Chapitre 73
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 73 : Parce que je me suis entraîné à chaque instant (2)
Les méthodes des assaillants ressemblaient beaucoup à celles des voleurs : leurs principales armes étaient des dagues noircies, des arbalètes et des couteaux de lancer.
Bon sang.
Mais ils étaient moins doués.
Ils n’arrivent même pas à la cheville de la Guilde de Gielpin.
« Il l’a esquivée ? »
La surprise de voir Enkrid éviter la dague trahissait leur manque de professionnalisme. L’assassinat n’était manifestement pas son domaine. Enkrid fit tourner dans sa main la dague qu’il avait prise à l’assaillant mort. Il bougea les doigts pour en modifier la prise, la saisit entre le pouce et l’index, puis tendit le bras.
Une suite de gestes qui porta ses fruits : la dague fila et se planta dans le front de l’assaillant masqué. Celui-ci bascula en arrière et s’écrasa au sol, la dague toujours fichée dans le crâne.
Sa tête heurta le plancher dans un bruit sourd, et le sang rouge se mit à couler sur le sol de l’auberge.
« Aaaah ! »
Quelques clients qui mangeaient à l’auberge hurlèrent et se précipitèrent dehors. Les serveurs se cachèrent sous les tables.
L’attaque arracha des cris, qui déclenchèrent la panique, mais Enkrid et ses compagnons s’en sortirent indemnes.
« … Tuez-les tous ! »
L’un des assaillants cria.
« On nous attaque ! Ripostez ! »
« Prenez vos armes ! »
Les gardes de la compagnie marchande donnèrent eux aussi l’alerte et appelèrent à la contre-attaque. Chacun dégaina. Le grincement des lames quittant leur fourreau retentit. En entendant ce son, Enkrid se rappela qu’ils étaient chargés d’une mission d’escorte.
« J’y vais. »
Il en informa le commandant de compagnie elfe, puis fit volte-face. Il fallait que quelqu’un veille sur la personne qu’ils escortaient.
Si le rez-de-chaussée était aussi chaotique, les étages supérieurs risquaient eux aussi d’être en danger. La cible était accompagnée de gardes, mais…
Si quelque chose arrive ici, ce sera aussi notre responsabilité.
Il se demanda quel fou avait orchestré tout ça. Attaquer une compagnie marchande escortée par une armée permanente, en plein territoire de la Garde-frontière ?
Enkrid monta sans rencontrer la moindre résistance. Et pour cause : Jaxon lui barrait le passage. Il s’était emparé d’une chaise et s’en servait comme d’un bouclier pour dévier toutes les dagues qui fusaient vers lui.
La chaise ne tarda pas à devenir une véritable œuvre d’art métaphysique, sa structure de bois hérissée de dagues et de carreaux. Quand leurs projectiles ne firent plus effet, certains s’approchèrent, armés d’épées courtes ou de gourdins.
Dès qu’ils entraient à portée, Jaxon faisait tournoyer son épée et leur tranchait l’âme d’un seul coup. C’était net et précis.
Il parait et frappait selon une trajectoire d’épée ordinaire, mais ses adversaires étaient incapables de se défendre.
Clang !
L’un d’eux parvint de justesse à bloquer son attaque. Mais Jaxon avait déjà enchaîné un mouvement de taille et d’estoc : sa lame revint comme l’éclair et transperça le visage de l’homme.
Un craquement annonça l’écrasement de l’os nasal. La lame ouvrit un nouveau trou à la racine du nez, et l’homme s’écroula. Jaxon retira son épée et reprit son manège.
Il déviait les dagues avec la chaise et abattait de son épée ceux qui s’approchaient. Pourtant, bien que son adresse au couteau fût plusieurs fois supérieure à celle d’Enkrid, il ne s’en servait pas.
Inutile.
« Putain, c’est qui, ce salaud ? »
Jaxon ne répondit pas. Qu’aurait-il bien pu dire à un homme qui allait mourir ?
Tandis que Jaxon attirait leur attention, le commandant de compagnie elfe se glissa au milieu des assaillants.
Elle tira ses épées de sa ceinture. Tandis que les Lames-feuilles dansaient, les assaillants se tenaient la gorge avant de s’effondrer. Elle frappait, puis frappait encore.
