Chapitre 87
Cornkill, le chef du village de Nefiro, avait bien des soucis.
Ce soir, c’était le jour du tribut pour « Ça », mais un problème grave se posait.
Le problème était que……
« Qu’est-ce qu’on va faire, patron ?! Il nous manque un tribut ! »
« Mon Dieu, je suis foutu ! Il ne reste que quelques heures ! Je ne veux pas mourir, patron ! »
Résultat, le chef du village, pourtant vertueux et bienveillant, laissa tomber le masque.
« Fermez vos gueules ! Je vous ai dit de m’appeler Chef dans le village ! »
« P-pardon ! »
Bien que ce fût une région où il était rare de croiser des hommes, ils étaient des dizaines dans la maison de Cornkill.
C’étaient les membres d’élite du gang de bandits des « Ricochets ». Le reste de la troupe était stationné dans une cachette récemment déplacée au plus profond des montagnes.
(Note : Le nom original est 불수제비, Bulsujebi. Traduit par « Ricochets », le jeu consistant à faire rebondir des pierres plates à la surface de l’eau.)
Les Ricochets étaient un gang qui n’avait jamais été soumis et qui avait maintenu son héritage jusqu’à la troisième génération. Grâce à cela, ils avaient pu accroître leur puissance suffisamment pour dominer les montagnes Hegelix.
Mais à présent, ces hommes robustes tremblaient de peur.
« Il faut vite remplacer celui qui manque ! On n’a plus le temps ! »
« C’est vrai. On va tous mourir si on ne donne rien ou si le compte n’y est pas ! »
« N-non ! Je ne veux pas mourir ! »
« Je veux voir maman ! Guhhh ! »
Au moment où des couinements commencèrent à se faire entendre, un bandit barbu se précipita dehors.
« C’est pour ça que je vous avais dit de déménager pendant qu’on était encore en vie ! Ce n’était pas un bon endroit dès le départ ! Quel genre de cachette installe-t-on dans un donjon ? »
« Tais-toi, espèce d’ignorant ! Comment veux-tu qu’on abandonne l’endroit hérité de nos prédécesseurs ?! Grâce à ça, on a réussi à éviter les recherches et la soumission, alors pourquoi tu commences à dire des bêtises juste parce que la situation se corse un peu ?! »
« Ce n’est pas juste une situation qui se corse ! »
Le grand bandit souffla bruyamment en retirant sa capuche, comme s’il la jetait au sol. Sur son front découvert, un stigmate en forme d’aile rayonnait d’une mystérieuse lumière rouge.
C’était la marque d’un esclave au service d’un boss de classe S.
C’était pratique d’utiliser un donjon vide comme cachette pour éviter les réseaux de recherche tout en amassant de l’argent et des richesses comme si c’était un jeu d’enfant.
Mais ils avaient oublié une chose. Un nouveau propriétaire finit toujours par apparaître dans tout donjon laissé ouvert trop longtemps sans héritier légitime !
Leur cauchemar commença lorsqu’un œuf gigantesque éclot dans le cratère d’un volcan éteint.
– Vous êtes mes esclaves à partir de maintenant. Si vous ne voulez pas que votre cerveau fonde et que vous mourriez, alors offrez-moi dix jeunes hommes une fois par mois !
Un mois dans le donjon correspondait à une semaine dans le monde extérieur.
Pour survivre, les Ricochets enlevaient et sacrifiaient assidûment villageois et voyageurs. Le sort des hommes devenus tributs était cruel. Si « Ça » n’appréciait pas leur goût, ils étaient dévorés sur place, et même s’ils étaient à son goût, ils subissaient d’horribles sévices.
À un point tel que la plupart des hommes préféraient supplier qu’on les tue.
Bien sûr, ce n’était pas le problème des bandits. Il fallait bien joindre les deux bouts. Que pouvaient-ils faire ?
« C’est un péché d’être faible ! Qui vous a dit de naître faibles ? Et puis, si vous aviez assez d’argent, vous pourriez traverser la chaîne de montagnes avec une pierre de téléportation ! »
Mais récemment, un problème était survenu. Les rumeurs d’enlèvements avaient commencé à se répandre et le nombre de voyageurs passant par là s’était tari.
Pour ne rien arranger, des rumeurs effrayantes circulaient parmi les bandits. Quel genre de Maître d’Épée attaquait toute la chaîne de montagnes pour exterminer les bandits ?
Après que le donjon eut un nouveau propriétaire, les Ricochets avaient déplacé leur cachette dans une grotte ordinaire. Cela signifiait qu’ils se trouvaient dans un endroit facile à détecter. Pour l’instant, ils devaient aussi faire attention à ne pas se faire attraper par le Maître d’Épée.
