Chapitre 393
Traducteur : FenrirTL
Relecture/contrôle qualité/notes : Saphartlantis
Chapitre 393 : Chef de l’Alliance, vous devriez dire quelques mots, vous aussi
Jin Hagun envia le courage de sa cadette.
Depuis l’enfance, elle avait toujours été ainsi. Quand elle voulait quelque chose, elle fonçait sans hésiter. C’était le genre d’enfant qui annonçait sans sourciller à leur grand-père qu’elle comptait épouser un domestique.
Il regarda ensuite Geom Muyang, qui se tenait à côté de lui. Celui-ci observait les trois danseurs.
À quoi pouvait bien penser cet homme, qui était censé me ressembler ? Lui aussi enviait-il sa cadette, comme moi ?
Cette fois, Jin Hagun leva les yeux vers le deuxième étage. L’expression de son grand-père, qui regardait Jin Haryeong, était douce. Le voir afficher un visage aussi détendu, qui plus est entre le chef du Culte du Démon Céleste et le chef de l’Alliance des voies démoniaques…
Sa cadette qui dansait, son grand-père en compagnie du chef du Culte et du chef de l’Alliance des voies démoniaques, et même lui, aux côtés du fils aîné du Culte du Démon Céleste… Rien de tout cela ne lui semblait réel.
Le regard de Jin Hagun finit par se poser sur celui qui avait rendu tout cela possible, comme dans un rêve.
Bien sûr. Comment cet homme aurait-il pu ne pas être gêné ?
Il devait avoir fait cet effort pour son ami. Même si la piste de danse avait été un piège mortel encerclé par des milliers d’ennemis, le Geom Mugeuk qu’il connaissait s’y serait quand même jeté.
Il devrait diriger le monde des arts martiaux avec cet homme. Pour parvenir à le suivre, il lui suffisait de ne jamais oublier cet instant.
Même Bih Sa-in, qui suivait cette chorégraphie adorable avec son visage féroce, devait s’y efforcer. Il avait au moins une longueur d’avance sur Jin Hagun.
Geom Mugeuk s’adressa aux musiciens en criant :
« Très bien, jouez-nous le dernier morceau ! »
Peut-être parce que c’était le dernier, les mouvements des trois danseurs devinrent encore plus éblouissants.
Au début, ils avaient dansé avec embarras, mais à présent, c’était différent. Emportés par le rythme, ils libéraient tout le stress accumulé. Quand auraient-ils de nouveau l’occasion de danser ainsi au son de la musique ?
Et lorsque le dernier morceau s’acheva, le silence retomba sur l’endroit, naguère si bruyant.
Bih Sa-in reprit enfin ses esprits.
La musique, Geom Mugeuk qui s’était mêlé à la danse… Tout ce qui avait suivi était flou. Il ne se rappelait plus très bien comment il avait dansé, ni quels pas il avait exécutés. 1
Il avait l’impression qu’une tempête venait de passer. Comme si un raz-de-marée avait déferlé sur le marché et que de la lave avait embrasé son cœur.
La gêne l’envahit. Devait-il se précipiter dans la taverne ? Tandis qu’il hésitait, Geom Mugeuk passa un bras autour de ses épaules et lança à voix haute :
« Voilà qui conclut la prestation dansée du jeune chef Bi ! »
Des applaudissements retentirent de toutes parts, et les trois danseurs joignirent les poings avant de s’incliner. Les chefs de division qui gardaient la rue applaudirent avec enthousiasme. Jangho, en particulier, s’écria avec audace :
« C’était incroyable ! »
Par respect pour Bih Sa-in et Jin Haryeong, il ne désigna personne en particulier, mais on comprit sans peine à qui s’adressaient ses paroles. Au fond, ce qu’il voulait vraiment dire, c’était : « Jeune chef, vous avez été le plus incroyable ! »
Geom Mugeuk sourit de toutes ses dents et salua Jangho et les chefs de division de la main.
En voyant la scène, Jin Hagun eut une pensée.
Avait-il déjà vu un chef saluer ses subordonnés avec un sourire aussi radieux ?
Cet homme ignorait-il cette vérité amère : au bout du compte, les gens trahissent non pas ceux qui leur font peur, mais ceux qui sont gentils avec eux ? Non, c’était impossible. Il devait le savoir mieux que quiconque. Et pourtant, il souriait et leur faisait signe de la main. 2
Les trois danseurs se dirigèrent vers l’entrée.
