Chapitre 49
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 49 : Folie, passion, ambition et désir
« Nous avons gagné. »
« Putain, on a gagné ! »
« Allez vous faire foutre, bande de bâtards d’Azpen ! »
La victoire déclencha des acclamations, qui réchauffèrent les cœurs. Cette chaleur engendra la folie. Une énergie intense s’entremêla et déferla sur tout le champ de bataille.
Quel était le plus grand accomplissement d’une bataille ?
C’était de pourchasser les ennemis en fuite. Naurillia venait de mordre à belles dents la queue d’Azpen.
« Ouaaah ! »
Avant même d’honorer les morts, la joie de la victoire submergea les alliés. Il était naturel que certains perdent un peu la tête. Quelques jours plus tôt à peine, ils avaient frôlé l’anéantissement. La terreur de la mort semée par le brouillard restait profondément gravée dans leurs cœurs.
Et maintenant, après avoir remporté une victoire écrasante malgré une telle peur…
« Vive les Chevaliers à la Cape Rouge ! »
« Vive Naurillia ! »
Le jeune écuyer ne révéla pas son nom. À sa place, celui de l’ordre chevaleresque s’éleva haut dans les airs.
« Vive les Chevaliers à la Cape Rouge ! »
Ces acclamations, cette chaleur, cette folie… Au premier plan, au cœur du champ de bataille, se tenait la figure qui en était le centre et recevait tous les applaudissements. D’un geste élégant, il leva la main pour répondre aux acclamations ; sa cape rouge, symbole de l’écuyer, flottait au vent.
« Ouaaah ! »
Enivrés par la victoire, certains soldats versèrent des larmes de joie. Tous criaient pour célébrer leur triomphe, grisés par cette frénésie. Enkrid murmura doucement pour lui-même :
« Moi aussi. »
Personne n’entendit ses paroles, mais elles renfermaient le rêve qu’il chérissait depuis si longtemps. La folie et la chaleur ambiantes se répandirent en lui et firent battre son cœur plus vite. La bataille touchait à sa fin ; c’était la dernière nuit sur le champ de bataille. Malgré le nombre considérable de victimes, Enkrid se sentait exalté. Il se rappela les paroles d’un maître d’armes venu de la grande ville, à qui il manquait trois doigts :
« Un type sans talent qui bouffe de la pâtée pour épée ? Il n’y a que deux possibilités. Soit il aime le champ de bataille, soit il aime tuer. Ah, il y en a peut-être une troisième : ceux qui vivent sans réfléchir. »
Je crois que je fais partie de ceux qui aiment le champ de bataille.
Il enviait les acclamations. Il brûlait d’ambition : se tenir au premier rang. Il voulait autre chose que manier une épée ; il voulait fendre le champ de bataille. Il ne perfectionnait pas son art martial simplement parce que l’épée le grisait.
Enkrid repensa à ce qu’il avait fait pendant cette bataille. Il s’était battu pour survivre, voilà tout. Au bout du compte, il avait tout de même contribué à la victoire en abattant le drapeau et en brisant le catalyseur de la sorcellerie.
Mais là aussi, je n’ai fait que lutter pour survivre.
Cette brusque vague d’exaltation avait masqué le rêve d’Enkrid et réveillé l’ambition et le désir qu’il avait oubliés à cause de son manque de talent.
Un chevalier.
Il le deviendrait. Il en était résolu. À cet instant, il réaffirma sa détermination.
« Ça fait un boucan de tous les diables. »
Rem, qui errait sans but sur le champ de bataille, se curait l’oreille en parlant. Il ne semblait pas apprécier le champ de bataille ni le fait de tuer. Rien ne trahissait la moindre exaltation chez lui.
À côté de lui, Ragna bâilla.
« C’est fini, maintenant, non ? On ne peut pas battre en retraite dès ce soir ? »
Comme si ça allait arriver dès ce soir. Ce type devait faire partie de ceux qui vivaient sans réfléchir. Jaxon, lui, nettoyait déjà sa lame avec un morceau de cuir. Il entretenait son épée. Il ne le disait pas et ne le montrait pas, mais Jaxon devait lui aussi apprécier quelque chose.
Qui sait ? Il avait toujours su dissimuler ce qu’il pensait.
