Chapitre 790
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Traducteur : Hydrogen B
Relecture : Abstract
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Chapitre 790 : Un temps d’hommage
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Les yeux de Rino étaient injectés de sang. Il leva ses deux épées à la verticale. Inutile de les croiser pour l’instant. Il devait d’abord prendre de l’élan.
Il prit cet élan grâce à sa posture, puis donna une forme tangible à sa Pression. Une épée acérée s’enfonça dans le mur de la forteresse. La Pression, fine comme une alêne, se fraya un chemin dans les fissures de la solide muraille et la transperça.
« … Qu’est-ce que c’est ? »
Rino se retrouva alors face à une deuxième Pression. Il y avait plus d’un mur de forteresse.
Une double Manifestation de la Pression ?
La surprise de Rino était compréhensible. Même lui n’avait jamais vu pareille technique.
Enkrid avait jugé que son adversaire ne franchirait pas facilement les murs, accablé par cette pression informe que dégageait un Balrok. Bien sûr, la Pression à elle seule ne pouvait pas tuer un adversaire.
Elle avait aussi d’autres utilités, mais, pour l’essentiel, il s’agissait d’une expérience.
« Je n’ai pas créé ça pour m’en servir contre toi, maître. »
Enkrid s’exprima avec douceur. Ses paroles étaient à la fois sincères et prévenantes.
« Arrête tes conneries ! »
Rino aboya. Le sentiment d’être repoussé par l’élan de son adversaire ne fit qu’attiser sa colère.
« Du calme. »
Enkrid se montra de nouveau prévenant. Les veines dans les yeux de Rino semblaient sur le point d’éclater.
Espèce d’ordure.
Rino se concentra à nouveau. Des veines rouges serpentaient sur le dos des mains qui serraient ses deux lames.
Enkrid se comportait en spectateur. Il exerçait une pression grâce à son élan, sans rien faire d’autre. D’une certaine manière, c’était exactement ce que faisait un Balrok.
Même lorsqu’une ouverture se présentait, il se contentait de regarder au lieu de frapper.
L’un était calme. Les yeux de l’autre et les veines gonflées sur le dos de ses mains en disaient long sur son humeur et son état.
Pourtant, la Pression n’était que de la Pression. Avec assez de temps, n’importe quel chevalier pouvait la surmonter. Rien de plus naturel.
Rino y parvint. Il franchit trois murs de forteresse.
« Ouaah ! »
Il poussa un cri de guerre. Ce n’était, bien sûr, qu’une feinte. Depuis un moment déjà, maître Rino faisait traîner les choses en attendant le bon moment pour franchir les murs.
Il cherchait ainsi, d’une part, à rester dans les meilleures dispositions possible et, d’autre part, à contre-attaquer si Enkrid fonçait sur lui en visant une ouverture.
Mais Enkrid s’était contenté d’observer toute la scène. Au cri de Rino, il dégaina simplement Forgecrépuscule.
Son geste n’avait même rien de particulièrement rapide. Il était naturel et souple, comme s’il accueillait un invité et le guidait à l’intérieur.
C’était ce qui le rendait encore plus effrayant. Rino le savait instinctivement.
Kririririrring.
La lame émit une lueur bleu ciel en visant le plexus de Rino, qui se tenait les deux épées déjà dégainées.
Le dégainé et l’estoc semblaient ne former qu’un seul mouvement. En décomposant le geste, on en distinguait trois : dégainer, ramener, puis frapper d’estoc. Mais la fluidité du mouvement les fondait en un seul.
Tadang !
Rino n’eut pas le temps de croiser ses deux lames pour parer l’épée qui faisait jaillir l’Éclair. Elles ne se rejoignirent pas : Forgecrépuscule leur barra la route.
Un mur bleu ciel se dressait entre les deux lames, tels des amants éperdus.
« … Tu as compris vite ! »
Rino cria de nouveau. Son cri exalté n’était encore qu’une feinte.
Naturellement, cela ne marcha pas. Enkrid connaissait depuis longtemps les méthodes de maître Rino. De plus, il observait chaque mouvement avec calme et utilisait l’Épée de la Chance pour les parer, coupant court à chaque geste dès son amorce.
Il bloqua de la même façon chacune des attaques suivantes de Rino.
Quand Rino amorça un mouvement en avançant le pied gauche, Enkrid le repoussa d’un coup de pied. Lorsque Rino tenta une nouvelle fois de croiser ses deux épées, Enkrid glissa Forgecrépuscule entre elles.
