Chapitre 550
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Gun]
Chapitre 550 : Esthétique du Cercle (1)
« Un artefact… ? »
Les yeux de Yeongwoo s’écarquillèrent lorsqu’il lut la description du donjon.
C’était la première fois qu’il voyait un donjon de rang Artefact.
Puis il découvrit son nom :
[Esthétique du Cercle]
| Rang du donjon : Artefact
| Difficulté : B
| Taille minimale du groupe : 8
| Taille recommandée du groupe : 32
*Si vous cédez juste un peu, tout le monde pourra survivre.
« Huit personnes minimum, mais trente-deux recommandées ? C’est quoi, ce donjon ? »
La taille recommandée était quatre fois supérieure à la taille minimale.
Jusqu’ici, la taille recommandée n’avait jamais dépassé le double de la taille minimale. C’était étrange.
« Ça sent déjà le trou à rats. Et cette histoire de céder un peu ? Ça ne me dit rien qui vaille non plus. »
Malgré ses réflexions, Yeongwoo s’avançait déjà vers le portail.
La curiosité l’avait emporté.
Et puis, il avait déjà utilisé sa Sphère dorée ; autant en avoir pour son argent.
Frouf.
Dès que Yeongwoo franchit le portail, la sensation familière d’un transfert spatial l’enveloppa.
Fouuuush !
En un clin d’œil, le paysage changea.
« Hein ? »
Une étendue de pierre sans fin s’allongeait devant lui.
Et puis…
Vlan !
Il s’écrasa au sol avant même d’avoir pu se rattraper.
« C’est quoi ce bordel… Je viens de tomber du ciel ? »
Alors que Yeongwoo restait face contre terre et époussetait son front, quelqu’un lui tendit un bâton doré.
Frouf.
« … ? »
En relevant la tête, Yeongwoo découvrit une vision pour le moins étrange.
« … Euh ? »
Une grenouille — oui, une vraie grenouille — couverte de bijoux étincelants lui tendait le bâton.
« C’est quoi, ce truc ? »
Alors qu’il la fixait, abasourdi, la « grenouille » ouvrit grand la bouche.
— Ça ? Comment osez-vous m’appeler « ça » ?
La grenouille trembla de rage, faisant cliqueter bruyamment l’or et les bijoux qui la couvraient.
Ce bruit tira Yeongwoo de sa stupeur.
« C’est qui, ce type ? Un richard ou quoi ? »
Une grenouille d’origine inconnue, couverte de tous les ornements imaginables.
Elle mesurait environ un mètre et la seule « arme » qu’elle tenait était ce bâton doré.
Autrement dit, pour quelqu’un qui se trouvait dans un donjon, son équipement était pitoyable et son apparence beaucoup trop voyante.
Elle ne dégageait pas non plus l’aura d’un être puissant.
« On dirait que je pourrais l’écraser en deux secondes. »
À vrai dire, Yeongwoo était certain de pouvoir la tuer et récupérer tous ses bijoux avant même qu’elle ait le temps de cligner des yeux.
Mais…
— Créature insolente ! Toutefois, vu les circonstances, je vous pardonnerai pour cette fois !
Malgré ses paroles décousues, quelque chose dans le ton hautain de la grenouille le titillait.
Elle se comportait comme si sa supériorité ne faisait aucun doute.
Neuf fois sur dix, cela signifiait qu’elle était noble — voire royale.
« Euh… pardonnez-moi, mais puis-je vous demander votre nom ? »
La grenouille se redressa fièrement et baissa les yeux sur Yeongwoo.
— Puisque vous insistez, je suis le Joyau Tragique, Kanaph Izori.
« Joyau tragique… Kana-quoi ? »
Yeongwoo eut une envie presque irrésistible d’écraser la grenouille, mais se retint une fois de plus.
« … Alors, vous êtes de sang royal ? »
— De sang royal ? Quelque chose comme ça. Je suis la sœur cadette du Duc Dalqui.
« Quoi ? »
La sœur cadette du Duc Dalqui.
Donc pas une princesse, mais une noble.
« Oh, c’est tout ? »
Yeongwoo décida alors qu’il était temps de faire comprendre qui commandait.
« Une noble ? Et même pas le duc en personne, juste sa sœur ? J’ai des amis qui sont de sang royal, vous savez. »
Il se leva et, en un instant, leurs regards se retrouvèrent à la même hauteur.
Frouf.
À présent, c’était Yeongwoo qui dominait Kanaph du regard.
