Chapitre 387
Traducteur : FenrirTL
Éditeur / relecteur / notes : Saphartlantis
Chapitre 387 : Nous ne sommes pas exactement en bons termes
En gravissant les marches, il aperçut devant lui la silhouette du Démon Céleste Geom Woojin.
Le cœur de Jin Peicheon s’agita violemment, pour la première fois depuis une éternité.
« Depuis combien de temps n’avais-je pas ressenti une telle excitation ? »
Geom Woojin se leva de son siège. Il l’attendait déjà.
Démoniaques et orthodoxes, orthodoxes et démoniaques.
Les chefs des deux factions qui s’étaient affrontées sans relâche au fil des siècles.
Ils se dévisagèrent en silence. Plus de dix ans s’étaient écoulés depuis leur dernière rencontre. D’ordinaire, ils auraient échangé des salutations dans les formes, mais aucun des deux ne prononça un mot. Pas un salut ne leur vint aux lèvres.
Jin Peicheon rompit le silence.
« Tu as toujours le même regard. »
Maintenant qu’il se retrouvait face à Geom Woojin, il pouvait enfin reconnaître à quel point il le méprisait. À quel point il haïssait le Culte du Démon Céleste. Le Geom Woojin qu’il s’était imaginé n’était qu’une version idéalisée.
Toute cette haine… où s’était-elle donc cachée ? Une hostilité écrasante déferla sur lui comme une vague.
Tout le sang-froid qu’il avait cultivé au fil des ans, à force de rencontrer d’innombrables personnes, s’effondra à l’instant où il croisa ce regard froid et arrogant.
Ce regard n’avait pas changé. Pas plus que son ambition de s’emparer du monde des arts martiaux.
Le cœur de Jin Peicheon se glaça.
Cette fois, Geom Woojin prit la parole d’un ton calme.
« Toi non plus, tu n’as pas changé. »
Le simple « toi » l’agaçait, et le commentaire sur le fait qu’il n’avait pas changé lui déplaisait tout autant. Il aurait certes pu l’interpréter positivement — « Tu n’as pas pris une ride » —, mais ce n’était pas ainsi qu’il le ressentait.
Jin Peicheon en prit de nouveau pleinement conscience : ces derniers temps, même un homme aussi autoritaire que lui s’était imposé une grande retenue.
Et, à mesure que ces pensées lui traversaient l’esprit, l’air autour d’eux se refroidit naturellement.
La tension ne se limitait pas aux deux hommes.
Au rez-de-chaussée, la situation était la même.
Les auras des meilleurs combattants des sectes orthodoxes et des Suprêmes démoniaques s’affrontaient avec férocité.
Face aux Suprêmes démoniaques alignés se tenait Geommugeuk.
Face à l’élite des sectes orthodoxes se tenait Prince Jin.
À leurs côtés se trouvait Jo Chunbae, qui n’avait pas réussi à rejoindre la cuisine. Il était resté absorbé par la montée du Chef de l’Alliance du Murim au deuxième étage et n’avait pas pu se réfugier dans la cuisine avant que le duel de volonté n’éclate au rez-de-chaussée.
Personne ne bougeait. Le silence était absolu. Il était le seul à pouvoir se déplacer, mais il n’avait pas le courage d’entrer seul dans la cuisine.
Son seul réconfort, c’était que personne ne libérait d’énergie susceptible d’affecter directement le corps des autres. À proprement parler, ils se livraient à un concours de regards.
Des regards qui transperçaient le cœur, d’autres qui tranchaient la gorge : ce genre de menaces silencieuses fusait d’un camp à l’autre.
Il aurait suffi que quelqu’un prononce un mot pour déclencher les hostilités, mais, fort heureusement, personne n’avait encore ouvert la bouche.
Jin Haryeong observait la scène. Même dans ce moment où tout pouvait basculer, Geommugeuk semblait parfaitement calme.
— Tu ne devrais pas les arrêter ?
— Comment veux-tu arrêter des gens pareils ?
À bien y réfléchir, vu les personnes qui les accompagnaient cette fois, croire que Geommugeuk pourrait les tenir en respect était absurde.
Chacun d’eux était assez puissant pour régner sur toute une région.
