Chapitre 42
—
[Ah, la voilà ! La réplique classique d’un « Possédé » !]
[Tu es submergé par l’impuissance ! Excellent, vraiment excellent !]
[La vie n’a jamais été censée se dérouler comme tu le voulais, n’est-ce pas ?]
—
À en juger par leur excitation, quelque chose tournait mal.
Un mauvais pressentiment me monta jusqu’au sommet du crâne.
Malgré tout…
—
[« Compétence : Art de la dague » a gagné un niveau.]
[« Compétence : Définition » est activée.]
—
Il fallait que je le fasse.
« Lee Hoin, rame avec l’épée à deux mains ! »
Si nous voulions sortir d’ici rapidement, c’était notre seule option.
Profitant de l’hésitation des démons, je tranchai leurs queues avec ma dague.
À mes mots, Lee Hoin commença à ramer avec l’épée.
Grâce à l’accélération, les démons cessèrent de nous poursuivre.
Ils se contentaient de regarder.
Ils ne s’énervaient pas de voir leurs semblables se faire tuer.
Ils ne nous traquaient pas.
Ils… observaient simplement, en silence.
De nouveaux démons apparaissaient, et nous devions en abattre certains… mais ils mouraient trop facilement.
Et ne montraient aucune once de colère.
Cela me fit dresser les poils sur tout le corps.
« …. »
Le sentiment que quelque chose avait terriblement dérapé.
—
[Rage : 18 %]
—
La rage continuait de monter.
Ce sentiment sinistre persistait.
Et pourtant, nous ne pouvions pas nous arrêter.
« Hé, c’est vraiment une bonne idée ? »
« …Pour l’instant. »
Quand la rage dépassa les 20 %, je sentis un regard posé sur moi.
—
[Quelqu’un vous observe.]
[Quelqu’un vous fixe intensément.]
[Quelqu’un regarde votre massacre.]
—
Massacre ?
Je fronçai les sourcils et me tournai vers la source du regard… mais il faisait trop sombre pour distinguer quoi que ce soit.
L’endroit où je me trouvais était trop lumineux.
Comme sur une scène sous des projecteurs, impossible de voir le public.
Pourtant…
Je savais que quelque chose était là.
Et pour le moment, ça ne faisait rien.
Mes mains étaient moites.
Je resserrai ma prise sur la dague.
« Lee Hoin, plus vite. »
Nous accélérâmes.
Trouver des objets n’avait plus d’importance.
Il fallait juste sortir.
Je ne savais même pas si nous étions proches de la fin, mais même après avoir quitté cette zone, le regard nous suivait.
Plus proche.
Encore plus proche.
Chaque fois que je tuais un démon… la présence derrière moi se rapprochait.
L’obscurité se refermait.
« Hé, j’ai l’impression que… »
Soudain… le monde s’illumina.
J’expirai et secouai ma lame.
Puis je tournai la tête.
—
Adorez les démons
et révérez le Roi !
Ô Roi !
Ah, notre premier amour éternel !
—
Les citoyens du « 6 ».
Ils priaient face au vide.
—
Ô Six éternel !
Même la création parfaite du Trois, le Clown, aime le Roi !
Tout amour appartient uniquement à Lui !
—
Des gens dotés de six membres étaient agenouillés au sol, les mains jointes.
Parmi eux, des démons ricanaient.
Ces démons ne nous prêtaient aucune attention.
Ils ne regardaient que les citoyens en prière.
—
Vous qui êtes passés en juin,
et qui renaissez le sixième jour…
Ô unique Six !
Toute la création vous adore !
Nous devons faire de même !
—
D’innombrables voix crièrent à l’unisson.
Lee Hoin fronça les sourcils tout en continuant de ramer.
La situation était étrangement paisible, ce qui la rendait encore plus grotesque.
Puis… tout vola en éclats en un instant.
Un démon trancha la gorge d’un des fidèles.
La tête pendait, affichant toujours une expression extatique.
Les yeux grands ouverts.
Les citoyens du « 6 » furent émus.
Ils prièrent plus fort.
Ce n’était plus paisible.
Juste… des fanatiques fous.
« Putain… »
Lee Hoin marmonna.
J’étais sans voix.
—
Nos morts sont vôtres !
Éviter la mort est une trahison !
Nos vies sont vôtres !
Éviter la vie est une trahison !
Notre Six est naturel !
Trahir Six est une trahison !
—
Trahison.
Ils ne cessaient de le répéter.
Je pensai au traître.
Celui qui disait ne pas savoir que recevoir une bénédiction était un péché.
—
Nous ne quittons pas Six !
Quitter Six est une trahison !
Nous ne sommes pas spécialement favorisés !
