Chapitre 514
« Je… je crois que je veux rester un peu dans le Nord. » Selen se gratta la joue.
Alice cligna des yeux, son cerveau s'arrêta un instant tandis qu'elle jetait un coup d'œil sur sa gauche, vers Egil qui veillait sur sa mère.
« C'est vrai ? » murmura Alice en commençant à assembler les pièces du puzzle.
Sentant un frisson lui parcourir l'échine, Selen observa l'expression d'Alice et y vit un sourire narquois.
« Hou hou~ Alors tu veux rester dans le Nord, hein ? Je me demande si c'est à cause d'une certaine personne ? Tu étais quand même très inquiète pour tout ce qu'il faisait~ » Alice se rapprocha avant de donner un coup de coude à Selen.
« Euh… On est un peu… tu sais. Euh… ensemble. » admit Selen, ce qui fit se figer Alice.
Elle voulait taquiner Selen un peu plus longtemps, mais si elles sortaient déjà ensemble, ça n'avait plus aucun intérêt.
« Si c'est le cas, il est tout naturel que tu restes dans le Nord. En plus, tu connais la famille Zenia, alors avoir quelqu'un comme toi ici sera d'une grande aide. » Alice gloussa.
« Tu n'es pas agacée ? » Selen haussa un sourcil.
« Pourquoi le serais-je ? Honnêtement, je n'aurais pas été surprise si tu m'avais laissée mourir après mon expulsion du Monde Inversé. Le fait que tu aies pris soin de moi pendant tout ce temps est déjà largement suffisant. » Alice sourit.
« Donc, si tu veux rester dans le Nord, ne te gêne surtout pas. Ce n'est pas comme si nous coupions totalement les ponts. Tu peux toujours m'envoyer des lettres et vice versa. » Alice lui tapota l'épaule.
« Mais est-ce que tu iras bien toute seule ? »
Alors qu'Alice prévoyait de voyager vers le sud-est, avoir un compagnon de route aurait rendu les choses bien meilleures et permis de répartir les responsabilités.
« Pft, ne t'inquiète pas, je ne suis jamais seule. J'ai les voix dans ma tête, non ? » Alice sourit en pointant sa tête du doigt.
« Putain, qui est-ce que tu traites de voix dans ta tête ? Je suis ta foutue jumelle ! » Alyss leva les yeux au ciel.
« Alors ne t'en fais pas pour moi. Au contraire, t'avoir ici me donne un moyen de garder un œil sur ce qui se passe dans le Nord. Surtout que les Zenia pourraient cibler cet endroit même si je ne suis plus là, tu sais ? »
Après y avoir réfléchi un instant, Selen hocha la tête.
« Très bien. Mais si tu vas dans le sud-est, assure-toi de trouver un guérisseur fiable, d'accord ? Avec ton imprudence, si tu n'as pas quelqu'un avec un minimum de connaissances médicales à tes côtés, tu finiras par briser ton corps au-delà de toute réparation. »
« Je verrai ce que je peux trouver. » convint Alice.
Sa rencontre fortuite lors de la bataille près du port lui rappelait qu'elle ne pouvait pas compter entièrement sur sa régénération. Le fait qu'elle ait failli mourir alors que sa régénération ne fonctionnait pas avait été une véritable claque.
Alors qu'elle s'apprêtait à dire autre chose, Alice remarqua que les portes s'ouvraient et vit Caera entrer avec une assurance dans sa démarche qu'elle n'avait pas auparavant.
Un sourire aux lèvres, elle jeta sa veste sur le porte-manteau et se laissa tomber sur sa chaise.
« On dirait que tu es de bonne humeur. » gloussa Alice.
Faisant pivoter sa chaise pour glisser à travers la pièce, Caera hocha la tête.
« Je le suis, en effet. Tu as eu ton entrevue avec la Reine et j'ai eu le feu vert pour la prochaine étape de mon expérience. »
« En parlant de la Reine, sais-tu pourquoi elle n'a pas bougé pendant l'attaque ? » demanda Alice, curieuse.
« Bien sûr que je le sais. C'est moi qui l'ai mise dans cet état, après tout. » Caera hocha la tête tout en jouant avec une mèche de ses cheveux.
« Mais je ne peux m'empêcher de remarquer qu'il y a quelqu'un d'autre ici. C'est un laboratoire, ma chère maîtresse, pas une auberge. » Elle passa la tête par-dessus l'épaule de Selen et jeta un coup d'œil à la mère d'Egil qui dormait sur le lit.
« Désolée pour ça. » Alice se gratta le menton.
« Pas besoin d'excuses, je ne te blâme pas, ahaha. Mais pour revenir à ta question, oui, je sais. Quand il s'agit de cultiver une divinité, je suis encore novice, et la Reine est le premier sujet de cette expérience. Elle ne pouvait pas bouger car elle est en plein processus délicat de création de son propre cocon. »
« Pour atteindre une divinité stable, elle doit d'abord briser sa coquille mortelle. Mais si elle devait agir et exercer son pouvoir, ce cocon qu'elle construit se briserait et sa divinité échouerait. En substance, si elle intervenait, elle ne serait qu'une demi-déesse plutôt qu'une déesse à part entière. » expliqua Caera.
« La deuxième raison, ce sont les autres Dieux. Je ne pense pas avoir besoin d'expliquer à quel point les trois dieux sont mesquins, alors tu peux imaginer leur réaction dès qu'ils sentiront une divinité qui ne leur appartient pas dans le Nord. Au moment où la Reine fera le moindre mouvement, sa divinité cultivée s'échappera. Cela deviendra un signal qui fera savoir aux dieux qu'une nouvelle divinité apparaît. »
En entendant cela, Alice fronça les sourcils.