« Alors, qu’en avez-vous pensé ? »
À la question de Geom Mugeuk, Geom Muyang répondit par une autre question :
« Dis-moi franchement. Tu avais envie de danser depuis le début, pas vrai ? »
Taquiné par son frère aîné, Geom Mugeuk éclata de rire.
« Je crois que j’ai un certain talent pour la danse. »
Geom Muyang se détourna, faisant mine de ne pas avoir entendu, et les autres le suivirent dans la taverne.
Jo Chunbae, qui se tenait à l’entrée, prit la parole, visiblement bouleversé :
« Il y a eu quantité de spectacles au marché du village de Maga, mais celui d’aujourd’hui était le meilleur ! »
La scène des trois danseurs devant sa taverne s’imprima dans le cœur de Jo Chunbae comme un tableau. Comme l’image des Suprêmes Démoniaques immobiles, il ne l’oublierait jamais.
À l’inverse, les experts de la faction hétérodoxe regardaient Bih Sa-in d’un air mécontent. Certains ricanaient, d’autres affichaient leur désapprobation. Ils ne se moquaient pas ouvertement de lui, mais la plupart laissaient transparaître leur mécontentement. C’était inévitable. L’héritier de l’Alliance des voies démoniaques avait dansé, renonçant à sa dignité. 3
Autrefois, Bih Sa-in aurait été complètement accablé par ces réactions. Il aurait cru que son cœur battait la chamade à cause d’elles. Il se serait reproché d’avoir exécuté une danse qu’il n’aurait jamais dû danser.
Mais cette fois, c’était différent. Son cœur ne s’emballait pas à cause de ces gens. Il battait ainsi parce qu’il avait tenu une promesse, par joie. C’était le fruit de cette amitié qui avait partagé son embarras.
Voilà pourquoi Bih Sa-in se moquait complètement des regards désapprobateurs qu’on lui lançait.
Après tout, c’étaient les hommes de son maître. Quand il prendrait la tête de l’Alliance des voies démoniaques, d’autres personnes occuperaient ces places.
Ce sont ceux qui se tiendront là à ce moment-là qui devraient m’importer.
Cette seule pensée témoignait déjà d’un grand changement et d’une belle évolution. Mais Geom Mugeuk, qui remuait les hanches d’un air espiègle, l’entraîna encore plus loin.
Face aux Suprêmes Démoniaques, Geom Mugeuk se mit à imiter en plaisantant les pas qu’ils venaient d’exécuter.
Les Suprêmes Démoniaques réagirent chacun à leur manière. Certains secouèrent la tête en soupirant, d’autres détournèrent le visage en se frappant le front, et quelques-uns sourirent discrètement. Mais aucun ne ricana ni ne le regarda avec mépris. Une profonde intimité et une véritable camaraderie les unissaient.
En voyant cela, Bih Sa-in comprit qu’il s’était trompé.
Ce n’est pas plus tard que je dois changer les choses. C’est maintenant.
Les Suprêmes Démoniaques qui se trouvaient là n’étaient même pas ceux de Geom Mugeuk, mais ceux du Démon Céleste de cette époque. Et pourtant, ils réagissaient ainsi. S’ils se comportaient de cette façon, à quoi ressembleraient donc les propres Suprêmes Démoniaques de Geom Mugeuk, plus tard ? Si Geom Mugeuk s’était jeté dans la danse, peut-être que tous les huit l’auraient rejoint. S’il s’agissait vraiment des Suprêmes Démoniaques de Geom Mugeuk. 4
Je dois faire changer le regard de ces experts hétérodoxes, comme celui des Suprêmes Démoniaques.
Bih Sa-in se tourna vers les experts de la faction hétérodoxe. Puis, avec un air impuissant qui semblait dire « Soyez indulgents, je suis encore jeune », il joignit respectueusement les poings.
Que pouvait bien changer un geste pareil ? Pourtant, parmi les regards toujours mécontents, il lui sembla en voir quelques-uns s’adoucir, ne serait-ce qu’un peu.
Oui, dans les relations humaines, il n’y avait pas de « plus tard ». Si l’on ne pouvait pas le faire maintenant, on ne le pourrait pas davantage plus tard.
