Chapitre 566
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 566 : Pourquoi
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La méthode consistant à devenir un poursuivant de second rang, à suivre celui qui traquait sa cible plutôt que la cible elle-même, s’avéra plus efficace qu’Enkrid ne l’avait imaginé.
Bien des choses avaient changé depuis l’époque où il traquait seul les gens, en se fiant uniquement aux rumeurs.
Kraiss avait ouvert la Route sûre, s’était lancé dans le commerce et avait tissé des réseaux d’informateurs dans diverses régions traversées.
Rien de bien grandiose. Il recueillait les rumeurs locales grâce aux tavernes qu’il avait ouvertes dans différentes villes.
Les propriétaires de tavernes et leurs clients, les groupes de colporteurs itinérants, les conteurs ambulants : tous transmettaient des nouvelles en échange de quelques pièces de cuivre.
Quelques pièces de cuivre, ce n’était pas une grosse récompense, mais raconter une histoire ne demandait pas beaucoup d’efforts non plus.
Le circuit par lequel les récits circulaient et les informations se répandaient était assez simple pour être rapide.
Et il y avait autre chose : les gens envoyés par l’État saint avaient une apparence si particulière qu’il n’était pas bien difficile de les repérer.
Ils ne cherchaient même pas à dissimuler leur identité.
Qui pourrait bien penser que quelqu’un les suit ?
Sans doute personne. C’était tout naturel.
Qu’il s’agisse d’une prêtresse de l’Abondance ou d’un prêtre du Dieu des Balances, pourquoi avaient-ils demandé au royaume de Naurillia de rechercher la Sainte Élue ?
En fait, ce n’était même pas une demande. C’était une notification.
« Nous allons venir dans votre royaume et nous déplacer dans le coin, alors coopérez. Vous refusez ? Vous avez perdu la tête ? Vous ne voulez plus de potions ? Vous n’en avez plus besoin ? Très bien, nous ne vous en vendrons plus. »
« Allons, soyez raisonnables et ouvrez la frontière pour laisser passer nos gens. Personne ne sera blessé, tout le monde sera content. »
Dépouillée de tout le reste, la notification revenait à peu près à ça.
Bien sûr, ils ne l’avaient pas formulée ainsi. Pas par écrit.
En apparence, cela aurait plutôt ressemblé à : « Nous espérons seulement que vous nous aiderez à accomplir la révélation accordée par le Seigneur du Fruit déchu. »
Sans doute en présentant un coffret de douze potions.
C’était très probable.
La supposition d’Enkrid se révéla tout à fait juste. L’émissaire de l’État saint avait remis dix potions soigneusement emballées, et Crang les avait acceptées sans hésiter.
Avant d’ajouter : « Nous vous apporterons toute l’aide possible. »
Peu importait la nature réelle du cadeau.
Ce qui comptait, c’était que l’État saint avait obtenu la réaction qu’il souhaitait.
Ils n’avaient pas besoin qu’on leur ouvre la frontière en grande pompe. Si on leur avait proposé de déverrouiller un poste de contrôle pour les laisser passer, ils en auraient été ravis, mais le message essentiel était : restez tranquilles et observez.
Du point de vue du royaume de Naurillia, la Sainte Élue n’était qu’une fille parmi d’autres. Le royaume allait-il mobiliser ses troupes pour retrouver une seule enfant ?
Tout au plus chaque ville aurait-elle reçu l’ordre de garder l’œil ouvert au cas où quelque chose d’inhabituel se produirait.
Mobiliser des troupes pour une affaire pareille ?
Ça n’arriverait pas. En temps normal, du moins. Les choses se passaient ainsi, d’ordinaire.
Mais Crang avait commandité cette mission, et Enkrid l’avait acceptée.
Quant aux intentions de Crang, la lettre qu’il avait envoyée en disait assez long.
Une enfant pleurait, et il voulait l’aider. C’était aussi simple que ça.
Bien. Passons à la suite.
C’était là que commençaient les véritables interrogations qui le taraudaient.
Les rattraper ? Ça, il en était capable.
Le problème, c’était que certains éléments le laissaient perplexe.
C’était rare, mais Enkrid ressentait une curiosité profonde, du genre à lui rappeler un bouillon d’os mijoté des jours durant dans une marmite pleine d’os de porc, jusqu’à ce qu’il réduise.
Comment font-ils pour fuir ?
Même si le ravisseur était l’un des rares chevaliers d’exception du continent, est-ce que tout cela avait du sens ?
