Chapitre 574
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Gun]
Chapitre 574 : La Zone noire (6)
« Emprunter le vaisseau de quelqu’un d’autre pour le retour. »
Dès qu’on entendait ça, on savait déjà que le type était un voleur.
Qu’est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ?
« Tu veux dire qu’on devrait voler un vaisseau pour rentrer ? Personne ne va nous prendre à bord. »
À la question de Yeongwoo, Kejen acquiesça.
— Évidemment qu’on en vole un. Bon, avec un peu de chance, on en trouvera peut-être un à l’abandon.
« Et si on n’a pas de chance ? »
— Alors on en volera un qui ne l’est pas. Mais c’est toujours comme ça, un cambriolage, non ? En général, les choses appartiennent à quelqu’un.
« … »
C’était agaçant de logique, mais Yeongwoo n’avait rien à répondre.
— Naturellement, voler quelque chose qui a un propriétaire peut entraîner… quelques petits différends.
« … Des différends ? Ce n’est pas un différend. C’est juste un voleur qui se bat contre le propriétaire d’un vaisseau. »
— Comparé à ce qui se passe dans la Zone noire, ça ne compte même pas comme une bagarre.
Kejen reprit :
— Alors, gamin. On choisit l’« option économique » ?
« Elle coûte combien ? »
— Les planètes qui bordent la Zone noire vendent des billets aller simple.
Environ quarante millions de karma.
Kejen lui expliqua qu’il s’agissait en gros d’acheter une navette jetable, à peine capable d’effectuer un aller simple.
« Quarante millions ? »
Yeongwoo cligna rapidement des yeux.
Louer un vaisseau pour un aller-retour coûtait normalement deux cents millions de karma de location, auxquels s’ajoutait une caution de quatre cents millions.
Mais s’ils renonçaient à rentrer en toute sécurité, ils pouvaient se déplacer pour seulement quarante millions.
« Pas besoin d’y réfléchir longtemps. »
— Pas vrai ? Si t’es assez dingue pour entrer dans la Zone noire à pied, voler un vaisseau, c’est rien.
Une logique digne d’un parfait scélérat.
Mais Yeongwoo avait déjà l’esprit aussi noir que l’encre. Il hocha la tête sans hésiter.
« Mais si c’est un aller simple, comment on va trouver ton sceau ? »
— On n’achète pas une capsule de largage. On achète une petite navette au bord de la mort. Elle a simplement une faible autonomie. Elle n’est pas limitée à un itinéraire précis.
« Donc on ne fonce pas droit dans la Zone noire : on trouve d’abord le sceau ? »
— Exactement. On peut faire un détour par ma cachette en chemin. Probablement.
« Attends… probablement ? Tu me le dis seulement maintenant ? »
— Dans la vie, tout repose à quatre-vingts pour cent sur le talent et à vingt pour cent sur la chance. Voilà pourquoi il nous faut la bénédiction du seigneur Chopan.
« … Chopan, Chopan. Si tu étais si béni que ça, pourquoi tu as fini enfermé en prison jusqu’à maintenant ? »
Kejen éclata de rire et se caressa la barbe.
— Et pourtant, me voilà en route pour récupérer mon sceau, non ? C’est les vingt pour cent de chance qui ont joué.
Puis il se tourna vers la Terre, qui s’occupait du système de navigation.
— Regarde à la limite extérieure de ta portée de détection. Tu verras une planète nommée Dik. Envoie-nous là-bas. Je te transmets les coordonnées précises.
『Dik… ?』
La Terre repéra rapidement une planète appelée Dik et regarda Yeongwoo.
Comme Yeongwoo était le véritable propriétaire du vaisseau, il fallait son autorisation.
Il finit par répondre :
« Ouais. Pour devenir quelqu’un d’important, il faut parfois avoir du cran. Allons à Dik. »
『À ta place, je verserais simplement la caution et louerais un vaisseau capable de faire l’aller-retour… Je ne vous comprendrai jamais. La folie, c’est contagieux ?』
Bien qu’il fût techniquement un vaisseau planétaire, la Terre, en tant que corps céleste de naissance, ne comprenait pas ces espèces spatiales qui choisissaient volontairement de se mettre en danger.
