Chapitre 800
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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Chapitre 800 : Comme un gant
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Ils commencèrent par traiter la peau avec du sel et le jus écrasé d’un fruit bleu particulier qui ne poussait que dans cette région, puis la firent tremper dans un liquide noir obtenu en mélangeant plusieurs herbes médicinales et plantes toxiques. C’était l’étape de l’assouplissement. Une fois le cuir assoupli, ils appliquèrent une huile spéciale que seuls les habitants de la Terre Maudite utilisaient.
« On mélange de la graisse et de la cervelle animales, puis on ajoute des écorces de fruits et des noix de cédratier pour éliminer l’odeur. »
Naturellement, ils utilisaient aussi la cervelle et la graisse des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques. Les meilleures, apparemment, provenaient du sanglier géant, une Bête magique qui ressemblait à un énorme porc.
Cependant, une graisse d’aussi bonne qualité était difficile à obtenir et, pour la raffiner jusqu’à la rendre utilisable, il fallait la laisser vieillir plus de dix ans.
Sous la houlette de Zhoroslavb, le chef du village et commandant, tout le monde retroussa ses manches et se mit à l’ouvrage.
Ils employèrent tous les précieux ingrédients médicinaux et les matériaux que possédait le village.
Ils ne jetèrent pas tout en vrac dans le mélange. Ils manipulèrent la peau avec délicatesse, observant sa réaction à chaque ingrédient. Leur savoir-faire rappelait le travail au marteau d’Aetri. Ils travaillèrent le cuir quinze jours durant, puis quatre femmes réputées être les plus habiles de leurs mains au village se mirent à coudre.
Tissage, couture, façonnage.
Une femme à l’œil particulièrement aiguisé venait souvent voir Enkrid.
Elle était prudente en toute chose, mais n’hésitait pas le moins du monde à passer les mains sur le corps d’Enkrid pour prendre ses mensurations.
La Volonté.
Aetri lui revenait sans cesse à l’esprit. C’était un artisan dévoué à son art. Cette femme lui ressemblait beaucoup.
À vrai dire, neuf habitants de la Terre Maudite sur dix étaient habiles de leurs mains, mais elle semblait exceptionnelle, même parmi eux.
Ses doigts tachés de bleu bougeaient avec soin, mais sans hésitation, tandis qu’elle vérifiait ses mensurations et évaluait jusqu’à quel point ses muscles gonfleraient.
Nul besoin d’être chevalier pour le savoir. Même les muscles d’un guerrier de premier ordre enflaient au combat. Elle agissait comme si elle le savait.
« Vous êtes très douée. »
« Vous me flattez. »
Elle parlait, mais ni ses yeux ni ses mains ne s’arrêtaient. C’était une femme d’un talent remarquable.
Un tel talent était-il apparu sans raison ? Bien sûr que non. Après quinze jours d’observation, certaines choses finissaient par vous sauter aux yeux.
Ces gens chassaient pour survivre, tannaient les peaux, travaillaient le cuir et cultivaient la terre.
Le cuir devait avoir davantage de valeur que le reste.
Pour être plus précis, seuls le tannage et le travail du cuir avaient probablement une valeur marchande. C’était sans doute ce qui avait amélioré la qualité de leurs vêtements.
S’ils voulaient s’en servir pour faire du troc, il fallait que leur ouvrage soit bien fait et bien conservé.
Le cuir était la seule chose qu’ils pouvaient proposer aux marchands de passage, même s’ils ne venaient qu’une fois.
Naturellement, ce que ces rares marchands apportaient comptait aussi pour eux. Quelle que fût leur volonté d’autosuffisance, il y aurait toujours des choses qui leur manqueraient.
Ainsi, même dans une société centrée sur l’autosuffisance, certains s’étaient consacrés au travail du cuir. Parmi eux, quelques-uns étaient devenus des maîtres en la matière.
Était-ce à cause de ce qu’il venait de vivre ?
Ou bien toutes ses expériences passées lui montraient-elles simplement la voie ?
