Chapitre 594
TRADUCTIONS TENTÉES
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 594 : La Lame du Vent est morte
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« Pourriez-vous me montrer où sont détenus les prisonniers ? »
Enkrid se doutait que la personne envoyée par la Guilde de Gielpin était peut-être déjà morte. Kraiss le lui avait dit.
Mais si elle était encore en vie, la sauver allait de soi.
Juste avant le combat, il avait posé la question au châtelain, en passant, et celui-ci avait évoqué des gens retenus prisonniers.
En entendant cela, Enkrid avait aussitôt remis ses priorités en ordre.
Ne fallait-il pas sauver ceux qui pouvaient l’être ? D’autant plus qu’ils avaient été capturés en faisant leur travail, pour le compte de la ville où il séjournait.
« Qui êtes-vous ? »
Le châtelain, surpris, l’interrogea. Enkrid ne s’était jamais caché, mais n’avait pas non plus donné son nom. Maintenant qu’on le lui demandait, il se rendit compte que personne ne lui avait jamais demandé qui il était.
« Enkrid, de la Garde-frontière. »
Après cette brève présentation, le châtelain le dévisagea, bouche bée, puis demanda de nouveau :
« … Le Chevalier du Mur de Fer ? »
Même avec peu d’informations, impossible de ne pas connaître le Chevalier du Mur de Fer.
La surprise et l’incrédulité dans ces yeux avaient quelque chose de rafraîchissant. Comme s’ils se demandaient ce qu’il pouvait bien faire ici.
Enkrid hocha la tête. La bouche du châtelain s’ouvrit encore plus grand.
À ce rythme, il va se mettre à baver.
Enkrid le pensa, mais ne tendit pas la main pour lui refermer la mâchoire.
« Non, mais qu’est-ce que vous faites ici ? »
Le lancier derrière le châtelain prit la parole. Lui aussi avait écarquillé les yeux.
Qu’est-ce que vous faites ici, au juste ?
Cette question semblait l’obséder. Enkrid lui répondit aimablement :
« J’ai appris que les Cultistes posaient problème, alors je suis venu. Mais il s’est avéré que d’autres problèmes étaient encore plus compliqués, puis des gens ont essayé de me menacer. Alors je m’en suis occupé. »
Enkrid conserva son ton factuel. Vu qu’il venait tout juste de démanteler trois des pires guildes criminelles de Cross Guard, son calme frisait l’absurde.
Le sang coulait encore à flots sur le sol, et les vagabonds qui épiaient la scène de toutes parts avaient fui au fond des ruelles. Seuls quelques téméraires, plus courageux que raisonnables, traînaient encore dans les parages pour observer.
Que venait-il de se passer ? Le châtelain aurait pu répondre en une phrase.
Les plus grands fléaux de la ville avaient disparu.
Et l’homme qui avait provoqué leur chute était si peu troublé que cela le rendait d’autant plus remarquable. Du moins aux yeux du châtelain et de ses hommes.
Après tout ce qu’il avait vécu, Enkrid voyait ces gens comme des moineaux enfermés dans une cage, persuadés que leur cage constituait le monde entier et qu’ils en étaient les plus forts, à picorer tout ce qui passait.
Un aigle avait pénétré dans cette cage. Le résultat ne faisait aucun doute.
Une simple pie aurait suffi à remettre les choses en ordre. Voilà comment il voyait la situation, pour l’instant.
Si c’était là ce dont le Batelier l’avait averti, si les problèmes de la ville se résumaient à ça, il serait profondément déçu la prochaine fois qu’il le reverrait.
« Lugubre ? Luuugubre ? »
Il faudrait qu’il lui sorte quelque chose dans ce genre, la prochaine fois qu’ils se verraient en rêve. La tête du Batelier vaudrait le détour.
Bien sûr, ce n’était pas tout.
Enkrid le savait d’instinct. L’administrateur surnommé Yeux de Serpent et le châtelain qui se tenait devant lui avaient chacun quelque chose de suspect. Et ce n’était que la partie visible.
