Chapitre 417
Une fois l'opération de nettoyage terminée, Olivr rassembla tout le monde pour faire l'appel.
Il fronça les sourcils, les veines saillantes sur le cou : trois Guerriers avaient déserté pendant le temps qu'il leur avait fallu pour récupérer tout le matériel encore utilisable.
Avec seulement 53 Guerriers et 7 capitaines restants, ils devaient assiéger et prendre une ville avec à peine 60 personnes.
Après avoir ordonné à un capitaine de traquer les traîtres et de s'en occuper, Olivr commença à réorganiser les groupes avec les informations fournies par Bo.
18 hommes furent désignés pour former un groupe de temporisation, avec Egil au centre, chargé de retenir la bête si elle venait à apparaître.
5 furent sélectionnés pour former un groupe furtif, laissant seulement 30 guerriers pour constituer l'avant-garde, en plus des sept capitaines.
Et comme prévu, Alice fut traînée dans le groupe de l'avant-garde, car avec son corps actuel, elle n'était d'aucune utilité pour les autres rôles.
Bien que Selen ait voulu protester, elle savait que c'était inutile et que cela ne ferait que créer une scène inutile. Bon sang, cela pourrait même avoir l'effet inverse et mettre Alice encore plus en danger.
Les groupes formés, ils entamèrent leur marche vers le port, la plupart des chariots ayant été détruits lors de l'embuscade.
Naturellement, il en restait quelques-uns réparables, mais ils servaient au transport des vivres plutôt qu'à celui des humains.
« Tu veux que je te porte ? » proposa Selen à Alice, inquiète de savoir si cette dernière pourrait survivre à tout le trajet.
« Sûrement pas ! » rejeta Alice sans une once d'hésitation. Si elle laissait Selen la porter, sachant qu'elle transporte les gens comme un sac de pommes de terre, Alice mourrait de honte avant même d'arriver au port !
Haussant les épaules, Selen laissa sa proposition ouverte, au cas où Alice changerait d'avis.
« On dirait que je vais pouvoir me lâcher un peu quand on arrivera au port. » Alyss croisa les jambes.
Avec seulement 30 Guerriers en avant-garde et les capitaines occupés à combattre le Grand Maître, personne ne prendrait le temps de surveiller Alyss.
Si elle prenait le relais, elle pourrait se battre à cœur joie. Bien sûr, il y avait toujours des limites à ce qu'elle pouvait faire, mais cela faisait trop longtemps qu'elle n'avait pas étiré son corps correctement.
S'entraîner et sortir manger des brochettes, c'était bien, mais Alyss avait l'impression de mourir d'ennui.
« D'accord. Je te trouverai un coin où tu pourras te déchaîner sans que personne ne regarde. » Alice hocha la tête avec un sourire, sachant elle aussi qu'Alyss souffrait en silence.
Elle n'avait pas pu la laisser sortir autant qu'elle l'aurait voulu, mais maintenant qu'ils allaient au port, c'était l'occasion parfaite.
Poursuivant leur voyage, ils allaient mettre un jour de plus, leur rythme ayant ralenti faute de chariots.
Il fallait faire plus de pauses et les provisions diminuaient.
Des embuscades survinrent occasionnellement sur la route, mais la bête principale restait invisible. Ces attaques servaient à maintenir la tension tout en privant le groupe de repos.
Même pour Alice, qui ne faisait pas grand-chose durant ces combats et se contentait d'utiliser son arbalète, l'épuisement physique et mental commençait à se faire sentir.
Une fois le camp installé, les hommes s'effondraient immédiatement de fatigue tandis que les capitaines prenaient l'initiative d'organiser les tours de garde.
La plupart des Guerriers n'avaient pas les sens assez aiguisés pour prévenir une embuscade comme la fois précédente ; c'était donc aux capitaines de veiller à leur sécurité.
Décidant de dormir dans le camp cette fois-ci plutôt que sur une branche d'arbre au hasard, Alice ferma les yeux.
« EMBUSCADE !!! »
Sursautant après n'avoir dormi que quelques heures au mieux, Alice se sentit groggy en sortant précipitamment de la tente. Elle vit une faille dans le ciel, entourée de plusieurs autres fissures au-dessus du camp.
Tout le monde se mit en alerte, saisissant ses armes, prêt à se battre.
Cependant, le temps passa et les fissures s'estompèrent.
En voyant cela, le sourire d'Alice se crispa violemment : c'était un piège depuis le début. Il n'y avait pas d'embuscade, juste des signes pour forcer les gens à se réveiller.
« Ces fils de p*te ne nous laissent pas dormir. » pensa Alice, agacée.
S'ils ignoraient l'alerte, il y avait une chance que ce soit une vraie attaque et beaucoup d'entre eux perdraient à nouveau la vie. Mais s'ils écoutaient, ils perdaient un sommeil précieux.
Comme il s'agissait d'une fausse alerte, tout le monde retourna dans ses tentes.
Une fois de plus, Alice ferma les yeux.
« EMBUSCADE !!! »
En entendant le cri, les veines saillirent sur le front d'Alice alors qu'elle jaillissait de sa tente, imitée par tous les autres.
Encore une fois, les fissures dans le ciel s'évanouirent. Alice eut envie de balancer une table dans le Vide.
