Chapitre 75
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 75 : Le Chef d’escouade séduisant
Les flammes des chandeliers fixés aux murs de la salle de l’auberge ne brûlaient qu’à moitié.
Il n’y avait aucun client ; ils cherchaient peut-être à économiser les chandelles. Dans la faible lumière, l’ombre d’Enkrid s’étirait sur le sol.
Toute la nuit, il s’exerça au Sens de la lame. Le calme de la salle était rompu par les soldats qui montaient la garde dehors et par le tintement des verres de la personne qu’ils protégeaient.
Il aiguisait ses sens et se concentrait sur les sons. Il parvenait à suivre les mouvements et à compter les gens autour de lui. Il pouvait même évaluer les distances en entendant au loin les cris des oiseaux nocturnes.
Tout en s’exerçant, Enkrid réfléchissait sans cesse à la portée de sa perception.
À moins de cinq pas, songea-t-il.
Il percevait le moindre mouvement et entendait le froissement des vêtements. À cette idée, il se posa une question.
Est-ce que je peux y arriver en me fiant uniquement à mon ouïe ?
Avant l’attaque, le commandant de compagnie elfe et Jaxon avaient pressenti l’embuscade. Comment s’y étaient-ils pris ?
Ils n’avaient pas pu se fier uniquement à leurs oreilles. Enkrid se dit qu’il devrait demander à Jaxon plus tard. S’il y avait quelque chose à apprendre, il voulait l’apprendre.
Cette fois, ce n’était pas le mur.
Peut-être ne répéterait-il pas les mêmes erreurs aujourd’hui, mais cela ne voulait pas dire qu’il souhaitait mourir exprès pour rester coincé dans la même journée.
Enkrid ne fléchit pas.
Pour demain.
Il continuait toujours d’avancer. Cette volonté l’empêchait de rester prisonnier d’aujourd’hui.
Crac ! Paf !
Une bûche se fendit dans la cheminée, projetant des étincelles.
En plus de repenser au combat, il laissa vagabonder ses pensées. Le menton appuyé sur une main, Enkrid songea aux gens qu’il avait tués.
Pour la gloire de la patrie.
S’agissait-il d’une unité d’espions d’Azpen ? À quoi pensait celui qui avait orchestré tout cela avec tant de complices ?
Que comptaient-ils faire après avoir semé le trouble au sein de la Garde-frontière ?
Y aurait-il une autre attaque ?
Forceraient-ils le passage à travers les forces de deux escouades ? Enverraient-ils un assassin ?
À force d’y réfléchir, il se rendit compte qu’il serait peut-être plus facile qu’il ne le pensait de capturer le fuyard. C’est alors que Leona descendit.
« Vous êtes debout de bonne heure, dit-elle.
— Je suis de service, alors j’ai échangé mon tour, répondit Enkrid.
— Ah, je vois. »
Leona hocha la tête et s’approcha. Le sol portait encore les traces de la veille. Elle semblait faire de son mieux pour garder son calme et agir avec désinvolture.
Cela ne ferait que la rendre plus consciente de la situation. Il serait plus facile de se concentrer sur autre chose. Enkrid le savait par expérience.
« C’est la première fois que vous venez à la Garde-frontière ? lui demanda-t-il.
— Hein ? Oui. »
Grands Yeux avait pourtant dit que cette femme avait une personnalité inhabituelle. Elle semblait déterminée, mais n’avait pas encore le genre de folie qu’avait Rem.
Non. Je ne devrais pas la comparer à Rem.
Ce serait irrespectueux.
« Il existe beaucoup de légendes sur le fleuve Pen-Hanil. Vous connaissez celle de l’épée forgée dans l’eau du fleuve ? »
Les récits des bardes avaient toujours le don de toucher le cœur. Enkrid en avait mémorisé quelques-uns. Ils étaient utiles pour engager la conversation et rendaient les heures de garde moins monotones.
Ce qu’il racontait à présent n’était qu’une histoire pour passer le temps pendant son tour de garde. Mais elle serait nouvelle pour qui l’entendait pour la première fois.
« Racontez-moi, dit Leona avec un sourire et un hochement de tête qui trahissaient son intérêt. Même si l’histoire était banale, elle l’écoutait les yeux brillants. Elle souriait et réagissait de temps à autre.
— Alors, même si la mode fut un temps de forger des épées dans l’eau du fleuve, aucune de celles qui, selon les récits, auraient dû invoquer les esprits y vivant ne vit jamais le jour. »
« Vous savez bien raconter les histoires.