Des gouttes de sang giclèrent dans les airs et peignirent son visage et son corps de motifs écarlates.
Personne ne pouvait rivaliser avec l’agilité de l’elfe. Ils n’étaient pas de cette trempe.
« Si c’est tout ce que vous avez, c’est décevant. »
En équilibre sur un pied, elle leva l’autre à deux empans du sol et pointa sa Lame-feuille vers son adversaire, comme si elle s’apprêtait à danser. Sa voix claire et enjouée devait résonner aux oreilles de ceux qui l’entendaient comme celle du roi des enfers.
L’un des hommes masqués recula malgré lui.
« Merde. »
L’un des hommes encore debout grimaça. C’était l’un des assaillants du rez-de-chaussée qui marmonnait.
Le chef des assaillants réfléchit.
Du moment que nous atteignons notre objectif…
Ils avaient gagné suffisamment de temps. Que l’opération du deuxième étage réussisse ou non, s’attarder ici revenait à signer leur arrêt de mort.
Les gardes étaient bien plus doués qu’il ne l’avait prévu. Avaient-ils amené les Étrangleurs de la Frontière ? Il n’en savait rien. Et il n’avait pas besoin de le savoir. Pour lui, son travail était terminé. Il était temps de battre en retraite.
« Tuez-les tous ! »
Il cria et fonça vers la porte. Pendant que ses subordonnés gagnaient du temps, il comptait s’enfuir. Il estimait que l’opération était un succès.
« Gloire à Azpen ! »
L’un des hommes encore debout lança ce cri. Le chef s’enfuit en l’abandonnant derrière lui.
C’étaient les vestiges d’un réseau d’espions oubliés dans la ville. Ils se sacrifiaient pour leur pays et son honneur ; leur chef, lui, le faisait pour l’argent.
Après tout, c’était ça, la loyauté, non ?
Jaxon suivit du regard le chef en fuite. Sa main s’approcha de la fine lame dissimulée à sa taille, puis s’arrêta.
Ça ne servirait à rien.
Le tuer ne changerait rien, et le laisser s’échapper ne provoquerait pas de catastrophe.
Jaxon tourna la tête et continua de massacrer sans pitié les ennemis qui l’attaquaient, tout en gardant l’escalier menant au deuxième étage.
Ce rôle ne lui correspondait guère, vu son tempérament habituel. Mais, parmi ceux rassemblés dans la grande salle de l’auberge, seul le commandant de compagnie elfe le surpassait en habileté. Personne ne pouvait donc prendre le dessus sur Jaxon.
Tout en maniant ses lames avec entrain, le commandant de compagnie elfe jetait parfois un coup d’œil derrière elle.
Le talent du membre de l’escouade qui bloquait l’escalier l’impressionnait plus encore que le fait qu’Enkrid l’ait monté.
Il sort du lot.
N’était-ce pas l’Escouade des Fauteurs de troubles ?
Qu’un membre soit meilleur que le chef d’escouade était rare, mais ici, l’écart de niveau sautait aux yeux.
Au moins du niveau d’une ville.
Le système de classement des soldats avait été créé par Naurillia. Hors du continent, on exprimait les niveaux de compétence autrement.
Le commandant de compagnie, qui avait mené une vie errante, connaissait mieux cet autre système.
Village, ville et continent.
On distinguait les grands villages, les petites villes, et même les différentes régions d’un continent. C’était le principe de base.
Était-il assez doué pour se faire un nom dans un village ? Assez fort pour être reconnu dans une ville ? Quel niveau fallait-il atteindre pour être connu dans tout le continent ?
À ses yeux, un homme puissant reconnu à l’échelle du continent était au moins du rang de chevalier. Nul ne pouvait maîtriser la « force » qu’il maniait sans le savoir, à moins d’être un imposteur qui payait des bardes pour répandre son nom.
« Intéressant. »
Elle marmonna.
Pour l’assaillant qui venait d’essayer de parer ses lames et avait perdu quatre doigts de la main droite, le son avait de quoi terrifier.
« Quoi ? »
L’homme en larmes, à qui il manquait des doigts, posa la question. Sans un mot, le commandant de compagnie elfe lui asséna un coup de pommeau à l’arrière du crâne.
Boum.
Il s’évanouit. Devait-elle arrêter l’hémorragie ?
