Chapitre 88
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="text-muted-foreground underline underline-offset-[3px] hover:text-foreground transition-colors cursor-pointer" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 88 : Tête de bois
La distance réduite, Enkrid comptait en finir d’un seul coup. Il leva son épée, mais quelque chose le frappa au visage.
Le choc fut violent, comme s’il avait reçu un coup de poing de Rem. Enkrid bascula sur le dos et sentit un nouvel impact lui heurter le crâne. Par réflexe, il rentra le menton et roula sur le côté.
Boum.
De nouveau, quelque chose d’invisible, une sorte d’onde de choc informe, frappa l’endroit qu’il venait de quitter. Il n’y avait pas de maudites eaux usées, mais des mottes de terre humide jaillirent et lui éclaboussèrent le visage.
Enkrid plissa les yeux et promena son regard autour de lui.
Je ne vois rien.
Ce devait être un sort. C’était évident. Il aperçut la tête désincarnée, la bouche grande ouverte. Qui d’autre aurait pu accomplir un tel tour ?
« Tu l’as esquivé, hein ? Tu ne fais que te compliquer la tâche. Ça ne fera pas mal si tu restes immobile. »
Le magicien agita la main avec désinvolture. Enkrid ne voyait rien et n’avait aucun moyen de se défendre. Il roula de nouveau sur le côté.
Une lame de vent acérée siffla à l’endroit qu’il venait de quitter. Bien sûr, Enkrid n’avait aucune idée de ce que c’était. Il savait seulement qu’il s’agissait d’une sorte de sort.
Qu’est-ce que je fais, maintenant ?
Au fil des ans, Enkrid avait rencontré de nombreux maîtres d’armes, et tous disaient la même chose dès qu’on évoquait les magiciens.
« Les magiciens ? Il n’y a qu’une façon de s’occuper d’eux. »
« Fuis. Sans te retourner, fuis. »
« Ne les affronte pas. À moins de vouloir passer le reste de ta vie à souffrir, incapable de vivre ou de mourir. »
« Si tu as de la chance, tu mourras. Sinon… n’y pense même pas. »
Certains de ces maîtres étaient réputés, ce qui ne faisait que souligner le danger que représentaient les magiciens et leurs sorts. L’Escouade des Fauteurs de troubles, elle, avait un avis un peu différent sur la question.
« Tirez-leur dessus avec une flèche. »
C’était Rem.
« Tue-les quand ils ne regardent pas. »
C’était Jaxon.
« Si tu dois absolument te battre, approche-toi, mon frère. »
Une réponse typique d’Audin.
Et Ragna ?
« Si tu les tranches, ils meurent comme tout le monde. »
La conclusion était claire. Mieux valait éviter les magiciens. Mais s’il fallait absolument en tuer un, le conseil de Ragna était probablement le meilleur.
Si tu les tranches, ils meurent comme tout le monde.
C’est donc ce qu’Enkrid décida de faire. Fuir n’était pas une option. S’il laissait ce magicien tranquille, celui-ci continuerait ses méfaits. Les gens seraient déchiquetés comme de vieux chiffons, réduits en lambeaux comme une serpillière usée.
L’image du cordonnier et de sa fille traversa l’esprit d’Enkrid. S’il ne faisait rien, ils seraient les premiers à mourir.
Le cordonnier et sa fille. Leur relation n’avait existé que dans un sens, mais Enkrid les avait observés pendant des dizaines de jours. Même sans véritable échange, ils lui avaient préparé des repas et s’étaient inquiétés pour lui, alors qu’il traînait au carrefour.
Bien sûr, ils ne savaient rien des épreuves d’Enkrid. Comment auraient-ils pu le savoir ? Mais cela ne changeait rien. Même si personne ne le savait, s’il y avait quelque chose à protéger, Enkrid le protégerait.
C’était le rêve qu’il poursuivait, le chemin qu’il avait choisi d’emprunter et la destination indiquée par les panneaux qu’il suivait.
« Allez, ne t’enfuis pas. Sois sage, ça ne fera pas mal. »
Le magicien claqua des doigts. Un déclic sec retentit et une lumière apparut au-dessus de l’égout. Elle brillait bien plus qu’une torche. Grâce à cette lueur qui flottait au-dessus de sa tête, son ombre s’étendit sur le sol.