Être favorisé est une trahison !
La faveur appartient uniquement à…
—
Faveur ?
Avant qu’ils ne puissent finir… chaque citoyen présent fut massacré.
Juste au moment où nous allions quitter la zone.
Clac, cliquetis.
Le tube accéléra de nouveau.
Une porte apparut au loin.
« Hé, c’est la sortie, pas vrai ?! »
Lee Hoin cria.
À notre approche, la porte s’ouvrit.
—
[Rage : 34 %]
—
Rage : 34 %.
Nous n’avons aucun objet.
***
Ah, vous êtes arrivés !
Avez-vous rendu hommage aux démons ?
Contrairement à ce que je craignais… l’employée de l’attraction, une citoyenne du « 6 », ne remarqua rien.
Elle se contenta de sourire.
—
Il semble que les démons vous aient vraiment bien accueillis !
Vous avez l’air en parfaite santé.
Auriez-vous par hasard croisé le Clown à l’intérieur ?
—
Le Clown ?
Je réprimai une grimace.
« …Le Clown ? »
Elle répondit avec aisance.
—
Les démons adorent le Clown !
Parfois, il est à l’intérieur.
Si vous ne l’avez pas vu, c’est qu’il doit être à une autre attraction aujourd’hui !
Il accueille toujours les aventuriers.
Avec des ballons colorés !
Si vous voulez le rencontrer, je vous recommande la plus grande attraction… le « Palais du Plaisir ».
—
Le Palais du Plaisir.
À ces mots, un flash me traversa l’esprit.
Sa Jaeheon n’est jamais entré dans le Palais du Plaisir.
C’était lors de sa 51e tentative.
Il y avait vécu une mauvaise expérience.
Il avait choisi de ne pas s’y attarder.
Non pas que ce fût particulièrement important… mais y retourner risquait de déclencher un traumatisme.
Développer un trait de traumatisme serait problématique.
Même s’il n’en avait jamais développé à partir de ses souvenirs passés, il évitait le risque.
Il choisissait donc toujours d’autres attractions.
Comme le carrousel.
Un simple stand de tir.
Même l’emplacement de son « mystère » était connu.
Je fermai brièvement la bouche, puis demandai :
« …Où se trouve-t-il exactement ? »
Elle répondit gentiment :
—
Ah, si vous suivez la route centrale… tout au bout, il y a un grand palais !
Il existe uniquement pour le Clown !
Le Clown est toujours généreux ; il ne refuse jamais aucun invité !
Un vrai gentleman parmi les gentlemen !
—
Un « gentleman parmi les gentlemen ».
Ce titre n’avait jamais appartenu à quelqu’un de bien.
« …Vraiment ? N’importe qui ? »
Elle hocha la tête avec enthousiasme.
—
Oui ! Absolument tout le monde !
Une fois, un démon a même détruit le tout premier cadeau du Clown au fond du Palais… et il l’a généreusement pardonné !
Il aime tout le monde, et tout le monde l’aime !
Il ne fait aucun favoritisme !
C’est pour ça que tout le monde l’aime si passionnément !
C’est quelqu’un à qui on ne peut s’empêcher d’offrir son cœur et son amour !
Même les démons lui dévouent leur cœur !
C’est dire à quel point il est magnanime…
—
Lee Hoin me saisit soudain le poignet.
La citoyenne du « 6 », qui parlait comme une folle… cessa soudain de sourire.
Puis elle demanda :
—
Pourquoi posez-vous des questions sur le Clown ?
—
La convivialité s’évapora.
Des regards me transpercèrent, d’en haut, de derrière, des côtés, en diagonale… même depuis le sol.
Si je répondais mal… je mourrais.
Pas besoin d’intuition pour le savoir.
Je vis Lee Hoin faire un léger pas en avant.
Lentement…
Je souris.
Un sourire social.
« Oh, rien de spécial. Je me disais juste… si j’en ai l’occasion, j’aimerais le rencontrer. C’est bien celui du livre d’histoires, n’est-ce pas ? »
Elle me fixa comme une poupée brisée.
Puis, son sourire mécanique revint.
Au même moment… tous les regards disparurent.
Si les regards faisaient du bruit, cela aurait été un léger ssssss.
—
[Qui est donc ce « Clown » pour provoquer de telles réactions ?]
[Cette réaction est assez troublante ! Mais tu t’en es bien sorti avec ton bagout !]
[Oui, une histoire qui se termine brutalement à cause d’une seule erreur n’est pas très divertissante.]
—
La citoyenne du « 6 » reprit la parole, souriante :
—
Ah, vous avez vraiment lu le livre d’histoires !
Oui, c’est bien lui !
—
Et ce fut la fin de ses explications.