Rino dégaina alors une dague à la lame si courbée qu’elle semblait tordue. Elle était étrange, elle aussi : cinq dents dentelées, pareilles aux crocs d’une bête. Rino s’en servit pour accrocher Forgecrépuscule.
Puis il tenta de briser la lame qu’Enkrid tenait.
Kagagagagang ! Des étincelles jaillirent de la dague qui s’acharnait contre Forgecrépuscule, et le hurlement du métal résonna dans le couloir.
Enkrid ne vérifia même pas l’état de son épée.
Il n’en avait pas besoin. Seules les dents de la dague s’étaient brisées.
« Mon Arme gravée ne se brise pas. »
Liée à sa Volonté, sa résistance pouvait même supporter la lame d’un Balrok. Enkrid l’avait déjà mise à l’épreuve.
Il exploitait toutes les capacités de son arme. La résistance de Forgecrépuscule était une arme en soi.
Après avoir échoué à briser la lame, Rino tenta de reculer tandis qu’Enkrid lui expliquait encore la situation. Enkrid le poursuivit alors qu’il bondissait en arrière, leva Penna et frappa.
La lame traversa le corps de Rino de part en part.
« … Espèce d’ordure, ta façon de manier l’épée… »
Il avait dissimulé la résistance de son épée, puis profité du moment où il l’avait révélée pour attaquer. Voilà comment on se servait d’une arme.
Rino s’exprima avec admiration. Enkrid lui répondit calmement.
« C’est toi qui me l’as appris, maître. »
« Putain, je suis pas ton maître. Mais c’était amusant. »
Ses lèvres fendues frottèrent l’une contre l’autre tandis qu’il parlait. Ce furent ses derniers mots.
« … Eh bien, ça suffit, non, maître ? »
Enkrid s’adressa au vide. La lumière des torches vacillait et les ombres ondulaient.
Il poursuivit son chemin, conscient qu’il venait de livrer son plus long combat depuis sa rencontre avec Rino. C’était voulu.
Il traversa un couloir que la lumière des torches n’atteignait pas. Lorsqu’il retrouva la lumière, quelqu’un l’attendait.
« Je m’appelle Donapha ! »
Enkrid leva son épée en guise de réponse. Cet adversaire préférait converser avec les armes plutôt qu’avec les mots.
Même face à la hache de Donapha, le combat prit une tournure similaire.
Parer, puis parer encore.
Comme il avait accepté les attaques de Rino, il fit de même ici.
La défense fondée sur l’Épée qui bloque les vagues simplifiait ses pensées et le débarrassait de toute impureté. Il para la hache qui s’abattait et en dévia la trajectoire.
La technique de lame d’un Balrok.
La forme était semblable. Pendant un instant, la Volonté de Donapha se concentra dans sa hache et s’y fixa. Ce n’était pas une décharge concentrée en un point ; pourtant, un coup de hache que la simple déviation ne suffisait pas à détourner s’abattit brusquement d’en haut.
Le coup plongeant était plus tranchant qu’une lame de guillotine, et l’élan qui enchaînait le corps d’Enkrid ressemblait à des chaînes serrées autour de lui.
Privilégier la simplicité à la complexité.
La Manifestation de la Pression était tissée dans un maniement de la hache fondé sur le Style de l’épée lourde. Si la Pression du Balrok ressemblait à des chaînes et celle d’Enkrid à un mur de forteresse, la hache de Donapha s’accompagnait d’un filet qui emprisonnait tout le corps.
Si on extrayait la Pression du Balrok pour la transformer en maniement de la hache…
On obtiendrait quelque chose qui ressemblait à ce que faisait Donapha. Enkrid avait étudié les principes et l’origine de la technique.
Rino s’était concentré sur les battements d’ailes du Balrok et sur le caractère particulier de ses armes ; Donapha, lui, avait bâti son savoir-faire sur les fondations de la Pression du Balrok.
Bien sûr, cela ne pouvait pas menacer Enkrid.
La Volonté du Refus déchira le filet et s’en libéra d’elle-même. Le moindre mouvement devint alors facile.
Une hache terriblement rapide s’abattit dans un fracas, déchirant l’air, mais elle restait plus lente que celle de Rem. Du moins, c’était l’impression qu’elle donnait.