« Bon, je vous accorde que les Cultistes posent aussi problème. Ils organisent des rassemblements secrets un peu partout. Mais savoir qu’ils sont là et les arrêter, c’est différent. Les types des guildes criminelles faisaient la loi, et on n’arrivait tout simplement pas à suivre. Et, en plus de ça, des rumeurs prétendent que des vampires sont apparus dernièrement, et certains affirment avoir aperçu un loup-garou. »
Le châtelain s’exprimait d’ordinaire avec calme, mais il était trop secoué pour le moment et s’emmêlait dans ses explications.
Enkrid le comprit tout de même. Il avait toujours su écouter attentivement.
On pouvait parler d’un désastre absolu. Le problème des Cultistes était bien réel, mais les guildes criminelles étaient passées en priorité et l’avaient empêché de s’occuper du reste. Et au milieu de tout cela, des créatures démoniaques semblaient s’être introduites dans différents quartiers de la ville. Il avait l’impression d’avoir déjà vécu une situation semblable.
À Nauril, un noble transformé en Homme-ours s’était caché dans la ville, où il chassait et tuait des gens.
Enkrid ne prit pas la peine de demander ce que faisaient les forces d’autodéfense ou les militaires.
Les réponses seraient évidentes, et il pourrait les entendre plus tard.
« Alors, savez-vous où les prisonniers sont détenus ? »
Il avait décidé de s’occuper d’abord des prisonniers. Il secoua le sang de son épée et fixa le châtelain d’un regard impassible en posant sa question.
« Des dizaines d’hommes de guilde gardent les lieux. »
Le châtelain répondit. Enkrid posa la main sur la garde de son épée et le regarda droit dans les yeux.
Il n’y avait pas grand-chose à ajouter. Le châtelain repensa à ce qui venait de se passer, en particulier à l’instant où Enkrid avait tué d’un seul coup la Lame du Vent, que tout le monde croyait intouchable, puis écrasé trois guildes par la force. Il reprit la parole.
« Je vais vous y conduire. »
En suivant le châtelain, Enkrid traversa la ville. Ils passèrent sur des sols couverts d’immondices et s’enfoncèrent dans les ruelles. En chemin, il aperçut un arbre. Malgré la terre mêlée d’ordures, il avait poussé des fleurs sur ses branches. Des fleurs blanches d’hiver.
Son regard les suivit vers le ciel.
Quand on levait les yeux au lieu de regarder le sol, on ne voyait rien d’autre que des fleurs blanches épanouies sur un vaste fond de ciel bleu.
En baissant les yeux, on retrouvait des gens étendus çà et là, effondrés sous l’effet de ce qu’ils avaient pris ; parmi eux, des cadavres que personne n’avait encore évacués. Même dans un décor pareil, les fleurs avaient réussi à percer et à se faire remarquer. Il trouvait cela saisissant.
Après avoir suivi le châtelain pendant un moment, il vit un escalier qui descendait le long d’un manoir délabré.
Un tombeau. Ou une cave. Autrefois, les puissants se faisaient enterrer dans de grands édifices de ce genre. L’escalier qu’Enkrid observait était du même type, mais certaines marches s’étaient effondrées et l’endroit avait été laissé à l’abandon. Celui qui reposait ici avait dû être oublié depuis longtemps.
« C’est ici ? »
« Oui. »
Sous l’escalier s’étendait une obscurité lourde, empreinte d’une sensation d’humidité et de renfermé.
Même quelqu’un qui n’avait guère d’instinct aurait senti un frisson et évité les lieux. Enkrid descendit sans hésiter.
Depuis qu’il était devenu chevalier, il voyait plus ou moins dans le noir. Mais même sans cela, les odeurs, les traces et les faibles mouvements de l’air lui auraient suffi pour comprendre que des gens, en bas, se préparaient à tendre une embuscade.
Si vous comptez vous cacher pour attaquer, vous pourriez au moins contrôler votre respiration. Ils n’étaient même pas capables de ça.
Qu’aurait dit Jaxon ?
« L’ennemi est à découvert et demande à se faire poignarder. On le poignarde. »
Quelque chose comme ça, probablement.
Mais plus étonnant encore que leur cachette maladroite, il y eut la suite. Avant même qu’Enkrid puisse faire quoi que ce soit, ils prirent la parole.
« Hé, qui entre ? Fichez le camp. Vous allez vous faire mal. »
Non contents de ne pas contrôler leur respiration, ils l’interpellaient ?
Un groupe préparant une embuscade venait tout bonnement de se trahir. Même Enkrid ne put s’empêcher d’être surpris.