Il y avait toujours quelque chose à tirer d’un combat une fois celui-ci terminé. L’expérience était une récompense, qu’on repassait et affinait jusqu’à ce qu’elle s’inscrive dans le corps.
Ici, la compréhension du combat d’Enkrid s’élargit encore un peu. Sa conception même de ce que signifiait combattre prit de l’ampleur. C’était peut-être parce qu’il s’était affranchi de l’idée qu’il devait se battre seul.
La raison importait peu. Il se contenta de laisser ses pensées suivre leur cours.
Si l’on envisage le combat dans un sens plus large, il ne se limite pas à croiser le fer.
Les habitants de la Terre Maudite se battaient pour survivre. Ils affrontaient une violence arbitraire, les exactions imposées par la Terre Maudite et la menace des Créatures démoniaques.
Ils courbaient l’échine devant chaque menace, cherchaient ce qu’ils pouvaient faire et luttaient de toutes leurs forces.
Ce qu’ils pouvaient gagner en survivant sur cette terre, au péril de leur vie.
C’était cela, le travail du cuir. Voilà pourquoi de faibles traces de Volonté se devinaient jusque chez cette artisane.
Enkrid reconnut son ancien lui-même en eux. Pas que tout fût pareil. C’étaient simplement ces jours de lutte qui lui revenaient à l’esprit.
Ces jours-là l’avaient conduit jusqu’au présent. Le passé avait rendu aujourd’hui possible, et seul le fait d’être aujourd’hui lui permettrait d’avancer vers demain.
C’était une vérité simple, mais il se surprit à y réfléchir de nouveau.
Quoi qu’il en soit, ils avaient tanné et travaillé eux-mêmes la peau de Balrok qu’Enkrid leur avait apportée, la transformant en une fine armure de cuir qui épousait le corps.
Elle était d’un noir de jais, mais la lumière faisait ressortir son lustre lisse et révélait la nature exceptionnelle de la matière.
C’était l’objet que Zhoroslavb avait apporté, soigneusement enveloppé dans un tissu. Dans un bruissement, l’étoffe glissa et dévoila l’armure.
« De mauvais augure. »
À sa vue, Sinar prononça ces mots en secouant légèrement la tête. Elle avait dit qu’elle pouvait marcher, mais que courir restait hors de portée.
À côté d’elle, Rem, qui saignait du nez environ tous les deux jours, fronça les sourcils.
« Ce truc est sans danger ? »
À ces mots, Jaxon s’avança. Lorsqu’il s’agissait de manipuler des reliques ou des Objets de sortilège, on pouvait dire qu’il surpassait tout le monde.
« Pas bon. »
Jaxon appuya sur le cuir du bout de son doigt cassé — celui qu’il s’était tordu en esquivant l’aile de Balrok — et rendit son verdict.
« Seigneur. »
Audin fit lui aussi appel à son pouvoir divin par réflexe. Une petite masse lumineuse tournoya doucement autour de lui comme une luciole. Il ne pouvait toujours pas déployer toute sa puissance divine ; c’était donc probablement le mieux qu’il pouvait faire pour le moment.
Il soignait aussi chaque jour les bras d’Enkrid et ceux des autres à l’aide de ses pouvoirs divins.
Ragna, lui, se contenta de fixer l’armure d’un air absent.
Qu’est-ce que c’était que ça ?
C’était ce que disait son regard. Pourquoi se mêler d’une affaire qui ne le concernait pas ?
D’ailleurs, autre chose retenait bien davantage son attention.
Les habitants de la Terre Maudite ne pouvaient que baisser la tête. Ils avaient vu des dizaines de personnes se consacrer à cet ouvrage pendant quinze jours, veillant toute la nuit.
Pourtant, le cadeau qu’ils avaient apporté débordait de mauvais augure. Même ceux qui l’avaient fabriqué ne s’y attendaient pas.
