Chapitre 2
Le jour d'après, Meo était arrivé à l'heure. Il passa les portiques, monta dans la salle des bureaux, s'installa devant son poste et refusa le café de Kenny, une fois de plus. Il vérifia les mails : la pagination n'affichait qu'une seule page. Sans surprise — le vendredi était habituellement un jour léger. Mais c'était aussi le jour où Meo devait subir le plus les monologues de Kenny.
« Je t'assure, encore un jeune dans le train qui ne me cède pas sa place. Je rêve, ils se prennent pour qui ? Génération complètement ratée… »
Honnêtement, Meo ne savait pas s'il préférait cette situation à celle de la veille. Il estima les dégâts psychologiques plus importants. Il fixa la pendule, dans l'attente qu'on le sauve. Mais une heure plus tard, personne. Deux heures plus tard, toujours personne. Trois heures plus tard… son téléphone vibra ; c'était Rikyu.
« Meo »
« Je sais pas ce qu'il se passe »
« Y a des putains de fous »
« Ils sont en train de tuer tout le monde dans le resto »
Il se redressa sur sa chaise. Ce n'était toujours pas le premier avril. Rikyu ne tapait pas de cette façon habituellement.
Il est sérieux ?
Je fais quoi ?
Je ne peux pas l'appeler, il ne l'a pas fait donc un appel pourrait le mettre en danger.
« Eh, tu m'écoutes ? » demanda Kenny, agacé.
Le message est aussi écrit sous l'effet de la panique, donc il est peut-être coincé dans le resto.
Meo composa le numéro de la police.
« Le service de police est momentanément injoignable. »
Injoignable ?
Il commença à distinguer l'agitation dans les rues. Des cris, des klaxons, des sirènes et… des coups de feu ?
« Tu te permets de passer des coups de fil au travail maintenant ? C'est Kelovog qui va être content ! »
Meo se précipita vers la fenêtre.
C'est une blague…
Il fit un léger pas en arrière. De plusieurs immeubles à l'horizon s'échappait de la fumée. Dans les rues, des dizaines, non, des centaines de personnes — tout le monde, en fait — couraient dans tous les sens.
Ils fuient quoi ? Des terroristes ?
Il détermina les zones qui avaient l'air touchées grâce aux feux.
On dirait que les foyers les plus touchés sont les quartiers très fréquentés.
Le bureau est assez isolé, mais le restaurant où travaille Rikyu est à quelques rues de la place principale.
Faut que je rejoigne Rikyu.
Meo se dirigea vers la sortie.
« C'est bon, il quitte son poste maintenant ! Tu viens de réaliser que c'était pas fait pour toi, gamin ? » dit Kenny en ricanant.
« Va regarder par toi-même, abruti. »
En sortant du bureau, Meo entendit derrière lui les injures de Kenny. Mais il remarqua aussi une agitation inhabituelle dans le couloir. Plusieurs cadres faisaient la queue pour l'ascenseur et semblaient agacés par la situation.
Des génies.
Kelovog était parmi eux, toujours au téléphone.
« Je veux un chauffeur maintenant ! C'est pas compliqué quand même ! Vous avez vu la situation ? Ça devrait être une priorité de me mettre en sécurité, nom de Dieu ! »
Une priorité, hein.
Meo prit les escaliers et descendit les marches deux par deux jusqu'au rez-de-chaussée. Le hall était inhabituellement agité. Il se faufila entre tous les employés, franchit les portiques d'un bond et se précipita en dehors du bâtiment.
Le lieu de travail de Rikyu est à une demi-heure à pied.
Dans les rues, Meo n'avait pas moyen de voir la situation dans sa globalité. Certains passants couraient à l'opposé des feux et d'autres, étrangement, couraient dans leur direction, téléphone en main, en train de filmer.
Vraiment tout pour le buzz...
Meo ne perdit pas une seconde de plus et sprinta vers le Melty Plaza. Plus il avançait, plus il croisait de civils qui fuyaient dans la direction opposée. La circulation était de plus en plus bouchée, certains conducteurs abandonnaient carrément leur véhicule pour s'enfuir à pied. Des cris, des klaxons. Des sirènes de police et d'incendie résonnaient de partout.
Après une longue course, il s'arrêta pour souffler.
Étrange, la rue est plus calme ici.
Et c'est en marchant, les yeux rivés sur le sol, qu'il buta contre un corps sans vie.