L’État saint n’était pas faible. S’il imposait sa volonté sur le continent, ce n’était pas pour rien.
On disait même que l’Empire, qui ne se mêlait presque jamais des affaires du centre, s’en remettait à l’État saint lorsqu’elles le concernaient.
Et voilà que quelqu’un avait enlevé une enfant à cet État saint. Une Sainte Élue, qui plus est.
En outre, même si la fille n’était qu’une enfant, pouvait-on vraiment fuir l’État saint en traînant derrière soi une compagne de voyage récalcitrante ? Est-ce que d’autres personnes les aidaient ?
Enkrid essaya de se mettre à leur place, mais n’y trouva guère de quoi être confiant.
Ce ne serait pas une mince affaire.
Il suffisait d’écouter Audin pour s’en rendre compte.
Une Sainte Élue était une ressource d’une valeur inestimable. Les prêtres de l’État saint ne pouvaient pas traiter quelqu’un comme elle à la légère.
On pouvait faire se relayer des soldats ordinaires en trois équipes : ils se plaindraient peut-être de fatigue. Faites la même chose avec des croyants armés de leur foi, et ils s’y prêteront avec joie.
Quelqu’un pouvait-il vraiment leur dérober une Sainte Élue sous le nez ?
Et puis, les croyants ordinaires étaient-ils seulement chargés de la garder ? Si oui, l’idée même d’un enlèvement aurait été impensable dès le départ.
Alors comment l’enlèvement s’était-il produit ? Et comment avaient-ils réussi à éviter de se faire prendre jusqu’ici ?
J’ai vraiment envie de les rattraper.
Il y avait trop de questions.
Pourtant, il n’avait pas l’intention de rester là sans rien faire. Trop de choses le chiffonnaient.
D’abord, il y avait quelque chose dans les paroles d’Audin qui le travaillait.
Audin avait évoqué le passé, et Enkrid l’avait écouté. Ses paroles n’étaient-elles que le récit d’événements anciens ?
Rien que des regrets et du chagrin ?
Rien que quelqu’un ressassant l’instant où il avait commis une erreur et en souffrant ?
Non.
Les paroles de cet homme à l’allure d’ours ne portaient pas seulement la faute, l’introspection et le regret. Elles étaient aussi empreintes de volonté et de résolution.
Et Enkrid avait déjà vu Audin ainsi.
Il l’avait vu lors de journées révolues.
À l’époque où il mourait encore et encore en cherchant à comprendre la Volonté, Audin avait rayonné de tout son corps, tandis que le sang lui coulait de chaque orifice du visage : des yeux, du nez et des oreilles.
Enkrid se souvenait d’Audin, embrasé de lumière, le sang ruisselant de son corps.
L’intensité et l’attitude qu’Audin avait manifestées en parlant du passé étaient les mêmes.
À ceci près qu’il ne mourait pas, consumé par la lumière.
Il ignorait ce qu’Audin avait en tête ou ce qu’il comptait faire. S’il le lui demandait, l’homme ne répondrait pas. Mais il n’avait pas l’intention de rester les bras croisés.
La deuxième chose qui le chiffonnait, c’était que si l’enfant avait réellement été enlevée et que toute cette histoire se résumait vraiment à cela, alors il comptait bien traiter le crâne du ravisseur comme celui d’une goule : le fendre en deux dès qu’il mettrait la main sur lui.
Il les rattraperait et leur fracasserait le crâne. Rien de plus simple.
Il avait fait un peu le tri dans ses pensées en marchant, mais il arriva à sa première destination avec encore quantité de questions en tête.
C’était la ville qui portait le nom d’Enkrid sur ses remparts.
Il entra et demanda à voir le maire. Celui-ci déboula pieds nus, de la terre jaillissant sous ses pas, et vint l’accueillir en courant à toutes jambes.
« Bienvenue, bienvenue ! »
L’homme qui avait traversé en courant un terrain semé de pierres, pieds nus, l’avait héla en approchant.
La scène s’était déroulée dès qu’Enkrid avait demandé où se trouvait la résidence du maire et annoncé son identité.
Enkrid observa l’homme qui l’accueillait avec un enthousiasme presque suspect.
La première chose qu’il remarqua : un œil, un corps entraîné. Quelqu’un qui savait se battre.
En outre, le léger déséquilibre de sa silhouette indiquait qu’il était droitier et maniait une arme très lourde.
Les cheveux coupés au-dessus des oreilles, un peu plus longs sur le dessus.
