Chapitre 90
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 90 : La bonne réponse
Le commandant du 4e peloton de la compagnie d’Infanterie lourde venait d’être muté.
« C’est n’importe quoi. »
Il s’était porté volontaire pour cette mission d’extermination de monstres, pensant que ce serait une bonne occasion de s’adapter et de s’entraîner au combat pour de vrai.
Bien sûr, l’opération était de grande envergure. Après tout, leur mission initiale consistait à exterminer une immense horde de Cynocéphales.
Mais ça allait.
Si l’Infanterie lourde était surnommée la division dévoreuse de couronnes, ce n’était pas pour rien. Le commandant avait confiance en la puissance de son unité. Pourtant, une Harpie venait soudain de surgir.
La situation était délicate. Pourquoi diable une Harpie apparaissait-elle de nulle part ?
Il demanda des renforts et ordonna à son unité de former une ligne défensive, boucliers levés.
Mais entre-temps, quelques soldats venus soutenir son unité furent tués. Tandis que les carreaux d’arbalète fendaient inutilement l’air, les renforts arrivèrent.
Deux soldats d’infanterie légère.
« Vous vous foutez de moi ? »
Ils s’avancèrent sans crainte dans le rayon d’attaque de la Harpie. C’était signer leur arrêt de mort. Le commandant ne savait pas qui étaient Enkrid et Rem.
Il s’acclimatait encore à l’ambiance de l’unité, puisqu’il venait d’y être muté.
Bien sûr, il avait entendu parler d’un Briseur de sorcellerie et d’un chef d’escouade particulièrement pénible, mais n’y avait pas prêté grande attention.
À la vue des deux hommes, la colère monta en lui.
« Vous vous foutez de ma gueule ! »
Le juron lui échappa, malgré la tension sourde qui régnait toujours entre l’Infanterie lourde et l’infanterie légère.
Personne n’aimait voir ses camarades mourir sous ses yeux. Et encore moins les voir se faire arracher la tête par une Harpie.
Les deux soldats d’infanterie légère étaient Enkrid et Rem. Ils avaient foncé au combat, laissant le reste de leur unité derrière eux. Les archers n’étaient donc pas encore arrivés.
« Hé, reculez… ! »
Il était si affolé qu’il ne parvint pas à articuler la suite. Il voulait leur dire de fuir, ou au moins de se baisser.
Son unité pouvait résister aux griffes et aux attaques de la Harpie. Les soldats portaient un épais gambison par-dessus leur cotte de mailles, ainsi qu’une cuirasse, des gantelets d’acier et des grèves.
Ajoutez à cela leurs boucliers carrés et la formation défensive renforcée qu’ils avaient mise en place. Une posture défensive stratégique digne de leur surnom : l’« Infanterie lourde de la Tortue ».
Ils pouvaient tenir jusqu’à l’arrivée des renforts. Aux yeux des Harpies, ces deux soldats moins bien protégés devaient donc sembler être des proies plus faciles que les hommes du commandant.
Une Harpie repéra les nouvelles « proies » et fondit sur elles à une vitesse terrifiante. Le commandant vit une plume rouge tracer une longue courbe vers le sol.
Il aurait voulu les aider, mais il n’en avait pas les moyens. À ce stade, tout ce qu’il pouvait faire, c’était les regarder mourir en silence et songer à les venger plus tard.
Les griffes de la Harpie étaient sur le point de fendre le crâne du soldat quand…
Fshing !
Tranché !
Le commandant entendit le métal racler, puis la chair se faire tailler.
Il ne voyait que le dos de la Harpie. La créature avait à peu près la taille d’un homme adulte et lui bouchait la vue ; impossible de distinguer ce que le soldat d’infanterie légère venait de faire.
Il vit seulement l’une des ailes de la Harpie se déchirer. Son corps s’écrasa au sol comme un ricochet raté, rebondit une fois, puis roula sur la terre.
Son plumage rouge, autrefois si fier, et sa poitrine haletante étaient à présent couverts de sang ; tout son corps était maculé de poussière.
« Kiiiiiiiiik ! »
La Harpie gisait à terre, hurlant de douleur. Le commandant ne parvenait même pas à cligner des yeux.
Qu’est-ce que c’était que ça ?