Même durant ce bref trajet jusqu’au deuxième étage, après le spectacle, Bih Sa-in puisait son inspiration auprès de Geom Mugeuk. Et au lieu de la laisser lui échapper, il s’efforçait de la concrétiser, de changer.
Ils montèrent au deuxième étage.
Geom Woojin, Jin Paecheon et Baek Jagang se tenaient là, tournés vers eux.
Bih Sa-in s’avança et s’arrêta devant Baek Jagang.
« J’ai tenu ma promesse et je suis revenu. »
Bih Sa-in était tendu intérieurement. Emporté par l’enthousiasme, il était parti danser, mais il se retrouvait à présent face à la réalité.
À bien y réfléchir, c’était de la folie d’annoncer à son maître qu’il allait danser. Surtout alors que le chef du Culte du Démon Céleste et le Chef de l’Alliance du Murim étaient assis juste là.
Il se prépara à essuyer une réprimande sévère.
« Tu devras encore t’entraîner un peu à danser. »
Bih Sa-in se sentit enfin soulagé.
« Oui, Maître. »
Son émotion débordante se lisait clairement sur son visage.
Merci, Maître. Je n’oublierai jamais la grande bonté dont vous avez fait preuve aujourd’hui.
Jin Paecheon secoua la tête en regardant Jin Haryeong, l’air de se demander ce qu’il allait bien pouvoir faire d’elle. Elle fit fondre le cœur de son grand-père en lui offrant un sourire plein de charme.
Geom Woojin fixait Geom Mugeuk avec son sourire en coin habituel. Celui d’aujourd’hui disait tout : « Alors, maintenant, tu danses aussi devant ton père ? »
Oui, Père. Si je peux vous voir réagir à quelque chose de nouveau et y prendre plaisir, je ferai n’importe quoi.
Les héritiers se retrouvèrent donc tous au même endroit et burent ensemble.
Bih Sa-in vida sa coupe d’un trait. Il se sentait vraiment libéré d’un poids. Avait-il déjà été aussi libre de toute sa vie ?
Il avait dansé devant tant de monde. Y avait-il encore quelque chose qu’il ne pouvait pas faire ?
Bih Sa-in remercia Jin Haryeong. Il savait qu’elle s’était lancée pour Geom Mugeuk, mais sa participation avait permis au spectacle de se terminer sur une note positive. Il s’était même amusé.
« Merci d’avoir dansé avec moi. »
« Je me suis bien amusée, moi aussi. »
C’était précisément ce que Geom Mugeuk voulait le plus entendre. Si Bih Sa-in avait trouvé le courage de danser, c’était surtout pour lui montrer qu’il avait tenu sa promesse. Et Geom Mugeuk, toujours si attentif, n’avait pas oublié de le reconnaître.
« Même si vous dites ça, je ne ferai plus jamais une promesse pareille. »
Cette fois, ils prirent congé de Jin Hagun. 5
« Quand tu seras officiellement nommé jeune chef, retrouvons-nous. On fera la fête toute la nuit ! »
Jin Hagun n’avait pas encore officiellement pris ses fonctions de jeune chef.
« D’accord. »
Enfin, ils dirent au revoir à Jin Haryeong. Des trois, c’était elle qui avait le plus de mal à partir. Mais elle fit de son mieux pour ne pas le montrer.
« À votre avis, la nouvelle de ma danse va se répandre ? »
« Je parie que c’est de moi qu’on parlera. »
« Si j’avais su que ça se passerait comme ça, j’aurais mieux dansé. »
Geom Mugeuk regarda tout le monde autour de lui et déclara :
« Mademoiselle Jin semble trop regretter que ça s’arrête là. Si nous dansions tous les cinq une dernière fois ? »
Geom Muyang et Jin Hagun dégainèrent simultanément leur épée à moitié. 6
« Vous voyez ? Je vous avais dit qu’ils étaient pareils. »
Ils se séparèrent donc sur des adieux doux-amers. À vrai dire, vu l’humeur de tous, ils auraient probablement pu faire la fête jusqu’à l’aube.
Avant de descendre au rez-de-chaussée, Jin Paecheon demanda :
« Ne me dites pas que c’est vous qui avez écrit cette phrase, chef Geom ? »
Il avait remarqué les noms inscrits sur le mur en entrant. À ce moment-là, il avait cru qu’il s’agissait de simples gribouillages de personnes ivres, mais il n’en était plus aussi sûr.
