Chapitre 786
Alice écrasa le crâne de la bête de son talon et arracha sa lame.
« Est-ce... Est-ce que c’est tout ? » Elle prit une profonde inspiration, incapable de croire au nombre ahurissant de bêtes qu’elles avaient dû abattre.
Après la première vague de renforts, deux autres avaient surgi, les forçant à une guerre d’usure.
Gwen faisait de son mieux pour réduire leurs rangs, mais les bêtes avaient retenu la leçon et restaient à distance, n’attaquant que lorsque son corps se figeait à cause du poison.
Mais dans ces moments-là, Alice intervenait pour la couvrir.
Ce n’était pas un combat difficile, juste épuisant.
« Je crois que c’est tout. Je ne vois rien d’autre. » Gwen essuya sa sueur tout en s’enveloppant d’une couche de feu, brûlant le poison et le Sang des Abysses.
Mais surtout, elle s’inquiétait pour le corps de Kaia.
« Tu es sûre que ça va ? »
Le poison était assez puissant pour pénétrer même ses flammes purificatrices, ne serait-ce qu’un instant.
Pourtant, Kaia ne semblait nullement affectée.
Certes, elle lui avait donné un petit bonus, mais cela n’aurait pas dû suffire à ignorer le poison à ce point.
Les soupçons de Gwen commençaient à renaître.
Elle avait auparavant suspecté Alice d’être responsable de la corruption. Cependant, elle avait écarté cette idée après avoir combattu à ses côtés et appris à la connaître.
Le fait qu’elle soit la disciple de sa tante l’avait aussi aidée à se rassurer.
Mais une fois de plus, le doute s’installait.
*BEURK !!!
« Hein ? »
Entendant un bruit de vomissement derrière elle, Gwen se retourna et vit Kaia recracher un poison qui grésillait au contact du sol.
« C’est quoi ce bordel ?! » Alice regarda les bêtes avec dégoût.
Si elle ne l’avait pas vomi, son corps aurait mis du temps à le digérer. Certes, ça ne l’aurait pas tuée.
Mais elle aurait traîné une sensation de merde jusqu’à ce que ça passe.
Et avec un combat difficile en perspective, elle ne voulait PAS de ce genre de distraction.
Alice vit la surprise de Gwen.
« Quoi ? T’as jamais vu une fille vomir ? Crois-moi, offre-moi une nuit d’alcool et tu verras ça au petit matin. » Alice leva les yeux au ciel.
« Pft ! Non, non, ce n’est rien. On dirait que tu stockes les poisons ou les impuretés dans ton corps si tu recraches tout ça maintenant. » Gwen rit.
« Un truc du genre ? Urg... J’ai l’impression qu’il en reste encore un peu. » Alice gémit, manquant d’énergie et n’ayant aucune envie de perdre du temps à s’expliquer.
Si Gwen était arrivée à sa propre conclusion, qu’il en soit ainsi.
Voyant Alice lutter pour purger le poison, Gwen se sentit coupable de l’avoir suspectée et la hissa sur son dos.
« Qu’est-ce que tu fais ? » gémit Alice, sentant l’envie de vomir revenir.
« On ne peut pas rester ici, le sang va attirer d’autres bêtes. Je te porte pendant qu’on part à la recherche de Syrion. » rassura Gwen avec un rire.
« Si je vomis sur ton épaule, ne viens pas te plaindre... » Alice ferma les yeux.
« Je ne le ferai pas... »
*Beurk~
«. . . »
«. . . »
*Grésillement...
Gwen posa Alice et alla se chercher une nouvelle veste.
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Syrion marchait vers une destination inconnue.
Dernièrement, de plus en plus de souvenirs refaisaient surface. Ce n’étaient pas des souvenirs majeurs, juste son quotidien.
Mais même ainsi, c’étaient des souvenirs qui le poussaient à avancer un jour de plus.
« Alors, tu es revenue. Si tu souhaites converser ou simplement observer, pourquoi ne marcherais-tu pas avec moi ? » Il jeta un coup d’œil derrière lui, remarquant Griselda qui l’observait non loin.
Après une hésitation, Griselda se tint à ses côtés et se mit en marche.
« Ils sont arrivés. » dit-elle après une brève pause.
« Oh ? »
« Celui qui a réclamé ta prime. Un enfant du Soleil. » expliqua Griselda tandis que Syrion se frottait le menton.
« Alors je suppose que je devrai trouver ma destination bientôt, haha~ Je ne voudrais pas mourir avant de l’avoir trouvée. » Il laissa échapper un rire chaleureux, surprenant Griselda qui se tourna vers le Souverain.
« Ne me regarde pas avec ces yeux-là, vieille amie. Toi et moi savons que je suis mort depuis longtemps, errant sur ces plaines sans vie à la recherche de mon foyer. » Syrion gloussa, prenant une profonde inspiration et regardant le ciel sans soleil.
« Mais qu’en est-il de ta fam... »
« Je ne me souviens peut-être pas, mais je peux encore deviner. Chaque fois que je me rappelle son visage, chaque fois que je sens la main de mon fils, je ressens une douleur lancinante dans la poitrine. Mon esprit est vide, mais mon cœur sait. L’autre moi, celui qui erre avec un seul but... "Il" se souvient probablement de l’amertume, n’est-ce pas ? » coupa Syrion en posant la main sur son torse.
À partir des fragments de souvenirs, il commençait à assembler les pièces de ce qui s’était réellement passé.
Ce qui était arrivé à la fin de sa vie.
Comment il avait fini dans cet état.