Qu'est-ce que…
Ce n'était pas le seul. Toute la rue était jonchée de cadavres. Des hommes, des femmes, et même des enfants étaient allongés, inertes, fixant le ciel nuageux. Il recula d'un pas et trébucha.
C'est un cauchemar, c'est pas possible.
Il leva la main. Elle tremblait, teintée de rouge. Il regarda autour de lui : c'était du sang. Un bain de sang. L'odeur du fer lui nouait l'estomac. Il fut pris d'une nausée brutale et il se retint de vomir, une fois, deux fois… puis les larmes lui montèrent aux yeux. Ses yeux écarquillés restaient rivés sur le spectacle macabre devant lui et son corps refusait de bouger.
J'y arrive pas…
Rikyu va mourir…
Il sentait son corps entier trembler, sa respiration saccadée devenant incontrôlable. Il porta sa main à son visage en serrant les dents et se gifla. Le claquement résonna dans les rues vides.
C'est pas le moment.
Il regarda devant lui et posa sa première jambe tremblante au sol. Ses larmes s'écrasaient sur le bitume rougeâtre.
J'aurai tout le temps de me plaindre quand j'aurai rejoint ces cadavres.
Il poussa et se releva. Il se traîna ensuite vers une voiture garée un peu plus en retrait.
Il était maintenant à deux rues de la place principale, juste en face du Melty Plaza.
Maintenant, je fais quoi ?
Ses sens étaient complètement déboussolés, la vue, l'odeur, ses vêtements tachés de sang lui collaient à la peau.
Fais chier !
Meo devait se concentrer pour réfléchir. Pas le choix, il ferma les yeux. Privé d'un de ses sens, il sentit sa perception intérieure devenir de plus en plus nette.
Il était déjà venu ici plusieurs fois pour voir Rikyu. Le Melty Plaza était le restaurant le plus populaire du quartier. Il était construit sur trois étages rectangulaires. Le rez-de-chaussée servait pour les clients sans réservation, le premier étage pour ceux avec réservation, et le sous-sol était dédié aux évènements. Les cuisines se trouvaient en bas, dans la salle d'évènement, pour pouvoir servir au plus vite. Rikyu y travaillait en tant que commis. Le rez-de-chaussée et le premier étage présentaient des baies vitrées, et l'intérieur était proprement éclairé. On pouvait presque tout voir depuis l'extérieur. Chaque étage était relié par deux cages d'escalier isolées adossées aux murs, à gauche et à droite, vers le milieu de la salle. L'une était utilisée par les clients, l'autre par les serveurs. Il n'y avait que trois sorties possibles : l'entrée, le toit et la sortie de secours. L'entrée et la sortie de secours étaient toutes les deux au rez-de-chaussée, à l'opposé l'une de l'autre.
Meo n'avait pas le temps, ni la force de réfléchir à la situation en détail. Il devait se concentrer sur l'essentiel : sortir Rikyu de là. Il ouvrit les yeux et analysa le terrain. Devant le Melty, un camion était garé, porte de chargement ouverte. Au rez-de-chaussée, une personne robuste montait la garde depuis l'intérieur. Elle portait ce qui ressemblait à un uniforme de fonction noir bordé de bandes vertes. Sur le sol, plusieurs cadavres : certains empilés, d'autres éparpillés. Ceux empilés avaient l'air d'avoir une couche de gel autour d'eux. À l'étage, il y avait un cri et du mouvement. Un individu à lunettes, portant le même uniforme, pourchassait une jeune femme. Elle semblait le supplier. De la laisser en vie, sûrement. Puis elle se figea, paralysée par un jet de glace venu de la main de l'individu.
C'est quoi ça, de la magie ?
Peu importe.
Il manque quelque chose.
S'ils étaient seulement deux, Rikyu se serait déjà échappé par la sortie de secours.
Il doit y avoir une personne qui garde cette sortie.
Ils sont obligatoirement trois. Un de plus et Rikyu serait condamné, un de moins et il s'échapperait. Ce qui veut dire que l'individu en haut doit s'occuper des étages de haut en bas s'il ne veut voir personne s'échapper. Un roameur.
De vue, le rez-de-chaussée a déjà été fait, il reste donc le niveau inférieur. La fille a dû essayer de s'échapper et s'est fait attraper.
La seule sortie possible, ça serait donc le toit ? La seule façon d'y parvenir c'est par les cages d'escalier au moment où l'individu en haut descend.
