Tie fixa l'anneau devant elle et déglutit avec peine. Si je le fais éclater, grand frère Raul ne se souviendra plus de rien au sujet des bonbons ? Elle s'était demandé comment, exactement, la relique effaçait les souvenirs d'une personne. Maintenant qu'elle le voyait de près, elle ne pouvait pas cacher son émerveillement. Elle leva une main et effleura légèrement l'anneau de souvenir. À l'instant même, de minuscules bulles fleurirent autour de l'anneau et rebondirent doucement, comme du slime. On dirait qu'il éclaterait si je soufflais dessus. Elle déglutit de nouveau et s'apprêtait à tendre prudemment la main pour saisir l'anneau quand...
« ...conditions... »
Des centaines de bulles se rassemblèrent devant ses yeux, et un message inconnu apparut.
« Petite ! Enchantée de te rencontrer. On fixe des conditions ? »
Des conditions ? Les yeux de Tie s'arrondirent. Ce truc était, était complètement... !
Peu après.
« G-grand frère Veil ! Monsieur Basto ! Papy Nordics ! »
Tous trois se retournèrent, surpris, vers Tie, qui agitait les deux bras en grands arcs.
« Le Lien sacré de l'Oubli, c'est le meilleur ! Il est super fort ! »
À ces mots, Lien sacré de l'Oubli, Veil fronça les sourcils.
« Quoi, tu l'as déjà fait ? »
« Oui !! »
Un petit « oh » échappa à Veil.
« Le fonctionnement est beaucoup plus discret que je ne le pensais. Ça pourrait être encore plus utile que prévu, hein ? »
« Je peux aussi fixer des conditions ! »
« Des conditions ? »
« Oui ! Si ils font quelque chose ou s'ils pensent quelque chose, ça fait disparaître le souvenir ! »
La mâchoire de Veil se décrocha.
« Sérieux ? »
« Oui ! Alors j'ai un peu joué avec, et puis j'ai fait tourner l'anneau comme ça et comme ça, si bien que les souvenirs de grand frère Raul et de grand frère Enzo sur qui est vraiment Tie ne seront effacés que s'ils se mettent à détester Tie ou s'ils quittent Agavert ! »
Une effacement de souvenir aussi fin était possible ? Veil déglutit et marmonna en jetant un regard à Nordics et à Basto.
« Quoi, quoi... ce truc est vraiment une relique, pour de bon ? Ça se comprend que l'Ordre devienne fou et les rafle toutes... »
« Un instant, je vous prie. »
C'est alors que Raul s'immisça dans la conversation des deux hommes. Il regardait Tie, Veil et Basto d'un air perplexe.
« Vous m'avez fait quelque chose ? »
Le visage de Tie fut aussitôt envahi par la culpabilité.
« E-en fait, à ce sujet... »
Veil se leva de son siège. Il glissa une main dans la poche de l'uniforme de guilde de Tie et en sortit un bonbon enveloppé dans du papier.
« Ça ressemble à quoi, pour toi ? »
Raul fronça les sourcils.
« ...À du papier. »
« Pas le papier. Ce qu'il y a dedans, ça ressemble à quoi ? »
« Je n'en ai aucune idée. Un médicament ? »
« Non ? Tu sais, c'est sucré, ça fond sur la langue. Tu ne vois vraiment pas ce que c'est ? »
« Pardon ? Je n'ai aucune idée de ce dont vous parlez... »
Enzo, qui regardait la scène, s'avança d'un air incrédule.
« Frérot, t'es idiot ? C'est évidemment un bonbon. »
Raul fronça les sourcils et dévisagea Enzo.
« C'est quoi, ça ? »
« Hein ? »
« Je te demande ce que c'est. »
Le regard d'Enzo glissa lentement vers Tie. Tie se tortillait les mains comme si elle allait mourir de culpabilité.
« J'ai vraiment, vraiment dit que je ne voulais pas le faire... mais grand frère Veil a insisté... »
Derrière elle, Veil souriait, très satisfait de lui.
« Bon sang, ça marche à merveille. »
Tie utilisa le Lien sacré de l'Oubli pour jeter le même sort sur Enzo : s'il quittait un jour Agavert ou se montrait hostile envers elle, la vérité sur son identité disparaîtrait de sa tête. Quand elle eut fini, ce fut Veil, justement, qui vint la voir.
« Hé, petite. Tu veux m'en mettre un aussi ? »
Tie leva vers lui de grands yeux.
« Hein ? »
« Si ça te rassure, tu peux me le mettre à moi aussi. De toute façon, je ne quitte pas Agavert. »
L'expression de Veil disait que ce n'était vraiment pas grave du tout. Elle cillait encore, perplexe, quand Basto s'approcha à son tour.
« Mets-m'en un aussi, Tie. Le sort n'aura de toute façon aucune raison de se déclencher. »
Quelque chose monta quelque part dans la poitrine de Tie.
« Monsieur Basto et grand frère Veil... »
Ils me considèrent vraiment comme une camarade pour la vie ! Emportée par l'émotion, elle hocha la tête de toutes ses forces.
« Oui ! Prêtons un serment de fraternité sacrée ! »
Elle prit chacune des deux mains tendues et activa tour à tour sur elles le Lien sacré de l'Oubli. Honnêtement, activer le Lien sacré de l'Oubli était plutôt amusant. Un peu comme jouer avec un jouet ?