« Espèces de fils de p*te ! Si vous voulez vous battre, battez-vous ! Pourquoi diable gaspillez-vous de l'énergie à ouvrir des failles sans les traverser ! "^%&^"!%*&^"*^£$' » hurla-t-elle intérieurement, enchaînant une impressionnante série d'insultes.
Même Alyss dut applaudir en admiration, ne sachant pas qu'Alice était capable d'aligner une telle tirade.
N'en pouvant plus, Olivr décida d'une nouvelle rotation pour la garde de nuit.
Un tiers des Guerriers monterait la garde. Non pas pour guetter les embuscades, mais pour écouter les ordres. Si l'embuscade était réelle, ils réveilleraient les autres tout en gagnant un peu de temps.
Si l'embuscade était fausse, les autres pourraient continuer à dormir.
Ils alterneraient ainsi jusqu'à ce que tout le monde ait eu un sommeil décent.
Retournant dans sa tente, furieuse, Alice ferma les yeux en espérant qu'il n'y aurait plus de fausses alertes. Si cela continuait, autant ne pas dormir du tout de la nuit.
Heureusement, ce ne fut pas le cas cette fois. Le groupe d'Alice faisait partie de la dernière garde et les deux autres n'eurent aucun incident.
S'étirant, Alice laissa échapper un bâillement fatigué en se frottant les yeux.
Il restait encore quelques heures avant l'aube et c'était la première fois qu'Alice allait voir le lever du soleil. Depuis son arrivée à la Surface, elle profitait de cette lumière absente dans les Abysses.
Dans les Abysses, c'était la nuit perpétuelle. Les seules sources de lumière étaient d'étranges cristaux, des bêtes, des capacités et le clair de lune.
Mais la lumière produite ne pouvait être comparée à la chaleur générée par le soleil.
En y pensant, un sourire se dessina sur le visage d'Alice alors qu'elle attendait le lever du jour avec impatience.
Cherchant un bon endroit pour s'asseoir, Alice balança ses jambes d'avant en arrière en comptant les étoiles dans le ciel.
Selen et Egil avaient déjà fait leurs tours plus tôt, tandis qu'Alyss dormait aussi. Elle n'avait personne à qui parler durant cette garde.
Sortant quelques fruits, Alice les savoura en silence.
Après la première heure, des fissures commencèrent à se former dans le ciel. Elle plissa les yeux.
Elle pouvait sentir des filaments d'énergie s'enrouler autour de l'entrée, menaçant de déchirer le ciel, mais sans aller plus loin.
« On dirait que c'est juste une autre diversion. » pensa Alice.
Ils utilisaient assez de puissance pour menacer de faire éclater le royaume, mais pas assez pour le faire réellement.
De plus, Alice ne sentait aucune présence de bêtes derrière les faux portails. Même s'ils s'ouvraient, il était possible qu'il n'y ait rien du tout.
Cependant, les portails persistaient plus longtemps que ce qu'Alice avait prévu. Les capitaines ne donnaient aucun ordre, alors Alice ne dit rien et continua de compter les étoiles.
Une heure passa encore, mais rien ne se produisit.
Seul le bruit du vent se faisait entendre. La nuit était toujours sombre et le lever du soleil ne semblait pas imminent.
Fronçant les sourcils, Alice se redressa brusquement, fixant les fractures dans l'espace.
Tout comme avant, des filaments d'énergie s'enroulaient autour de l'entrée, mais ce n'était pas suffisant pour l'ouvrir.
Regardant autour d'elle, les Guerriers discutaient, certains patrouillaient tandis que les capitaines surveillaient tout ce qui se passait.
Logiquement, tout devrait être en ordre, mais ce sentiment rongeait l'esprit d'Alice.
Levant les yeux vers le ciel, le doute l'envahit. Elle leva son arbalète et tira un seul carreau.
*Ding…
Écarquillant les yeux, elle réalisa que l'énergie d'avant ne cherchait pas du tout à ouvrir un portail. C'était un nœud pour une barrière !
Elle avait abordé le problème sous le mauvais angle depuis le début. Si elle avait envisagé d'autres possibilités, elle aurait remarqué cela bien plus tôt.
Sautant de la plateforme, elle courut vers les capitaines.
« Il y a une barrière en place ! » cria Alice, faisant se tourner les deux capitaines vers elle, confus.
« Qu'est-ce que tu racontes ? » demanda le capitaine tenant un bouclier. Alice ne perdit pas de temps à expliquer et rechargea son arbalète.
Elle visa et tira ; comme précédemment, le carreau ricocha.
En voyant cela, les capitaines ouvrirent de grands yeux et le capitaine au bouclier prit une profonde inspiration.
« EMBUSCADE !!! » rugit-il, des Sceaux brillant sur tout son corps.
En frappant le sol avec son bouclier, une impulsion d'énergie explosa et forma une barrière défensive à trois couches autour du camp.
L'autre capitaine de garde joignit ses paumes et des lances de terre jaillirent du sol.
Une spirale d'énergie se précipita derrière elles alors que les lances perçaient la barrière.
*CRAC !!!
En brisant la barrière d'un seul coup, ils écarquillèrent les yeux sous le choc.
L'épaisse énergie malveillante des bêtes se déversa dans le camp, leur glaçant le sang.
Le nombre de bêtes était inférieur à celui de la première embuscade, mais ils pouvaient sentir qu'il y en avait deux autres, du même niveau que l'étrange bête draconique qui avait éliminé près de la moitié de leurs Guerriers.