Le magicien ne souriait pas, mais ne se mettait pas non plus en colère. Pour lui, ce n’était qu’un travail. En l’observant, Enkrid se concentra davantage et ouvrit grand la porte de son intuition.
Le magicien ne se souciait pas des mouvements d’Enkrid. À ses yeux, son adversaire n’était qu’un sujet d’expérience, un insecte, un morceau de viande. Voilà ce qu’Enkrid était pour lui.
Le magicien remua de nouveau la main, et une autre onde de choc informe jaillit.
Bang !
Quelle chance.
C’est ce que pensa le magicien. Enkrid venait d’éviter le sort de justesse en bondissant sur le côté. Il se fiait désormais à une étrange sensation pour se déplacer.
Je ne vois rien.
Ce n’était pas parce qu’on ne pouvait pas voir une chose qu’elle n’existait pas. Cette petite révélation lui vint à l’esprit.
Pouvait-il la sentir ?
Il mêla concentration et intuition, comme lorsqu’il anticipait les mouvements de la bête-loup.
Cette fois, il observa les gestes du magicien nécrophile, prédit son prochain mouvement et tenta de sentir ce qui allait suivre.
Enkrid s’y employa.
Le magicien façonna le vent en lames et les lança. Elles tourbillonnèrent et fondirent sur lui de trois directions à la fois.
Plus tranchants que la faux du Faucheur, ces sorts auraient facilement pu fendre l’armure de tissu enchanté qu’Enkrid portait. Il roula sur le côté et les esquiva.
« Encore esquivé ? »
marmonna le magicien en agitant rapidement les mains. Des ondes de choc et des lames invisibles continuèrent de s’abattre sur Enkrid. Il les évita toutes. Ce n’était pas de la chance, mais le fruit de ses sens, qui avaient franchi les limites des cinq sens pour pénétrer dans le domaine de l’intuition.
Ses paupières à demi closes, ses oreilles tressaillant au moindre bruit, sa peau hérissée de chair de poule : tout en Enkrid était à l’affût des tours du magicien.
Tout en esquivant, il cherchait un moyen de tuer son adversaire.
En toute logique, un seul lancer de Dague sifflante aurait pu en finir. Si une entaille suffisait à tuer, une lame dans le cou ou la tête ferait sûrement l’affaire.
Non, ce n’est pas ça.
Il n’obéissait qu’à son instinct. Son intuition lui disait qu’une dague ne suffirait pas. Alors, quelle était la meilleure solution ? Il ignorait si ce pressentiment était naturel ou non.
Pour l’instant, cependant, il se fiait entièrement à son instinct pour éviter les sorts du magicien. Son adversaire accomplissait des choses fascinantes avec la magie.
Mais si je les considère simplement comme des flèches ou des lames…
S’il assimilait les attaques du magicien à des armes contondantes ou aux épées brandies par les soldats ennemis…
Sont-elles vraiment si dangereuses ?
Non. Il pouvait les éviter. En fait, l’épée de Mitch Hurrier était plus redoutable. Alors Enkrid esquiva. Il pouvait les éviter. Si la Dague sifflante ne ferait pas l’affaire, il était temps de se rappeler le conseil d’Audin.
Approche-toi.
Il esquiva, puis prit appui sur le sol et bondit d’une seule impulsion. Les yeux du magicien s’écarquillèrent de surprise.
« Espèce de salaud ! »
Le magicien était pris au dépourvu. Cet homme avait esquivé une magie invisible et fonçait sur lui, l’épée levée. La lame du soldat se trouvait désormais à portée de frappe.
La portée d’Enkrid : celle d’un épéiste.
Fouish.
Tandis que la lame de l’épée longue s’abattait sur sa tête, le magicien cria de désespoir :
« Dévore ! »
Une puissante mana et des incantations se mêlèrent pour prendre forme dans la réalité. Les paroles du magicien devinrent réalité, et son pouvoir s’incarna. Seul un magicien ayant exploré de profonds et sombres abîmes pouvait concevoir un tel sort.
Le sort se matérialisa.
En temps normal, il aurait dû trancher et effacer une partie des organes internes d’Enkrid. Ce sort-là ne pouvait pas être évité par le simple instinct.
Mais rien ne se passa.
Non, quelque chose se passa.
« Gah ! »
Le magicien fut stupéfait. Le sort qui aurait dû prendre forme se retourna contre lui et le frappa de plein fouet.