« Merde. Pourquoi un Maître d’Épée viendrait-il dépouiller de pauvres bandits pour rien ! »
Cornkill avait l’impression qu’il allait devenir chauve à force de stress.
« Il n’y a plus d’hommes à attraper au village, qu’est-ce qu’on va faire maintenant, patron ?! Puisque tu es le patron, assume tes responsabilités ! »
Il était déjà agacé, mais ce jeune homme lui tapait sur les nerfs. Il était temps de montrer la dignité du chef.
« Hé, attrapez ce bâtard. Remplacez le tribut manquant par ce crétin. »
« Qu-quoi… … ! »
« D’accord, patron ! Attachez-le ! »
« Hng ?! Mmmph ! »
Il n’y a aucune loyauté chez les voleurs.
Comme s’ils attendaient cet ordre au fond d’eux, les autres se précipitèrent, ligotèrent étroitement le bouc émissaire et le jetèrent sur une charrette à l’arrière de la maison.
« Ouf, je m’en sors de justesse cette semaine. Allons à la cachette… quoi ? »
Les yeux de Cornkill s’écarquillèrent soudain alors qu’il donnait ses instructions. Il venait de voir quelque chose d’incroyable par la fenêtre.
« Ça…… ! »
Un bel homme aux cheveux argentés brillants et au visage encore plus éblouissant entrait dans la ville !
Cornkill s’exclama, incrédule.
« Un tribut ! Le tribut est venu de lui-même ! »
« Ooooooooh ! »
En y regardant de plus près, deux personnes entraient dans le village. Une femme et un homme, tous deux très beaux.
C’était une marchandise de choix aux yeux de Cornkill, qui avait fait du trafic d’êtres humains par le passé.
Cornkill essaya d’évaluer la force des deux inconnus.
« Aucun des deux n’a d’arme. Ils ne portent même pas d’uniforme de prêtre. »
« Peut-être de la magie ? »
« Non, si on sait manier l’un des trois pouvoirs, on ne traverse pas les montagnes Hegelix à pied. »
« C’est vrai. Ils auraient gagné assez d’argent pour acheter une pierre de téléportation ! »
« Oui, ce sont sûrement de pauvres voyageurs ! »
« Waouh ! »
« Hmph ! Mmmph ! »
C’était un jugement très subjectif et plein d’espoir. Mais les bandits applaudirent et scandèrent des accusations mensongères.
Cornkill sourit méchamment en regardant les deux voyageurs.
« Héhé, ne m’en voulez pas trop. Ici aussi, on essaie de joindre les deux bouts. »
Si vous vous sentez lésés, naissez forts ou riches dans votre prochaine vie.
Avec la rationalisation habituelle qu’il utilisait toujours, Cornkill se leva de son siège en vrai patron.
« Relâchez le gars qu’on a attaché et chargé tout à l’heure. Dites que c’était une blague. »
« Oui ! On suit tes ordres et ensuite on se cache. »
« Courage, patron ! »
« C’est Chef, bordel ! »
Cornkill hurla et sortit en courant de la maison.
Attraper des voyageurs était sa spécialité.
Il suffisait de jouer les humbles paysans, de les laisser passer la nuit chez le chef du village, puis de leur servir un repas rempli de somnifères.
Parfois, certains voyageurs se méfiaient et refusaient le gîte et le couvert, mais s’il devenait émotif et versait des larmes de crocodile en parlant d’un fils décédé, ils finissaient tous par céder.
Cette fois, c’était encore plus facile avec ces petits chatons qui étaient venus d’eux-mêmes, naïfs et ignorants du monde.
Ils furent ravis d’apprendre qu’il les hébergerait faute d’auberge au village, et burent le lait au miel agrémenté de somnifères sans se poser de questions.
Ce fut un jeu d’enfant de charger les dormeurs sur la charrette et de les emmener à la cachette de montagne.
Les bandits, y compris Cornkill, étaient excités et jacassaient tout au long du trajet.
« On met le gars comme tribut comme prévu, et comme la fille est jolie, elle fera la cuisine et la lessive dans la nouvelle cachette. C’était le bazar sans femmes, c’est génial ! »
« Oh ! Comme on pouvait s’y attendre de la part du patron ! Tu es sage. »
« Je lui apprendrai à cuisiner ! »
« Héhé ! Je lui apprendrai à faire la lessive ! »
« Quand vous hurlerez et que la fille pleurera, je la consolerai ! »
« Waouh, le patron s’y connaît ! »
La route de montagne sinueuse était remplie de rires ignobles.
De bonne humeur, le corrompu Cornkill, si répugnant que les autres hommes insidieux paraissaient presque mignons à côté, cria :
« Je suis d’humeur joyeuse ! Faisons une fête bien arrosée à la cachette après le boulot ! »
« Waouh ! Le patron est le meilleur ! »
Cependant, cette promesse ne put être tenue, car leur tranquillité prit fin au moment où la charrette arriva à la cachette.
