Chapitre 461
« ...... »
Même un déclencheur dérisoire suffisait — c’était toujours vrai. J’ai failli me retourner pour l’embrasser à nouveau.
Non, ce n’était pas seulement ça.
Peut-être qu’après cela, j’aurais pu prendre une position dominante, le pressant contre les draps tout en entremêlant nos mains.
Chassant ces pensées impures, le tic-tac de l’horloge résonna soudain plus fort que d’habitude.
C’était le carillon de la grande aiguille atteignant le sommet, marquant l’heure pile. C’était désormais le moment où la liberté de mouvement de l’Invité serait restreinte.
Il ferma les yeux un instant, les serra, puis les rouvrit. Enfin, il pouvait répondre à sa question : partirait-il ainsi ?
« Il est cinq heures. »
« Et à dix heures ? »
« ...... »
Bien qu’il fût déjà un homme ayant perdu la raison, il eut l’impression d’être sur le point de sombrer totalement dans la folie.
Reid s’efforça de ne pas se laisser troubler. Il ne voulait pas que l’avidité aveugle son jugement.
Mais peu importait ses efforts pour trouver une interprétation banale ou pour envisager d’autres possibilités, il échouait.
Reid se tourna et s’approcha d’Ayleth. Feignant de ne pas remarquer sa tension réflexe, il déposa un baiser poli sur ses cheveux sombres et soyeux.
« C’est vous qui décidez de tout. »
✠
J’étais stupéfaite.
[« La Balance qui juge l’âme » ricane.]
[« La Balance qui juge l’âme » sourit sournoisement.]
[« La Balance qui juge l’âme » rit malgré tout.]
Juste stupéfaite.
[« L’Esprit du Verbe qui bâtit le monde » bloque l’approche de « La Balance qui juge l’âme ».]
Vraiment stupéfaite.
[« La Balance qui juge l’âme » se débat avec férocité mais est traînée au loin en pleurant.]
Même le temps passant, je restais stupéfaite.
[« L’Esprit du Verbe qui bâtit le monde » bloque également l’approche des autres dieux.]
Pour la première fois depuis longtemps, la fenêtre du système était silencieuse. Grâce à cela, je pouvais rester dans mon état de stupeur sans être dérangée.
Il était bien plus de neuf heures du soir. Je me souvenais à peine de la façon dont j’avais géré mon emploi du temps après avoir quitté Reid.
Lorsque je repris mes esprits, j’étais dans la chambre de la maîtresse, mes préparatifs pour la soirée terminés.
Apparemment, l’Esprit du Verbe avait oublié son agitation habituelle aujourd’hui, car mes vêtements de nuit me semblaient étranges. Le déshabillé violet profond était fin comme des ailes de libellule sous la poitrine. Ce n’est qu’après avoir enfilé une chemise de nuit que je me sentis correctement vêtue.
La chemise ne cessait de glisser sur une épaule, mais j’étais trop paresseuse et trop dans la lune pour la remettre en place. Assise près de la coiffeuse, je posai mon menton dans ma main.
Mon esprit détendu et sans défense était le terreau idéal pour les pensées intrusives. Mais une seule chose revenait sans cesse.
Reid.
Inconsciemment, je touchai mes lèvres et sursautai soudain.
« Ugh... »
Je me penchai en avant, couvrant ma tête de mes deux mains. Quand je relevai enfin le visage, le miroir était juste devant moi. Je vis mes joues rougies, éclatantes comme une pêche mûre.
Heureusement, j’étais seule.
Plus heureusement encore, aucun dieu n’était là pour me taquiner.
Je me levai du tabouret et me dirigeai vers la fenêtre. Pour rafraîchir la brûlure sur mes joues, je sortis sur le balcon.
La brise nocturne était fraîche et même parfumée. La roseraie en pleine floraison semblait embaumer la nuit plus intensément.
Appuyant mes bras sur la balustrade de marbre, je portai mon regard vers le jardin enveloppé par la nuit. Mes yeux, habitués à l’obscurité, distinguèrent une silhouette humaine.
« Reid ? »
Il n’était pas descendu au réfectoire pour le dîner.
Laissant un mot disant qu’il avait du travail, il était resté cloîtré dans sa chambre toute la soirée. Que faisait-il ici, dans le jardin, à une heure aussi tardive ?
Je ne pus réprimer ma curiosité. Je voulais le voir, moi aussi.
Je sautai légèrement du balcon vers le rez-de-chaussée. Suivant le sentier baigné de clair de lune, je marchai doucement sur l’herbe en direction de la roseraie.
Ce soir, au lieu du cri lugubre du hibou, les insectes jouaient une douce symphonie. Pour la première fois, la nuit du donjon semblait tout à fait romantique.
Entre les haies soigneusement taillées, des cheveux argentés scintillaient. Reid marchait lentement le long du sentier, observant les roses plantées dans les parterres.
Je m’éclaircis la gorge pour me faire entendre. Il se tourna vers moi, ayant manifestement décelé ma présence bien avant.