À travers ses yeux, le magicien vit l’intérieur de l’armure de cuir noir sous l’armure de tissu enchanté d’Enkrid, entaillée par la lame de vent.
C’était une armure de cuir noir, imprégnée d’une puissante aura magique.
« Qu’est-ce… Qu’est-ce que tu portes ? »
« Un truc sympa. »
Enkrid répondit tandis que le magicien fixait son armure. On aurait dit que le tour qu’il avait tenté avait échoué.
Enkrid comprit vite. Et sa main fut tout aussi rapide.
Fouish !
La lame fendit l’air. L’acier qui s’abattait était une épée forgée par des forgerons, des hommes qui façonnaient le métal à coups de marteau et au feu de leur forge.
Crac, crac !
La tête fut tranchée et fracassée. Enkrid sentit une certaine résistance sous le coup, mais il appuya de toutes ses forces. En mourant, le magicien déplora son infortune.
J’avais encore tant à faire ! Bamilot ! Bamilot !
Il tenta d’invoquer sa création, celle qu’il appelait Bamilot. En vain, bien sûr. Les morts ne pouvaient rien faire. Les magiciens ne faisaient pas exception. Aucune illusion après la mort ne pouvait agir sur la réalité.
« Quel dommage. »
Enkrid repoussa du pied le cadavre du magicien.
Puis il retira son gambison en lambeaux, déchiré en plusieurs endroits. Il ne pouvait plus le porter. Il était trop abîmé pour servir même de chiffon.
Il ne ressentait aucune satisfaction.
Il éprouvait à peine le soulagement d’avoir survécu. Sa vie avait bien été menacée, mais il avait surmonté l’épreuve. Tout ce qu’il ressentait, c’était le sentiment d’avoir fait son travail. Il avait tué celui qu’il fallait tuer. Rien de plus.
Avant de nettoyer tout ça…
Ce type avait sûrement posé divers pièges magiques. Il avait peut-être caché ici et là des objets de valeur. Prenant garde à ne pas déclencher d’autres pièges, Enkrid fouilla les lieux.
Il finit par trouver un épais livre brun, une bourse contenant cinq pièces de Krona, un bâton de bois noir, quelques pierres bleues et blanches, ainsi qu’une paire de gants bruns.
Enkrid prit tout. Le reste n’était qu’herbes inconnues et autres objets qu’il ne reconnaissait pas.
Tout le reste lui semblait trop inquiétant pour qu’il y touche. Il essuyait son épée et s’apprêtait à partir lorsque la lame se brisa en son milieu dans un claquement sec.
« Merde. »
Il laissa échapper un soupir. Ce n’était pas comme s’il avait malmené son épée. Il avait senti une étrange résistance lorsqu’il avait abattu le magicien.
Était-ce la cause ? Il n’en était pas sûr. Quoi qu’il en soit, il devrait en acheter une autre avec les Krona que le magicien fou avait mis de côté.
Je devrais la faire reforger ?
Elle était en acier vallerian, alors il valait peut-être la peine de la réparer. Enkrid fit demi-tour et se mit en route. Son abdomen le lançait et il avait mal à la tête après avoir encaissé plusieurs ondes de choc, mais c’était supportable.
Il n’avait pas fait dix pas qu’il s’arrêta et se retourna.
« Ça ne s’éteint pas ? »
Il avait cru que le tour du magicien était un sort. Pourtant, la lumière au-dessus de sa tête persistait. Fronçant les sourcils, Enkrid leva les yeux et aperçut une pierre lumineuse flottant dans les airs.
Un objet magique volant, hein.
Ça sentait les Krona à plein nez.
Bah, tant pis.
Ce n’était qu’une pierre de la taille d’un poing. Enkrid bondit, s’en saisit et la lumière continua de briller dans sa main.
Elle ferait au moins une bonne torche pour le chemin du retour. Enkrid reprit sa route et revint sur ses pas. Un peu plus tard, une silhouette semblable à une panthère noire descendit jusqu’au sol.
Esquiver la magie par instinct ?
Esther était stupéfaite. Elle n’aurait jamais imaginé que quelqu’un puisse posséder une telle aptitude. Bien sûr, le magicien était plutôt médiocre.
Puis elle comprit quelque chose de nouveau.
Il est normal qu’il y ait des choses que j’ignore.
Elle n’avait pas vraiment parcouru le monde. Au contraire, elle avait vécu à l’écart. Il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que des gens dotés de telles capacités existent.