À sa taille pendait l’épée légendaire Bâtard et, jusqu’alors dissimulé sous lui, Aratubank.
N’importe quel imbécile doté d’yeux reconnaîtrait un équipement aussi prestigieux.
— …
Comme prévu, Kanaph effleura du bâton doré le bout du doigt de Yeongwoo, puis ajouta :
— À l’heure qu’il est, mon frère me cherche désespérément. Celui qui me protégera et me ramènera saine et sauve auprès du Duc Dalqui sera généreusement récompensé.
Le visage de Yeongwoo s’illumina comme un soleil.
« Pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt ? C’est donc vous que le Duc recherche. »
Mais un détail clochait encore.
« Comment avez-vous atterri ici, au juste ? »
C’était un donjon.
On ne pouvait pas simplement s’y promener depuis son jardin.
Le visage de Kanaph s’assombrit.
— Je voyageais hors du duché quand des scélérats m’ont attaquée. Sans doute des vauriens qui en voulaient à mon frère.
« Attaquée ? Mais au lieu de vous tuer, ils vous ont envoyée ici ? »
— Le sang de la Maison Izori ne s’efface jamais. Si je saigne, la trace demeure pour toujours.
« Ah. »
En d’autres termes, ses agresseurs l’avaient abandonnée dans un donjon pour effacer leurs traces, en comptant sur les autres participants pour « s’occuper » d’elle.
« Ils l’ont laissée ici en grande tenue pour qu’un type comme moi la tue. »
Par pure malchance pour eux, la première personne que Kanaph rencontra fut nul autre que Jeong Yeongwoo 07.
Pour le Duc Dalqui, cela risquait de poser problème ; pour Kanaph, c’était une chance inouïe.
« Vous avez dû faire beaucoup de bien dans vos vies antérieures pour tomber sur moi comme ça. »
— Vous êtes grossier, mais pas idiot, à ce que je vois.
« Mais on est toujours dans un donjon, Kanaph… »
— Appelez-moi dame Kanaph.
« Ah, oui. Comment suis-je censé faire sortir dame Kanaph d’ici ? »
Comme l’expérience le lui avait appris, à la fin d’un donjon, tous les participants étaient renvoyés d’où ils venaient.
Autrement dit, même si elle survivait, elle risquait d’être téléportée sur une planète inconnue.
Kanaph leva alors le bâton doré qu’elle tenait.
Frouf.
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Gun]
— Deux fois par jour, je peux me cacher un court instant dans cette relique sacrée. Emportez-la hors du donjon et je partirai avec elle.
« Vous plaisantez. Comment avez-vous fait pour ne pas vous le faire voler ? »
La mâchoire pendante, Yeongwoo regarda Kanaph avaler le bâton.
« … Oh. »
Il avait déjà vu ce genre de capacité.
Pofu Tenta, un autre amphibien, avait lui aussi rangé une trompette dans son ventre.
« Combien de temps pouvez-vous rester cachée dedans ? »
— Hum… environ une minute ?
« Donc, en gros, vous devrez marcher toute seule presque tout le temps. »
La situation était désormais claire.
« D’une manière ou d’une autre, je dois garder cette grenouille en vie et soutirer une rançon au Duc Dalqui. »
Techniquement, elle était une otage, mais sur le plan moral, c’était du bon karma.
Il allait rendre une noble enlevée à sa place légitime.
« Bon, d’accord. Restez près de moi, dame Kanaph. Compris ? »
En évaluant sa nouvelle « cliente », Yeongwoo fronça un sourcil.
« Vous avez une jambe artificielle. »
L’une des jambes de Kanaph brillait d’un éclat argenté.
— Et vous, il ne vous manque pas un bras ?
Sa voix se fit sèche, visiblement vexée par sa remarque.
« Non, ce n’est pas ce que je voulais dire… C’est juste une drôle de coïncidence. Une amputée et un manchot qui se croisent dans le même donjon… Quelles étaient les chances ? »
Il jeta un regard autour de lui.
« Cet endroit est immense. »
Le donjon de rang Artefact Esthétique du Cercle était bien plus vaste que tous ceux qu’il avait vus.
Une plaine dégagée s’étendait à perte de vue dans toutes les directions.
« Vous ne connaissez pas encore les règles du donjon, n’est-ce pas ? On dirait que vous étiez là avant moi. »
— Je n’en sais rien.
Évidemment : elle n’était pas venue ici de son plein gré.