Enkrid pouvait suivre la hache de Donapha du regard. Il esquivait, la repoussait et en détournait la trajectoire. Une défense remarquable. L’épée qui bloquait les vagues bloquait la hache.
« Ouah ! »
Quand son premier coup échoua et qu’aucune contre-attaque ne vint, Donapha rassembla aussitôt ses forces et abattit de nouveau sa hache.
À ce stade, Enkrid avait lui aussi compris la tactique de Donapha. Après l’avoir affronté plus de deux cents fois, comment aurait-il pu ne pas la comprendre ? Il avait même fait de Donapha son maître en secret et appris ses techniques.
Si celui qui esquive un coup de hache perd ne serait-ce qu’une fois son équilibre…
Cela lui laissait le temps d’asséner un nouveau coup. Telle était la méthode de Donapha. Une façon intéressante de se battre.
Une attaque lui donnait le temps de préparer la suivante.
Les tactiques apprises auprès de maître Donapha étaient elles aussi un moyen de traverser cette journée.
Du moins, c’était ainsi qu’Enkrid les concevait désormais.
Un autre long combat s’ensuivit. Donapha abattit sa hache quatre-vingts fois. Sans son corps transformé en Dullahan, les muscles de son bras auraient peut-être éclaté.
Ses avant-bras avaient pris une teinte brun-noir, comme brûlés, et des veines encore plus sombres y saillaient.
Ils n’auraient pas pu atteindre cet état sans que les muscles aient subi une charge immense.
Chaque coup de hache avait été porté de toutes ses forces. Donapha n’était pas du genre à abattre mille personnes.
En revanche, face à cent guerriers capables de vaincre mille hommes, Donapha se serait bien mieux battu.
Chacun combattait différemment, selon sa manière de s’entraîner. Donapha s’était frayé sa propre voie.
Rino était pareil sur ce point.
C’était pour cela qu’il y avait quelque chose à apprendre d’eux.
Ils n’étaient pas de ces idiots inachevés qui croyaient que s’entraîner ne demandait que du temps. Ils étaient authentiques, contrairement à ces crétins sans valeur qui se prétendaient supérieurs sans rien pour le prouver et couraient après une réputation dérisoire.
En conclusion, les muscles de Donapha n’allaient pas éclater.
Donapha a dû s’entraîner suffisamment pour ça.
Après tout, Donapha était chevalier.
Même si toutes ses attaques étaient parées, Donapha ne perdait pas courage. La hache s’abattit encore.
Au quatre-vingt-deuxième coup, Enkrid dévia la hache et trancha la taille de Donapha en diagonale.
Prenant appui sur son pied gauche, il pivota. La puissance qu’il avait concentrée par le Vortex explosa. Sa Volonté parcourut sa cheville, son genou, sa taille, son bras et sa main, avant de déferler jusqu’à la lame comme un rocher dévalant une pente abrupte.
La lueur bleu ciel de Forgecrépuscule s’intensifia et prit la forme d’une lame. C’était le meilleur coup qu’Enkrid pouvait porter.
La force derrière les coups de hache avait clairement diminué depuis le début. Il mit donc fin au combat au lieu de le faire durer davantage.
S’il se contentait de parer, Donapha finirait par se disperser et mourir en poussant un gémissement désespéré et en maudissant son sort.
Enkrid avait déjà procédé ainsi. Cette fois, après avoir appris tout ce qu’il pouvait, il rendit hommage à son adversaire.
Bien sûr, cet hommage consistait à couper son adversaire en deux.
Une brume noire se dispersa et s’éloigna derrière lui.
« J’ai perdu. »
La tête de Donapha, qui avait roulé sur le côté, prit la parole. Comme toujours, Donapha acceptait sa défaite, mais sa voix était aujourd’hui empreinte de satisfaction.
La tête se transforma en particules et disparut. Il semblait qu’il n’avait plus rien à dire.
Donapha avait compris depuis longtemps qu’il avait perdu et savait qu’Enkrid faisait délibérément durer le combat. Mais ce dernier coup était le puissant coup d’épée que Donapha avait voulu recevoir.
Donapha était-il vraiment satisfait ? Enkrid ne pouvait pas lire avec précision ses sentiments les plus profonds, au-delà de son intuition.
Enfin, il n’y avait plus moyen d’obtenir la réponse, désormais.
Il s’enfonça de nouveau dans les ténèbres.