Quoi qu’il en soit…
J’ai trouvé un trésor.
Esther avait toujours été avide d’explorer la magie et d’absorber des connaissances. Il lui était même arrivé de voler quelques grimoires à d’autres magiciens, par curiosité. Elle fouilla les objets de ses griffes et ricana.
Minable.
C’est ainsi qu’elle jugea les trouvailles.
Le véritable trésor n’était pas parmi ces objets. C’était autre chose : la créature que le magicien avait appelée Bamilot.
Une créature faite de cadavres de bêtes, de monstres et d’humains, conçue pour accroître les capacités physiques du magicien. Les magiciens l’appelaient communément un Golem de chair.
Cette créature inspirait aux humains un dégoût instinctif, mais c’était un monstre extrêmement utile aux magiciens.
Esther fit un effort et aiguisа ses griffes afin de graver un cercle magique sur le front du Golem de chair.
La terre noire et le monde de feu. C’était un rituel destiné à invoquer une créature venue de l’au-delà, un monde auquel son univers intérieur était relié.
Le magicien mort avait été un idiot. S’il avait éveillé le golem dès le départ, Enkrid n’aurait eu aucune chance.
Non qu’elle serait restée là sans rien faire. L’inscription du cercle magique prit fin. Le rituel relia un monde à un autre.
Le corps entier du Golem de chair commença à se désagréger, se disloquant et tombant en poussière. Il était transféré vers une autre dimension, reliée à l’univers intérieur d’Esther.
Il ne resta rien à l’endroit où se tenait le golem, hormis les traces au sol. La créature semblable à une panthère haletait. Esther était épuisée. Elle avait épuisé jusqu’à la dernière goutte de mana qui lui restait.
Tout ce qu’elle souhaitait, à présent, c’était regagner ses quartiers pour se reposer. Mais elle ne pouvait pas partir sans marquer l’instant. Esther décida de donner un nom au magicien qui avait créé le Golem de chair, un nom qu’elle n’oublierait pas.
« Tête de bois. »
C’était le plus idiot de tous les magiciens qu’elle avait observés.
« Il y avait un magicien dans les égouts, sous la ville ? »
« Oui. »
« Et tu l’as tué ? »
« Oui. »
Enkrid resta indifférent, tout comme le commandant de compagnie. Après s’être assuré de la situation, celui-ci partit. Enkrid se lava puis vérifia son équipement.
Il avait prévu de se porter volontaire pour la mission d’extermination des bêtes, mais son épée était cassée. Trouver une remplaçante devenait sa priorité absolue.
« … Qu’est-ce que tu fabriquais ? »
Quand Enkrid passa par les baraquements, Rem le lui demanda.
« J’ai livré une guerre contre des bottes. »
« Quoi ? Le cordonnier fabrique des bottes conscientes ? Elles sont si coriaces que ça ? »
Rem plaisantait à moitié, mais sa surprise était réelle. Les bottes conscientes étaient une allusion facétieuse aux épées conscientes, des épées capables de penser par elles-mêmes, un concept issu des légendes.
Rem n’était pas le seul : tous les autres le dévisageaient, l’air de se demander ce qui s’était passé.
« Je ferais mieux d’aller faire mon rapport d’abord. »
Le commandant de compagnie ne tarderait pas à revenir. Mieux valait éviter de se faire prendre à ne rien faire.
« Et Esther ? »
Avant de partir, Enkrid balaya les lieux du regard et posa la question. Audin, installé dans un coin, lui répondit.
« Elle disparaît souvent. Mais elle reviendra près de toi d’ici ce soir, mon frère. »
C’était une façon de le rassurer. Après tout, c’était une panthère intelligente, voire rusée. Personne ne pourrait lui faire de mal facilement. Enkrid retourna au bureau du commandant de compagnie et, peu après, celui-ci arriva.
« J’ai trouvé les pièges magiques et le cadavre du magicien. »
« Oui. »
« Il y avait une menace potentielle sous la ville. »
« Vraiment ? »
« Beau travail. »
Enkrid, toujours sur ses gardes face à l’humour du commandant, le salua. Il posa la main gauche sur la garde de son épée et inclina la tête. Ensuite, il regagna les baraquements et expliqua la situation à son escouade, qui fut surprise.