Le visage était rude. On y distinguait quelques cicatrices.
Il ne lui était pas familier, mais il l’avait déjà vu.
Malgré tout, il eut beau chercher, le nom ne lui revint pas. Combien de jours avait-il passé à revivre le même aujourd’hui et à voir cet homme ?
Même avec une excellente mémoire, impossible de tout retenir.
Se souvenir de ce visage était déjà pas mal. C’était sans doute en partie grâce à l’impression qu’il lui avait laissée au fil de ces journées répétées.
« Ça fait un moment. Vous êtes… euh… »
Enkrid s’interrompit, et l’autre prit la parole.
« Doitchi Fullman. »
Il sourit, comme s’il était parfaitement naturel qu’Enkrid ne se souvienne pas de son nom.
Cette ville avait autrefois abrité l’artisan fou qui avait voulu inscrire le nom d’Enkrid sur ses remparts.
Pourquoi avait-il voulu y inscrire son nom ?
Parce qu’Enkrid avait lutté jour après jour pour détruire la Colonie des Gnolls édifiée par les Cultistes.
Il avait bel et bien inscrit son nom sur les remparts, même si les gens appelaient rarement l’endroit « Mur d’Enkrid ».
Ils préféraient le nom de Gémissement des Gnolls.
Enkrid trouvait lui aussi que c’était un meilleur nom.
L’ancienne colonie pionnière avait désormais un vrai nom : Pelheim. On l’avait baptisée d’après celui que les gens donnaient depuis longtemps à cette région.
Dans un passé lointain, au-delà de l’histoire consignée, à l’ère des mythes transmis oralement, une bête divine qui crachait du feu aurait vécu ici.
Pelheim signifiait « la cité qui crache du feu ».
D’après ce qu’il avait entendu, cela ressemblait au lieu de naissance de la bête divine protectrice de Naurillia. Mais comme il ne s’agissait que d’une tradition orale — autrement dit, n’importe quel conteur pouvait imposer sa version jusqu’à ce qu’elle devienne la vérité —, rien n’était certain.
Malgré tout, quand les gens croyaient en quelque chose et décidaient de s’y tenir, il suffisait de l’accepter et de passer à autre chose.
À présent, tout le monde semblait prononcer le nom de Pelheim naturellement.
Pelheim se trouvait au nord de la Garde-frontière. En allant vers l’est sur une certaine distance, on atteignait la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil ; très loin au nord, on apercevait la Chaîne de montagnes des Géants.
La Chaîne de montagnes des Géants séparait l’Empire au nord des royaumes du centre du continent. C’était, à tous égards, une chaîne immense et majestueuse.
Autrement dit, le nord était solidement barricadé.
À l’ouest de la porte de Pelheim s’étendait une modeste parcelle de terres agricoles. La ville vivait de la chasse aux animaux, aux Créatures démoniaques et aux Bêtes magiques dans les forêts à l’est et au nord, puis de la vente du butin. Elle relevait bien sûr directement de la couronne.
Elle avait aussi autrefois bordé les terres du comte Molsen, ce qui en faisait une voisine des terres détenues par Enkrid.
« Je me souvenais de vous comme du capitaine de la garde. On dirait que vous êtes devenu maire. »
Enkrid fouilla dans ses souvenirs avant de le dire, et l’autre lui répondit avec un sourire.
Même un visage rude gagnait à sourire sincèrement. En cet instant, c’était exactement le cas de Doitchi Fullman.
« Oui. C’est comme ça que les choses se sont passées. »
Cet homme était devenu la plus haute autorité de la ville de Pelheim, reconnu par le royaume.
Et pourtant, il restait respectueux.
Était-ce à cause de la réputation d’Enkrid ? Elle jouait sans doute un rôle, mais plus encore, l’impression qu’Enkrid avait laissée en exterminant la Colonie des Gnolls perdurait dans cette ville.
Et plus encore pour Doitchi Fullman.
« Je vous en prie, entrez ! »
Deutsch conduisit le groupe dans un salon de réception.
Une servante jeta un coup d’œil furtif à Enkrid en disposant le thé et quelques collations. Enkrid demanda alors : « J’aimerais vous poser une question. Des gens de l’État saint sont-ils passés par ici ? »
Deutsch fouilla brièvement dans ses souvenirs, puis répondit : « Ils sont bien passés, mais ils sont repartis aussitôt. »
« Ah bon ? Savez-vous où ils sont allés ? »
Deutsch répondit aussitôt à son héros et bienfaiteur : « Non. Mais il y a eu quelque chose d’étrange. »
« Quelque chose d’étrange ? »
« Il y avait trois personnes plus fortes que moi. »
Était-ce si extraordinaire ?