C'est un pari à chances égales !
Les cages d'escalier en bas, c'est le seul endroit où Rikyu peut se trouver.
Sauf qu'il n'a aucun visuel, il ne peut pas savoir lequel prendre et à quel moment. S'il se trompe, il croise le roameur pendant qu'il descend et c'est fini.
Meo sortit son téléphone, se rendit sur la messagerie de Rikyu.
Faites qu'ils ne soient pas plus de trois...
C'était le moment de taper, mais ses doigts tremblaient. Sa respiration, haletante. Son cœur martelait sa poitrine depuis quelques minutes. Chaque mot devait compter.
Le restaurant n'avait jamais été aussi silencieux. Les clients du sous-sol et les responsables de cuisine étaient amassés dans les cages d'escalier. Rikyu avait choisi sa cage, pour lui, c'était l'escalier du personnel ou la mort. Avec lui, trois clients du restaurant, un vieux décrépit au bord de la mort et un couple qui n'arrêtait pas de chialer.
Putain ! Je suis confronté à la mort et c'est ça mon équipe ?
Juste à ses côtés, il y avait aussi Hector et Emmy, le chef de cuisine et la collègue commis de Rikyu. Emmy tremblait comme une feuille, elle était au bord des larmes. Elle qui était toujours si positive et encourageante avec lui au travail — elle était devenue méconnaissable. Hector essaya de la rassurer en l'entourant avec son bras.
« La police va arriver, il faut juste qu'on reste cachés », dit-il pour la rassurer.
Cachés ? Je me casse d'ici dès que je peux.
« Mais... j'ai déjà essayé d'appeler... La ligne est injoignable, ils sont pas au courant... » répondit Emmy avec une voix tremblante.
Pareil, ils font quoi ces branleurs ?
« Oui mais ils vont pas laisser ça comme ça quand même, c'est pas possible », se persuada Hector.
C'est bien de rêver le vieux.
Accroupi contre la rambarde, il écoutait attentivement ce qui se passait au-dessus. Après un moment, il entendit les cris d'une femme, au premier étage puis plus rien. La cage se fit silencieuse d'un coup puis la femme avec lui commença à pleurer aux côtés de son mari.
« Pourquoi ça m'arrive à moi ? J'ai fait quoi pour mériter ça ? » chuchota la femme en panique.
« On va s'en sortir, reste calme. Ils vont nous entendre », répondit le mari, à voix basse.
« Tu vas me protéger, oui ? Dis-moi que tu vas me protéger, Paul... »
« Je... »
Rikyu fit ce que tout le monde autour de lui voulait faire.
« Vos gueules tous les deux ou je vous en colle une chacun maintenant », interrompit Rikyu en chuchotant.
« Aussi je vous préviens le premier qui me touche pendant ma course, je lui en colle une aussi », enchaîna-t-il.
Fais chier, pourquoi j'ai choisi cette cage avec cette folle ?
S'il descend maintenant et que j'entends des cris à l'autre bout, je trace.
Sinon...
Soudain, le téléphone qu'il tenait s'illumina en silence dans la cage sombre. C'était un message de Meo.
« Réponds vite. T'es dans la cage d'escalier ? »
« Oui »
« Ils sont combien en face ? »
« 3 je crois »
« Reviens dans la salle du milieu, je te dis quelle cage prendre »
Rikyu n'avait pas le temps de réfléchir, il devait agir vite. Il se leva pour rejoindre la salle d'événement. Mais au moment où il se redressait, une main se posa sur son épaule.
« Tu vas où ? Et c'était qui ? »
Rikyu dégagea la main et se retourna. C'était le vieux.
« Me touche pas, j'ai dit. »
Il lança un regard noir vers celui-ci et puis balaya du regard les autres aussi.
« Le prochain, je le tue. »
Il se retourna ensuite pour se rendre dans la salle d'évènement. Il vérifia son téléphone de nouveau. Un autre message de Meo.
« P pour l'escalier du personnel, C pour l'escalier des clients »
« Ok »
« Attends mon signal et prends la seule sortie »
Il serra le poing.
T'as intérêt à savoir ce que tu fais Meo...
Si ça foire j'aurai perdu du temps à revenir ici.
La porte de la cage d'escalier du personnel s'ouvrit et le groupe qui était avant avec Rikyu le rejoignit dans la salle d'évènement.