— Je me débrouille plutôt bien. »
Même Rem avait admis qu’il ne pouvait pas rivaliser avec Enkrid quand il s’agissait de provoquer les autres par ses paroles. Après tout, c’était lui, le chef d’escouade.
Tandis qu’il hochait la tête, Leona lui demanda soudain :
« Voulez-vous m’accompagner ? »
Enkrid pencha la tête et demanda :
« Où ça ? »
Elle restait la personne qu’il devait escorter. Même si deux escouades avaient pris le contrôle de l’auberge après l’attaque au sein de la Garde-frontière et que personne ne se trouvait à l’intérieur, la mission d’Enkrid n’était pas terminée.
Il restait encore deux jours, alors il était normal qu’il l’accompagne partout où elle irait.
« Je veux dire, quand nous quitterons la Garde-frontière, je vous invite à venir avec moi. »
Sa proposition semblait improvisée, mais elle l’avait mûrement préparée. Elle avait la nuance propre à ceux qui avaient commandé beaucoup de gens. Elle s’assit sans un mot, entrouvrit ses lèvres rouges et dit :
« Venez. »
Sa confiance en elle laissait entendre que le poste qu’elle lui offrait était meilleur. Leona le pensait sincèrement. Après tout, qu’était la Compagnie marchande Rockfreed ?
Elle était peut-être moins puissante que la Compagnie marchande Rengadis ou que d’autres grandes compagnies marchandes, mais elle exerçait une influence dans la région.
La compagnie entretenait des liens avec les « Bergers des étendues sauvages », installés à l’extrême nord du fleuve Pen-Hanil. Ce groupe de chasseurs était capable de capturer des dragons s’il s’y préparait. Elle avait aussi des liens avec la Guilde du Cuir Noir et les Rangers des Glaciers, qui vivaient dans les hautes montagnes et communiaient avec la nature.
Ces trois groupes étaient ses principaux partenaires commerciaux. De plus, elle possédait des cartes qui intégraient l’expérience de la génération précédente, partie sillonner le continent de Pen-Hanil.
C’étaient les routes commerciales des Rockfreed. Ces cartes répertoriaient les itinéraires marchands. Elles détaillaient les spécialités de chaque compagnie marchande et les routes les plus rapides : de véritables trésors.
Quiconque les volerait et les revendrait aurait de quoi vivre confortablement jusqu’à la fin de ses jours.
Voilà tout l’attrait de la Compagnie marchande Rockfreed. N’importe qui aurait été tenté. D’autant plus si, par le sang, on se considérait comme l’héritier de la génération précédente.
C’était sûrement ce qui avait provoqué la hardie attaque de la veille.
Sortir son épée ici, le premier.
Voilà pourquoi elle était en colère. Pourquoi avaient-ils choisi ce moment pour agir avec tant d’audace ? Elle n’avait aucun lien de sang avec lui, mais elle s’efforçait d’honorer les dernières volontés de l’ancien dirigeant.
Pourquoi les autres faisaient-ils fi de tout cela ? Si ce n’était pour ces dernières volontés, elle ne serait jamais allée aussi loin.
Quelles étaient-elles, au juste ?
« Avant de tuer ou de vous faire tuer, essayez d’abord de trouver un accord. Peux-tu faire cela pour moi, Leona ? »
L’ancien dirigeant l’avait élevée comme sa fille. Pourtant, elle ne pouvait pas l’appeler « père » sans hésiter.
La compagnie marchande et la lignée.
Il s’agissait de ses dernières volontés, car il ne pouvait renoncer ni à l’une ni à l’autre. Leona comprenait ses sentiments. Il l’avait élevée pour qu’elle fasse prospérer la Compagnie marchande Rockfreed.
Mais il ne pouvait pas simplement abandonner sa lignée. Voilà pourquoi elle était ici. La Garde-frontière de Naurillia avait été choisie comme dernier endroit où discuter sans tirer l’épée.
Sans les dernières volontés de l’ancien dirigeant, la lutte pour la succession aurait pris fin depuis longtemps. Et dans ces circonstances, une embuscade avait eu lieu. Sortir son épée au sein de la Garde-frontière ?
Idiote.
Ses pensées décousues s’arrêtèrent là. Elle remarqua l’homme qui l’avait sauvée au moment du danger. Ce furent ses yeux, semblables à un lac, qui attirèrent d’abord son regard.
Ces yeux bleus. Ils étaient si captivants qu’ils en semblaient magiques. Des cheveux noirs, des yeux bleus, un corps bien entraîné et un beau visage. Il était naturel qu’elle s’intéresse à lui.
Il est vraiment beau.