« Bonsoir, Ai. »
« Ouais. Bonsoir. »
Échanger une salutation aussi banale me donna l’impression d’être la seule à trop réfléchir à ce qui s’était passé cet après-midi.
Face à lui, j’espérais que l’obscurité dissimulerait mon visage empourpré, feignant que tout était normal.
« Que faisiez-vous ici, Reid ? »
« Je me promenais. »
« À cette heure-ci ? »
« Je cherchais aussi des roses. »
« Des roses... ? »
« Vous m’avez demandé de trouver une rose de platine aujourd’hui. Vous étiez curieuse de savoir si elle était vraiment en or. »
D’habitude, il échouait intentionnellement à mes requêtes, mais aujourd’hui, il s’efforçait sincèrement de remplir celle-ci. Comment étais-je censée interpréter cela ?
Puis, Reid me regarda droit dans les yeux et demanda :
« Devrais-je arrêter de la chercher ? »
« ...... »
Une phrase inattendue me revint en mémoire.
Je pouvais décider de tout.
Il semblait pouvoir rester là, à attendre que je vienne à lui quand bon me semblerait. J’enviais ce calme et je grommelai un peu.
« Vous êtes poli, mais un peu agaçant. »
« Agaçant ? »
« Faites juste ce que vous voulez. Je ne vous pensais pas aussi indécis. »
« Je ne suis pas indécis. »
« Alors quoi ? »
Avant que je puisse répondre, il fit un pas vers moi.
« Comment pensez-vous que je sache ce que je veux ? »
J’inspirai brusquement, surprise par ce murmure tout près de mon oreille. Il ne manqua pas ma réaction sincère.
« Inquiète ? »
« ...... Hein. »
Une question prévisible.
Trop évidente.
Je l’avais entendue tant de fois que c’en était presque ennuyeux.
Mais chaque fois que je l’entendais, mon cœur s’emballait.
Quand il me taquinait ainsi, j’avais toujours une réponse différente.
Cette fois ne fit pas exception. J’essayai une réponse que je n’avais jamais donnée auparavant.
« Ouais. »
« ...... »
« J’étais inquiète. »
« ...... »
Je me demandais comment il réagirait à cela.
Je le pressai un peu.
« J’ai admis. Et maintenant ? »
« ...... »
Je relevai la tête avec provocation et me tins tout près de lui.
Peu importait l’obscurité, ses yeux couleur de mer semblaient scintiller, rendant impossible de ne pas voir la faible lueur de l’embarras.
Après l’avoir approché de près à quelques reprises, j’avais réalisé quelque chose.
Je n’étais pas la seule à être faible face à lui.
J’avais aussi la capacité de troubler son calme.
« ...... »
« ...... »
Je fixai ses yeux tendus et sa bouche crispée. Sa pomme d’Adam bougea visiblement.
« Venez, Ai. »
Il saisit ma main comme un crochet et commença à marcher vers quelque part. Son contact était inhabituellement négligent.
Mes longs cheveux, imprégnés de la nuit, ne lui importaient pas.
Nous marchâmes sans un mot. Peut-être que cette étrange tension rendait le parfum des roses encore plus entêtant.
Après avoir marché un moment à travers les haies labyrinthiques, nous trouvâmes un endroit magnifique. Un petit pavillon recouvert de rosiers grimpants se dressait au centre, avec des bancs de marbre disposés dans les huit directions.
C’était un endroit parfait pour faire une pause au cours d’une promenade.
Jugeant les directions à la lune, Reid m’assit sur un banc. Puis, il fouilla dans les buissons de roses rouges juste devant nous et trouva quelque chose : une rose de platine.
Cette plante étrange, à la texture à la fois pétale et métal, brillait noblement sous le clair de lune. Quelques pétales étaient tombés au sol, comme si la fleur avait passé son apogée.
Nous n’avions pas échangé un mot depuis que nous traversions le jardin. Espérant que la tension brûlante dans ma gorge s’apaiserait un tant soit peu, je parlai maladroitement.
« Cette rose est extraordinaire. »
« C’est le cœur du manoir. »
« Le cœur ? »
« Ouais. »
La conversation n’alla pas plus loin. La tension ne semblait pas diminuer.
Il cueillit nonchalamment une rose au nom si grandiose, comme si elle lui appartenait.
« Tenez, Ai. »
« Oh, merci. Elle est magnifique. »
Je la pris, hébétée, et enfouis légèrement mon nez dans la fleur. Le parfum était étrangement frais. Si c’était un parfum, je pensais qu’il lui irait bien.
Mais cela semblait être une fleur magique. Même si c’était une quête, était-ce bien de la cueillir ainsi ?
Peut-être vit-il le doute sur mon visage, car Reid dit :
« C’est bon. Ce n’est pas important. »
Alors, qu’est-ce qui était important ?
Son regard fixé entièrement sur moi me disait qu’il était concentré uniquement sur moi. Ce devait être là la réponse.
[ L’Invité a terminé avec succès votre requête. ]
Étrangement, cette fois, le système ne força rien. C’était comme s’il n’avait plus besoin de choisir.
Était-ce en train de me dire de faire comme bon me semblait ?
Le comportement de Reid était exactement le même.