« Pourquoi y avait-il un magicien, là-dessous ? »
« Hmph, alors les trancher, ça marche vraiment. »
« Dans les égouts ? »
« Tu as fait une bonne action, mon frère. »
Enkrid ignorait lui aussi pourquoi un magicien se trouvait là-dessous. Bien qu’il ne fût pas blessé, la fatigue s’était accumulée. Il prit donc deux jours de repos avant de tenter de faire réparer son épée, mais le forgeron l’accueillit avec des reproches.
« Elle est complètement fichue. Impossible à réparer. Qu’est-ce que tu lui as fait ? Quoi ? Tu as abattu un magicien ? »
Le forgeron dévisagea Enkrid d’un air étrange, visiblement sceptique. Enkrid décida de ne pas lui parler du magicien. Les citoyens n’avaient pas besoin de le savoir.
La menace avait existé, mais elle n’était plus. Même si personne ne le savait, Enkrid éprouvait une certaine satisfaction à les avoir protégés et n’avait donc pas à se plaindre.
« Même si c’est vrai, tu crois que je suis un maître artisan capable de forger une arme qui résiste aux sorts ? »
Le forgeron était connu dans la ville de la Garde-frontière, mais il n’était pas pour autant un artisan de renom à l’échelle du continent.
Rien de plus.
Enkrid secoua la tête, et le forgeron reprit :
« Alors arrête de faire ce genre de choses. Je ne peux plus rien en tirer. Une bonne épée ? Je n’en ai pas en stock. Tu veux que je t’en forge une ? Je n’ai plus d’acier vallerian, alors ce sera du fer ordinaire. »
L’acier vallerian était difficile à trouver.
« C’est dommage. »
« Attends quelques jours. Mon emploi du temps est chamboulé à cause du problème des bêtes, mais un contact doit m’apporter de la fonte brute du mont Noir. Tu sais que ça coûte cher, pas vrai ? Prévois une bonne réserve de Krona. »
Le forgeron dit cela en lui tendant la paume.
L’offre était tentante. La fonte brute du mont Noir était plusieurs fois plus résistante que la fonte ordinaire. Pour une arme, elle ne donnerait pas une épée légendaire, mais pourrait donner l’une des armes les plus belles et les plus coûteuses qu’un forgeron puisse fabriquer.
À certains égards, elle était encore plus rare que l’acier vallerian. Enkrid sentit naturellement l’excitation monter. Il quittait la forge quand une voix familière l’interpella.
« Hé, hé ! Soldat ! »
Il se trouvait au milieu du marché. L’homme qui l’avait appelé s’approcha en trottinant, à mi-chemin entre la marche et la course, une vieille bourse à la main.
Elle était assez grande pour contenir facilement une paire de bottes.
« Tiens. »
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Tes chaussures étaient usées. Prends ça. »
C’était le cordonnier. Il l’ignorait, mais Enkrid l’avait déjà observé pendant des dizaines de jours depuis l’atelier percé de trous du cordonnier.
« Pourquoi ? »
« Quand on t’offre quelque chose, tu le prends. Pas besoin de poser de questions. »
Le cordonnier marmonna, visiblement embarrassé, puis se détourna. Enkrid ne put s’empêcher de rire. Le cordonnier n’avait aucune idée de ce qu’Enkrid avait fait. Il était simplement reconnaissant que le travail ait été accompli.
Une paire de bottes.
Tuer un magicien aux lubies étranges pouvait sembler une bien maigre récompense. Mais les bottes étaient neuves. Elles étaient fabriquées avec un soin minutieux, sans le moindre défaut.
C’était largement suffisant.
Enkrid prit les bottes et retourna aux baraquements. Le lendemain, même s’il n’y était pas habitué, il attacha à sa ceinture l’Épée d’armes de rechange de Ragna et partit tuer des bêtes.
Personne ne pouvait contester que ce dont il avait le plus besoin, à présent, c’était d’expérience. Un sentiment d’urgence grandissait aussi en lui. Il voulait assimiler rapidement l’expérience acquise en explorant le repaire du magicien.
Il était plus motivé que jamais.
« Je me fais des idées ou tu es beaucoup trop enthousiaste à l’idée d’aller tuer des bêtes ? »
Rem, qui l’accompagnait, rit en faisant cette remarque.
« Non, tu as raison. Ça me réjouit. »
Enkrid répondit à Rem comme à son habitude.
Et il le pensait vraiment.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="text-muted-foreground underline underline-offset-[3px] hover:text-foreground transition-colors cursor-pointer" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>