« … Hein ? »
Un seul mot, incrédule, lui échappa tandis que son regard parcourait la scène, tentant de la faire entrer dans le champ du possible.
« Une Harpie a foncé sur eux. »
Et ils l’avaient abattue à l’épée ? C’était seulement possible, ça ? Un exploit incroyable.
Et si les griffes de la Harpie avaient dévié d’un rien ? S’ils avaient raté le bon moment ? S’ils n’avaient pas frappé assez fort ?
Tout semblait hasardeux. Il fallait être fou pour tenter pareille chose face à une Harpie en pleine charge.
Où pouvait-on trouver quelqu’un capable de ça ? Combien de soldats des Étrangleurs de la Frontière pouvaient en faire autant ?
Kriiiiiik !
« Un coup de chance. Un hasard. »
Le commandant n’était pas le seul à croire qu’il s’agissait d’un incroyable coup de chance. Au-dessus d’eux, deux autres Harpies se mirent à tournoyer, puis piquèrent à nouveau.
Elles étaient rapides. Il croyait presque entendre leurs griffes fendre l’air. Le commandant ne quittait pas des yeux les deux soldats d’infanterie légère venus en renfort.
Les Harpies attaquaient sous un angle différent. Il vit nettement la réaction des deux soldats.
Il avait beau l’avoir vue, il ne trouvait pas les mots pour la décrire : leurs mouvements dépassaient toujours son entendement.
Le soldat à la hache pivota pour esquiver les griffes qui fondaient sur lui, puis abattit son arme.
Il vit seulement la hache s’abattre. Le temps de comprendre, le crâne de la Harpie était déjà fendu en deux dans un craquement sonore.
Décapitée, la Harpie s’écrasa au sol et éclata comme une tomate trop mûre, laissant une traînée sanglante et des débris éparpillés derrière elle.
Une Harpie de moins.
Il avait vu le coup de hache. L’autre soldat accomplit un exploit semblable. Le premier, celui qui avait déchiré l’aile de la Harpie, leva à son tour son épée et asséna un nouveau coup vertical.
Comment était-ce seulement possible ?
L’épée avait à peine été lancée que la Harpie se précipita droit sur sa lame. On aurait dit que le soldat avait anticipé ses mouvements et porté son coup au moment parfait.
Si ça, ce n’était pas un exploit, qu’est-ce que c’était ?
Boum !
Cette fois, toutefois, le coup d’épée manqua légèrement sa cible et frappa la Harpie à la poitrine. La lame lui fendit le torse en deux, mais le soldat lâcha son arme.
Ce n’était pas bien grave.
Kiik.
L’épée s’était fichée entre les deux seins de la Harpie, qui évoquaient une poitrine de femme.
Le monstre roula au sol, répandant son sang sur la terre. Ses entrailles étaient déchiquetées et écrasées : elle était pratiquement morte.
Le commandant ne put s’empêcher de lever les yeux vers le ciel.
Il restait encore huit Harpies. Son unité n’en avait pas tué une seule, tandis que ces deux-là en avaient déjà abattu trois.
« Les Étrangleurs de la Frontière ? »
Le commandant s’était trompé sur leur compte. Leur niveau était bien trop élevé pour de simples soldats. Voilà donc ce que signifiait appartenir aux forces spéciales ?
Avant sa mutation, il avait entendu des rumeurs sur les Étrangleurs de la Frontière, mais ne s’était pas imaginé qu’ils étaient à ce point redoutables.
Le commandant aperçut un groupe qui approchait derrière les deux soldats. Tous portaient des armes à distance : javelots, arcs longs et arbalètes.
Ils avaient des capes et des insignes d’aigle sur les épaulettes. C’étaient les véritables Étrangleurs de la Frontière. Leur chef, qui avait assisté à la scène, en prit lui aussi la mesure.
« Leur niveau… »
Ils avaient encore progressé. Il était désormais impossible de prétendre qu’on pouvait les vaincre facilement. Le chef des Étrangleurs était Torres.
Chef de peloton et membre des Étrangleurs de la Frontière, il connaissait Enkrid. Jauger les compétences de quelqu’un au seul nombre de monstres qu’il avait tués aurait été stupide.