« Oh-ho, on dirait que tu sais manier l’épée ? »
Sabre à un tranchant, le troisième maître qu’il avait rencontré récemment, prit la parole et chargea. Enkrid lui ménagea l’occasion d’attaquer. Il voulait lui permettre d’utiliser toutes ses capacités. Une fois encore, il fit durer le combat.
Il se concentra sur la défense, réduisant ses mouvements au minimum et ne faisant que ce qui était nécessaire.
La Volonté de Sabre à un tranchant, qui s’élevait à mesure que son excitation croissait, ainsi que son rythme de combat soutenu, constituaient d’excellentes techniques, mais elles comportaient beaucoup de gestes superflus. Enkrid s’appropria les bases qu’elle possédait et y ajouta les siennes.
Ce n’était pas intentionnel. Cela se fit naturellement.
C’était arrivé parce qu’Enkrid la dépassait par son savoir-faire, sa maîtrise des principes et sa Volonté.
Éliminer les gestes superflus.
Il maîtrisa son état jusqu’à frôler l’ivresse de toute-puissance, sans s’y abandonner.
Il connaissait désormais toutes ses astuces.
Tadang, tang, tang.
Les lames s’entrechoquaient parfois, mais aucun des deux combattants n’avait la moindre égratignure. Enkrid para les attaques de diverses façons.
Parfois, il se servait même de la cape elfique pour dévier une lame.
À chaque fois, les sourcils de Sabre à un tranchant se haussaient un peu plus. Son excitation finit par retomber. Incapable de contenir sa colère, elle misa tout sur un coup décisif, comme Donapha l’avait fait.
C’était sans doute l’une de ses techniques secrètes, mais Enkrid l’avait déjà vue trente-cinq fois.
Il recula pour sortir de la portée de son épée, puis bondit de nouveau vers elle, bouleversant complètement le rythme de son attaque.
Même après être devenu chevalier, le combat reste simple.
Un chevalier pouvait courir assez vite pour laisser des images rémanentes, brandir une épée plus vite que le son, pulvériser des rochers et trancher des murs de forteresse.
Pourtant, les bases ne changeaient pas.
Voler le rythme, lire la cadence, esquiver puis frapper, tromper puis frapper, anticiper puis trancher. Un combat fidèle à cette succession d’étapes.
Le combat fut si long que le passeur aurait pu lui demander si c’était ainsi qu’il comptait tenir jusqu’au bout de la journée.
« Merde. »
Sabre à un tranchant lâcha un juron et mourut.
On pouvait comprendre son irritation : toutes ses attaques avaient été parées, et pourtant elle avait péri d’un seul coup.
Malgré tout, elle avait l’air plutôt satisfaite, elle aussi.
Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas combattu en déployant ses capacités à leur maximum.
Ce n’était pas pour s’amuser. Enkrid l’avait aidée à exploiter tout son talent.
« Merci. »
C’était peut-être pour cela que Sabre à un tranchant prononça ces mots inattendus avant de disparaître.
Avant qu’Enkrid ait pu répondre, elle se dispersa et s’évanouit. Il continua sa route et, lorsqu’il atteignit la lumière du feu de camp, arriva à destination pour la journée.
« Te voilà. »
C’était Aoara.
« Oui. »
Enkrid s’assit avec aisance à côté d’Aoara, dans la lumière du feu. Jusque-là, tout s’était déroulé comme lors des précédentes répétitions de cette journée. Non, il y avait tout de même une différence : il avait fait durer les combats.
Et tout ce temps avait aussi été un hommage aux trois maîtres.
Après avoir parlé de ceci et de cela, Aoara sembla sur le point de prendre congé.
« Ha… J’avais à la fois envie de te revoir ici et pas du tout. Pour tout dire, j’ai même envisagé de renvoyer Romen s’il venait. »
Aoara s’exprima en posant les mains sur ses genoux. Elle laissa échapper un petit grognement et commença à se lever. Enkrid lui lança alors sa question d’un ton désinvolte.
« Ça fait un bail. Ça te dit un petit duel ? »
Sa façon de parler, puis de cligner des yeux, le faisait ressembler trait pour trait à Ragna, avec son air absent.
En vérité, il avait pensé à Ragna et l’avait délibérément imité.
Aoara eut un bref air surpris. Elle semblait se demander si c’était bien raisonnable.
Elle cligna des yeux, puis hocha la tête.
« D’accord. »
Elle dégaina son épée.
Srrring.
L’Arme gravée autrefois appelée Sourire avait disparu. À la place, elle tenait une simple épée longue.
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