Chapitre 19
Alors que les deux s'enfuyaient à travers les sentiers en tentant tant bien que mal d'éviter l'araignée, Alice comprit qu'elle ne faisait que jouer avec elles.
Elle sentait ses yeux perçants fixés sur son dos tandis que la créature projetait lentement des débris de murs vers leur position, les forçant à courir à perdre haleine, comme si leur vie en dépendait.
Elle ne visait pas Lilia, mais celle-ci avait simplement eu la malchance de se trouver dans la trajectoire d'Alice.
« Qu'est-ce que t'as fait pour l'énerver ?! » hurla Lilia en esquivant des débris.
« J'en sais rien ! » rétorqua Alice entre ses dents serrées.
Saisissant le poignet de Lilia, Alice la fit pivoter au coin suivant, et Lilia fit de même, leur faisant gagner un temps précieux.
Aussi mal engagées soient-elles, elles devaient rejoindre les autres esclaves pour diviser l'attention de la bête.
Elles n'étaient peut-être pas les plus faibles du lot, mais elles étaient loin d'être les plus fortes !
En voyant les cadavres déchiquetés des esclaves, des cristaux incrustés dans leurs poitrines, Alice comprit qu'ils avaient lutté contre les Chasseurs du Crépuscule. Cependant, avec le Chasseur de la Nuit en mouvement, tout le monde fuyait, ami comme ennemi.
Ramassant une lance abandonnée par un esclave, Alice fronça les sourcils de dégoût en voyant une main encore agrippée au manche.
D'un geste sec, elle éjecta la main et jeta un coup d'œil en arrière : un fil filait droit vers son visage. Écarquillant les yeux, elle lança instinctivement la lance et se baissa brusquement.
*TSSSSSS !!!
En voyant la lance fondre, Alice comprit que ces fils étaient enduits d'acide.
« Tsk ! Je venais juste de la récupérer ! » pestait-elle intérieurement avant d'échafauder un nouveau plan.
« Mon endurance est limitée. Même avec le boost du sang de paresse, je sens que ça s'épuise. Les esclaves fuient aussi, ça va être dur de les rattraper. L'Assassin attend le moment parfait. Ça veut dire qu'il ne bougera pas tant que l'araignée ne baissera pas sa garde. » pensa Alice.
Elle savait que l'araignée restait sur ses gardes car le vrai danger était l'Assassin, lequel attendait probablement qu'une d'entre elles meure avant d'intervenir.
Se grattant le cou d'agacement, Alice serra les dents ; ses options s'amenuisaient. Elle maudissait le fait que l'attraction principale soit un Assassin, et non quelqu'un capable d'affronter la bête de front.
Ramassant une dague au sol, elle tourna au coin suivant et se colla contre le mur.
Voyant qu'Alice ne courait plus, Lilia paniqua.
« Continue de courir ! » cria Alice, ne voulant pas que Lilia perde son temps.
Lilia voulut protester, mais en voyant la frustration dans les yeux d'Alice, elle comprit qu'elle ne proposerait pas ça sans être prête.
Serrant les dents, elle fila au coin suivant.
Soupirant de soulagement, Alice reprit son souffle tout en guettant les mouvements de l'araignée.
Le plan d'Alice était simple : faire durer le combat ! Elle voulait gagner du temps jusqu'à ce que l'Assassin n'ait plus d'autre choix que d'intervenir. Si les spectateurs s'ennuyaient, les organisateurs forceraient l'Assassin à agir pour ne pas perdre l'intérêt du public.
Son idée était d'utiliser son œil pour tourner autour de l'araignée et la maintenir sur place.
C'était un plan suicidaire, mais c'était le meilleur qu'elle ait pu trouver. Il restait un peu de Sang des Abysses dans son corps, elle pouvait donc exploiter ses propriétés de ralentissement.
Prenant de grandes inspirations pour se préparer, Alice raffermit sa prise sur la dague, tandis que la glace sur ses bras commençait à recouvrir la lame.
*BANG !!!
S'écrasant contre le mur, Alice vit l'araignée géante en contrebas. Chaque segment de ses pattes était aussi grand qu'elle, et son corps dominait tout.
Alice ne bougea pas tout de suite. Plus elle attendait, mieux c'était. Comme prévu, l'araignée ne poursuivit pas Lilia ; elle était focalisée sur l'aura d'Alice et tourna lentement son corps pour voir où elle se cachait.
Cependant, Alice n'était plus là ; elle se faufilait derrière la bête. Elle utilisait ses nouvelles capacités perceptives par courtes rafales pour rester hors de son champ de vision.
Un sifflement bas s'échappa de l'araignée alors qu'elle s'approchait du mur. Elle sentait toujours l'aura d'Alice, mais la petite humaine restait introuvable. Comprenant qu'elle devait être dans le coin, l'araignée pivota et se retrouva face à face avec Alice.
Même si Alice vit le mouvement venir, son corps était trop lent pour réagir.