Si c'était bien le cas, il n'était pas surprenant que Verona n'ait pas voulu bouger.
Si elle le faisait, elle échouerait à devenir une déesse et resterait une demi-déesse. Dans cet état, elle serait incapable d'empêcher les trois dieux de répéter ce qui est arrivé à Ayr.
« Donc, ce que tu me dis, c'est qu'elle nous est redevable parce que nous l'avons aidée à survivre à l'attaque sans qu'elle ait à lever le petit doigt ? » Alice sourit.
« En gros, oui. » Caera haussa les épaules.
« Intéressant, vraiment très intéressant. »
En voyant Alice ainsi, Selen comprit immédiatement qu'elle prévoyait d'arnaquer la Reine.
« Alors, quand est-ce que je rencontre la Reine ? » demanda Alice.
« Nous pouvons y aller maintenant si tu le souhaites. »
Tapotant ses doigts, Alice hocha la tête.
Elle ne voulait pas prolonger son séjour dans le Nord. Plus vite elle réglerait ce nouveau remède pour ceux qui se battent, mieux ce serait pour elle. De cette façon, elle pourrait quitter le Nord et il y aurait plus de chances que les Zenia laissent le Nord tranquille.
Se levant, elle demanda à Caera de lui montrer le chemin.
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« Encore distraite. À quoi penses-tu si profondément ? » La femme tapota le pommeau de son épée contre la tête d'Albert.
« Désolé. » soupira Albert.
« J'ai entendu "désolé" trop de fois maintenant, dis-moi autre chose. » La femme leva les yeux au ciel et se renversa sur son siège.
« T'es-tu… déjà interrogée sur ce que fait ma famille ? » demanda Albert après une brève pause.
« Je l'ai fait. Mais ce n'est pas dans mon contrat de le découvrir. Une fois que j'aurai fini de t'enseigner, mon lien avec la famille s'arrête là. » répondit-elle honnêtement en saisissant un brin d'herbe pour le placer entre ses lèvres.
Albert était le seul lien qu'elle avait avec la famille et elle préférait qu'il en reste ainsi.
« Je comprends. Mais à l'avenir, si tu devais… te retrouver en désaccord avec ma famille, que ferais-tu ? »
« Gamin, tu veux que je me batte contre ta famille ou quoi ? Après avoir fini avec toi, je rentre chez moi. Il n'y a aucune raison pour que je continue à traîner ici. Mais dans l'éventualité où je me retrouverais en désaccord avec ta famille… Eh bien, selon ce qui se passe, je laisserai probablement mon épée parler à ma place. » La femme haussa un sourcil avant de hausser les épaules.
Elle avait remarqué que, récemment, Albert était de plus en plus préoccupé par cette famille. Peut-être était-ce la source de l'agitation dans son cœur, peut-être autre chose. Quoi qu'il en soit, s'il demandait son avis, elle lui répondrait honnêtement. C'était sa façon d'être et elle ne changerait pas.
« Bref, arrête d'y penser trop profondément. Il y a une raison pour laquelle je n'enquête pas et ne cherche pas à en savoir plus sur ta famille. » suggéra-t-elle alors qu'Albert hocha la tête.
Laissant Albert reprendre sa méditation, la femme ferma les yeux à son tour.
Le scientifique qui devait accompagner Albert pour la prochaine mission.
C'était… une personne étrange. Quelqu'un qui ne voyait les autres que comme des spécimens, et elle n'arrivait pas à cerner sa morale. La façon dont il la regardait donnait l'impression qu'il voulait juste l'ouvrir pour voir ce qu'il y avait à l'intérieur.
Pour voir ce qui rendait son corps si fort, et ainsi de suite.
« Je devrais probablement prendre mes distances avec cette famille le plus tôt possible. »
Le mauvais pressentiment qu'elle avait concernant cette famille n'avait fait qu'augmenter au cours des derniers mois. Et tout avait commencé avec l'incident à la prison, lorsqu'elle avait été forcée.
Elle ne savait pas ce qui y était caché, mais c'était clairement le début de tout.
Secouant la tête, elle fit le vide dans son esprit. Ils arriveraient bientôt au point de rendez-vous et, après cela, ils entreraient dans le Nord. Leur objectif était d'infiltrer la capitale. Elle ne connaissait pas les détails de la mission, mais son seul but était de garder Albert en sécurité.
La femme caressa le fourreau de sa lame et s'imagina en train de combattre les Seigneurs du Nord.
Sigurd, Frida et Urigar. Sur les trois, seul Urigar représentait une légère nuisance.
Même pour des Seigneurs possédant le même nombre de Sceaux, la qualité de ces derniers variait en fonction de ce qu'ils avaient accompli jusqu'à présent. Urigar avait hérité de son titre, son pouvoir était donc limité.
Bien que Sigurd et Frida aient pu obtenir un titre approuvé par les Abysses, ce n'était pas un « nouveau » titre, leurs pouvoirs étaient donc assez prévisibles.
En résumé, ce serait un massacre à sens unique en sa faveur.
Tant qu'il ne s'agissait que de ces trois-là.
Ensuite, il y avait la question de la Reine et des variables inconnues.
Cependant, elle traverserait ce pont le moment venu.
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En approchant de la salle du trône, Alice regarda Caera pousser les portes avant de se mettre sur le côté.
Elle pouvait voir une femme assise sur le trône et l'aura qui émanait de son corps. Le signe clair d'une divinité.
La Reine Verona, celle qui ambitionne de devenir une Déesse.