Génial, ils me collent aux bottes maintenant.
Peu importe.
Il était concentré sur son téléphone, il attendait désespérément le signal.
Qu'est-ce que tu veux dire par prendre la seule sortie ?
Le toit ? J'ai vraiment pas le temps pour les devinettes, Meo.
Emmy se mit à ses côtés.
« Je peux… me mettre ici ? » demanda-t-elle avec une voix tremblotante.
« Fais-toi plaisir. »
« Tu sais, Rikyu… vu qu'on va peut-être pas s'en sortir… j'aimerais te parler d'un truc… »
Elle me fait quoi là ?
C'est vraiment pas le moment.
« J'ai jamais osé t'en parler avant, mais je t'avoue que j'ai si peur là maintenant… » enchaîna-t-elle.
Son épaule se colla contre celle de Rikyu.
« T'es en train de perdre la tête à cause de la situation, j'pense. Tu me diras à tête reposée quand... »
Le vieux passa devant lui et lui arracha son téléphone d'un geste ferme et maîtrisé. Puis Emmy se retira derrière lui et le groupe. Rikyu marqua une pause avant de réaliser ce qui lui était arrivé.
Cette pute vient de me...
« Désolé Rikyu... Je savais pas quoi faire... »
« Ferme ta gueule sale chienne ! »
« Et rendez-moi mon téléphone tout de suite ! »
Il se rapprocha du vieux, le poing fermé.
« T'as hâte de rejoindre la moitié de tes potes, à ce que je vois. Je vais te faire une faveur. »
Mais le mari et Hector lui barrèrent le passage en le repoussant. Rikyu, pris par surprise, tomba au sol.
Qu'est-ce qu'ils veulent ? Ils sont tous ensemble ?
Si je les cogne et que je me blesse maintenant, je pourrai plus fuir.
« Ah, c'est donc ça que tu nous cachais ! Regardez bien, il a un contact dehors qui voit la situation et qui allait lui dire quel escalier prendre. Et il a décidé de ne pas partager cette information avec nous, ce petit merdeux ! » révéla le vieux, téléphone en main.
Il a lu tout le fil de la discussion et retourné tout le groupe contre moi !
« Quelle merde ! » s'exclama la femme.
« Rikyu, comment t'as pu ? » lança Hector ensuite.
Bande de chiens, vous savez rien de moi.
Je vous dois rien.
Le visage d'Emmy était passé de la peur au dégoût. Elle le dévisageait comme s'il était une ordure.
C'est à ce moment que le téléphone afficha un nouveau message.
« C ! L'escalier des clients, vite ! » s'écria le vieux en courant droit vers la cage.
Tout le groupe se mit à le suivre pendant que Rikyu devait encore se relever.
Saleté de vieux, je suis à la traîne.
Le temps qu'il se relève, il était maintenant loin derrière les autres. Il sprinta vers la cage et monta les escaliers le plus vite possible. De tout en bas, il voyait tout le monde monter. La précipitation du groupe avait entraîné toutes les personnes qui se cachaient dans la cage à les suivre, créant un vacarme sonore impossible à ignorer.
Quand il arriva au niveau du rez-de-chaussée, il entendit le vieux en haut.
« La sortie vers le toit ! »
Rikyu était maintenant beaucoup trop loin. L'individu à lunettes avait sans doute entendu l'agitation et il remonterait depuis la cage du personnel. S'il montait maintenant, il le croiserait sûrement au premier étage. Il s'arrêta net.
C'est fini, j'aurai jamais le temps.
Désolé Meo, je pourrai pas tenir notre promesse… Celle que je t'ai moi-même obligé à faire.
Même dans la pire des situations, t'as quand même essayé et je foire tout…
T'as planifié une sortie de nulle part et j'ai rien pu en faire.
Il leva les yeux droit vers le plafond, résigné.
Maintenant que j'y pense, le toit est une terrasse fermée, il n'y a pas de sortie là-haut.
Son plan était foireux depuis le début ?
Non…
Il sortit de la cage au rez-de-chaussée et courut vers l'autre cage en face de lui, celle que l'individu avait prise.
Cet enfoiré avait tout prévu.
La sortie vers le toit était un leurre au cas où cette situation arriverait !
Il savait très bien que c'était un cul-de-sac.
« Il est là, dépêchez-vous ! » cria l'un des clients à l'autre bout.