— Tout ira bien. Je ne pense pas que ton grand-père ait amené quelqu’un d’assez stupide et téméraire pour déclencher une bataille dans un endroit pareil.
Jin Haryeong jeta un coup d’œil aux combattants d’élite qui se tenaient près d’elle. Bien sûr, elle savait qui ils étaient, mais ne les connaissait pas en détail. Son grand-père avait néanmoins dû les tenir à l’œil.
Ce qui l’inquiétait vraiment, c’était ce qui se passait à l’étage.
Son regard remonta au deuxième étage. Toujours aucun bruit de conversation.
Échangeaient-ils leurs paroles par transmission sonore ? Même si c’était le cas, n’auraient-ils pas dû au moins se saluer ? « Entrez, je vous en prie. » « Comment allez-vous ? » « Merci d’être venu. » Des banalités de ce genre. Aussi désagréable que fût l’autre partie, n’auraient-ils pas pu échanger quelques mots ? « Comment se porte l’Alliance ? » « Le Culte tourne-t-il rondement ? » Quelque chose, n’importe quoi.
Pourtant, le deuxième étage était plongé dans un silence de mort, tout comme le rez-de-chaussée.
Une lourde tension pesait dans l’air, prête à exploser à tout instant.
C’est alors que cela se produisit.
Jo Chunbae, qui regardait vers le deuxième étage, sentit soudain un frisson lui remonter le long de l’échine.
Il se retourna et vit que toutes les personnes présentes fixaient l’entrée.
Un homme s’y tenait.
Il portait une tenue martiale noire, impeccable. Son regard balaya l’élite du Culte du Démon Céleste et celle des sectes orthodoxes. Ses yeux étaient petits, mais leur intensité ne faisait aucun doute.
Un seul regard avait suffi. La pression qui régnait dans la salle, tendue au point de pouvoir céder à tout moment, fut entièrement absorbée par la présence de l’homme.
Juste derrière lui se tenait un jeune homme à l’air terriblement féroce, suivi de neuf autres combattants alignés.
Comparée aux huit Suprêmes démoniaques, l’Alliance du Murim avait amené une personne de moins, et l’Alliance des voies démoniaques, une de plus.
Baek Jagang était un réaliste méticuleux ; il n’était pas du genre à réduire ses effectifs par fierté. Il en aurait amené davantage si nécessaire.
Jo Chunbae le sentait. Ces nouveaux venus dégageaient une aura aussi puissante que celle de l’élite martiale de l’Alliance du Murim arrivée plus tôt.
Qu’ils regardent les Suprêmes démoniaques ou l’élite de l’Alliance du Murim, pas la moindre hésitation ne se lisait dans leurs yeux.
Le regard de Jo Chunbae revint à l’homme vêtu de noir.
À le juger sur son apparence, il ressemblait à n’importe quel autre combattant. Pourtant, sa présence éclipsait tous ceux qui se trouvaient derrière lui. Sa tenue noire, d’une simplicité absolue, engloutissait les vêtements somptueux de la salle comme un trou noir.
Geommugeuk éleva la voix :
« Le chef de l’Alliance des voies démoniaques est arrivé ! »
À ces mots, Jo Chunbae poussa un cri aigu — « Hiii ! » — puis se couvrit aussitôt la bouche de la main.
Il avait cru qu’aucune surprise ne pourrait plus survenir aujourd’hui, mais il s’était trompé.
« Vous devez être épuisé après un si long voyage. »
Baek Jagang jeta un bref regard à Geommugeuk.
Geommugeuk était pour moitié la raison de sa venue. Il voulait certes vérifier si Geom Woojin avait renoncé à son ambition d’unifier le monde des arts martiaux, mais il était aussi curieux : comment un homme comme lui avait-il pu élever un fils pareil ?
Et il ne s’agissait pas seulement de réussite ou d’échec dans l’éducation d’un enfant. Cela touchait de près l’avenir de l’Alliance des voies démoniaques. Le garçon qui se tenait devant lui n’avait pas encore été cueilli. Il ne savait absolument pas quel genre de fruit il donnerait le moment venu.
Baek Jagang s’avança vers l’escalier menant au deuxième étage.
