Chapitre 865
*PAN !!!
Alice pressa la détente et observa la balle déchirer l'air.
*CLANG !!!
« MERDE ! »
Elle avait été trop précipitée. En voulant prendre la bête par surprise, elle espérait que la balle lui transpercerait le crâne.
Au lieu de cela, elle frappa l'épine sur son épaule et ricocha.
La bête tourna la tête et se rua sur Alice, qui fit feu à nouveau.
Sans reculer, Alice visa une seconde fois.
La créature était bien plus rapide qu'elle. Même en voulant fuir, c'était impossible.
Mais une balle est toujours plus rapide qu'une bête.
Alice plissa les yeux et pressa la détente sans hésiter !
*PAN !!!
La seconde balle fendit l'air et se logea en plein centre de la tête de la bête.
Mais même morte, l'élan de la créature ne s'arrêta pas.
Alice plongea sur la droite, mais ses mouvements manquaient de vivacité. L'une des épines lui écorcha la jambe, arrachant un morceau de sa cuisse.
*CRAC
Alice ne prêta aucune attention à la bête qui venait de s'écraser contre le mur derrière elle.
Sa priorité était de stopper l'hémorragie.
Sans énergie ni pouvoir de Sceau, elle devait trouver un autre moyen.
Saisissant une planche brisée à proximité, Alice déchira des morceaux de sa robe et les enroula au-dessus de sa plaie.
En utilisant la planche comme garrot de fortune, elle commença à serrer jusqu'à ce que le sang cesse de couler. Elle ne pouvait plus bien bouger sa jambe, mais c'était toujours mieux que de mourir exsangue.
Une fois les premiers soins terminés, Alice poussa un soupir de soulagement et jeta un œil au mur effondré.
La bête s'était déjà transformée en un tas de cendres, avec le même cristal enfoui au milieu.
En boitant, elle ramassa le cristal et observa le cadavre désormais enseveli sous les débris.
Contrairement aux monstres d'ombre, celui-ci semblait humain et bien équipé.
« Désolée, mais tu es déjà mort. Ne m'en veux pas de prendre ce dont j'ai besoin pour survivre. » Alice s'excusa en s'agenouillant pour fouiller les poches du cadavre.
Un sourire apparut sur son visage avant de laisser place à la déception.
Elle avait cru trouver des balles, mais ce n'était que de la ferraille, trop grosse pour servir de munitions.
En fouillant les autres poches, Alice grogna de frustration.
Au final, les seules choses utiles étaient la veste et quelques débris métalliques. Rien de plus.
Au moins, avec la veste, elle pouvait se couvrir, ayant dû sacrifier sa robe pour son garrot.
Même si la pudeur était le cadet de ses soucis face à la mort, elle préférait éviter de courir avec une robe en lambeaux transformée en demi-chemise.
En se regardant dans un miroir, Alice eut un tressaillement.
La veste était bien trop grande. Ce qui aurait dû s'arrêter à la taille lui arrivait aux genoux.
Et le design... ce n'était pas vraiment élégant.
Certes, il y avait des manches longues, mais pas du genre esthétique. Non, c'était rigide et gênant pour bouger. Plutôt agaçant que stylé.
Ravallant ses griefs, Alice se concentra sur les cristaux.
Malgré le fait d'en avoir deux, le chemin des papillons ne devenait pas plus clair. En fait, il restait identique.
« On dirait que la quantité ne change rien au trajet. Ils mènent tous au même endroit. » pensa Alice en boitant le long de la route principale.
Tout en suivant les papillons, elle veillait à ne pas se faire surprendre cette fois.
Après avoir gaspillé deux balles sur la dernière bête, elle ne pouvait plus se permettre une telle erreur.
Avec une seule balle restante, elle devait s'assurer de ne l'utiliser qu'en dernier recours.
Quant aux embuscades, elle redoublait de vigilance. Au-dessus, en dessous, derrière les obstacles. Elle vérifiait tout.
Naturellement, ses efforts payèrent, bien que certains lieux d'embuscade laissèrent Alice... sans voix.
Des bêtes suspendues aux ponts, attendant qu'une proie passe en dessous.
Des bêtes cachées sous des plaques d'égout, les doigts dépassant légèrement, prêtes à bondir au moindre signe de vie.
Même des bêtes cachées dans des poubelles. Sans le bruit de leur respiration, Alice ne les aurait jamais remarquées !
Pour tous ces endroits... Alice n'avait qu'un seul mot.
Pervers !
Toutes ces cachettes étaient d'une perversité ridicule. Si quelqu'un passait par là, même sur ses gardes, il se ferait piéger s'il n'était pas extrêmement attentif !
Ce n'est qu'en avançant à pas de tortue, en vérifiant chaque recoin, qu'elle parvint à éviter certaines de ces embuscades.
Plus Alice en voyait, plus elle s'agaçait et plus elle se forçait à être prudente. Chaque pas n'était fait qu'une fois la voie assurée.
En descendant l'allée principale, elle remarqua quelques cadavres semblables à celui qu'elle avait croisé plus tôt. Mais ils étaient piégés, leur torse tressaillant de temps à autre.