Après Jaxon, Rem posa la main sur la peau. Son état physique lamentable avait un peu émoussé ses sens, mais il lui était facile de sonder brièvement l’énergie de l’objet à l’aide de la Sorcellerie. Malgré cela, un nouveau saignement de nez lui coula le long du visage.
Goutte.
Rem essuya le sang avec sa manche et prit la parole.
« C’est bourré de pensées obsessionnelles. »
Jaxon examina de nouveau l’armure avec attention. Voici la conclusion à laquelle il parvint.
« Les pensées obsessionnelles qui subsistent dans la peau du Démon de la Discorde, Balrok, modifieront l’état d’esprit de celui qui la porte. Son envie de se battre bouillonnera jusqu’à ce qu’il n’arrive plus à se maîtriser. »
« Laissez-moi la purifier. »
Audin s’avança, mais Jaxon secoua la tête.
« Ce sont justement ces pensées obsessionnelles qui rendent cette armure de cuir si particulière. »
Tout en parlant, il sortit une dague et trancha l’armure. Son geste était fluide comme l’eau et si rapide qu’on n’avait pas vu à quel moment il avait tiré sa lame. Une marque resta là où le tranchant avait glissé sur le cuir. Difficile de croire qu’un homme au doigt cassé venait de faire ça.
« Elle ne se contente pas de bloquer l’acier ordinaire. L’impact ne se transmet pas non plus à l’intérieur. »
Il parla tout en plaquant sa paume gauche contre l’intérieur de l’armure et en faisant glisser la lame sur sa surface extérieure.
« Encore. »
Jaxon imprégna alors sa lame de Volonté. Cette puissance informe se manifesta le long du tranchant.
Qu’il en ait toujours été capable ou qu’il ait atteint ce niveau à un moment donné, il manifesta sa Volonté sans difficulté.
C’était logique. S’il n’en avait pas été capable, il n’aurait pas pu briser le cristal de Balrok.
Balrok avait combattu en entourant son cristal de couches de Corps d’acier façonnées par la Volonté.
Jaxon avait sans doute lui aussi atteint l’Induless. Tout comme on peut déduire le processus du résultat, les actes de Jaxon en apportaient la preuve.
Quoi qu’il en soit, cette armure de cuir reposait sur la spécialité de Balrok. La qualifier de solide ne suffisait pas. Pourtant, elle n’était pas rigide non plus. Au toucher, elle était douce et élastique.
Bien que la Volonté qu’il avait déployée avec tant de force lui donnât le vertige, Jaxon fit glisser sur l’armure sa lame bordée de Volonté.
Scrrrch.
« Un coup ordinaire ne peut pas la trancher. »
Il tendit l’armure en parlant. Même frappée par une lame bordée de Volonté, elle ne se coupa pas. Elle porta simplement une marque plus profonde qu’auparavant.
« Espèce d’empoté, tranche-la. »
Il lança l’armure en l’air. Ragna n’avait pas entièrement récupéré, mais il devrait pouvoir porter un seul coup d’épée sans difficulté.
Boum.
Pourtant, l’armure retomba mollement au sol.
« Tu me donnes des ordres ? »
Ragna posa la question d’une voix neutre. Il était censé s’exécuter juste parce que Jaxon le lui demandait ? Il ne bougea même pas le petit doigt, là où il était assis.
Évidemment. Ragna n’était pas du genre à obéir sur un simple mot.
Jaxon ramassa tranquillement l’armure, la dépoussiéra et reprit :
« Même coupée, elle se régénère. Les reliques de ce genre sont souvent comme ça. »
Enkrid regarda Ragna.
« Oui. »
Ragna répondit et se leva. Jaxon lança une nouvelle fois l’armure, et Ilchul jaillit de son fourreau.
Ting.
Une épée née à l’est, qui dominait la moitié du monde et dissipait les ténèbres. Sa lame embrasée apparut, balaya l’armure et retourna dans son fourreau. Le dégainé et le rengainé furent si remarquables qu’un chevalier lui-même aurait hoché la tête d’admiration.
On aurait dit que Ragna répondait au talent dont Jaxon avait fait preuve tout à l’heure avec sa dague.
