Chapitre 743
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 743 : Perte
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« Alors. Tu as tué jusqu’à la dernière Bête magique et tu as enfin réussi à t’échapper aujourd’hui. »
Le clapotis de la Rivière Noire, la lampe violette, l’apparence du passeur : tout indiquait à Enkrid qu’il ne rêvait pas.
Assis sur le plat-bord, il contemplait le lointain quand il tourna la tête.
Où qu’il regardât, cet endroit semblait sans fin. Ou plutôt, il n’y avait que des fins.
Il avait l’impression d’être entouré de murs. Même si la rivière coulait et que la lumière de la lampe s’étirait sans discontinuer, cette impression persistait. Pourquoi ? Il n’aurait su le dire. C’était tout.
« Félicitations. Né mortel, tu finiras pourtant par désirer l’immortalité. »
Ses paroles avaient une lourdeur pédante.
Ce soir, le passeur était poète. À moins qu’il n’eût l’air d’un sage sondant une vérité fondamentale.
« Je n’ai jamais voulu l’immortalité. »
« Tu la voudras. »
« Tu en es si sûr ? »
Après tout ce qui m’est déjà arrivé ?
Voilà ce que sa question sous-entendait.
Le coin des lèvres du passeur se retroussa. Ces derniers temps, il souriait volontiers. Le changement était indéniable par rapport à leur première rencontre.
« Le jour où tu seras enfermé dans la prison qu’est le regret, tu me supplieras, tu m’imploreras. Oui, tu n’y croiras pas. Tu ne l’accepteras pas. Je le sais. Alors, je vais te montrer. »
La main qui ne tenait pas la lampe se leva. Sa robe se souleva avec elle et son intérieur se révéla sombre, comme peint en noir d’encre, tantôt visible, tantôt disparu.
Son regard s’accrocha un instant à ces ténèbres. Lorsqu’il leva les yeux, le monde avait déjà changé. Il n’était plus sur le bateau.
Sur une terre noire, Enkrid était agenouillé, quelqu’un dans ses bras.
« Laisse-moi et va-t’en. Fais ton boulot. Bon sang. »
Les cheveux poisseux de sang avaient pris une teinte plus terne que leur gris habituel.
Rem était en train de mourir. Il n’y avait rien à faire.
« Je n’ignore pas que l’avenir peut changer. Oui, cet avenir-là serait très lointain. »
La voix du passeur résonna de toutes parts.
Elle n’avait rien de répugnant ou de malveillant. Elle était même parfaitement neutre. Elle se contentait d’énoncer une prédiction très probable, rien de plus.
C’était justement ce qui la rendait si réelle.
Rem mourut. Enkrid dut le regarder expirer, là, dans ses bras.
« Voilà le premier jour que tu gagneras à partir de maintenant. »
La perte. Le fait de perdre quelque chose.
L’intention du passeur était limpide.
Porte ce chagrin. Es-tu vraiment obligé de marcher vers des jours aussi douloureux ?
Il avait compris ce qu’il voulait dire. Cela ne l’obligeait pas à jouer le jeu.
Et puis…
Ce n’est pas encore arrivé.
Rien n’était certain. S’en inquiéter maintenant ne changerait donc rien.
Alors. Il n’avait qu’à s’en défaire, se relever et faire ce qu’il avait à faire.
Enkrid sortit de son rêve et ouvrit les yeux. Une odeur d’eau le frappa aussitôt. Un froid humide s’insinuait depuis la veille au soir, et une pluie fine venait de se mettre à tomber.
« Allez, debout. »
Il se leva sans peine du lit, dont il aimait la fermeté. Sinar le lui avait offert, en précisant qu’il était rempli de feuilles spéciales.
Il ôta sa chemise, enfila un pantalon léger et sortit.
« Tu es debout, grand frère. »
Audin, grand comme un ours, l’accueillit avec un large sourire.
« Tu es matinal. »
« C’est la semaine des prières de l’aube. »
Prêtre au service du Dieu de la Guerre, il observait scrupuleusement sa semaine de prière.