Sans autre choix, elle retint sa respiration et se projeta en avant, plantant sa dague dans l'œil de la bête et traînant la lame sur son visage autant que possible avant de lâcher prise et de rouler sur le côté pour éviter les coups de pattes frénétiques.
Relevant la tête, elle écarquilla les yeux : l'une des pattes de l'araignée manquait de lui transpercer le crâne.
En penchant rapidement la tête, elle sentit la patte lui raser les cheveux. Un liquide vert pâle suintait de la pointe ; Alice savait qu'il s'agissait du venin que le Chasseur de la Nuit injectait à ses proies. Le même venin présent dans son sang, celui qui provoquait des hallucinations.
« Une seule blessure et c'est fini pour moi ! » hurla-t-elle intérieurement en bondissant en arrière pour mettre de la distance.
Voyant l'araignée enragée par sa blessure, Alice comprit qu'elle allait arrêter de jouer et passer à l'attaque mortelle.
Se concentrant, elle voulut utiliser ses capacités perceptives, mais une douleur vive dans son œil droit la força à le fermer un instant.
« Je l'ai trop sollicité ? Je l'ai utilisé contre le premier Chasseur du Crépuscule, puis contre le second. Je l'ai utilisé par rafales contre l'araignée... Merde ! » jura-t-elle. Elle avait abusé de ses capacités à force d'être en danger. Rien d'étonnant à ce que son œil soit épuisé.
Se tenant l'œil, Alice recula lentement, cherchant une ouverture pour fuir, mais l'araignée ne lui en laissa pas le loisir.
Rejetant sa tête en arrière, elle projeta une boule de toiles qui explosa en un mur, bloquant le chemin de retraite d'Alice.
« Tu te fous de moi... »
Se relevant avec difficulté, Alice regarda le ciel et soupira. Secouant la tête, elle fixa l'araignée. Si elle pensait qu'elle allait abandonner et se laisser tuer, elle se trompait lourdement. Elle ne tomberait pas sans se battre !
Avant qu'elle ne puisse charger, elle vit une lance voler vers la tête de la créature.
Se retournant rapidement, l'araignée bloqua la lance avec une patte et remarqua Lilia au-dessus du mur, entourée d'une multitude d'armes.
« Alice ! » cria Lilia en saisissant une autre lance pour la lui lancer. Cette fois, c'était pour qu'Alice ait de quoi se défendre.
Une fois sûre qu'Alice avait récupéré l'arme, Lilia ouvrit sa fiole de Sang des Abysses et en avala le contenu d'un trait.
Serrant les dents, elle saisit deux dagues, sauta du mur, prit appui sur la surface et chargea l'araignée.
Poussant un sifflement strident, la bête tenta de transpercer Lilia en plein vol, mais celle-ci se tordit pour esquiver. Arrivée à portée, Lilia frappa les articulations de ses pattes, faisant gicler un sang orange, avant de se baisser pour éviter tout contact, se rappelant ce qu'Alice avait dit sur son sang.
Une seule dose et elle pouvait faire une croix sur sa survie.
« Contente-toi de gagner du temps ! Ne prends pas de risques inutiles. Si ça devient trop ennuyeux, l'Assassin devra intervenir ! » cria Alice. Lilia hocha la tête en retour.
Si sa seule mission était de temporiser, ce serait beaucoup plus simple. Se faufilant entre les pattes, elle multiplia les entailles sur l'abdomen avant de lancer une dague vers le visage, aveuglant un autre œil.
« Comment tu veux la faire durer ? On tourne autour en la blessant ou on menace de l'achever ? Si des esclaves sans nom comme nous volent la vedette sans que l'attraction principale ne fasse quoi que ce soit, tu crois pas qu'il va avoir des ennuis ? » Lilia eut un sourire carnassier, agacée par l'attitude de cet Assassin.
« Menace de l'achever. » acquiesça Alice, sérieuse.
« Alors on y va avant que l'effet du sang ne s'estompe ! » Accroupie, Lilia chargea tandis qu'Alice força son œil à s'ouvrir et prépara sa lance.
Voyant l'action au ralenti, elle intercepta l'attaque de l'araignée avec sa lance, permettant à Lilia de s'approcher et d'infliger davantage de blessures, ainsi que quelques coups dans les articulations qui firent flancher les pattes de la bête.
Ressentant une douleur atroce, Alice fut forcée de fermer l'œil. Lilia s'apprêtait à poignarder la base du cou de l'araignée quand une force soudaine la projeta en arrière.
Fronçant les sourcils, elle vit l'Assassin qui l'avait saisie par le dos de sa robe pour la jeter sur le côté.
« Restez à votre place, sales gosses. » grogna-t-il, agacé par leur plan.
« Il était temps que tu te montres, espèce de feignasse. On t'a pratiquement servi la victoire sur un plateau. » rit Lilia en atterrissant près d'Alice.
Le spectacle leur échappait désormais ; il était temps pour l'attraction principale de mériter sa paie.