Clairement une bête attendant qu'un imprudent vienne fouiller le corps.
Alice l'ignora donc.
Après un moment, le sillage de papillons commença à s'étoffer. De plus en plus de papillons apparaissaient, signe qu'Alice approchait de leur destination.
Malgré cela, elle restait sur ses gardes.
La précipitation est mauvaise conseillère.
Si elle se laissait aveugler par l'objectif, elle risquait de ne pas voir l'embuscade attendant qu'elle baisse sa garde.
Et comme prévu, non loin de là, une autre bête était accroupie, aux aguets.
En faisant un large détour, juste hors de sa portée de détection, Alice entra finalement dans ce qui semblait être une pharmacie abandonnée aux murs éventrés.
Tous les papillons menaient à l'intérieur, et Alice les suivit.
Avec précaution, elle descendit ce qui ressemblait à un escalier.
« De la lumière ? » Alice fronça les sourcils.
Au pied de l'escalier, une lueur vacillait. Celle d'un feu, en quelque sorte. À côté, la silhouette d'une personne portant un grand chapeau pointu.
À en juger par ses mouvements, Alice comprit que la femme jouait avec les papillons.
Elle ne savait pas si elle était amicale ou non.
Arme en joue, Alice descendit lentement l'escalier en boitant, toujours à l'affût d'une embuscade à travers les fissures des murs.
Heureusement, il n'y en avait aucune, et Alice vit celle qui l'attendait. Une femme blonde, à peine plus grande qu'elle.
Elle portait ce qui semblait être une tenue de sorcière : une robe gothique violet sombre, presque noire, bordée de motifs dorés et de froufrous. Le dessous de la robe était d'un cramoisi profond, et son large chapeau de sorcière était assorti.
Dans sa main, elle tenait un long bâton en bois surmonté d'un cristal violet.
À l'intérieur de ce cristal, on pouvait voir un Embryon similaire.
Elle avait des yeux violets et un sourire apaisant. En tournant le regard, elle fut surprise de voir Alice.
« Une voyageuse ? Non... une Chasseuse ? Ou es-tu une civile ? » demanda-t-elle calmement. Son accent était inconnu pour Alice.
« Disons civile pour le moment. » répondit Alice en gardant ses distances.
« Une civile, dis-tu ? Je dois dire que je vois rarement une civile aussi calme et posée errer dans les terres de cauchemar. Viens, assieds-toi. Tu découvriras que ce refuge recèle bien des secrets. » Elle fit un geste en riant.
Alice fronça les sourcils, sur ses gardes face à la sorcière.
En réponse, elle plaça son arme derrière elle.
« Tu te proclames civile, pourtant tu as la méfiance d'une Chasseuse blessée. Si j'avais voulu me battre, je l'aurais fait dès l'instant où tu as franchi cette porte. » rassura la sorcière.
En entendant cela, Alice soupira et s'assit en face d'elle.
Entre elles, une étrange branche brûlait à la racine. Sur les rameaux, les papillons étaient perchés, battant des ailes de temps à autre.
Dès qu'Alice s'assit, elle eut l'impression qu'une vague de brouillard enveloppait son corps. Des mains invisibles la touchaient de toutes parts ; elle se leva brusquement, son arme pointée vers la femme.
« Ce n'est pas mon œuvre, ne crains rien. Pourquoi ne regardes-tu pas ta jambe ? » La sorcière croisa les jambes avec un sourire aux lèvres.
Alice restait méfiante.
Elle sentait encore la pression et l'engourdissement dans sa jambe. Qu'est-ce qui avait pu changer ?
En baissant les yeux un instant, elle se figea.
« Tu vois ? Comme je l'ai dit. Ce refuge recèle bien des secrets. Suis les papillons et tu trouveras des camps comme celui-ci. Un lieu de sécurité et d'abri contre le brouillard. Toutes les blessures et la fatigue sont atténuées par la présence de cette douce flamme. » expliqua la sorcière, son doigt effleurant doucement la branche tandis que les papillons se posaient sur sa main.
« Sais-tu où nous sommes ? » demanda Alice.
Elle était toujours sur ses gardes, mais il semblait que cette sorcière n'allait pas l'attaquer. Pas pour l'instant, du moins.
« Une terre de cauchemars. Es-tu peut-être une voyageuse ? Tu sembles bien étrangère ici. » demanda la sorcière en penchant la tête, confuse.
« Tu as raison, je suis étrangère. Je veux juste m'orienter et sortir d'ici. » Alice eut un sourire amer.
En entendant cela, la femme éclata de rire.
« Pft !!! Sortir d'ici ? Toi ? PFT !!! »
Alice fronça les sourcils.
« Est-ce si étrange ? »
« Oui, ça l'est. Tu ignores les règles de cette terre de cauchemar, et pourtant tu rêves de partir ? Tu es vraiment une voyageuse, après tout. Pourquoi ne pas nous présenter ? »
« Je suis une sorcière de ces terres. Tu peux m'appeler Monika. »