Et, par-dessus le marché, leur avertissement partait d’une sincère inquiétude. Ils étaient tapis dans l’ombre et s’inquiétaient quand même pour lui.
« Imbécile, tu viens de lui dire où on se cache ! »
« Eh bien, il aurait pu se tromper de chemin. »
Leur dispute lui parvint d’en bas.
Étaient-ils stupides ou simplement honnêtes ?
Il conclut qu’ils étaient les deux.
Enkrid ne pensait pas que le sort d’une personne dépendait uniquement de sa moralité, mais il pesait tout de même les choses quand il le pouvait.
À vrai dire, il était plus juste de dire qu’il levait rarement la main quand il n’en avait pas envie.
Faisait-il simplement ce qui lui plaisait ? Oui. Il ne le niait pas.
Il suivait son instinct. Alors, il leur posa une question qui leur laissait la possibilité de choisir autrement.
« L’un de vous a-t-il déjà tué quelqu’un qui ne pouvait pas se défendre ? »
« Hein ? Non. »
L’idiot qui avait lancé l’avertissement répondit le premier. Aussitôt, un bruit sourd retentit : quelqu’un venait de lui donner une tape sur la tête.
Puis on entendit le briquet gratter, et une torche s’alluma.
Ils étaient cinq à garder le bas de l’escalier. Trois d’entre eux avaient le visage si ouvert et si franc qu’il aurait été impossible de feindre une telle expression. Et même si quelqu’un avait essayé de le tromper, Enkrid ne se serait pas laissé prendre.
À quoi bon s’approcher en prétendant être inoffensif, vu l’énorme différence de niveau ?
Quelqu’un pourrait brandir une lame juste devant son visage qu’il l’aurait déjà découpé en cinq avant qu’elle ne l’atteigne.
« Ce territoire appartient à la Guilde de la Lame du Vent. »
Parmi les cinq, celui dont le visage semblait avoir connu des jours difficiles prit la parole. Trois profonds sillons lui barraient le front. Au lieu de répliquer, Enkrid se mit en marche et avança d’un pas régulier.
« Hé, n’approchez pas ! »
L’homme devant lui paniqua et saisit le poignard à sa ceinture pour le dégainer. Enkrid avait déjà posé la main dessus avant qu’il n’y parvienne.
« Dégaines-le et tu meurs. »
Celui qui prend une arme doit accepter qu’elle puisse causer sa mort. Dans le monde des mercenaires, c’était une règle de fer : quiconque s’armait devait être prêt à recevoir la lame en retour. À force, cette vérité s’était étendue à tous ceux qui portaient une arme.
Dégainer son épée et frapper, c’était accepter la possibilité de mourir.
Voilà ce que signifiaient les paroles d’Enkrid. L’un des cinq le comprit aussitôt. Ces cinq-là avaient grandi ensemble, à mendier depuis l’enfance, comme des frères, et ils étaient trop doux de nature pour tuer. La vue du sang leur retournait l’estomac.
C’était pour cela qu’on les avait affectés à la garde de la porte.
« Et si je ne le dégaine pas ? »
L’un des cinq posa la question. C’était le moins vif d’esprit, celui-là même qui avait lancé l’avertissement un peu plus tôt.
« Alors, tu ne mourras pas. »
Enkrid répondit, et l’homme hocha la tête.
« Alors, je ne le dégainerai pas. »
À ces mots, un autre des cinq se frappa le front. L’échange était si absurde qu’il ne savait pas quoi répondre. Et pourtant, la scène lui semblait étrangement familière. Ce n’était pas la première fois qu’une chose pareille arrivait.
Dans leur petite bande, l’un d’eux avait toujours été comme ça : il jouait constamment les imbéciles. Pourtant, tout le monde l’aimait. Il était lent, mais quand il était dans les parages, les choses finissaient toujours par s’arranger. C’était vraiment étrange. Et là, cette même qualité avait réduit les autres au silence.
À mesure que l’ambiance changeait, les cinq tournèrent naturellement les yeux vers Enkrid, attendant de voir ce qu’il ferait.