Mais Torres savait qu’il n’aurait pas été capable d’accomplir de tels exploits face à une Harpie en pleine charge, et encore moins deux fois de suite.
« C’était de la chance ? »
Torres se posa la même question que le commandant de peloton de l’Infanterie lourde. À cet instant, une troisième Harpie fondit sur eux.
Torres détourna les yeux de la Harpie pour regarder au sol. Il vit Enkrid retirer son épée de la poitrine de la Harpie qu’il venait de tuer.
« Hé ! »
Torres cria pour avertir Enkrid de lever les yeux.
Comment appeler ça ?
Enkrid avait relié les points. Il avait fractionné le temps. Il avait brandi son épée en suivant son instinct. Résultat : il avait tranché l’aile de la première Harpie.
« Ouf. »
À côté de lui, Rem siffla. Dans sa main persistait la résistance grisante du corps lourd de la Harpie en charge qu’il venait de tuer.
Ça valait le coup de la trancher.
Pas de problème. Il resserra sa prise sur son épée. Une autre Harpie arrivait ; cette fois, il lui fendit la poitrine et lâcha son arme.
S’il l’avait gardée en main, elle lui aurait arraché la chair. Il avait pris la bonne décision. Un coup qui reliait les points, puis une frappe puissante. Le résultat : un monstre mort.
Enkrid se baissa et abattit son épée tandis que les griffes d’une Harpie sifflaient au-dessus de sa tête. Le bruit de l’air tranché était glaçant, mais il ne sentait aucun danger.
« Il suffit d’esquiver. »
Un enchaînement simple : esquiver, taillader, transpercer. Une application de l’escrime.
En quelques pas rapides, Enkrid posa le pied sur la poitrine haletante de la Harpie morte, à l’endroit où un humain aurait eu la clavicule, et arracha son épée.
Kriiiiiik.
Elle avait la vie dure. Malgré la poitrine fendue en deux et les entrailles qui se répandaient au-dehors, elle clignait encore des yeux.
Elle était toujours vivante.
Enkrid regardait la Harpie qu’il venait d’abattre, mais ses sens étaient tournés vers les alentours, et surtout vers la Harpie qui plongeait du ciel.
Il n’avait pas besoin de la voir. Il sentait le trouble dans l’air.
Ses sens n’avaient jamais été aussi aiguisés.
« Hé ! »
Il entendit le cri, mais bougeait déjà avant même que l’avertissement lui parvienne. Il enfonça la pointe de son épée dans l’aile de la Harpie mourante et poussa de toutes ses forces.
Crac !
La tension parcourut les muscles de son bras, puis descendit dans sa taille et ses cuisses tandis qu’il soulevait la Harpie mourante.
Boum !
La Harpie en plein piqué percuta celle qu’Enkrid venait de lancer et fut projetée en tournoyant.
Après avoir arrêté la Harpie qui arrivait en lui opposant une autre Harpie, Enkrid roula sur le côté afin d’amortir le choc. Un mouvement calculé, délibérément conçu pour absorber l’impact de la collision et le dissiper.
Dès qu’il eut terminé sa roulade, Enkrid se releva d’un bond et se précipita vers la tête de la Harpie à terre, puis abattit son épée d’un coup décisif. Comme s’il fendait du bois, il lui fracassa le crâne dans un craquement sonore.
Ça faisait quatre. Rem en avait tué une, Enkrid trois.
Un soldat qui se trouvait à proximité avait déjà achevé la première Harpie tombée en lui plantant un carreau dans la tête.
Les Harpies qui battaient des ailes dans le ciel commencèrent à se disperser, l’une après l’autre. Elles ne livraient pas les batailles qu’elles ne pouvaient pas gagner.
Les monstres prirent la fuite.
Les bras ballants, Enkrid ravala sa déception.
« Encore quelques-unes… »
Il voulait continuer à se battre. Il avait besoin de plus d’expérience. Il était encore en train d’assimiler et de digérer ce qu’il avait appris.
Pour s’adapter et pleinement comprendre ce qu’il avait acquis, il lui fallait davantage de combats réels. Alors, peut-être réussirait-il à intégrer complètement ce qu’il avait appris dans les égouts.
« Tu t’amuses bien ? »
Rem gloussa à côté de lui. Barbare vif d’esprit, il semblait avoir déjà compris l’état d’esprit d’Enkrid.