On aurait presque dit qu’elles aimaient ça.
FWIMMM !
Un petit portail apparut à côté d’eux, créé par la Terre.
『Passez par là : vous serez transférés dans la navette à destination de Dik. Évitez de faire quelque chose de trop insensé. Et, s’il vous plaît, essayez de revenir vivants.』
« Ça y est, on y va. »
Sans tenir compte des adieux de la Terre, Yeongwoo s’avança jusqu’au portail qui menait à la navette.
Puis il se tourna vers Jeonggu, le plus peureux du groupe.
« Père, passez en premier. »
« Hein ? Moi ? »
« Vous êtes celui qui risque le plus de s’enfuir. »
« … J’ai peut-être peur, mais je ne vais pas fuir avant le départ. »
Quand Jeonggu s’approcha du portail, Kejen et le Gobelin doré se rangèrent derrière lui.
— Avance, le vieux. On a du boulot par-dessus la tête.
Kejen le pressa, et Jeonggu, visiblement très tendu, fit un pas en avant.
FWIP !
Il disparut aussitôt, aspiré dans l’étroite navette à usage unique.
Kejen le suivit sans hésiter et plongea à son tour dans le portail.
Puis…
« À mon tour, hein. »
Yeongwoo entra avec le Gobelin doré.
WHOOSH.
Il fut propulsé vers l’avant, et le monde bascula en un instant.
« … Encore cet endroit. »
Ils se trouvaient à l’intérieur de la même navette jetable que celle qu’ils avaient utilisée pour se rendre à la prison.
『Largage simultané de trois navettes. Destination : le sud de Dik, selon les coordonnées de Kejen.』
« Compris. J’approuve. »
Quand Yeongwoo, coincé dans la navette, répondit, il entendit les verrous se défaire.
CLAC.
Puis…
BOOOOM !
Une énorme explosion secoua la navette.
Ils fonçaient à présent à toute allure vers la planète Dik, juste à la frontière de la Zone noire.
« Mais quelles coordonnées as-tu données exactement à la Terre ? »
demanda Yeongwoo. La voix de Kejen lui parvint d’en haut.
— Juste devant l’agence de location.
« Quoi ? On a le droit de faire ça ? »
— Cette planète est pratiquement considérée comme faisant partie de la Zone noire. C’est normal, ici.
« … »
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Dans quel genre d’enfer vivaient les gens de la Zone noire ?
Alors qu’il poussait un soupir, la navette fut secouée violemment et un compte à rebours apparut.
[00:10]
Arrivée dans dix secondes.
Kejen commença à lui expliquer les règles.
— Une fois au sol, ne sors pas tes armes.
« … Hein ? Pourquoi ? »
— C’est une règle tacite. Les combats à l’arme ont lieu uniquement dans la Zone noire.
« Pour protéger les agences de location ? »
— C’est ça. Si tu sors une arme ici, tu ne trouveras plus jamais de vaisseau.
« Alors pourquoi ne pas simplement voler un vaisseau garé dehors ? »
proposa Yeongwoo, en vrai voleur.
Kejen claqua la langue.
— Gamin, les planètes d’ici ont survécu des dizaines d’années, voire des milliards, à cette frontière.
Autrement dit, les marchands du coin étaient des monstres, et leurs systèmes de sécurité, de premier ordre.
— Il suffit d’appuyer sur un bouton d’urgence pour que tout le stock disparaisse sous terre. Rien n’est aussi facile que tu le crois.
« C’est vrai. Les commerçants d’ici ne doivent pas plaisanter. »
— Les faibles se sont tous fait dépouiller par des gens comme toi et sont morts ou ont fait faillite il y a belle lurette.
Les marchands qui approvisionnaient la Zone noire étaient forcément hors du commun.
