Chapitre 415
La lame tranchante de la faux dispersa des auras de lumière bleue, et le manche, s'étendant comme la queue d'un serpent, balaya violemment le champ de bataille.
Bien que je n'aie jamais oublié qu'il ne s'agissait pas de la réalité mais d'un rêve, je prenais désormais pleinement conscience de l'irréalité de ce songe.
Le nombre d'inquisiteurs hérétiques qui m'encerclaient et chargeaient était infini. Il était insensé que les inquisiteurs d'élite du Sanctuaire de l'Esprit Sacré soient aussi nombreux qu'une légion.
Et voir Muriel Filize, qui n'apparaissait qu'à partir du 40e cycle, se tenir juste devant moi était anormal.
Le rêve avait depuis longtemps abandonné toute précision historique par rapport à la chronologie du 17e cycle.
Non, avant de s'inquiéter de telles choses, il y avait une variable encore plus grande.
« Ce serait moi. »
Car j'étais celle qui ne devrait absolument pas se trouver dans le 17e cycle.
Je continuais à faucher mes ennemis sans répit. Sentant mon endurance diminuer rapidement, peut-être à cause de ce cauchemar maudit, je me fis une réflexion :
Peut-être que cette quantité désespérante d'ennemis et l'apparition des pires personnages étaient dues à ma présence.
L'esprit de Thesilid Argent avait douloureusement appris l'impuissance et le désespoir.
Plus il ressentait de paix et de réconfort dans ce rêve, plus il était contraint d'imaginer le pire désespoir correspondant.
C'est pourquoi un nombre absurde d'inquisiteurs hérétiques avait été invoqué, et même Muriel Filize, pourtant étrangère au 17e cycle, avait été appelée ici.
Ce monde onirique fonctionnait selon les lois de son désespoir et de son infortune.
« Haa... haha. »
Même alors que je luttais pour reprendre mon souffle, un rire m'échappa.
J'avais cru que l'espoir prévaudrait sur le désespoir.
Comme un réveil au matin, accueilli par la lumière du soleil et le chant des oiseaux, je pensais que sa conscience s'imprégnerait naturellement de bonheur pour s'échapper du rêve. Mais c'était un combat terriblement défavorable pour moi.
Le monde du rêve, régi par les lois du désespoir, était parfaitement adapté à l'esprit de Thesilid, accro au désespoir.
Alors, comment diable...
« Comment mettre fin à ce rêve ?! »
Sentant l'émotion m'envahir, je pris une profonde inspiration. Calme-toi. Je ne dois pas succomber au désespoir moi aussi.
[« Le Langage qui construit les mondes » vous rappelle qu'il existe deux autres moyens de se réveiller du cauchemar.]
Le Langage avait déjà donné des réponses et des indices sur ces deux méthodes.
L'une consistait à endurer les 100 cycles. L'autre était...
« Sauter à la conclusion. »
Un cauchemar est comme une histoire prédéterminée. Une fois que vous voyez l'histoire entière ou que vous atteignez la fin, il s'arrête.
Alors, comment sauter jusqu'à la fin ?
[« Le Langage qui construit les mondes » vous demande de considérer ce que pourrait être la fin de ce cauchemar, qui répète le passé.]
Tout en poursuivant le combat, je jetai un coup d'œil à Thesilid.
Il restait agenouillé, dans un état d'impuissance totale. Une brume de chaleur noire se tordait comme des vers rampant sur son corps.
Le cauchemar s'était matérialisé, enchaînant sa volonté et le faisant sombrer dans le désespoir.
En le voyant enveloppé d'une aura totalement incompatible avec celle d'un paladin, une pensée me traversa.
« ...Je dois le corrompre pour mettre fin à cela. »
La fin était prédéterminée comme étant la corruption, et il fallait l'accélérer — au sein même du 17e cycle.
« Hah... »
Je ne savais pas si le souffle qui s'échappait de ma bouche était un soupir coincé dans ma gorge ou un rire amer remontant de mon estomac.
Pour l'instant, je ne pouvais que résister désespérément à la situation.
En faisant tournoyer la lame horizontale de ma faux et mon épée cachée verticale simultanément, je balayai les environs. Aucune élite du Sanctuaire ne pouvait m'égaler.
Le problème restait mon endurance, qui s'échappait à cause du cauchemar maudit. J'utilisai la faux comme un bâton pour me soutenir au milieu des ennemis terrassés.
« Vaincre plus de 100 inquisiteurs hérétiques seule est impressionnant. »
La voix ne trahissait aucune gêne.
Muriel dispersa un immense pouvoir de guérison en tant que sainte. Tous les inquisiteurs hérétiques se relevèrent en titubant.
Cela ressemblait moins à un miracle divin qu'à une infâme invocation nécromantique.
Vraiment, un cauchemar.
Muriel, debout au centre des inquisiteurs, tourna son attention vers moi.
« Votre nom ? »
« ....... »
« Vous ne voulez pas parler ? Mais vous devez avoir besoin de temps pour reprendre votre souffle. »
« C'est vrai. »
Je décidai de coopérer.
« Ayleth Rodellaine. »
« Enchantée, Sœur Ayleth. Je suis Muriel Filize, une sainte au service de la volonté de l'« Ordre strict et Bienveillance ». »
« Vous allez trop vite en besogne. »
« Hm ? »
« Sœur ? Je n'ai aucune intention, pas même l'ombre d'une, de vénérer l'« Ordre strict et Bienveillance » comme mon dieu. »
« ......Vous venez de dire quelque chose de très dangereux. C'est de l'hérésie. Souhaitez-vous souffrir en enfer de votre vivant ? »
Je ne fis que ricaner.
