Chapitre 1
Dans une chambre plongée dans le noir, la sonnerie d'un téléphone retentissait. C'était maintenant le troisième rappel d'alarme que Meo laissait filer.
« Oui, oui, j'ai compris », marmonna-t-il en se frottant les yeux. « C'est le dernier jour avant le dernier jour de la semaine… ça va le faire, je peux y arriver. »
Chaque matin, il devait se trouver une motivation pour se lever ; c'était devenu une habitude. En sortant de sa chambre, il se hâta de se préparer. La maison était déjà vide. Après une douche express, il enfila la première tenue de bureau qu'il avait sous la main. Avant de sortir, il se regarda dans le miroir. Un soupir s'échappa de ses lèvres.
Il avait manqué le premier train pour Nosbourg ; il devait attendre le suivant, une dizaine de minutes plus tard. Il serait en retard, une fois de plus. Tant pis. En attendant l'arrivée du train, il jeta un œil à son téléphone : Rikyu lui avait envoyé une vidéo annonçant la sortie d'un nouveau jeu multijoueur, suivie d'un message.
« On se le fait à sa sortie ! »
« Carrément », répondit Meo.
Le train arriva, bondé. Forcément : à cette heure-ci, ce n'était pas la même foule que dans son train habituel. Son corps maigre se glissa sans peine entre les passagers. Chaque visage portait la même expression lasse que les autres matins. Rien d'étonnant : il portait sûrement le même.
Sur le chemin du travail, il fut surpris par un couple d'adolescents qui courait dans sa direction en rigolant. Ils devaient être en retard, eux aussi. La jeune fille laissa échapper sa carte d'étudiante de son sac. Elle tomba juste sous les pieds de Meo.
« Attends ! » l'interpella-t-il avant de ramasser l'objet.
La jeune fille se retourna, puis comprit. Les yeux rivés sur sa carte, elle se rua dessus.
« Oh, merci monsieur, vous me sauvez vraiment ! » dit-elle en la récupérant.
Elle s'empressa de retourner aux côtés de son copain, et ils reprirent leur course après un signe de remerciement. Meo sourit en retour, laissant les rires s'éloigner peu à peu.
Il regarda l'heure sur son téléphone.
« Merde, je suis vraiment à la bourre ! »
C'était à son tour de courir. Il y avait un peu moins de deux kilomètres entre la gare et son lieu de travail. En courant, il serait là-bas en une dizaine de minutes. Il avait déjà douze minutes de retard ; en ajoutant la course, il en compterait une vingtaine à l'arrivée — plus excusable que s'il dépassait la demi-heure. C'est avec cette réflexion qu'il s'élança à toute vitesse en direction des bureaux.
La ville présentait de larges chaussées bordées de trottoirs étroits que les piétons devaient se partager pour avancer. Le décor était irrégulier : entre les bâtiments bas et les gigantesques tours de bureau, Nosbourg donnait l'impression d'une mégapole en pleine construction.
Pendant sa course, il passa devant divers commerces en train d'ouvrir. Il traversa plusieurs rues en zigzaguant entre les passants, à deux doigts de les renverser. Puis il se mit lui-même en danger en grillant un feu piéton. La voiture à côté de lui freina d'un coup sec, suivie d'injures et de quelques coups de klaxon.
« Désolé ! Désolé ! » cria Meo sans s'arrêter. Il détestait déranger les gens. Mais il ne ralentit pas.
Finalement, il arriva en face de l'immeuble. C'était un bâtiment imposant qui ressemblait à une tour, avec une façade ordinaire qui se fondait dans le décor urbain. Meo jeta un œil à son téléphone : il était en retard de vingt-six minutes exactement. Honnêtement, il avait déjà fait pire. Il devrait s'en sortir aujourd'hui.
Quelle importance, en réalité.
Il s'arrêta un instant pour reprendre son souffle, puis pénétra dans le bâtiment.
La salle d'accueil présentait des portiques dont l'accès n'était possible que sur présentation d'un badge. Pour Meo, c'était surtout un moyen de traquer ses retards. Après avoir scanné le sien, il se dirigea vers la salle des bureaux au huitième étage et s'installa à sa place habituelle. Il sortit son ordinateur portable et se mit à vérifier les mails de l'entreprise. Rien de surprenant : aucun n'avait encore été traité. Ses collègues avaient sûrement été occupés avec leur café du matin.
Meo s'était déjà lancé sur sa tâche quand une tête surgit au-dessus de son bureau.