« C’est bien moi qui l’ai écrite. »
La réponse de Geom Woojin surprit visiblement Jin Paecheon. Cela signifiait que les inscriptions laissées par les Suprêmes Démoniaques étaient elles aussi authentiques.
De toute sa vie, il n’avait jamais vu des artistes martiaux d’un tel calibre graver leur nom sur les murs d’une taverne ou d’une auberge. Et ce n’étaient pas de simples artistes martiaux.
Quelqu’un prit alors la parole derrière lui :
« Chef de l’Alliance, vous devriez laisser quelques mots, vous aussi. »
En se retournant, il vit Geom Mugeuk derrière lui.
« Moi ? »
Jin Paecheon resta interdit. Il perdait rarement son sang-froid, mais depuis son arrivée, il n’avait jamais été aussi surpris et décontenancé.
« Les autres ne trouveraient-ils pas cela étrange ? C’est ici que vous avez tous inscrit vos noms. »
« Ce ne serait pas encore plus impressionnant ? “Le Chef de l’Alliance du Murim a fièrement inscrit son nom ici. Quelle grandeur !” »
Ah, mais tout de même, ce ne serait pas convenable.
« Les gens n’y verront sans doute rien de spécial. Ils se diront simplement : “Oh, il a écrit quelque chose, je suppose.” »
À cet instant, Jin Paecheon se rappela l’émotion qui l’avait saisi un peu plus tôt : le regret de sa jeunesse passée sans jamais sourire aussi franchement ni profiter de la vie de cette façon.
Pourquoi ai-je toujours tout compliqué à ce point ? Qu’y avait-il de si grave dans la vie ?
Oui, laissons quelques mots avant de partir.
Jin Paecheon s’approcha du mur où les phrases étaient gravées.
Il s’apprêtait à écrire, mais se tourna ensuite vers un autre mur. Il ne se voyait pas graver son inscription au-dessus de celle du Démon Céleste, ni en dessous. C’était le genre d’homme à prêter attention à ce genre de détails.
Jin Paecheon dégaina son épée et grava les mots dans le mur. Dès le premier caractère, ses traits s’enchaînèrent avec force et assurance.
— Le Chef de l’Alliance du Murim, Jin Paecheon, a découvert ici une nouvelle voie démoniaque.
Il avait laissé ce message pour Geom Mugeuk. Sans lui, il n’aurait rien écrit. Non, il ne serait même pas venu.
« Merci. »
Geom Mugeuk joignit respectueusement les poings pour le remercier.
Puis il se tourna vers Baek Jagang. Celui-ci n’hésita pas.
« Quand l’ordre et le chaos s’en vont, les hétérodoxes suivent. »
Il grava son inscription juste sous celle de Jin Paecheon. Il ne se soucia pas de savoir si elle devait se trouver au-dessus ou en dessous. Si l’écriture de Jin Paecheon était audacieuse et imposante, celle de Baek Jagang était soignée et rapide.
— Baek Jagang, chef de l’Alliance des voies démoniaques, a assisté à la danse d’un disciple à la Taverne du Vent Flottant. 7
Ce fut un moment historique : les inscriptions du Démon Céleste, du Chef de l’Alliance du Murim et du chef de l’Alliance des voies démoniaques étaient désormais toutes gravées sur le mur de la Taverne du Vent Flottant.
1 : Ne t’inquiète pas, tes arts martiaux s’en souviendront pour toi. Ta vie a changé, et ta voie aussi.
2 : Il faut une force particulière pour faire ça.
3 : Et alors ? Il a tenu sa promesse, fait preuve de courage et d’honneur, et il s’est même amusé ^^ Qu’est-ce que vous avez fait, bande de grincheux, pendant ce temps ?
4 : L’image est excellente ^^
5 : Quoi, déjà ? C’était si rapide !!! Je pensais que le sommet durerait plus longtemps, dommage…
6 : Lol, mais qui sont les vrais frère et sœur, au juste ? De vrais jumeaux XDXDXD
7 : Bwahahaha, ce moment restera gravé à jamais XDXDXD Tu n’y échapperas jamais, Bih Sa-iiiinnn !!!!!