« Certains te prendraient pour un fou, mais moi, je dirais que tu as atteint un niveau remarquable. Cela dit, je dois reconnaître que c’est étrange. Je pensais qu’il te fallait davantage de combats réels, alors comment as-tu pu progresser autant en une seule journée ? »
Sans insister lourdement, Rem exprima ses doutes. C’était bien naturel. Qui pouvait progresser aussi vite en une seule journée avec des dispositions aussi désastreuses ?
Enkrid répéta la même excuse que d’habitude.
« J’ai eu de la chance, je suppose. »
Rem savait que la chance, quelle qu’elle soit, n’aurait pas suffi à provoquer une progression aussi fulgurante. Mais il n’avait pas l’intention de discuter.
Quelle importance ?
Voir ce type prendre autant de plaisir à manier son épée était divertissant pour lui aussi.
« Un jour, j’ai tout juste réussi à échapper à une Harpie. »
Enkrid marmonna à voix basse.
« Vraiment ? »
« Ouais. »
Il n’y avait là ni émotion ni sous-entendu, juste le souvenir d’un événement passé. Enkrid songea un bref instant aux camarades qu’il avait perdus ce jour-là, puis chassa cette pensée.
« Ce n’est pas vraiment une vengeance. »
Mais tuer une nuée de Harpies lui avait au moins apporté une certaine satisfaction. Le regret qui persistait était inévitable.
« Hé, ton unité… Enfin, laisse tomber. »
Le commandant de peloton, qui avait tenu sa formation défensive comme une carapace de tortue, s’approcha. Il avait l’air décontenancé.
« Je suis Enkrid, chef de la 4e escouade, 4e compagnie, 4e peloton. »
Enkrid le salua.
« Un chef d’escouade ? Tu n’es pas avec les Étrangleurs de la Frontière ? »
Non, il n’en faisait pas partie.
« Les Étrangleurs de la Frontière sont là-bas. »
Torres, une vieille connaissance, s’approcha en levant la main.
Même en parlant, il ne quittait pas Enkrid des yeux. Son regard le parcourut de la tête aux pieds, comme s’il cherchait à comprendre ce qui venait de se passer.
Comment avait-il pu progresser autant ?
« Nous sommes venus en renfort, mais… »
Ils n’avaient même pas tiré une seule flèche.
Qu’est-ce que c’était que ce bordel ?
Bientôt, le commandant de peloton de l’Infanterie lourde et Torres échangèrent quelques mots pour se présenter et faire le point sur la situation.
Enkrid les écoutait lorsqu’il prit soudain la parole. La question avait une grande importance pour lui.
« C’est terminé ? »
« … Qu’est-ce que tu demandes ? »
« Je demande si l’extermination des monstres est terminée. »
Qu’est-ce qui lui prenait ? Pourquoi poser cette question ? Deux soldats d’infanterie légère venaient de tuer quatre Harpies.
Ce n’était pas un exploit monumental, mais ça méritait d’être salué. Et voilà que l’un d’eux demandait sérieusement si c’était fini.
L’autre, qui avait l’air d’un étranger, riait à côté de lui. Quel duo de dingues !
Le commandant de peloton réfléchit un instant avant de répondre.
« Notre cible principale, c’était la horde de Cynocéphales. Donc non, ce n’est pas terminé. »
Le commandant n’avait pas oublié leur mission initiale. Une horde de Cynocéphales s’était formée autour de la cité fortifiée de la Garde-frontière, entravant le passage des caravanes et des marchands itinérants.
C’était pour cette raison qu’ils étaient partis.
La horde n’était pas apparue directement sur la route à l’extérieur de la cité, mais on avait aperçu des Cynocéphales isolés dans les environs ; les ennuis étaient donc imminents.
Leur mission consistait à éliminer les monstres et les bêtes de la région afin d’assurer la sécurité de la cité.
« J’aimerais participer à l’opération. »
Le commandant de peloton réfléchit un instant à la demande d’Enkrid.
« Il veut se battre encore ? Il a l’air impatient d’en découdre. Je me fais des idées ? »
Non, il ne se faisait pas d’idées : il avait parfaitement vu juste. Le commandant de peloton avait deviné.
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