Griselda ne put rien dire. Comme prévu, prolonger la souffrance de son ami était trop cruel. Le faire ne ferait qu’assouvir ses propres désirs égoïstes.
« L’enfant du soleil devrait mettre un certain temps à te trouver. Quant à ce que tu cherches, laisse-moi t’y conduire. Mais... » Griselda hésita.
L’emplacement de son foyer était devenu depuis longtemps un repaire de monstres. Un morceau de la Surface qui avait été englouti par les Abysses il y a des siècles.
Même ainsi, elle avait mémorisé ses coordonnées, nettoyé les bêtes lors de ses visites et fait de son mieux pour maintenir la maison dans son état d’origine.
« Peu importe son état, je souhaite simplement me reposer chez moi. »
En entendant cela, Griselda afficha un sourire impuissant.
Malgré son apparence et son expression bourrues, c’était un homme attaché à sa famille. Quelqu’un qui se souciait plus des siens que de tout le reste.
Un gardien au cœur d’or.
« Très bien, je t’y emmènerai. »
C’était son dernier cadeau à son vieil ami. Un homme qui avait tant donné à la lune, un homme qui avait tout perdu.
C’était ses excuses.
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*Huff... Huff... Huff...
Du sang sur les murs, des cadavres au sol.
Elle courait, courait encore et encore.
Derrière elle, une ombre cramoisie vacillante la poursuivait.
Peu importe ce qu’elle faisait, elle persistait.
« Arrête de regarder, bordel ! »
Mais peu importe ses appels à celle qui planait au-dessus d’elle, elle refusait de bouger.
« Oups, attention, il y a quelque chose devant. » gloussa la femme flottante, pointant du doigt un amas d’ombres qui développa soudain une paire d’yeux et une bouche.
Serrant les dents, la foudre parcourut le corps de la femme.
Raikiri !
Un tirage rapide ! Un arc tonitruant et une ligne destructrice. Le sol se déchira sous son attaque, mais l’ombre se divisa en deux avant de se recombiner.
Son attaque avait raté !
Ria sentait la sueur imbiber son corps, des cernes profonds sous les yeux ; elle n’avait pas pu dormir correctement.
Des bêtes la traquaient de toutes parts, cette pression étouffante et ce miasme.
Et pire que tout, Astrelya qui planait au-dessus d’elle comme une lampe dans les ténèbres. Elle projetait son énergie, attirant les bêtes par dizaines, forçant Ria dans des situations mortelles.
« TU PEUX ARRÊTER ! Je galère déjà avec deux ! » hurla Ria, frappant le sol et activant de force sa seconde résonance.
Si l’ombre ne voulait pas mourir, elle devait tuer la chose derrière elle !
Shinsei Raikiri !
Son coup le plus rapide combiné à une double foudre !
L’image rémanente derrière elle bondit en avant alors que son attaque perçait un trou dans la bête.
Pourtant, celle de couleur cramoisie baissa les yeux sur le trou, sourit et le regarda guérir.
« Tsk ! Régénération de merde ! » jura Ria, s’accroupissant et déployant une cage de foudre qui les engloba toutes les quatre.
Astrelya s’en moquait, ce peu de foudre ne pourrait jamais lui faire de mal.
L’une se régénérait tandis que l’autre se divisait. Elle devait continuer à frapper comme un orage furieux jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien !
Dégainant sa lame, d’innombrables arcs de foudre jaillirent alors que le corps de Ria disparaissait.
Des images rémanentes fragmentées remplissaient la zone, se multipliant, convergeant, se multipliant, convergeant.
Chaque conversion provoquait une entaille qui détruisait une partie de la bête.
Un filet finement tissé de pure destruction où tout dans la zone était réduit en poussière !
*BANG !!!
D’un dernier coup, Ria réapparut au milieu d’un cratère.
Tout à l’intérieur de sa cage était détruit, même les environs, pourtant Astrelya restait totalement intacte.
« Hm... c’est une note passable. Mais toujours pas suffisant. » sourit Astrelya.
Avant même que Ria puisse demander ce que cela signifiait, une intention meurtrière glaciale remplit la zone alors que les ombres commençaient à converger à nouveau.
Et au sein de cette ombre, des étincelles cramoisies.
Les deux cibles étaient toujours en vie !
« Il te manque toujours ce tranchant mortel, ma chère. Tant de potentiel réuni, et pourtant tu refuses de l’exploiter. Tu ne trouves pas que c’est du gâchis ? » demanda Astrelya avec un soupir, mais Ria lui lança un éclair.
« La ferme. Je me fiche de ce que tu penses, je vais gérer ça à ma manière. Alors soit tu m’aides, soit tu fermes ta gueule et tu te contentes de regarder. » Ria lança un regard noir, les veines saillantes sur son cou.
Mais aussi détestable que cela soit, Astrelya avait raison.
Contre les bêtes de Terminus, ses lames ne suffisaient pas.
Il lui fallait quelque chose de plus.
La vitesse ne suffisait pas.
Son tranchant avait besoin d’autre chose pour tuer correctement les ennemis auxquels elle allait faire face.
Mais faire confiance à l’Éclipse, c’était franchir une ligne de non-retour.
Un choix qu’elle refusait de faire !
« Cette arrogance et cette obstination vont te tuer, chère Ria. Tu n’es pas prête pour ces deux-là. » dit Astrelya sans émotion. Ses yeux fixaient Ria qui se figea.
Une sensation de brûlure soudaine dans le dos et une douleur rampante.
Du sang jaillit de ses lèvres alors qu’elle baissait lentement les yeux.
Ria pouvait voir un bras lui transpercer le flanc.
Un sentiment de mort.