Le Roi Démon du Poing voulut le guider, mais, comme prévu, il déclina son offre.
Alors qu’il s’apprêtait à monter, Baek Jagang s’arrêta devant Jo Chunbae, qui se tenait près des marches, la tête baissée.
« Ne vous arrêtez pas ici ! Montez tranquillement ! »
Jo Chunbae vivait une expérience irréelle : se retrouver le même jour face au Démon Céleste, au Chef de l’Alliance du Murim et, maintenant, au Chef de l’Alliance des voies démoniaques.
« Êtes-vous le propriétaire de cet établissement ? »
À cette voix grave et profonde, Jo Chunbae releva la tête. Quelle voix agréable !
« Oui, c’est moi. »
Il répondit d’une voix tremblante, et Baek Jagang reporta son regard sur Geommugeuk.
« Le Jeune chef du Culte parle de vous en termes élogieux. »
Geommugeuk sourit, sachant que Baek Jagang avait dit cela par égard pour lui. Baek Jagang lui rendit un léger sourire, puis monta au deuxième étage.
Vraiment, on finit par s’attacher aux gens avec le temps. Plus je regardais ses petits yeux, plus je les trouvais séduisants.
Geommugeuk s’approcha de Jo Chunbae, toujours abasourdi.
« Exactement. Aujourd’hui se tient le tout premier sommet réunissant le chef du Culte, le Chef de l’Alliance du Murim et le Chef de l’Alliance des voies démoniaques. »
Jo Chunbae apprit enfin la véritable nature de la réunion du jour. Et aussi l’identité de celui qui occuperait la dernière place à la table.
« Un sommet entre orthodoxes, démoniaques et voies démoniaques ? Et il se tient dans ma taverne ? Le chef du Culte, le Chef de l’Alliance du Murim et le Chef de l’Alliance des voies démoniaques vont s’asseoir sur les chaises de ma taverne ? Nos chaises ! »
Il releva la tête, le visage rayonnant, puis tressaillit et la baissa précipitamment.
Toutes les personnes présentes au rez-de-chaussée le regardaient.
Des gens qu’il n’aurait jamais imaginé croiser du regard de toute sa vie le fixaient, lui, un simple tavernier.
Soudain submergé par la peur, il se mit à trembler de tout son corps.
« Je pense que cet endroit est plus approprié que n’importe quel autre pour un sommet à trois. »
La voix calme de Geommugeuk et son regard bienveillant, tandis qu’il lui tapotait l’épaule, apaisèrent les tremblements de Jo Chunbae.
« C’est vrai. Sans le Jeune chef du Culte, je serais déjà mort. Qu’est-ce que je risque, maintenant ? »
Le Chef de l’Alliance du Murim comme le Chef de l’Alliance des voies démoniaques avaient dit que Geommugeuk l’avait couvert d’éloges. Jo Chunbae se redressa, regonflé à bloc.
« Je ferai tout mon possible pour préparer les meilleurs plats. »
Fort de sa nouvelle résolution, Jo Chunbae se dirigea d’un pas assuré vers la cuisine.
Alors la voix malicieuse de Geommugeuk retentit derrière lui.
« Pour aujourd’hui seulement, le propriétaire de cette taverne est le roi de toutes les tavernes du monde ! » 1
Les jambes de Jo Chunbae fléchirent et il manqua de s’effondrer.
Aux paroles de Geommugeuk, Jin Haryeong éclata de rire. Prise au dépourvu, elle laissa échapper un rire enjoué avant d’avoir pu se retenir.
Un combattant d’élite âgé de l’Alliance du Murim, debout à côté d’elle, lui lança un regard perplexe. Jin Haryeong effaça vite son sourire.
« Sérieusement, le Jeune chef du Culte est fou. Et moi, je suis folle d’avoir fait tout ce chemin juste pour voir ce cinglé. » 2
Pendant ce temps, ceux qui ne connaissaient Geommugeuk que par ouï-dire le foudroyaient du regard, en se demandant : « Mais qu’est-ce qu’il fabrique, ce type ? » Se moquait-il d’eux ?
— Méfiez-vous du tavernier.