Même à Legion, la ville qu’on disait sainte, rares devaient être les gens aussi pieux.
À part peut-être le Saint Homme en haillons, celui qu’Audin appelait son père spirituel.
Ce Saint Homme se dirigeait apparemment vers Legion. Il était reparti à mi-chemin après avoir reçu une requête, et l’on disait qu’une lettre de sir Overdier lui était parvenue.
Un homme comme sir Overdier doit être pieux, j’imagine.
À part lui, probablement Noah.
Quand Enkrid était rentré aux Gardes-frontières, plusieurs lettres de Noah l’y attendaient.
La plupart racontaient des banalités, mais le message sous-jacent était clair.
S’il avait besoin de lui et qu’il pouvait se rendre utile, Noah ferait tout ce qu’il faudrait. Il ne s’agissait pas de rembourser une dette. Enkrid l’avait aidé comme un ami ; Noah pouvait donc lui rendre la pareille.
Ça fait beaucoup à assumer.
S’il avait vraiment été capturé par l’Empire, les choses se seraient sérieusement compliquées.
Audin prit la parole à côté de lui.
« Tu n’as pas chômé pendant ton absence. »
Enkrid avait continué à s’entraîner tout au long de son séjour chez la Maison Zaun. Pour lui, cela allait de soi.
« Évidemment. »
« Alors, allons-y. »
Tous deux s’entraînèrent sous la pluie du petit matin : ils soulevaient et reposaient des pierres, puis s’allongeaient sur le dos, une boule de fer fabriquée par Aetri coincée entre les jambes, et levaient et abaissaient le bassin à la seule force de leurs abdominaux.
Quiconque les aurait vus en aurait été horrifié.
Lâcher la boule de fer entre ses pieds, c’était se fracasser le visage. Un mauvais coup et elle tombait entre les cuisses : bien pire encore.
Bien sûr, aucun des deux ne lâcha quoi que ce soit. Ils s’entraînaient sans broncher.
« J’avais hâte de faire la guerre à l’Empire. Dommage que ça n’ait pas eu lieu. »
Fell sortit un peu plus tard et lança ces mots. À côté de lui, Ropord secoua la tête.
« Moi, pas. »
La guerre engendrait le chagrin. Ropord le savait. Fell ne l’ignorait pas non plus, mais, pour lui, on se battait quand il le fallait.
Enkrid les observa. Ils étaient remarquablement différents, et pourtant, quelque chose dans leur tempérament se répondait.
Tous deux passaient à l’action quand il y avait du travail à faire, mais ils suivaient des chemins différents. La forme de ce qu’ils finiraient par comprendre serait donc différente elle aussi.
Une vieille question lui revint à l’esprit.
Peut-on former un chevalier selon un système structuré ?
Pour cela, tous deux avaient été battus et roulés dans la poussière un nombre incalculable de fois. Audin lui avait fait le point sur leurs progrès la veille.
« Je les ai poussés à fond. Ils sont tous les deux devenus très intéressants. »
Enkrid crut comprendre pourquoi Audin disait cela.
Leur Volonté réagit.
À peine les avait-il regardés qu’ils avaient instinctivement corrigé leur posture et s’étaient préparés à encaisser. Non pas parce qu’ils avaient la moindre raison de se battre. C’était plutôt un réflexe conditionné.
Une réaction acquise à force d’expérience.
C’était son système qui les avait menés jusque-là.
Pouvait-on créer un chevalier grâce à un système ? Quelle était la réponse ?
Un système à moitié construit ne suffit pas.
En malmenant simplement leur corps, il pouvait les amener, jusqu’au rang de chevalier junior, à mobiliser leur Volonté à une vitesse absurde. Mais il ne pouvait pas les guider jusqu’à devenir chevaliers.
Leur faire mobiliser leur Volonté sans même en avoir conscience.
C’était l’étape suivante pour eux.
Et il n’avait rien prévu de tout cela.
Il les avait simplement vus, avait observé leur façon de se préparer, et quelque chose s’était éveillé en lui. Rien de plus.