« Encore en retard ? » dit Kenny avec un grand sourire.
« Oui, j'ai raté mon train », répondit Meo sans lever les yeux de son écran.
« Kelovog va encore te reprendre. »
« Je sais. »
Il viendrait le voir juste avant la pause déjeuner. Avec le même discours, le même ton hautain, celui qui pense tout savoir. Meo savait exactement à quoi s'attendre.
« Un café ? »
« Non, merci. »
Kenny haussa les épaules.
« Quel cas », lâcha Kenny en retournant à son poste.
Meo avait entendu, mais il resta concentré sur son écran.
Au fur et à mesure que le temps passait, il ne pouvait s'empêcher de comparer le nombre de mails traités par lui et son collègue. L'écart ne cessait de grandir, trente-six, trente-sept, trente-huit… Il levait parfois les yeux pour jeter un œil à ce que Kenny faisait. Parfois, il répondait à un mail. La plupart du temps, il se plaignait de tout et n'importe quoi. À croire qu'il valait mieux que tout le monde, un peu comme Kelovog. Peut-être que ce n'était pas sa faute. Toutes ces années coincé ici… et peut-être que lui aussi finirait pareil.
Non. Pas moyen.
Trois heures s'écoulèrent. Meo avait presque répondu à la totalité des mails — une tâche qu'il était pourtant censé partager avec Kenny. L'heure du déjeuner approchait. Kenny se leva et se dirigea vers la cafétéria ; avant de s'en aller, il fit un signe de la main en direction de Meo. Meo le lui rendit, puis resta figé à son poste. Kelovog ne devrait pas tarder.
Le bureau de Kelovog se trouvait à l'étage du dessus. Il ne prendrait jamais les escaliers. L'horaire habituel où il se rendait à la cafétéria, la distance qu'il devait parcourir entre son bureau et l'ascenseur, puis l'ascenseur et le bureau de Meo, sa vitesse de marche… Meo estima qu'il avait encore cinq minutes avant son arrivée.
Il prit son portable et se mit à faire défiler des vidéos courtes. Après avoir enchaîné plusieurs compilations et montages de chats, de jeux et de personnages de fiction, il tomba sur une vidéo troublante.
« Un objet non identifié a été perçu aujourd'hui dans le nord-est de Grandia, dans la commune d'Elnevir. Une lueur colorée lévite au beau milieu de nulle part. Des scientifiques ont été mobilisés pour étudier le phénomène, qui fait déjà l'objet de nombreuses théories en ligne… »
Elnevir ? C'est là où on vit.
Meo pensa d'abord à une vidéo générée par intelligence artificielle. Il scruta l'image de plus près. La qualité semblait bonne, le décor cohérent. Il appuya sur l'icône du compte pour vérifier la source : une chaîne d'information suivie par des milliers d'abonnés. Fiable. Ce n'était pas le premier avril. L'information avait été relayée partout, sur des dizaines de comptes. Tout le monde en parlait sur Weaver.
C'est donc réel ?
« Encore sur vos portables, hein. Les enfants de nos jours… »
Meo sursauta. Kelovog se trouvait juste derrière lui.
« Désolé, je vous attendais, monsieur. »
« Alors tu sais pourquoi je suis là. Encore un retard — tu les collectionnes, en ce moment. C'est quoi, l'excuse cette fois ? »
« Aucune. J'ai juste raté mon train. »
« Combien de fois je dois te le dire ? La ponctualité, c'est très important dans le monde du travail, c'est une preuve de rigueur. L'entreprise ne peut pas se permettre d'avoir des retardataires. On te paie pour que tu arrives à une heure précise, pas trente minutes après. »
« J'ai bien compris, monsieur. Je tâcherai de faire des efforts pour que ça ne se reproduise plus. »
« Prends un peu exemple sur tes collègues. Kenny, par exemple : toujours à l'heure. Il nous en faut plus, des gens comme lui. Pas des gens qui nuisent à la productivité de l'entreprise avec leurs retards. »
Meo resta silencieux un instant.
« Bon. Va manger. Et que je ne te revoie plus paresser », continua Kelovog.
Meo fit un signe de la tête, puis quitta son poste.
Il se dirigea vers les escaliers, mais au lieu de descendre directement vers la cafétéria, il monta en direction du toit. Il y avait moins de queue à la cafétéria après vingt minutes, et Meo n'avait pas particulièrement faim. Après les événements du matin, il préférait prendre le temps de faire le tri dans ses émotions, seul.