Ils échangèrent même des messages par transmission sonore. Certains prirent Jo Chunbae pour un atout caché du Culte du Démon Céleste. 3
Mais Bih Sa, Prince Jin et Jin Haryeong savaient la vérité. Ils savaient que le tavernier était on ne peut plus ordinaire. Et que c’était la Voie démoniaque de Geom Mugeuk qui protégeait cet homme parfaitement banal. Même si la petite taverne était bondée, il ne laisserait jamais qu’on abîme cette table.
— Tu as vraiment réussi à faire ça.
À la transmission sonore de Prince Jin, Geommugeuk répondit :
— Nous avons réussi. Je ne pensais pas que leur haine était si profonde.
En effet, c’était comme si deux ennemis jurés se retrouvaient après dix ans.
— Tu crois que ça peut s’arranger ?
— Il va falloir essayer.
Le concours de regards du rez-de-chaussée était désormais devenu un face-à-face à trois.
Chaque camp avait placé son héritier en avant, puis les trois groupes s’étaient alignés pour se défier du regard.
L’élite des sectes orthodoxes haïssait les démoniaques, mais méprisait aussi les sectes des voies démoniaques.
Im Sang-gon, le Grand Guerrier de la Justice, foudroyait du regard un combattant d’élite des voies démoniaques qu’il haïssait profondément.
Cheon Mang, la Lame du Tonnerre.
Récemment devenu célèbre au sein des voies démoniaques, il avait tué plusieurs combattants d’élite orthodoxes lors de récents affrontements. Im Sang-gon avait voulu le rencontrer un jour ; le voilà qui se tenait devant lui.
Sentant le regard d’Im Sang-gon sur lui, Cheon Mang réagit. Sans détourner les yeux, il lui rendit son regard meurtrier.
Leurs yeux, chargés d’insultes muettes, s’embrasèrent peu à peu.
Si personne n’intervenait, les deux hommes se jetteraient l’un sur l’autre sans hésiter.
À cet instant, quelqu’un posa la main sur l’épaule de Cheon Mang.
Quand celui-ci se retourna, il vit Maléfice Monstrueux, l’un des Sept Grands Combattants des voies démoniaques, secouer légèrement la tête comme pour lui dire : « Laisse tomber. »
Maléfice Monstrueux, qui avait un lien personnel avec Cheon Mang, venait de lui offrir une excuse toute trouvée pour reculer. Et, comme prévu, Cheon Mang détourna le regard.
Bih Sa jeta à Maléfice Monstrueux un regard qui disait : « Bien joué. »
La situation au deuxième étage n’était guère différente.
À l’arrivée de Baek Jagang, Geom Woojin et Jin Peicheon se tournèrent tous deux pour le saluer.
Les trois hommes se retrouvaient enfin au même endroit.
Démoniaques, orthodoxes, voies démoniaques.
Le premier sommet de l’époque.
Baek Jagang comprit.
La lourde énergie qui emplissait la pièce suffisait à lui faire saisir l’atmosphère.
Oui, ils ne sont pas exactement en bons termes.
Sans la présence particulière de Geommugeuk, ils ne se seraient peut-être plus revus jusqu’à leur mort — ou peut-être seulement le jour de celle-ci.
Conscient que ce n’était pas le moment de se saluer, Baek Jagang prit tranquillement place sur le siège encore libre.
Quand Baek Jagang fut assis, Geom Woojin et Jin Peicheon prirent place à leur tour. Comme prévu, aucun salut ne fut échangé.
Baek Jagang regarda d’abord Geom Woojin. Cela faisait longtemps, et l’homme qui se tenait devant lui lui semblait différent de celui qu’il avait rencontré la dernière fois.
« Toi aussi, tu as vieilli. »
Mais ce regard méprisant qui jugeait tout le monde de haut n’avait pas changé.
Baek Jagang tourna ensuite les yeux vers Jin Peicheon, qui regardait par la fenêtre, refusant de croiser le regard de l’un ou de l’autre.
Si Jin Peicheon haïssait Geom Woojin, pourquoi éprouverait-il la moindre sympathie pour Baek Jagang ?
Baek Jagang le comprit.