— Ne sors pas d’arme. Et… il y a d’autres règles, mais ça prendrait trop de temps de tout t’expliquer. Je te les dirai au fur et à mesure.
En clair : ne songe même pas à le planter là.
Puis…
BIP.
Le compte à rebours arriva à zéro.
Ils étaient arrivés sur Dik.
KUUUUNG !
La navette percuta le sol et se désintégra.
CRASH !
Yeongwoo fut projeté en l’air, puis retomba avec souplesse, décrivant un arc parfait comme un vétéran aguerri.
THUD !
Kejen atterrit tout près avec la même aisance, manifestement habitué aux navettes jetables.
Jeonggu, lui, qui mettait pour la première fois le pied dans l’espace…
« AAAAAH ! »
perdit complètement l’équilibre et s’écrasa face contre terre.
WHUMP !
« Tu feras mieux la prochaine fois. »
Yeongwoo enjamba son père étendu au sol.
Ils avaient bel et bien atterri juste devant une agence de location.
Un homme borgne en costume s’appuyait contre un tas de ferraille et les observait.
— Zone noire ?
Il désigna vaguement le haut, en direction de la Zone noire.
Yeongwoo acquiesça et jaugea l’homme.
« Il est seul ici… ? Soit il est fou, soit il est incroyablement fort. »
Même sans arme, son physique en triangle inversé, parfaitement sculpté, respirait la maîtrise du combat au corps à corps.
« C’est toi, le loueur ? »
demanda Yeongwoo.
L’homme borgne eut un sourire en coin.
— Première fois, hein ? Suivez-moi.
Kejen se rapprocha rapidement de Yeongwoo et lui souffla :
— Nouvelle règle.
« … Et maintenant, quoi ? »
— Ferme-la. Tu pues le bleu.
« Et alors ? On est juste là pour louer une navette. »
— Gamin, on est au seuil de la Zone noire. Tous ceux que tu vois ici sont des escrocs.
« Quoi ?! »
Pendant qu’ils chuchotaient, l’homme borgne tourna à droite.
Kejen s’arrêta aussitôt.
— Pas par là.
— Quoi ?
— On est là pour la ferraille.
À peine Kejen eut-il prononcé le mot « ferraille » que l’homme borgne tressaillit et fit demi-tour.
— Ah. Un aller simple. C’est ma faute.
Il pivota et partit vers la gauche, exactement dans la direction opposée.
« Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »
Yeongwoo fronça les sourcils.
Kejen ricana.
— Quoi d’autre ? Il essayait de t’arnaquer.
« De m’arnaquer ? »
— Si on l’avait suivi à droite, il nous aurait montré le stock pour pigeons. De la camelote brillante et hors de prix, pour les nouveaux.
« … Et la “ferraille”, c’est quoi ? »
— De la ferraille… au sens propre. Des trucs qui ne peuvent voler que par miracle.
« … C’est ça qu’on achète ? »
— On a seulement besoin d’une navette à peine capable de faire un aller simple, non ? Forcément, la marchandise est pourrie.
« … Voilà pourquoi on appelle ça de la ferraille. »
Yeongwoo comprit enfin pourquoi le comportement de l’homme avait changé.
Entrer dans la Zone noire sans billet retour était le signe ultime qu’on était un habitué.
Les vrais survivants de la Zone noire volaient toujours le vaisseau de quelqu’un d’autre pour s’échapper.
— L’idéal, c’est d’en choisir un auquel il manque une aile ou dont le moteur est à moitié foutu.
« … Pourquoi ? »
— Il faut quand même qu’il puisse décoller. S’il est trop abîmé, le magasin le rafistolera avec les pièces qui traînent.
« Tu veux dire qu’ils vont le réparer… à l’arrache ? C’est quoi, cet endroit ?! »
Alors que Yeongwoo contemplait avec horreur ce système complètement dingue, Kejen sourit.
— Bienvenue dans la Zone noire, gamin.
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