Il avait rendu visite à la Maison Zaun et séjourné dans un petit village.
Pendant tout le temps qu’il lui avait fallu pour rentrer aux Gardes-frontières, Enkrid avait beaucoup appris, et une bonne part de ces connaissances lui était venue en enseignant.
Sa conversation avec Valmund Balpier l’avait également aidé.
Un chevalier doit éveiller en lui-même la voie qui le mènera plus haut.
Il ne suffisait pas de devenir plus fort.
Tout doit être en harmonie.
La force, les réflexes, les sensations : tout devait agir de concert. Et c’était la volonté qui guidait l’ensemble.
Ropord et Fell étaient différents. Il leur fallait donc des méthodes différentes.
La moitié tenait peut-être à la chance et au hasard ; l’autre revenait au parcours de croissance hors du commun d’Enkrid.
Enkrid comprit instinctivement comment les hisser tous deux au rang de chevalier.
L’idée lui vint, et son corps bougea. Comme toujours. Il reposa la boule de fer et saisit Trois-Fer.
« Fell. »
Il parla et bougea dans le même souffle. Trois-Fer, déjà dégainée, se leva à la verticale puis retomba. Entre le moment où il leva le pied et celui où il abattit le bras, il libéra la Pression et la fit peser sur Fell.
De l’extérieur, le coup ne semblait pas rapide.
Il ne peut pas le bloquer.
Ropord le sut dès qu’il le vit. Son intuition avait quelque chose d’exceptionnel.
Il entrevit l’issue et sentit la mort. Pas la sienne. Celle de Fell.
Ruagarne, qui était sortie à un moment pour regarder, ouvrit plus grand les yeux que jamais. Des veines rouges ressortaient nettement sur ses globes oculaires. Elle avait poussé à sa limite la perception naturelle de sa race des Grenouilles.
Il abat son épée et fend le corps en deux. Même si tu esquives, tu y perds un bras.
La Pression et l’épée ne faisaient qu’un.
L’attaque était à peine amorcée. Il n’y avait eu aucun avertissement.
Fell, la cible, posa la main sur le Tueur d’idoles. Avant même qu’Enkrid prononce son nom, une part instinctive de lui avait déjà senti la menace.
Comme un animal traqué qui boit en gardant un œil sur ce qui se trouve derrière lui, Fell s’était mis sur ses gardes dès qu’il avait aperçu Enkrid, sans pouvoir expliquer pourquoi.
Puis il sentit l’énergie d’Enkrid se modifier et réagit.
Le Tueur d’idoles jaillit du fourreau.
Tching.
Bloque et vis. Échoue et meurs.
Il devait faire jaillir sa Volonté, mais il n’avait pas le temps d’y penser. Pas le temps de penser à quoi que ce soit : tout vint naturellement.
Chez l’être humain, l’instinct de survie est le plus fondamental.
Et Fell était un Berger de la nature sauvage. Ils étaient prêts à tout pour rester en vie. C’était ce qu’on lui avait appris dès son plus jeune âge.
Pour survivre, il fit jaillir sa Volonté avant même qu’une intention se forme.
Zhiing.
Le Tueur d’idoles répondit à sa Volonté, et tous les muscles, les nerfs et les sens de son corps s’unirent en un seul mouvement lorsqu’il repoussa l’épée d’Enkrid.
Fouu.
Aucun fracas d’acier contre acier.
Trois-Fer s’arrêta en pleine chute puis se retira, tandis que le Tueur d’idoles ne tranchait que le vide.
Fell regarda Enkrid, mais ses yeux ne le voyaient pas. Ils étaient fixés quelque part, bien plus loin.
Boum.
La pointe du Tueur d’idoles, qui avait fendu le vide, retomba et toucha le sol. Fell resta figé sur place, le bras pendant le long du corps.
Tous les spectateurs se demandaient ce qui venait de se passer.
« Chut. »
Enkrid posa un doigt sur ses lèvres. Fell venait de pénétrer en lui-même.