Grincement.
« Nous y sommes. Tout le monde, descendez avec les bagages ! »
« Vraiment ? Allons-y. »
« ……Hm ? »
Le patron donnait ses ordres à ses subordonnés, mais une voix féminine froide se fit entendre. Et.
Kwagwagwagwang !
La charrette vola en éclats et son corps fut projeté dans les airs.
« Quoi ? Que s’est-il passé ? »
Incapable de trouver une réponse, il s’écrasa au sol.
Boum !
« Toux ! »
Peut-être parce qu’on était en pleine nuit, les étoiles brillaient devant lui. Il parvint à se relever et à ouvrir les yeux.
Ce qu’il vit alors fut un pandémonium.
Bang ! Aïe ! Quarreung !
« Aaaaaah ! »
« Ku-gha ! »
La cachette durement acquise se brisa, se fissura et explosa dans un chaos total. Les hommes qui l’accompagnaient hurlaient et étaient projetés partout. Le personnel qui attendait dans la cachette entendit le tumulte et sortit en courant, mais ils ne purent même pas brandir leurs armes et furent projetés de la même manière.
« Qu-qu-que s’est-il passé…… »
À ce moment-là, une lumière blanche et froide jaillit dans le nuage de poussière. C’étaient les images rémanentes d’un maniement d’épée.
Patch, patch.
Une silhouette sortit du champ boueux d’un pas tranquille. Le clair de lune illumina son visage.
C’était la femme aux cheveux roses qui dormait profondément dans la charrette il y a encore un instant.
« Merci pour le trajet. Grâce à vous, j’ai évité de chercher les cachettes. »
Saaaah.
La lame de l’épée qu’elle tenait brillait plus intensément.
« Hi-Hiiic ! C-c’est elle ! »
« C-c’est le Maître d’Épée ! »
Le cri terrifié de ses subordonnés l’aida à comprendre la situation. Cornkill bégaya en ouvrant la bouche.
« Ne-ne me dis pas que…… le-le Maître d’Épée dont on dit qu’il nettoie les bandits ces derniers temps…… »
« Oui. Ça a tout l’air d’être moi. »
Cornkill comprit son sort.
Je suis foutu !
Kwaang !
Une aura blanche vola ici et là et s’écrasa.
Bien qu’ils fussent les deux étrangers que les bandits avaient méprisés, la femme ne devait jamais être prise à la légère.
Non seulement elle était capable de manier librement l’Épée d’Aura, mais elle utilisait aussi la Lame d’Aura ; elle devait au moins être de niveau expert en termes de technique.
« Hic ! »
« Kuk ! »
Les bandits étaient terrifiés.
Dans leurs esprits stupides, les délires de nourriture et de vêtements propres offerts par une belle femme s’évaporèrent en un instant.
« S-sœur, n-ne fais pas ça, discutons…… Coucou ! »
« Sau-sauve-moi ! J’ai juste fait ce qu’on m’a dit…… Kook ! »
« Vous êtes trop faibles pour utiliser des épées. »
Whoops ! Puck puck !
« Guaaaa ! »
Ceux qui essayaient de s’en sortir avec des conneries furent impitoyablement piétinés, petit à petit.
« Hé ! C’est un monstre ! O-on doit s’enfuir ! »
« Où croyez-vous aller ? Aucune chance. »
Ceux qui s’enfuyaient étaient ligotés avec la corde de harpe du Roi Esprit et ramenés de force.
Whoops ! Puck puck peck ! Puck puck peck !
« Kguh…… ugh…… »
Ils furent doucement passés à tabac jusqu’à ce qu’ils écument de la bouche.
« Hu-Huk…. »
Cornkill, incapable de bouger depuis la première fois qu’il avait volé et atterri sur le sol boueux, dut regarder tout cela aux premières loges.
« Oh, mon Dieu. »
Le vénérable groupe de bandits, qui avait maintenu son héritage pendant trois générations, fut détruit par une seule personne. C’était terrifiant.
Puis une ombre tomba sur la tête de Cornkill.
« Hein ? »
Lorsqu’il leva les yeux, un jeune homme aux cheveux argentés le regardait de haut.
« …… »
Les cheveux argentés brillaient comme le clair de lune et le beau visage était doux et saint. Mais pourquoi ?
« H-Hik ! »
Les yeux bleu océan qui lui faisaient face étaient profonds comme un abîme, attisant sa peur.
« Chut. »
Thesilid, qui avait abaissé sa posture, se contenta de rouler des yeux et de regarder du côté d’Ellet. S’assurant d’être dans son angle mort, il tendit la main.
« Kaaah-ghuo ! »