En plus, il était remarquablement doué. Il avait fait irruption dans la pièce et maîtrisé son adversaire en un instant. Et que dire de sa façon de ne rien réclamer en échange ?
Après son sauvetage, quand il avait parlé de « travail », le cœur de Leona s’était emballé. C’était là que tout avait commencé. Elle le désirait. Elle voulait l’emmener avec elle.
« Je vous promets un meilleur poste et de meilleures conditions qu’ici. »
Enkrid n’eut pas besoin de réfléchir longtemps. N’avait-il pas déjà essayé de jouer les gardes du corps pour une compagnie marchande ? Si son seul objectif avait été de gagner des kronas,
cela n’aurait pas été une mauvaise idée.
Servir d’épée à une compagnie marchande en plein essor n’aurait rien eu de désagréable. Mais il avait des rêves, un chemin à suivre, et il s’y était déjà engagé, même si sa progression était lente.
Il n’avait pas le droit de se laisser distraire.
« Ça ira, répondit-il.
Il posa les deux mains sur ses cuisses et se redressa. Sa posture droite donnait à son refus un caractère ferme. Quand on rejetait une proposition, mieux valait le faire clairement. Enkrid le savait par expérience.
Les pupilles de Leona vacillèrent.
« S’accrocher à quelqu’un qui dit non, c’est honteux. »
La voix de Jaxon s’éleva soudain derrière eux.
« En effet, c’est honteux. »
Le commandant de compagnie elfe prit lui aussi la parole.
« Ah bon ? »
Leona ne s’emporta pas et ne montra ni irritation ni nervosité. Elle se contenta de hocher calmement la tête.
« Vous vous contentez de votre poste actuel. »
Pas vraiment. Il devait rester ici pour trouver la voie de l’avancement.
« Ah… les affaires, c’est… »
L’aubergiste, qui était sorti on ne savait quand, poussa un profond soupir. Le bleu de l’aube se teintait peu à peu de jaune. Le matin approchait.
« La compagnie marchande couvrira les dégâts, reprit Leona. » Elle semblait avoir soulevé la question dès le début pour obtenir une réponse claire.
« Oh, si vous faites ça… »
L’aubergiste se frotta les mains en parlant. À cette vue, Leona hocha la tête.
« Ne vous inquiétez pas. Des clients arriveront vers midi, alors soyez prêt à les accueillir.
— Compris. »
Elle avait l’air habituée à donner des ordres tout en restant assise. Peu après, sa gouvernante descendit à son tour. Leona annonça qu’elle allait se reposer et quitta sa place.
Jaxon s’approcha et dit :
« Il y a beaucoup de jolies femmes en ville, alors ne vous mêlez pas à l’héritière d’une compagnie marchande.
Je ne me suis pas mêlé à elle. Je l’ai repoussée.
Enkrid avait l’habitude d’attirer les femmes. Après tout, il avait un beau visage. En plus, un corps bien entraîné était un atout de taille pour faire ressortir son charme.
« Enkrid, soldat de haut rang. »
Le commandant de compagnie l’interpella. Sans s’approcher, elle l’appela de sa place, avec son ton et sa posture habituels, puis lui demanda :
« Avez-vous la réputation d’être un coureur de jupons ? »
« … Non.
— Vous flirtez avec toutes les femmes que vous croisez ?
— Non.
— Vraiment ?
— Oui. »
C’était sûrement une plaisanterie. Une plaisanterie, certes, mais son expression était d’un sérieux implacable et son regard d’un calme absolu. Il était difficile de savoir comment réagir.
J’aimerais qu’elle s’arrête.
« Je vois. »
Le commandant de compagnie hocha la tête. Enkrid sortit prendre l’air. Un des soldats du 4e peloton de la 2e compagnie le salua.
« Si vous draguez toutes les femmes que vous croisez, qu’est-ce qu’il va rester pour les types comme moi ? »
C’était encore une façon de le saluer.
« Qui ça ?
— D’abord le commandant de compagnie, puis la dame des Rockfreed. Ouah, vous êtes un sacré Chef d’escouade séduisant ! »
Celui qui s’émerveillait ainsi était le chef de peloton. Enkrid le connaissait aussi. On l’avait envoyé à droite et à gauche pour diverses missions, et il avait souvent été de service temporaire.
« Ce n’est pas ça.
— Ah bon ?
— Non.
— Il dit que non ! »
Plusieurs soldats répétèrent ses paroles. C’était devenu un refrain. Ils s’ennuyaient peut-être, postés là pour encercler une auberge en ville sans raison.