Son corps et son esprit, endurcis par les entraînements brutaux d’Audin et des Chevaliers fous, n’étaient plus qu’à un pas de la chevalerie.
Enkrid venait de lui donner l’impulsion nécessaire.
La méthode de l’Empire pour former ses chevaliers.
Ça devait ressembler à cela.
Un système d’apprentissage.
L’idée lui vint naturellement. Ils enseignaient en établissant un lien de maître à disciple, transmettant leur savoir de génération en génération.
Cette méthode permettait de maintenir les rangs des chevaliers.
C’était en tout cas ce que Valmund lui avait expliqué.
Rem apparut un peu plus tard, en se frottant les yeux, puis sourit.
Eh ben. Voilà qu’il se mettait à faire des trucs pareils.
En un instant, il venait d’accomplir ce qu’aucun des Chevaliers fous n’avait réussi à faire.
Ce qu’Enkrid venait de faire avec son épée, c’était exactement cela.
Juste la bonne vitesse.
Menacer une vie sans tuer, ne laisser aucune place à une autre pensée.
Facile à dire.
Enkrid regarda Rem et forma silencieusement deux mots avec ses lèvres.
Plus tard.
Il avait senti sa volonté s’éveiller et une trace d’élan s’échapper malgré lui. Il voulait que Rem le sache.
Jaxon venait de sortir de son logement et l’avait senti lui aussi. Les sens d’Enkrid étaient bien plus affûtés qu’avant.
À la réflexion, dès leur rencontre, Enkrid avait déjà repéré précisément l’endroit où il se tenait.
Les yeux de Jaxon s’illuminèrent à son tour.
Les jeux de poursuite ne seraient plus aussi faciles qu’avant. Le surprendre par-derrière allait désormais être un vrai défi.
Tout le monde, à l’exception de Ragna, se déplaça à l’autre bout du terrain d’entraînement. Il dormait encore.
Quand ils eurent éloigné Fell, Ropord prit enfin la parole.
« Pourquoi lui seulement ? »
Si Fell franchissait le cap le premier, qu’était-il censé faire, lui ?
Enkrid le regarda et répondit : « Fais tournoyer ton épée pendant trois jours sans t’arrêter. Sans boire d’eau. À chaque fois, arrête-la comme si tu utilisais tes dernières forces, juste avant de mourir. »
Si Fell avait besoin d’un choc soudain et brutal, Ropord, lui, avait besoin de temps pour laisser mûrir tout ce qu’il avait déjà accumulé.
Ropord garda le silence un instant, puis répondit.
« Je serai absent un moment. »
L’écuyer Ropord avait confié l’entraînement des nouvelles recrues à Clemen. Rien ne le retenait donc ici en particulier.
Il partit sans ajouter un mot. Il allait se changer et revenir avant que Fell se réveille. Sa détermination se lisait clairement dans son dos tandis qu’il s’éloignait.
« On dirait que tu es revenu avec quelque chose d’intéressant. »
Rem prit la parole. Ragna avait déjà remarqué que le niveau d’Enkrid avait changé, mais pas les autres.
« J’ai appris pas mal de choses. »
« Ah oui ? »
Rem semblait prêt à s’y mettre sur-le-champ, mais Enkrid leva les yeux vers le soleil qui perçait un trou dans les nuages et répondit : « Plus tard. J’ai quelque chose à faire. »
« Tu refuses un duel ? »
Rem avait l’air sincèrement surpris. Enkrid répondit d’un ton égal :
« La poignée de Trois-Fer s’est desserrée. Si on s’y met, je veux le faire comme il faut. »
« Je t’attendrai, grand frère. »
C’était Audin qui avait répondu.
« Teresa est déjà là-bas, n’est-ce pas ? »
Audin sourit et hocha la tête.
Elle y était arrivée avant Ropord et Fell. Et le chemin qu’elle avait emprunté pour s’élever était différent du leur.
C’était arrivé pendant l’absence d’Enkrid. Audin avait pensé à elle, l’avait orientée vers différentes voies et lui avait transmis ce qu’il savait au fil du temps.