En réalité, je n'avais plus d'endurance pour répondre. Le cauchemar me dévorait vivante.
J'étais poussée dans le flux le plus désespéré qui soit. Et celui qui contrôlait ce désespoir n'était autre que l'inconscient de Thesilid.
Je devais ramener Thesilid à la raison. Ce n'est qu'alors que ce cauchemar et ce désespoir prendraient fin.
Rassemblant mes dernières forces, je lui parlai.
« Thesilid, reprends tes esprits. C'est — »
« ....... »
« Thesilid. »
« ....... »
« Reid ! C'est — ! »
« ....... »
Le cauchemar rusé effaça le mot tabou. Thesilid, fermement piégé dans son état inconscient, ne pouvait pas entendre ma voix.
Au lieu de me répondre, il s'adressa à Muriel.
« S'il vous plaît, laissez-la partir, sainte. »
Malgré son ton ferme, il n'y avait aucun signe de résistance. Agenouillé correctement, il ressemblait à un prisonnier résigné attendant son exécution.
« Je jure devant l'« Ordre strict et Bienveillance » que je ne la toucherai pas. »
« ....... »
« Je ferai tout ce que Dieu désire. »
« ....... »
C'était tellement lui.
À cet instant, mon expression et celle de Muriel divergèrent radicalement. Tandis que mon visage se crispait, un sourire radieux s'épanouit sur celui de Muriel.
« Poursuivez vos régressions infinies. Pour le bien de ce monde. »
Je ne pouvais plus supporter cela. Je criai involontairement, trop absorbée par ce cauchemar.
« Idiote, après ce cycle, je n'existerai plus ! »
« Alors c'est d'autant plus nécessaire. »
Comme si elle y était préparée, la réplique fusa.
« Dans cette chronologie, vous devez continuer à vivre. C'est votre seule vie. »
« ....... »
« Ma vie n'a pas d'importance. Parce qu'il y aura un autre cycle, et un autre après celui-là. Mais vous, non. »
Il croisa mon regard avec des yeux doux et sourit.
« Je vous l'ai dit, Ai. Il suffit de s'accrocher à la possibilité que vous soyez en vie quelque part. »
...Ce 17e cycle insensé.
Avant de perdre la raison moi aussi, je veux sortir d'ici. Pour cela, je dois réfléchir.
« Comment se réveiller du cauchemar, rapidement. »
[« L'Œil qui surveille le chaos de toutes choses » dit que c'est le 9e cycle en comptant celui-ci, il reste donc 91 cycles.]
Si tous ces cycles passés se répètent, Reid deviendra fou après son réveil.
[« Le Responsable commercial créatif » demande si vous allez utiliser la méthode pour sauter immédiatement à la conclusion.]
C'est la suggestion d'accélérer la fin en le corrompant au sein du 17e cycle.
Si je choisis cette méthode...
À quel point, et comment.
Dois-je le plonger dans le désespoir ?
« ....... »
La simple question me glaça le cœur.
[« Le Commentateur sévère qui ajuste l’équilibre » reste lourdement silencieux.]
[« La Balance qui juge l’âme » vous observe en silence.]
[« L’Architecte tourmenté de la Tour des épreuves » se prend tristement le front entre les mains.]
Rassemblant tout mon sang-froid, je demandai.
« Thesilid. J'ai quelque chose à te demander. »
« ....... »
« Si je meurs ici, comment penses-tu te sentir ? »
« ...... ! »
Il ne répondit pas. C'était le silence le plus assourdissant du monde.
Je vis un visage vidé de tout souffle et des yeux tremblant d'anxiété. Même un enfant perdu, abandonné dans un monde en plein séisme, n'aurait pas l'air aussi mal.
Je ne pouvais supporter de regarder plus longtemps.
Alors je baissai les yeux pour vérifier autre chose.
La brume de chaleur noire qui se nourrissait de lui dansait joyeusement sur le sol à mesure qu'elle grandissait. C'était une énergie maléfique et intense qui semblait largement suffisante pour le corrompre.
« Je vois. J'ai ma réponse. »
En réalité, ce n'était pas lui que j'interrogeais, mais son désespoir.
« Que ça s'arrête si je meurs. »
« Ai, qu'est-ce que tu racontes... »
Ayant acquis la certitude, il ne restait plus que la décision et l'exécution. Mais...
« Mais tu sais, Thesilid, je ne veux pas te corrompre deux fois. »
C'était un rêve trop réaliste. Je ne voulais pas ajouter le pire souvenir à nouveau. Ce serait trop douloureux.
Alors...
« Retour au plan initial. »
Je ferai en sorte que l'espoir prévale sur le désespoir.
Je t'offrirai le chant des oiseaux matinaux et la lumière du soleil auxquels tu t'éveilleras après ce rêve. Je te les donnerai, quoi qu'il arrive.
[« L'Œil qui surveille le chaos de toutes choses » remarque votre intention et écarquille les yeux.]
[« Le Commentateur sévère qui ajuste l’équilibre » grommelle comme s'il le savait, secrètement soulagé.]
[« La Balance qui juge l’âme » applaudit votre décision.]
[« L’Architecte tourmenté de la Tour des épreuves » hoche la tête solennellement.]
« Est-ce que ça va, Langage ? »
J'attendis nerveusement une réponse.
[« Le Langage qui construit les mondes » dit que, quelle que soit la forme que vous prenez, vous serez une véritable croyante du dieu.]