« Il est déjà furieux. »
C’était probablement à cause du regard de Geom Woojin. Si Baek Jagang lui-même se sentait aussi irrité, qu’en était-il de ce vieil homme orgueilleux et raide ?
« Cette réunion est-elle seulement possible ? »
Alors une question lui vint à l’esprit.
« Cet homme a vraiment élevé ce fils ? »
Comment cet homme froid et bourru avait-il pu élever un fils aussi bavard et enjoué ? Il voulait le lui demander sur-le-champ.
« Comment as-tu élevé ce garçon ? »
Même une fois les trois hommes assis, le silence persista. Il fallait que quelqu’un prenne les choses en main et guide la conversation, mais aucun ne semblait en avoir l’intention.
Le silence du deuxième étage ne faisait qu’aggraver la tension du rez-de-chaussée. On aurait dit qu’à tout moment, quelqu’un là-haut allait crier :
Éliminez-les tous !
Et alors, l’endroit se transformerait en bain de sang.
La seule personne capable de briser cette atmosphère étouffante n’était autre que Geommugeuk. 4
« Maître. »
Tous les regards se tournèrent vers Geommugeuk.
Les Suprêmes démoniaques pensèrent la même chose.
Oui, le Jeune chef du Culte a pris les devants. L’atmosphère va changer, et la véritable réunion va pouvoir commencer.
Ils étaient soulagés que ce ne soit pas eux qu’on ait interpellés. 5
« Qu’est-ce qu’il nous mijote, encore ? »
Dan Woo-gang était secrètement nerveux, mais il répondit d’une voix grave et ferme :
« Qu’y a-t-il ? »
« Je parle du Jeune dirigeant de l’Alliance des voies démoniaques, là-bas. »
Cette fois, Bih Sa tressaillit. Pourquoi moi ? Il avait un très mauvais pressentiment.
« Pitié, ne dis rien d’inutile ! »
Et Geommugeuk anéantit joyeusement le dernier espoir de Bih Sa avec une simple question :
« Vous ne trouvez pas que son visage est à votre goût, Maître ? »
La question stupéfia les deux hommes. Et comme la pièce était silencieuse, les paroles de Geommugeuk atteignirent non seulement les trois personnes du deuxième étage, mais aussi Jo Chunbae, dans la cuisine.
Tous les regards se fixèrent alors sur le Roi Démon du Poing.
Au cours d’un sommet à trois, venait-on vraiment de lui demander d’évaluer le physique du Jeune dirigeant de l’Alliance des voies démoniaques ?
Une telle question aurait dû faire gronder le tonnerre dans les poings de Dan Woo-gang, mais il ne gronda que dans son cœur. Le tonnerre lui souffla :
« On en reparlera après. »
Dans cette situation, il ne pouvait ni réprimander le Jeune chef du Culte du Démon Céleste, ni faire comme s’il ne l’avait pas entendu : cela aurait pu passer pour un manque de respect envers Bih Sa.
« Je préfère les visages virils. Oui, c’est ça. C’est ce genre de visage qui me plaît. »
En temps normal, le Roi Démon du Poing n’aurait jamais dit une chose pareille. Mais il avait compris. Geommugeuk avait commencé à prendre les devants pour sauver ce sommet malaisé, tendu à l’extrême. Alors il soutint son disciple.
Si quelqu’un d’autre avait dit cela, Bih Sa aurait pu s’offenser.
« Ce sale gosse se moque de moi ? »
Mais ces mots venaient de Dan Woo-gang en personne, l’homme à la présence la plus intimidante de la salle, capable d’affronter tous ceux qui s’y trouvaient par sa seule intensité.
« Merci pour votre compliment. »
Bih Sa joignit les mains en un salut martial et s’inclina pour le remercier.
Si seulement cela s’était arrêté là. Si seulement. 6
« Et que pensez-vous du visage de mon maître ? »
Bih Sa était décontenancé. Il n’avait jamais imaginé qu’on lui demanderait son avis sur le visage du Roi Démon du Poing.
— Pourquoi moi ? Pourquoi ne pas taquiner le Seigneur Jin, là-bas ?
— Parce que c’est plus amusant de te taquiner, toi.