« Elle pourrait rejoindre l’Ordre des chevaliers sacrés. »
Il le lui avait proposé, mais…
« L’endroit où je veux vivre, l’endroit que j’appelle chez moi, c’est ici. »
Teresa avait secoué la tête, sans la moindre hésitation.
Pourquoi tout le monde appelait-il cet endroit son foyer ?
L’homme qui en était devenu la raison hocha la tête, ramassa son manteau huilé et déclara : « Je ne serai pas long. »
Aetri l’attendait. Trois jours s’étaient déjà écoulés depuis le retour d’Enkrid.
Le premier jour, il était rentré alors que le soir tombait déjà.
Le lendemain, il avait raconté à tout le monde ce qui s’était passé pendant son absence.
« Les histoires du capitaine sont vraiment quelque chose. »
C’était ce que Rem avait dit en l’écoutant. Il en avait déjà entendu une version de Ragna, mais Ragna avait apparemment l’habitude de tout raconter trop brièvement.
Ann était là aussi, mais elle n’était pas très bavarde non plus.
Cela faisait longtemps qu’Enkrid payait des gens pour leur raconter des histoires et les écoutait.
Il ne pouvait pas prétendre n’avoir aucun talent pour cela et, à force d’avoir entendu tant de gens qui savaient raconter, il en avait appris assez pour se débrouiller lui-même.
Jaxon était d’accord, lui aussi.
« On a presque envie de te demander la suite tout de suite. »
Son expression était calme, mais c’est ce qu’il dit.
Aetri, qui avait pris Trois-Fer, lui demanda quatre jours.
« Je m’en occupe et je te la rapporterai. J’ai aussi trouvé du fer véritable, mais il faudra attendre encore un peu pour ça. »
L’Arme gravée n’était pas encore prête, même si Trois-Fer était déjà à moitié achevée.
« Très bien. »
Enkrid répondit et se leva. Il ne demanda pas de détails. C’était à Aetri de s’en occuper.
Une Grenouille qui fabriquait des ornements le remarqua, lui lança un regard entendu et Enkrid lui répondit d’un vague signe de tête avant de partir.
La pluie avait presque cessé. Le soleil pointait timidement le bout du nez.
Quand il regagna son unité, Rem faisait tournoyer trois hachettes dans les airs et les rattrapait, les lançant l’une après l’autre en alternant les mains.
Pour une personne ordinaire, cela aurait tenu du numéro de cirque. Pas pour Rem.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Ça ne se voit pas ? »
Quoi qu’on lui dise, sa réponse n’était jamais tendre. On pouvait peut-être en vouloir à ses parents.
En regardant Rem, Enkrid comprit qu’il n’avait pas complètement chassé le rêve de la nuit précédente.
Personne n’avait traversé la pièce, mais il y restait une trace ténue, comme la poussière fine déposée sur un sol qu’on n’avait pas balayé depuis des jours.
Les mots lui échappèrent alors :
« Ne te fais pas tuer facilement, Rem. »
Tac.
Rem attrapa la hachette qui tournoyait en l’air. Une lueur traversa ses yeux gris. La Sorcellerie emplissait chaque partie de son corps.
« Tu veux faire un tour ? »
Quoi qu’on lui dise, il l’interprétait à sa façon. C’était tout Rem.
Un Barbare qui prenait une marque d’inquiétude pour une déclaration de guerre. En chair et en os.
« Attends. »
Enkrid leva la main, paume ouverte.
Il préparait quelque chose en lui. Il voulait mettre tout cela au clair et le montrer aux autres d’abord.
Jusque-là, il remettrait leur duel à plus tard.
« Tu me prends pour un chien ? »
Rem fixa la paume d’Enkrid d’un air agacé, mais c’était là le quotidien.
Et cette nuit-là…
« Alors. Qu’en penses-tu ? »
Le passeur avait préparé une nouvelle scène.
Même décor. Acteur différent.
Cette fois, celui qui mourait dans les bras d’Enkrid était Jaxon.
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