Son allure et ses mouvements montraient clairement qu’il n’était pas un homme ordinaire. Mais s’ils le laissaient passer sans combattre, ils risquaient d’y perdre des doigts plus tard. Deux d’entre eux en avaient déjà perdu. La Lame du Vent était responsable. Vu la tournure habituelle des choses, ils avaient probablement de la chance d’avoir encore leur tête.
« Si on vous laisse passer, la Lame du Vent nous tuera. »
Celui qui comprenait le mieux la situation prit la parole : l’homme aux profonds sillons. Enkrid retira la main de la garde de son épée et dit :
« La Lame du Vent est morte. »
Les cinq clignèrent des yeux en même temps.
Quoi ?
Cinq visages affichant exactement la même expression éberluée.
Le choix leur appartenait désormais. Qu’ils le croient ou non, c’était à eux de décider s’ils voulaient mourir au service d’une guilde criminelle.
Allaient-ils dégainer ? Quatre des cinq transpiraient à grosses gouttes. Que faire, maintenant ? Le laisser passer ? Et si c’était un mensonge ?
Celui qu’ils avaient d’abord tous pris pour l’idiot de la bande s’avéra en être le pilier. Celui dont l’avis faisait autorité.
« Laissez-le passer. »
Il le dit, et les quatre autres acquiescèrent. À vrai dire, ils ne croyaient pas tout à fait Enkrid. Ils n’avaient simplement pas vraiment le choix.
Si les choses tournaient mal, la Lame du Vent risquait de les faucher comme le vent. Mais que pouvaient-ils y faire ?
Ils n’avaient pas d’autre option pour le moment.
Pas bêtes.
Ruagarne, qui observait la scène derrière eux, le pensa. Ils n’avaient que deux options : se battre et mourir. Ils avaient donc fait le bon choix.
« Eh bien. »
En passant devant les gardes du tombeau souterrain, Enkrid leur tapota l’épaule à chacun.
« Tenez. »
L’idiot lui tendit même la torche. Enkrid hocha légèrement la tête et la prit.
L’intérieur était plus vaste qu’il ne l’avait imaginé, et la structure elle-même semblait solidement bâtie.
Les murs étaient droits et les joints presque invisibles. Il frappa la pierre. Aucun écho. C’était du solide, de part en part.
« Ça n’a pas vraiment l’air d’un tombeau. »
Enkrid le dit à voix haute.
« Non, en effet. »
Ruagarne acquiesça, puis ajouta :
« J’ai entendu dire que les riches marchands et les nobles construisaient autrefois des endroits comme celui-ci pour s’y réfugier. Au cas où la ville tomberait, au moins, ils pourraient survivre. »
Ce n’était pas un mauvais endroit où se cacher. Il suffisait de bloquer l’entrée pour assurer une sécurité presque totale.
Enkrid regarda autour de lui. Un faible courant d’air circulait. Quelqu’un avait pensé à la ventilation.
Malgré tout, l’odeur de renfermé de cette chambre souterraine en pierre n’était pas près de disparaître. En entrant, il sentit le froid lui envelopper la peau. Il faisait assez frais pour que les réserves ne se gâtent probablement pas de sitôt, même si le plein été aurait pu poser problème.
Il ne chercha pas à mémoriser tout le plan en avançant. Il nota simplement que, si l’on scellait solidement l’entrée en temps de guerre, l’endroit ferait un excellent refuge.
À première vue, c’était vaste, mais pas au point de s’y perdre.
Il estima qu’il faisait à peu près la taille d’un grand manoir, avec trois ou quatre pièces. En ajoutant un salon et une cuisine, on pouvait même dire qu’il était spacieux.
À y regarder de plus près, le bâtisseur n’était pas un amateur.
Un travail de nain, peut-être ? C’était possible.
En parcourant le refuge souterrain, Enkrid sentit une gêne persistante dont il n’arrivait pas à se débarrasser. Il la ressentait depuis la périphérie de la ville : cette impression tenace que quelqu’un l’observait.
Mais quand il cherchait d’où venait cette sensation, il ne trouvait rien. C’était trop faible pour en déterminer l’origine.
Plus tôt, il avait même lancé une fourchette pour vérifier. Sans rien découvrir.
« Peut-être que mon instinct me joue des tours. »
C’était possible aussi.
Il continuait à scruter les environs en marchant lorsqu’il sentit une présence. Il la suivit et trouva, dans l’une des salles de pierre, un homme assis, les poignets entravés.
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