Il monta les escaliers et aperçut de dos l'individu qui pourchassait les clients sur le toit. La salle du premier étage était maintenant vide. Il entendit des cris désespérés au-dessus de sa tête.
Je dois me dépêcher, il va revenir une fois qu'il aura fini.
La seule sortie, ça serait…
Il tourna la tête vers la baie vitrée.
Un pavé vola et percuta le côté de la vitre. Elle explosa en une pluie de granulés à l'impact. Rikyu s'avança vers ce qui restait de la baie et se pencha au bord. Meo était là, juste en dessous, sur le toit d'un camion garé en face du restaurant.
« Alors ? On a eu la trouille ? » lança Meo d'un air sarcastique.
Rikyu sentit des larmes lui venir aux yeux mais il les ravala immédiatement.
« Gros bouffon, je te vois trembler d'où je suis. »
Les cris au-dessus s'étaient arrêtés. Il n'allait pas tarder à arriver.
« Dépêche-toi, tu chialeras quand on sera en sécurité. »
Rikyu sauta sur le toit du camion. Le choc de la chute résonna dans tout son corps.
« Y a moyen d'investir dans un matelas d'atterrissage la prochaine fois ? » lança-t-il en se relevant.
« Va au volant si t'as encore la force de te plaindre, il arrive », répondit Meo.
Ils descendirent tous les deux du toit et entrèrent dans le camion, Rikyu au volant. La clé était dans le contact.
« Mike, ils sont en train de fuir avec le camion ! » cria l'individu en haut.
« Trace ! » ordonna Meo.
Rikyu tourna la clé de contact, démarra le véhicule et appuya à fond sur l'accélérateur. Derrière lui, il vit dans les rétroviseurs deux silhouettes en uniforme qui les regardaient s'éloigner. L'individu à lunettes leva la main, puis, après un moment, il se résigna, sûrement à cause de la distance. Rikyu fit un doigt derrière lui à travers la fenêtre en partant.
« À plus, les losers ! »
C'était la première fois qu'il conduisait un camion mais il s'y fit très rapidement. Après quelques minutes, ils étaient déjà loin du Melty Plaza. Les rues autour de la zone étaient vides, si ce n'est les cadavres et les véhicules laissés là.
« Il s'est passé quoi ici ? C'est quoi tous ces cadavres ? »
Lorsque les deux amis jugèrent qu'ils étaient assez loin pour être en sécurité, Meo descendit pour fermer les portes de chargement derrière eux. Après un moment, il revint devant.
« Y a des corps dans le coffre », lança Meo.
« Pardon ? »
« Y a des corps dans le coffre, gelés », corrigea-t-il.
« Merde, ils cherchaient à faire quoi avec ? »
« Qui sait... ? »
Il marqua une pause.
« Ceux qui sont montés sur le toit ont sûrement fini comme ces corps. Dieu sait ce qu'ils vont en faire. »
Il a raison. Hector et Emmy, je les ai abandonnés...
Meo s'affala sur son siège, il avait l'air d'en avoir bavé.
« Ça va ? On dirait que c'est toi qui étais dedans », plaisanta Rikyu.
« Tu sais pas à quel point j'étais inquiet », répondit Meo.
« J'ai tellement de questions sur cette journée de merde », enchaîna-t-il.
Il a sûrement besoin d'un moment pour digérer. C'est trop d'informations pour lui.
Rikyu resta silencieux jusqu'au moment où il rejoignit les embouteillages.
« Évidemment qu'on doit se taper des bouchons maintenant ! »
« Normal, on était au milieu de l'attaque, c'est pour ça que c'était vide au début. »
« Tout le monde fuit en même temps. La ville doit être complètement paralysée », dit Meo.
Il alluma ensuite la radio du camion. Une voix grésillante se fit entendre.
« …C'est aux quatre coins de Grandia que des attaques terroristes ont eu lieu. Les responsables sont des individus venant des lueurs apparues plus tôt dans la semaine. D'après les forces de l'ordre, les zones visées sont celles les plus peuplées. L'intention est claire et la police demande fermement aux habitants de rester chez eux jusqu'à l'intervention militaire. »
Après l'annonce, Meo se figea.
« Rikyu… »
« Qu'est-ce qu'il y a, Meo ? »
« S'ils viennent des lueurs… c'est qu'ils sont passés par Elnevir avant de venir ici… »
Le camion plongea dans le silence. La route vers Elnevir allait être longue.