Il était normal qu’ils s’ennuient. Il n’y avait pas eu d’autre attaque. Rien ne laissait non plus présager qu’il y en aurait une.
Oui, je comprends qu’ils s’ennuient, mais…
Ça ne me réjouit pas qu’ils se servent de moi pour passer le temps.
Les rumeurs faisaient toujours peur. Comme prévu, elles ne tardèrent pas à se répandre de nouveau. Kraiss, qui était venu à l’auberge, lança :
« Hé, le chef d’escouade a couché avec la cheffe de compagnie après une seule journée ? Comment t’as fait ? Même moi, j’y arriverais pas si facilement, et la dame des Rockfreed est réputée pour être difficile. On dit qu’elle a un sacré caractère.
— Elle n’a pas un sacré caractère.
— Si, elle en a un.
— Puisque tu es là, fais donc quelque chose d’utile.
— Quoi ? »
Au lieu de bavarder, Enkrid confia une tâche à Kraiss. Il ne prit même pas la peine de corriger le malentendu. Kraiss savait très bien ce qu’il en était et le taquinait.
« Un des assaillants s’est échappé. Retrouve-le.
Enkrid voulait savoir où le fuyard se trouvait. L’espion du duché d’Azpen, qui était tombé sous son épée, avait crié « Pour la gloire de la patrie ! » Mais il n’aurait rien de drôle si celui qui avait tout manigancé s’en sortait vivant.
Ils doivent payer pour ce qu’ils ont fait.
C’était la chose juste et légitime à faire. Il était bon de pouvoir dire que la justice vivait encore. De toute façon, la compagnie donnerait bientôt l’ordre de le retrouver. Enkrid ne voulait pas le laisser filer.
Quand on déclenchait quelque chose, il fallait en assumer les conséquences. Fuir en abandonnant tous ses subordonnés ?
Maintenant qu’il s’était révélé être un espion du duché d’Azpen, impossible de le laisser partir vivant.
« Compris. »
La Guilde des voleurs étant présente, ils savaient presque tout ce qui se passait en ville. C’était un avantage. Retrouver un seul homme ne devrait pas être trop difficile.
Les kronas continuent de rentrer, en plus.
Cette fois, il songea à acheter une bonne épée courte ou une épée de garde avec l’argent qu’il avait gagné. Il avait bien aimé l’épée de garde, la dernière fois qu’il s’en était servi.
Ragna lui avait conseillé de se battre avec un bouclier, mais il n’y arrivait pas naturellement. Il apprendrait si nécessaire, mais si sa force était le meilleur de ses atouts,
« Il vaut mieux manier une épée à deux mains. Mais au combat, un bouclier est un avantage.
C’était ce que Ragna avait dit.
Comme fantassin léger, il savait se servir d’un bouclier dans une certaine mesure. Quel était le but de l’armée ?
C’était un lieu où l’on considérait la force standardisée du grand nombre comme supérieure à celle d’un individu d’exception. Il allait de soi qu’une escouade bien entraînée était plus forte qu’une autre comptant deux épéistes remarquables, mais mal assortis au reste.
Une partie de l’entraînement commun consistait à apprendre les formations de groupe, et donc à manier le bouclier. Même si les membres de son escouade bâclaient cet exercice, Enkrid, lui, l’avait appris avec application. Seulement, il ne progressait pas facilement.
Ça ne me vient pas naturellement.
C’était ce qu’il se disait chaque fois qu’il prenait un bouclier. Comme l’avait dit Ragna, manier l’épée à deux mains lui allait comme un vêtement taillé sur mesure.
Devait-il utiliser un bouclier ou non ?
S’il devenait capable de briser la règle du nombre uniformément entraîné, la question perdrait de son importance.
Peu après le départ de Kraiss, un homme aux joues pleines de malice arriva, accompagné d’une dizaine de soldats. L’un des gardes du corps se distinguait des autres. Il avait les yeux étroits, les bras ballants et une longue rapière fine au côté.
Il a l’air rapide.
C’était l’impression qui s’imposait d’emblée. Il ne cherchait pas à se cacher. On aurait dit une façon d’afficher sa confiance.
J’utilise une épée rapide. Mais le savoir ne veut pas dire que vous pouvez la bloquer.
Sa posture et son attitude semblaient le clamer. L’homme aux joues pleines de malice s’appelait Polid. C’était le rival de Leona dans la course à la succession. À peine entré, il prit une table, s’assit et dit :
« Hé, faites venir Leona.
Celui à qui il s’adressait par un « hé » n’était autre que Jaxon.
Jaxon fit naturellement semblant de ne pas l’entendre.
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