Autrefois, Bih Sa aurait peut-être répondu impulsivement quelque chose comme : « Vous êtes très beau » ou « Vous avez l’air encore plus viril ».
Mais les choses avaient changé.
Bih Sa commença par regarder Dan Woo-gang. Faisant fi de ses idées préconçues, il l’observa calmement.
« De tous ceux que j’ai rencontrés dans le monde des arts martiaux, vous avez le visage le plus effrayant. »
Il parla avec franchise, mais aussi avec respect.
Peut-être parce que son ton n’avait rien d’offensant, le Roi Démon du Poing lui répondit par une plaisanterie discrète.
« Heureusement, ce visage convient très bien à mon métier. »
Les combattants d’élite orthodoxes et ceux des voies démoniaques présents en furent étonnés. Il ne ressemblait pas du tout à ce que les rumeurs en disaient.
Malgré le caractère absurde de la conversation, la tension, sur le point d’exploser au rez-de-chaussée, s’était apaisée.
Et l’échange s’acheva sur une note légère. Geommugeuk se tourna vers Bih Sa avec un sourire en coin et ajouta :
« Pour être honnête, j’aime bien le visage de notre jeune dirigeant de l’Alliance, moi aussi. »
Bih Sa lui répondit :
« Si tu pouvais échanger ton visage contre le mien, tu le ferais ? »
« … » 8
Rien qu’à cet échange, on pouvait deviner la nature de leur relation. Aucun des deux ne chercha à cacher leur proximité devant les combattants réunis.
À cet instant, une voix retentit du deuxième étage. C’était Geom Woojin.
« Mugeuk, monte ici. »
Jin Peicheon ne voulut pas être en reste et appela à son tour :
« Hagun, monte ici. »
Baek Jagang n’allait pas non plus rester les bras croisés.
« Bih Sa, monte ici. »
Ainsi, tous trois montèrent au deuxième étage.
Les trois chefs le savaient : cette réunion ne pourrait pas bien se passer s’ils restaient seuls. Ils se haïssaient bien trop. Comment auraient-ils pu discuter alors qu’ils ne voulaient même pas se regarder ?
Chaque héritier se plaça aux côtés du chef de son Culte ou de son Alliance.
Geom Woojin reprit la parole :
« Muyang, monte toi aussi. »
Geom Muyang ne s’attendait pas à être appelé et grimpa au deuxième étage avec étonnement.
Il se plaça à côté de Geom Woojin, comme une aile.
« Alors, il a deux fils ? Comme c’est amusant. » Jin Peicheon, grand-père gâteau, ne put le supporter.
« Haryeong, monte toi aussi. »
Jin Haryeong monta gaiement et se plaça près de Prince Jin. Jin Peicheon eut l’air ravi.
Baek Jagang les observa tous deux avec incrédulité.
« Sérieusement, c’est vraiment ce qu’on fait ? » 9
1 : Hahahaha, il n’a pas pu s’en empêcher XDXDXD
2 : Ouais, Mugeuk est fou, mais toi, tu n’es pas folle : tu as juste attrapé la maladie de l’amour. Malheureusement, elle est incurable.
3 : Mdr, ce niveau de méfiance XDXDXD
4 : Franchement, je ne m’attendais pas à une hostilité aussi féroce. Je pensais que les chefs de faction feraient au moins un peu la conversation. Heureusement que Mugeuk est là pour sauver la situation avec ses blagues (nulles) !!! XDXDXD
5 : Mdr, il le pousse dans la gueule des piranhas XDXDXD Vous êtes durs, les gars !!!
6 : Pauvre Bih Sa, il est déjà déprimé avant même que Mugeuk s’y mette sérieusement XDXDXD
7 : Héhéhé, c’est vrai ^^ Mais ne t’inquiète pas, Prince Jin aura bientôt son tour sourire machiavélique C’est juste que le camp de l’Alliance du Murim est trop tendu pour l’instant ; mieux vaut les détendre un peu avant de les taquiner ^^
8 : « Hé, pourquoi tu t’es arrêté de parler ? » « … » « Regarde-moi dans les yeux. » « Désolé. » XDXDXD
9 : Ouais, ils sont plutôt mesquins les uns envers les autres ^^