Non, peu importait.
Qu’il meure, si c’était son destin.
Il y avait largement assez de bouches pour témoigner. Elle ne les avait pas tous tués. Pas plus que Jaxon.
Quelques-uns des plus jeunes et des plus bavards avaient été épargnés : ils n’avaient reçu qu’une entaille à la cuisse ou avaient été assommés.
Même celui qui avait crié le premier « Gloire à Azpen ! » était resté en vie. Il pourrait servir de bien des façons.
Que se passe-t-il à l’étage ?
L’elfe partageait son attention tout en combattant. Ses sens en éveil l’informaient de la situation à l’étage.
Elle sourit d’un air étrange.
Intéressant.
La pensée lui revint.
Était-ce quand elle avait reçu ses épées pour la première fois, enfant ? Elle avait éprouvé le même plaisir qu’à présent.
Les Lames-feuilles répondaient à ses pensées et, bientôt, le nombre des assaillants fut réduit de moitié.
Enkrid gravit les marches deux par deux. Il bondissait dans l’escalier, léger comme une plume.
La technique de l’isolement.
Elle avait clairement transformé son corps. Audin avait beau dire que les progrès étaient lents, Enkrid sentait la différence.
Son corps était plus léger qu’avant.
À peine atteignit-il le couloir du deuxième étage qu’un assassin armé d’une épée lui tomba dessus depuis le plafond.
Il était moins doué que le précédent assassin qu’Enkrid avait affronté. Enkrid percevait presque la présence de l’assaillant embusqué.
Dans le couloir étroit, il se plaqua contre le mur et pivota pour esquiver. L’homme à l’épée s’écrasa au sol.
Leurs regards se croisèrent.
Enkrid saisit de la main droite la poignée de son épée longue et plia les genoux à mi-hauteur. C’était la position de garde de l’Épée lourde et féroce.
L’homme à terre se redressa et tint son épée courte à la verticale.
Cette garde était solide contre une taille horizontale, mais inutile face au coup vertical qu’Enkrid lança de la main gauche.
Boum !
Il fit mine d’attaquer de la main droite, puis frappa le sommet du crâne de son adversaire avec l’épée courte cachée dans sa main gauche.
C’était un dégainé à deux épées du Style de Vallen.
Les yeux de l’assaillant berné vacillèrent. Mais il ne pouvait rien dire. Les morts ne parlent pas.
« Vous êtes complètement cinglés ? Engager des assassins ici ? »
Une voix de femme retentit.
« Et vous comptez aller où ? »
Une autre voix féminine lui répondit.
Enkrid enjamba le cadavre et s’élança dans le couloir étroit.
Il aperçut une porte entrouverte, barrée par une silhouette masquée.
« Bande d’idiots. »
L’homme agita la main en voyant Enkrid approcher. Un couteau de lancer fila dans un sifflement. Comparé à une dague sifflante, il n’était qu’une fraction aussi rapide.
Le courage que lui conférait le Cœur de la Bête lui permit d’affronter le couteau de plein fouet.
Le Point de concentration lui permit de voir le couteau arriver au ralenti. Le Sens de la lame suivit sa trajectoire, tandis que ses muscles et ses réflexes renforcés soutenaient l’ensemble du processus.
Enkrid se contenta d’incliner la tête sur le côté. Avant de recommencer cette journée, il n’aurait jamais cru une telle manœuvre possible. Il n’y voyait qu’une vulgaire astuce.
Esquiver un couteau lancé en inclinant simplement la tête ?
Sur le champ de bataille, il n’avait pas réussi à éviter les flèches d’un quelconque Aigle-Griffe, ou quelque chose comme ça, et avait dû lever son bouclier.
À présent, il avait l’impression qu’il pourrait même esquiver ces flèches. Seul subsista le sifflement du projectile qui passait près de son oreille.
Après avoir évité le couteau d’un simple mouvement de tête, Enkrid fonça. Les yeux de son adversaire s’écarquillèrent. Il était surpris, mais ses mains s’activaient déjà, comme s’il s’apprêtait à lancer une autre dague.
Enkrid leva l’épée courte dans sa main gauche pour faire mine de charger et lança le bras droit.
Un sifflement.
Le son résonna le long de la trajectoire de son bras. La dague sifflante transperça le cou de son adversaire.
