée, quelque chose se produisit et son cœur s’arrêta presque.
La branche, ordinaire, comme on en trouvait dans n’importe quel parc ou jardin, trancha net la lame du katana sans la moindre résistance. C’était comme si une lame à la température du soleil découpait une motte de beurre.
Tu te fous de moi.
La branche ne s’arrêta pas : elle trancha Valerian de part en part et le coupa en deux.