Yeongwoo désigna vaguement l’avant.
« En route. Quelque chose finira bien par apparaître. »
Il se fondait sur les dimensions indiquées pour le donjon :
| Minimum : 8
| Recommandé : 32
Pour l’instant, la seule personne en vue était dame Kanaph.
Ce qui signifiait…
« Il y a au moins six autres personnes quelque part, mais je ne les vois pas. Cet endroit est ridiculement vaste. »
Au loin, à l’horizon, se dessinait une forme bleutée.
Un mur ?
Le ciel ?
Impossible à dire.
Pour le moment, ils n’avaient pas d’autre choix que d’explorer jusqu’au début de la phase suivante.
« Si vous avez du mal à marcher, dites-le-moi. »
Même ici, le respect inné de Yeongwoo envers les aînés refit surface.
Kanaph frappa le sol de sa jambe d’argent.
Crac !
— Du mal ? Je peux courir.
« Bien. »
Il acquiesça et se mit à marcher sans but.
Il n’y avait aucun repère, aucun moyen de distinguer l’avant de l’arrière.
Cling, cling.
Après un moment à avancer péniblement dans cette immensité vide, Kanaph demanda :
— Pourquoi êtes-vous venu ici ?
« Pour gagner de l’argent et récupérer de l’équipement. »
— De l’argent ?
« Oui. Je ne suis pas noble comme vous ; je n’ai pas de fortune familiale à ma disposition. »
— Alors vous êtes… le vassal de quelqu’un ?
« Je suis le chef de ma propre maison. »
— Quoi ? Vous, un chef ? Impossible.
Yeongwoo jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.
« Qu’est-ce qui vous choque tant ? »
— Un chef de maison devrait…
« Oui, oui, je suis sûr que tous les chefs que vous avez rencontrés étaient distingués. Mais l’univers est vaste. Des types comme moi, ça existe aussi. »
Jeong Yeongwoo 07, chef de maison à l’époque de la Renaissance, n’avait aucun scrupule à extorquer, enlever ou menacer.
Kanaph, qui avait passé sa vie couverte de bijoux, n’avait probablement jamais rencontré une brute pareille.
« Enfin, estimez-vous heureuse. Je sais plutôt bien rester en vie. »
— Mais… vous non plus, vous ne savez pas encore ce qu’est cet endroit, n’est-ce pas ?
« … Pas encore. »
À cet instant, le donjon finit par changer.
Boum !
Un vacarme de tonnerre retentit et un immense compte à rebours apparut dans ce qui ressemblait au ciel.
[06:00:02]
« Hein ? »
Le compte à rebours se mit aussitôt à défiler.
[06:00:01]
« Quoi ? »
Les derniers chiffres correspondaient aux secondes.
Ce qui voulait dire…
[06:00:00]
« … Six heures ? »
À peine Yeongwoo eut-il marmonné ces mots que le compte à rebours passa sous la barre des six heures.
[05:59:59]
Puis, pour la première fois depuis leur arrivée, un message du système apparut :
[À partir de maintenant, l’espace du donjon rétrécira considérablement toutes les heures.]
« Quoi ? »
Yeongwoo tourna la tête dans tous les sens, comme s’il venait de se brûler.
Il comprit soudain ce que devait être cette « paroi » ou ce « ciel » bleuté.
« … Un champ magnétique. »
[À chaque fermeture partielle du donjon, un point de sortie apparaîtra à un emplacement précis. Pour l’activer, il faut deux bras et deux jambes.]
— Hein ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
Kanaph ouvrit la bouche en grand, horrifiée.
Yeongwoo, lui, cligna vivement des yeux.
« Deux bras, deux jambes… Des prothèses et des membres artificiels, peut-être ? »
C’était logique.
Kanaph et lui avaient chacun un membre artificiel.
Les autres participants devaient se trouver dans une situation similaire.
Autrement dit, le véritable objectif du donjon consistait à…
« Récupérer des bras et des jambes artificiels au fil du parcours. »
Comprenant cela, Yeongwoo tira aussitôt Bâtard de sa taille.
Fchhhk !
Et…
Tranch !
D’un seul coup, il se trancha le bras gauche.
Kanaph poussa un cri strident et s’enfuit à toutes jambes.
— Kyaaaah ! Il est fou… !
Mais elle n’avait pas fait trois pas qu’il l’attrapa.
« Où allez-vous ? Il ne nous manque plus qu’une jambe. »
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Gun]