« Urk. »
Le sang jaillit de sa gorge et une écume rougeâtre lui coula de la bouche. Par réflexe, il acheva son geste.
Il lança la dague qu’il tenait, mais, à l’agonie, il la laissa tomber mollement au sol. L’esquive et le lancer n’avaient pris que quelques respirations.
Enkrid ne ralentit pas. Il chargea et repoussa de l’épaule l’homme transpercé.
Boum, fwoosh, bam !
L’homme traversa le couloir et s’écrasa contre une porte. Un cri de surprise retentit à l’intérieur.
L’auberge était occupée. Il n’était pas encore tout à fait midi, et pourtant ces hommes attaquaient en pleine ville, dans une auberge qui plus est. Il fallait oser.
Soit leur adversaire était audacieux, soit c’était un parfait idiot.
« Graaaah ! »
À peine débarrassé d’un ennemi, il enfonça la porte d’un coup de pied et entra dans la chambre.
Il vit l’un des gardes de la compagnie marchande s’effondrer, le ventre transpercé. L’assaillant masqué qui l’avait poignardé retira son épée et la pointa vers la personne qu’ils escortaient.
La situation était critique.
Enkrid lança la dague sifflante qu’il tenait.
Fiiiou ! Boum !
Il ne l’avait pas lancée de toutes ses forces, mais la dague sifflante fit son office. L’assaillant s’interrompit pour la parer.
Enkrid fonça.
L’assaillant ne chercha pas à affronter Enkrid qui se ruait sur lui.
À la place, il abattit sur la cible de l’escorte, la jeune maîtresse de la compagnie marchande, l’épée qui lui avait servi à parer la dague sifflante.
Sale enfoiré.
Enkrid maudit l’assassin acharné. Il n’avait pas le choix. L’espace d’un instant, il imita un geste qu’il avait vu un écuyer exécuter sur le champ de bataille.
Bien sûr, il ne pouvait pas le reproduire à la perfection. Il n’avait pas le talent nécessaire. Mais la distance était courte.
La chambre n’était pas spacieuse : elle ne contenait qu’un lit et quelques meubles. Dans cet espace exigu, il pouvait tenter une imitation.
Il s’abaissa et prit appui sur le sol. En un instant, il réduisit la distance. Sachant qu’une autre dague sifflante n’arrêterait pas son adversaire, Enkrid se jeta en avant.
Crac !
Il s’interposa entre l’épée et la cible de l’escorte, recevant le coup dans le dos.
Le gambison se déchira et la lame entailla son dos. Par réflexe, Enkrid pivota le torse et dévia l’épée qui l’avait frappé.
Il croisa le regard de la cible de l’escorte. Au lieu d’un visage pâle ou terrifié, il vit une jeune femme déterminée, les dents serrées.
C’était une mission d’escorte. En quoi consistait une mission ? C’était une tâche qu’on lui avait confiée, quelque chose qu’il avait le devoir d’accomplir. Après avoir encaissé le coup dans le dos, Enkrid en absorba l’impact.
Il remercia Audin en silence.
Merci, Audin.
« Savoir encaisser un coup, c’est la première étape. »
C’était la base de la lutte : dévier la force, la laisser s’écouler, se servir de son corps pour détourner les lames.
Il avait cru qu’il allait mourir en l’apprenant. À présent, cela lui était utile.
« Excusez-moi. »
Enkrid écarta la jeune femme.
« Mm ! »
Au lieu de crier, elle retint son souffle. Elle semblait avoir du caractère.
« Espèce de… »
L’assaillant, armé d’un glaive à lame épaisse, comprit la situation et fixa Enkrid d’un regard noir.
« On descend pour en parler ? »
Enkrid lança cette proposition en se retournant et en chargeant.
Son adversaire lui planta sa lame en direction du front. Enkrid ne s’était pas attendu à ce que son expérience contre les Dagues sifflantes lui soit si utile.
L’estoc était plus lent qu’une dague sifflante. Il l’esquiva, s’abaissa et passa un bras derrière la cuisse de son adversaire.
Il le souleva par-dessous et fonça vers la fenêtre.
Crac, crac.
Le cadre de bois vola en éclats et la fenêtre se brisa. Enkrid et l’assassin plongèrent du deuxième étage.
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