Bien sûr, personne ne hocha réellement la tête d’admiration.
« Tu en fais vraiment trop, espèce d’enfoiré. »
Seul Rem grommela.
Une ligne rouge apparut au milieu de l’armure. Elle avait bel et bien été tranchée. Pourtant, comme Jaxon l’avait dit, le cuir se tordit et se ressouda, comme s’il était vivant.
On pouvait clairement voir le processus.
Bien sûr, Ragna n’était pas idiot : il n’avait tranché que la surface extérieure de l’armure. Il ajouta :
« Si j’avais frappé pour de bon, je l’aurais tranchée. »
C’était une réponse aux paroles de Rem.
En vérité, Ragna avait beaucoup gagné de son combat contre Balrok. Il avait envie de tirer son épée et de s’entraîner sur-le-champ.
Il se retint uniquement parce qu’il savait qu’en forçant maintenant, il mettrait plus longtemps à récupérer.
Et surtout, Enkrid, leur capitaine, était lui aussi accroupi et prenait son mal en patience. À le voir, contenir une telle envie n’avait rien de difficile.
Le capitaine se retient lui aussi.
Cet homme fou d’entraînement ne faisait même pas ses échauffements matinaux. C’était un exemple à suivre. Ne montrait-il pas ainsi l’importance de la récupération et du repos ?
Le voir se reposer était cent fois plus instructif que cent discours.
En réalité, Enkrid était simplement surpris que Ragna ait envie de s’entraîner.
Il se demanda si Ragna avait encore cru à tort qu’il souffrait d’une maladie incurable, mais la compagne de ce fainéant incapable de s’orienter n’était peut-être pas la meilleure guérisseuse du continent, elle était en tout cas la meilleure de la Garde-frontière. Ragna ne risquait donc pas de refaire la même erreur.
« La question, c’est de savoir à quel point elle affectera celui qui la porte. »
Sinar tira sa conclusion. Inutile de chercher d’autres preuves : c’était un objet extraordinaire, mais à n’en pas douter, il était maudit. Armure démoniaque n’aurait pas été un nom exagéré.
« On dirait que nous avons fait quelque chose qu’il ne fallait pas. »
Zhoroslavb parla en observant leurs réactions. Il ne comprenait pas la moitié de ce qu’ils faisaient, mais vu la tournure des événements, il estima qu’il se devait de le dire.
Ils avaient fabriqué l’objet en déployant tout leur savoir-faire, et pourtant il était devenu une armure démoniaque, presque l’équivalent d’une Épée démoniaque. Elle influençait l’esprit de son propriétaire et l’épuisait.
En vérité, ni Zhoroslavb ni les autres n’étaient en faute. Ils avaient simplement mis tout leur talent au service de cet ouvrage.
« Je vous suis reconnaissant. »
C’était pour cette raison qu’Enkrid prit la parole. Il le pensait sincèrement. Un seul regard suffisait pour comprendre que l’objet n’avait rien d’ordinaire. La matière exceptionnelle qu’était la peau de Balrok contenait l’expérience et la vie de ceux qui avaient survécu sur la Terre Maudite. Voilà pourquoi elle était devenue un objet si particulier.
« Je vais l’essayer. »
Romen s’avança sans hésiter, animé d’une résolution nouvelle. Avant que quiconque ait pu l’arrêter, il ramassa l’armure et l’enfila. En vérité, personne n’essaya de l’en empêcher.
Même s’il devenait à moitié fou en la portant, il leur suffirait de le maîtriser. Et ils avaient bien d’autres moyens de gérer la situation.
L’armure était faite d’une matière très élastique et douce au toucher ; elle s’enfilait et se retirait donc facilement. D’un seul tenant, sans boutons, elle s’enfilait par la tête.
« Hum. Ça va ? »
En parlant, Romen porta naturellement la main à la poignée de son espadon. Sa voix restait calme et plate, mais les tendons de son avant-bras saillaient. Juste avant qu’il ne puisse tirer son épée, Enkrid posa le pied dessus et appuya la semelle sur le pommeau.