Le toit-terrasse était principalement utilisé par les fumeurs, mais à cette heure, il était désert. Meo s'assit sur un des bancs. Le paysage en face de lui n'avait rien d'unique. Mais d'ici, il pouvait voir l'agitation de la ville en plein midi sans en faire partie. Meo appréciait ce contraste. Après un petit moment, il avait déjà mis derrière lui tout ce qui s'était passé plus tôt. Tout sauf une chose : la vidéo qu'il avait visionnée.
Comme par hasard, à Elnevir ?
Son téléphone vibra. Rikyu lui avait envoyé un message.
« Mange »
« J'y vais bientôt », répondit Meo.
« T'as vu ce qu'il se passe en ce moment sur les réseaux ? »
« La lumière étrange ? Ouais, j'ai vu »
« J'ai encore du mal à y croire, honnêtement. On dirait un coup monté », enchaîna Meo.
« C'est une folie, on dirait qu'on est dans un film. On rentre ensemble après ? »
« Pourquoi pas. Je finis à seize heures »
« Rendez-vous à seize heures et demie à la gare, alors ! »
Meo mit une réaction cœur sur le dernier message et rangea son téléphone. C'était l'heure de se rendre à la cafétéria.
La suite de la journée se déroula sans encombre. Enfin, la nourriture de la cafétéria était toujours aussi fade, les mails n'avaient pas arrêté de tomber, et Kenny avait toujours du mal à trouver la touche pour allumer son écran, apparemment. Mais rien de surprenant. Meo n'avait qu'une hâte : quitter cet endroit.
Après avoir récupéré ses affaires, il se dirigea vers la sortie. En passant les portiques, il vit Kelovog dans le hall, en pleine discussion au téléphone.
« Oui, les miens font rien non plus, toujours en retard et sur leur portable. Je te jure, vraiment rien dans le crâne… »
Meo fronça les sourcils, puis décida de l'ignorer. Il devait s'empresser de rejoindre Rikyu à la gare.
Le décor du chemin vers la gare était le même que d'habitude — sauf que, comparé au matin, il n'avait pas à courir. Les rues étaient animées par les enfants qui finissaient les cours et les adultes qui rentraient du travail. C'était à ce moment que les expressions lasses commençaient à se transformer, pour certains. Une fois qu'on leur accordait un répit. Seulement un répit, cela dit.
Après un moment de marche, Meo arriva à la gare. Sur le quai, il repéra directement Rikyu — ses cheveux blonds en désordre, penché sur son téléphone, sûrement en train de s'informer sur la lueur dont tout le monde parlait. Il se glissa derrière lui.
« Les enfants de nos jours, toujours sur leur téléphone, hein ? » dit Meo en prenant une voix de vieux.
Rikyu leva la tête et le vit.
« M… Monsieur Kelovog ?! » répondit-il, une expression faussement horrifiée sur le visage.
Les deux amis rigolèrent un instant.
« Alors, comment s'est passé ta journée ? » enchaîna Rikyu.
« Comme d'habitude. Une longue journée barbante, rien d'intéressant. Et toi, au resto ? »
« Pareil. À part le fait qu'on va se faire envahir par des aliens bientôt. »
« Ah oui, ça. Si ça se trouve, c'est un portail vers un isekai et on est en train de rater notre chance, tu sais ? » plaisanta Meo.
« Ah ouais. Y a pas une personne qui veut sauter dedans et revenir pour voir ? »
« C'est chez nous, en plus. À Elnevir. »
« Pas exactement. Le premier était à Elnevir, mais ils se sont multipliés dans tout Grandia. Le truc fait vraiment parler en ce moment. »
« Ah, j'étais pas au courant. Ça commence vraiment à prendre une ampleur démesurée, quand même. »
« Ouais. On rigole, mais on a vraiment aucune explication sur le phénomène. »
Meo pris un moment.
Ça exclut presque le coup monté.
Les voyageurs commencèrent à avancer vers l'avant du quai ; Meo et Rikyu firent de même.
« Attention, s'il vous plaît. Le train à destination d'Elnevir entrera en gare dans quelques instants. Pour votre sécurité, veuillez vous éloigner de la bordure du quai. Merci. »
À l'arrêt du train, ils montèrent. Il n'y avait pas beaucoup de passagers ; ils prirent un compartiment de quatre sièges pour eux seuls.
« J'espère qu'on en saura plus dessus bientôt », reprit Meo.