Il se posa la question intérieurement et parvint de justesse à ne pas la laisser sortir de sa bouche. Puis il l’entendit dans celle d’un autre.
« Est-ce si extraordinaire ? »
Enkrid s’était retenu. Sinar, non.
Cela aurait pu passer pour une insulte — des combattants de votre niveau, il y en a partout —, mais Deutsch n’osa pas s’offusquer devant l’elfe.
Elle voyageait elle aussi aux côtés d’Enkrid.
« Frère, le monde est vaste », ajouta Audin.
Ce ne fut qu’après avoir entendu ces deux-là qu’Enkrid parvint à rectifier son jugement.
J’ai fait erreur.
Des gens comme Audin et Sinar, qui étaient nés avec leurs talents, ne comprendraient pas, mais Enkrid était parti du bas de l’échelle. C’était pour cela qu’il avait jugé le niveau actuel de Doitchi Fullman peu commun. À force d’être entouré de monstres, il avait lui aussi adopté, le temps d’un instant, un mauvais point de comparaison.
Doitchi Fullman n’aurait en aucun cas pu prétendre au rang d’écuyer dans un ordre de chevalerie, mais selon la plupart des critères, on pouvait tout de même le qualifier de combattant compétent.
« Cinq, c’est ça ? »
Enkrid trouva la bonne réponse.
Deutsch ne savait pas s’il devait s’offusquer ou protester et se trouvait dans une position embarrassante lorsque les paroles d’Enkrid lui parvinrent. Il hocha aussitôt la tête.
« Oui. L’un d’eux avait l’air furieux, mais n’a pas dit un mot. L’atmosphère était… comment dire… »
« Comment ça ? »
Même devenu chevalier, Enkrid savait toujours écouter. Il ponctua la conversation de petits mots pour l’encourager et attendit la suite de Deutsch.
Il hocha même la tête, comme pour dire que la suite lui convenait.
Un hochement qui semblait lui assurer : allez-y, dites ce que vous voulez, vous ne pouvez pas vous tromper.
Encouragé par cette attitude, Deutsch trouva le courage de parler.
« Comme s’ils allaient réprimander un enfant qui avait fait une bêtise ? Quelque chose comme ça, je suppose. En tout cas, j’ai trouvé ça étrange. »
Doitchi Fullman avait passé assez longtemps à travailler comme mercenaire. Autrement dit, il avait survécu longtemps comme épéiste, ce qui indiquait que son instinct pour cerner les gens était probablement plus développé que ses talents martiaux.
À moins que son talent ne fût tout simplement exceptionnel.
Deutsch était plutôt du premier genre.
Il occupait désormais le siège du maire.
Un homme dépourvu d’instinct pour cerner les gens ne serait pas passé de capitaine de la garde à maire.
Doitchi Fullman était un mercenaire doté d’un instinct aiguisé. L’impression qu’il avait ressentie au contact de ce groupe pouvait donc être plus juste qu’on ne l’aurait cru.
De plus, il avait toutes les raisons d’éprouver de la sympathie pour Enkrid : il n’avait donc aucun intérêt à lui transmettre de fausses informations.
Son instinct lui soufflait la même chose. Les yeux de Doitchi Fullman étaient limpides.
Voilà qu’Enkrid se retrouvait face à une nouvelle question.
Même en admettant que le ravisseur fût un spécialiste de l’enlèvement et de la fuite.
Il y a vraiment quelque chose qui cloche.
Il ignorait comment cette personne s’y était prise, mais elle avait enlevé une Sainte Élue et, par miracle, obtenu sa coopération, ce qui lui avait permis de s’enfuir sans encombre.
Et pourtant, quelque chose clochait.
« Pourquoi l’ont-ils enlevée ? »
Une question de plus à toutes les autres.
Rien ne justifiait apparemment l’enlèvement d’une Sainte Élue.
Note : Dans le texte source, 동화 몇 닢 (littéralement « quelques pièces ») désigne une petite monnaie utilisée pour rémunérer les informations transmises par le réseau de Kraiss. Cela n’a rien à voir avec la compétence ou technique 동화 (Assimilation). Dans le corps du texte, la monnaie a été rendue par « pièces de cuivre » afin d’éviter toute confusion avec le terme du glossaire Assimilation, qui reste la traduction canonique de la technique.
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