« Mpf. »
Romen força, mais en vain. Il lança aussitôt son autre poing contre le tibia d’Enkrid.
Clac !
Le bruit fut sonore, mais le pied posé sur le pommeau de l’épée ne trembla pas le moins du monde.
Audin et Teresa soignaient chaque jour les bras d’Enkrid grâce à leurs pouvoirs divins, mais ils n’étaient pas encore complètement guéris. C’était pour cela qu’il se servait de son pied.
Enkrid montra les bases d’Étouffer les braises, la technique apprise en combattant Balrok. Malgré les assurances de Romen, il sentit son élan changer et interrompit son attaque dès son amorce.
« Oh. »
Rem poussa une exclamation admirative.
Ragna ouvrit légèrement les yeux.
Jaxon eut un tressaillement du doigt, intéressé.
« Voilà. »
Celle qui fut la plus impressionnée était naturellement Ruagarne.
Tous ses membres n’avaient pas entièrement récupéré, mais, grâce aux divers insectes qu’elle avait mangés ici, ses deux jambes s’étaient assez régénérées pour qu’elle puisse marcher.
Ses muscles n’avaient pas complètement repoussé ; elle n’était donc pas encore en état de combattre, mais elle pouvait marcher un moment. Sa langue n’avait jamais été coupée, aussi parlait-elle toujours parfaitement.
Elle reconnut la subtilité du mouvement qu’Enkrid venait de montrer.
Le combat précédent lui avait lui aussi beaucoup appris, et elle possédait le discernement d’une Grenouille. Voilà pourquoi elle l’avait remarqué.
« Grrrâââ ! »
Romen chargea alors en bavant, et Ropord, Fell et Teresa le maîtrisèrent avant de lui retirer l’armure.
« Hah… hah… Pourquoi ai-je… »
Pour ce qui était de maîtriser ses émotions, quelqu’un du niveau d’un chevalier pouvait résister dans une certaine mesure, mais aurait du mal à enfiler et retirer l’armure à sa guise.
« Il faut absolument réfréner ses désirs. Plus une personne en a, plus ce sera difficile », dit Jaxon.
En voyant l’emportement de Romen, Zhoroslavb baissa encore davantage la tête.
Il ne pouvait pas savoir que les choses tourneraient ainsi. On ne pouvait pas le tenir pour responsable.
Enkrid songea à cela, ramassa l’armure et l’enfila.
« Si tu perds le contrôle, tu dois l’enlever. »
Jaxon ajouta ces mots, et Enkrid enfila l’armure. Elle glissa sur son corps et s’ajusta parfaitement à lui. Dès le départ, elle avait été conçue pour sa carrure.
Malgré son élasticité, Romen avait eu l’air de s’entasser dans des vêtements d’enfant. Ce n’était pas du tout le cas d’Enkrid.
L’armure épousait parfaitement son corps, par-dessus sa fine chemise.
On aurait pu l’appeler une redingote de champ de bataille sans que cela paraisse déplacé. Elle allait remarquablement bien à Enkrid, et sa couleur comme sa texture s’accordaient à celles de ses cheveux.
Un léger reflet velouté chassait toute banalité et révélait quelque chose d’extraordinaire.
« Hum. »
Enkrid resta planté là, l’air absent, dans son armure. Tous les autres avaient discrètement posé la main sur leurs armes.
À l’époque de l’Escouade des Fauteurs de troubles, quelqu’un se serait avancé pour le rouer de coups. Mais les choses avaient changé.
À moins de vouloir lui trancher un bras ou une jambe, ils devraient tous se jeter sur lui en même temps pour le maîtriser.
Tandis qu’une tension silencieuse s’installait entre eux, Enkrid, lui, ne percevait pas du tout les pensées obsessionnelles de l’armure.
Pourquoi ?
La question lui vint, mais personne n’en connaissait la réponse.
« Elle te va comme un gant. »
Les paroles de Rem mirent fin à la scène.
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