« C'est clair. On attend tous le constat scientifique. Peut-être qu'on l'aura demain. »
Meo sortit son téléphone et rechercha une image de la lueur. Elle semblait n'avoir aucune source — elle lévitait au milieu de nulle part, et les couleurs qui en émanaient sortaient de l'ordinaire. Le regard fixé sur son écran, Meo n'avait pas dit un mot depuis un moment.
Serait-ce réellement un phénomène surnaturel ?
Il doit bien y avoir une explication.
« Te casse pas trop la tête avec ça, hein. Je pense qu'y a rien à faire, à part attendre », lança Rikyu.
« T'as raison. Ça sort juste un peu de tout ce que j'ai vu avant. Du coup je suis captivé, désolé. »
« Normal, on l'est tous. Mais évite de t'excuser, aussi. »
Meo esquissa un sourire.
« C'est juste l'habitude, imbécile. »
« Ah, ça parle mal maintenant ? »
« J'ai de mauvaises influences, malheureusement. »
« Bah oui, mets tout sur moi, tant qu'on y est. »
« C'est louche que tu te sentes visé. »
Ils continuèrent à se lancer des piques jusqu'à leur arrivée à Elnevir.
Avant l'arrêt du train, une passagère se mit à s'agiter. Elle remonta la rame et s'arrêta devant le compartiment où Meo et Rikyu se trouvaient.
« Enfin, c'est notre sauveur qui arrive. Dieu nous l'a promis, et il revient ! Nous serons enfin libres, vous m'entendez ? Libres ! Il n'est pas encore trop tard pour nous rejoindre… » dit-elle d'une voix fanatique.
Meo ne savait pas comment réagir. Il chercha Rikyu des yeux.
« Bon, c'est très intéressant, mamie, mais je pense qu'il va falloir aller prendre vos cachets. C'est pas tout ça, mais on aimerait sortir », lança Rikyu en l'interrompant.
Il se leva, l'écarta doucement et se retourna vers Meo.
« Tu viens ? »
Meo lâcha un sourire gêné vers la femme et rejoignit son ami. Ensemble, ils sortirent du train.
« Encore un de ces fous du train, hein ? » dit Rikyu.
« Ils ont enfin une raison valable de se faire entendre, en vrai », répondit Meo.
« Mouais, si tu le dis. »
À la sortie de la gare, les deux amis se dirent au revoir.
« Et d'ailleurs, si tu vois la lueur, préviens-moi ! » lança Rikyu en s'éloignant.
« Toi aussi ! » répondit Meo.
Chacun prit sa propre route.
Meo était de nouveau seul. Le paysage n'avait rien à voir avec celui de Nosbourg. L'air était enfin respirable, on pouvait s'entendre parler, et la verdure s'étendait à perte de vue. Il lui fallut à peine cinq minutes pour arriver chez lui.
C'était le calme. Enfin — pas tout à fait comme d'habitude.
En rentrant, Meo vit au loin une foule. Des journalistes, des militaires ainsi que des équipes scientifiques étaient massés autour d'une boule lumineuse colorée. Le périmètre était délimité par des rubans jaunes interdisant l'accès au public.
C'est la lueur des réseaux !
Elle est immense... Elle pourrait englober plusieurs dizaines de personnes.
Et c'est quoi ces couleurs qui s'échappent... c'est complètement hors de ce monde.
Elle ne ressemblait pas à une boule — plutôt à une déchirure. Pas bâclée : intentionnellement ronde et qui ne se mêlait pas à la réalité. L'intérieur semblait être un nouvel espace, pas celui qu'on occupait. Non, ce n'était pas un coup monté. C'était vraiment là, à quelques centaines de mètres de chez lui.
Il prit son téléphone, cadra et envoya la photo à Rikyu.
« Je sais même plus quoi dire, faut vraiment que tu voies ça en personne », écrivit Meo.
Il resta planté pendant un moment, avant de se décider à rentrer.
De l'extérieur, il voyait les lumières du salon et du premier étage allumées.
Mina et les parents sont sûrement rentrés.
Il poussa le portail du porche et se dirigea vers l'entrée en attrapant ses clés. Devant la porte, il respira un bon coup, avant d'entrer dans la maison.
« Je suis rentré ! » lança Meo.
Pas de réponse. Sa mère était sûrement dans la cuisine, son père dans le salon en train de regarder la télé, et Mina dans sa chambre. Il avança vers le premier étage, là où se trouvait sa chambre, mais s'arrêta à la première marche.
Non…
Il revint sur ses pas, passa la tête dans la cuisine et vit sa mère en train de cuisiner.