« Je ne sens rien. »
Veil pencha la tête. Basto, sans rien dire, lui passa la main dans les cheveux d'avant en arrière et dit : « Beau travail, Tie. » L'ambiance s'y prêtant, Tie passa le Lien à Basto et lui demanda d'essayer de l'activer, car elle voulait lui montrer aussi cette merveilleuse relique. Mais, pour une raison inconnue, la relique semblait ne répondre qu'à Tie. Étrangement fière de cela, Tie gloussait un petit mouahaha satisfait quand elle s'arrêta soudain. Hé, où est passé Papy Nordics ? Il était pourtant bien là un instant plus tôt. Elle était toujours debout toute seule, la tête penchée, quand Veil l'appela.
« Petite. Raul et Enzo voudraient savoir quelque chose. »
« Quoi ? »
« Ils veulent savoir comment tu as trouvé le nom de Roi Nécromancien. Maintenant que j'y pense, ça m'intrigue aussi. Où est-ce que tu as ramassé un nom pareil ? »
« C'est parce que... »
Tie oublia Nordics en un instant, et se lança avec ardeur dans le récit de la façon dont elle avait trouvé le titre de Roi Nécromancien. En écoutant l'explication de Tie, de légers sourires se répandirent sur le visage des membres de la guilde. Une atmosphère chaleureuse et détendue s'installa un long moment dans le salon de réception du siège du gouvernement, jusqu'à ce que le soleil passe sous l'horizon.
Quelques jours plus tard.
« W-waouh... »
Tie resta bouche bée devant deux carrosses somptueux garés devant le siège du gouvernement. Elle se tortilla nerveusement et se tourna vers la magistrate, Marianne.
« Madame la magistrate, je peux vraiment avoir ça ? »
Marianne lui sourit avec douceur et répondit :
« Bien sûr. Ce que vous avez fait pour Pearl City en tant que maître de notre guilde, il nous reste encore tant de chemin à parcourir avant de l'avoir remboursé en totalité. »
« ...Vous pouvez m'appeler juste Tie au lieu de maître de guilde, vous savez. »
« Que dites-vous là ? Astie est le maître de guilde d'Agavert, quoi qu'on en dise. L'âge n'a rien à y voir. »
À ces mots, quelque chose d'il y a quelques jours remonta à l'esprit de Tie. Le lendemain de l'entrée de Raul et d'Enzo dans la guilde de mercenaires, une personne inattendue était venue dans sa chambre : Nordics.
« Astie. Je me dis qu'il serait peut-être bon de révéler à Marianne Wavrill la vérité sur qui tu es. »
Nordics avait sérieusement fait une proposition à Tie : être franche avec Marianne Wavrill, la mettre au courant de la véritable situation de Tie. À vrai dire, Nordics était déjà allé voir Marianne la veille aussi. En voyant la relique de Tie fonctionner comme elle le devait, avait-il dit, il s'était mis à s'inquiéter de diverses choses.
« Une fois qu'on saura que tu possèdes une relique, l'Ordre se mettra forcément à s'interroger sur ta véritable identité. À terme, ils essaieront de te prendre ta relique, comme ils l'ont toujours fait. »
Tie était déjà célèbre maintenant. Et peut-être, à l'avenir, ne ferait-elle que le devenir davantage.
« Mais le fait est que ton pouvoir est un peu trop tranchant et trop vaste pour rester caché indéfiniment. Dans ce monde, ceux qui détiennent une grande force sont toujours surveillés et pressés par les autres dans la même mesure. »
« Vraiment... ? »
« Oui. Et il m'est venu à l'esprit que si l'Ordre et la Cour impériale tournaient leur attention vers toi ensuite, la force que tu possèdes seule pourrait ne plus suffire à te protéger. »
Au début, Tie n'avait pas vraiment compris ce que voulait dire Nordics. S'en apercevant, Nordics le lui avait expliqué d'une manière plus facile à suivre.
« Tu m'as déjà parlé de Pupetmon, tu t'en souviens ? »
« Oui ! »
« Tu as dit que si tu mettais la main sur un Pupetmon puissant, tu deviendrais toi-même d'autant plus forte. »
« C'est ça ! Si on a un Pupetmon légendaire, on devient super-super fort ! »
« Alors essaie de voir les choses ainsi : toi aussi, tu pourrais devenir un Pupetmon. »
En entendant cela, son esprit s'était vidé.
« T-Tie devient un Pupetmon ? »
« C'est cela. Le fait que tu sois forte signifie aussi que quiconque mettrait la main sur toi deviendrait fort lui-même. »
« ...M-mais, comment une personne peut en tenir une autre comme ça ? »
Nordics avait souri et dit doucement :
« Tie, il y a bien plus de façons de transformer une personne en marionnette que tu ne l'imagines. On peut prendre un otage et s'en servir comme moyen de pression. On peut placer quelqu'un sous hypnose. On peut manipuler ou contrôler son esprit. On peut utiliser des drogues. »
« ... »
« Si quelqu'un te faisait cela, crois-tu que tu pourrais, seule, repousser chacune de ces attaques ? »
Non. C'était la seule réponse que Tie avait pu donner. Mais Nordics avait présenté sa solution comme s'il s'attendait exactement à cette réponse.
« Et c'est pourquoi nous avons besoin de l'aide de la maison Wavrill, Astie. »