« Bonsoir, Maman… ! »
Elle tourna les yeux vers lui un instant.
« Ah, Meo. Je prépare le dîner, viens manger après », dit-elle d'un ton monotone.
« Tu prépares quoi ? »
« Un ragoût de légumes, avec ceux du jardin. »
« Miam, j'ai hâte ! »
Plus de réponse.
« Je reviens après », enchaîna-t-il.
C'était maintenant au tour de son père, dans le salon.
« Bonsoir, Papa… »
Son père lui fit un signe de la main en gardant les yeux rivés sur la télévision. Elle diffusait les actualités du jour.
La lueur, encore.
Meo comprit qu'il ne voulait pas être dérangé. Il avait déjà fait sa part. Il pouvait enfin aller dans sa chambre.
À l'étage, la chambre de Mina était éclairée. Meo déposa son sac dans sa chambre, puis fila à la salle de bain où il se lava rapidement les mains et se débarbouilla le visage. Il attrapa le bac à lessive et revint dans le couloir devant la porte de Mina. Il toqua.
« Je peux entrer ? » demanda Meo.
« Oui ! » répondit la voix de Mina derrière la porte.
Il ouvrit la porte et entra.
« Meooo… ! » s'écria Mina en voyant son frère. Elle était allongée sur son lit, portable en main.
« Oui, Mina ? »
« T'as vu le truc dehors, c'est trop bizarre ! »
« Tout le monde l'a vu, je pense. On en saura plus bientôt vu la foule. »
J'espère du moins.
« D'ailleurs, tout s'est passé comme t'as dit aujourd'hui au contrôle ! Ta technique pour calculer, elle a marché aussi ! »
« Top, ça ! Je suis trop content de l'apprendre, Mina. C'est les parents qui vont être fiers de toi ! »
Meo ne pouvait s'empêcher de sourire.
« Oui, mais j'y serais jamais arrivée sans toi. »
« Mais si, tu en es tout à fait capable, Min. Crois-moi, t'as tout pour y arriver, j'en suis certain. Et puis de toute façon, je te lâche pas si tu as besoin de moi. T'inquiète pas. »
« Promis ? »
« Promis. »
Meo balaya la chambre du regard rapidement. Elle était un peu en désordre, mais rien de particulièrement choquant.
« Je me permets », prévint Meo.
Il ramassa les vêtements qui traînaient sur le sol pour les mettre dans le bac qu'il avait pris plus tôt. Une fois qu'il eut ramassé tous les vêtements, il s'assit aux côtés de sa sœur.
Le téléphone de Mina vibra, indiquant qu'elle avait reçu un message. Mina resta figée dessus.
« Il y a quelque chose dont tu veux parler ? T'as l'air un peu maussade. »
« Non… c'est juste l'anniversaire de Paula ce week-end. Elle me demande si je serai bien présente. »
« Et du coup, tu hésites ? »
« Oui… un peu. »
À sa connaissance, Mina s'entendait bien avec Paula. Le problème devait résider ailleurs.
« Tu as un doute parce qu'il y aura tout plein de monde que tu connais pas, et tu veux pas être mise de côté, c'est ça ? »
« Comment tu sais ? Tu lis dans ma tête, encore ! »
« Je connais ma petite sœur, quand même », plaisanta Meo en riant.
Il se connaissait surtout lui-même.
« Mina, je pense pas que tu devrais essayer de prédire ce qu'il va se passer là-bas. Dans le fond, j'ai vraiment limpression que tu veux y aller. »
« Mais si je me retrouve toute seule... ? »
« Qu'est-ce que je viens de dire... ? Tu auras des regrets si tu n'y vas pas ? »
Mina réfléchit un moment.
La réponse est sûrement oui, elle a juste besoin qu'on la pousse un peu.
« Et puis, tu seras jamais toute seule. Je suis toujours avec toi, même si c'est pas physiquement. On forme une équipe, n'est-ce pas ? » demanda Meo en lui tendant la main.
Il examina le visage de sa sœur. Son air préoccupé se dissipa petit à petit, laissant place à un sourire discret.
« Toujours ! Et si t'as aussi besoin de moi, je serai là aussi ! » répondit Mina.
Elle saisit la main de son frère.
« Très bien, je te fais confiance alors ! »
Mina fit un signe de la tête en souriant.
« On va manger ? »
« Oui, j'ai super faim ! »
Meo aida sa sœur à se lever, puis, ensemble, ils descendirent à la cuisine.
Une dernière ligne droite.