« Waouh, la bataille s’est terminée comme ça. Tu crois que ça marcherait si j’en faisais une histoire ou une chanson ? »
« Tu sais seulement composer des chansons, frère ? »
« Non. Je demanderais à un autre barde de s’en charger. »
« Si tu écris une chanson sur quelque chose dont tu n’as pas été témoin, c’est de la fraude. »
« Une fraude ? Tu y vas fort. Ce n’est pas ce que je voulais dire, Audin. »
Grands Yeux et le membre dévot de l’escouade, qui aurait même pu vendre le champ de bataille, tenaient une conversation incompréhensible. Le jour où Enkrid avait arraché le catalyseur de la sorcellerie, on disait que le membre dévot de l’escouade avait été couvert de sang comme s’il s’y était baigné.
Ce qui signifiait qu’il s’était battu avec acharnement. Il paraissait calme et discret, mais il possédait une puissance écrasante.
Enkrid ignorait ce qui l’avait amené sur le champ de bataille. Ses pensées en entraînèrent d’autres, et il se mit à imaginer ses hommes à sa place.
Si c’était Rem…
Il ne se serait pas contenté de transpercer le drapeau et de le déchirer. Même Ragna, Jaxon ou le membre dévot de l’escouade se seraient mieux débrouillés que lui.
La prochaine fois, je ferai mieux.
L’exaltation du champ de bataille lui comprimait le cœur, et cette réaction fit éclore un désir dans la poitrine d’Enkrid. La nuit qui suivit la bataille, le commandement distribua à manger et à boire. On servit du lapin salé, du chevreuil et de l’alcool fort dans de grands tonneaux de chêne.
« À boire, à boire ! »
Rem et Ragna se déchaînèrent sur l’alcool.
« Je ne bois que du vin. »
Audin, le membre dévot de l’escouade, refusa l’alcool fort, et Jaxon ne toucha pas du tout à l’alcool.
« Je préfère les femmes à l’alcool. »
Il l’affirma sans la moindre hésitation. Malgré une telle déclaration, pourquoi les femmes se pressaient-elles autour de lui ?
Ça doit être son visage.
Enkrid attirait lui aussi les femmes sans effort. C’était grâce à son visage. Son corps musclé et bien bâti était également une arme redoutable auprès d’elles.
« Cette piquette est bon marché. Je n’en boirai pas. »
Grands Yeux avait le palais délicat. Alors que la nuit avançait, le commandant de bataillon entra dans la tente.
« Chef d’escouade de la 4e escouade ? »
Enkrid se leva en entendant qu’on l’appelait. La liesse était retombée et tout le monde se préparait à dormir. À cause de ses blessures, Enkrid n’avait pas bu une goutte d’alcool. Il ne manqua donc pas de reconnaître le visage du commandant de bataillon.
« Un blessé qui boit ? Un type blessé qui boit ? Boire alors qu’on est blessé ? »
Rem le réprimanda.
« Tu ferais mieux de t’abstenir. Concentre-toi d’abord sur ta guérison. »
Jaxon tenta lui aussi de l’en dissuader. Ragna secoua la tête en silence. Grands Yeux gloussa en regardant Enkrid. Ces hommes étaient vraiment dingues. Quand Enkrid sortit à l’appel du commandant de bataillon, celui-ci, qui sentait l’alcool, lui fit signe de ne pas le saluer.
« Le drapeau était le catalyseur de la sorcellerie ? Et tu l’as déchiré ? »
On aurait dit qu’il avait trouvé celui qui avait contribué de manière décisive à la bataille en brisant la sorcellerie.
Crépitement, crépitement.
Des braises du feu de joie flottaient dans les airs.
« Oui. »
Enkrid répondit calmement.
« Tu seras récompensé à notre retour. Beau travail. »
Le commandant de bataillon tapota l’épaule d’Enkrid. C’était une belle marque de reconnaissance. Depuis qu’il était devenu chef d’escouade, c’était la première fois qu’Enkrid échangeait quelques mots avec lui. Cela montrait à quel point son action avait compté.
Il avait changé le cours de la bataille. Pourtant, peu de gens le savaient. Plus précisément, seuls les membres du commandement étaient au courant.
Selon toute vraisemblance, le commandement s’attribuerait le mérite d’avoir surmonté la sorcellerie pendant cette bataille. Cela ne le dérangeait pas. En revanche, la récompense serait généreuse.
Je ne suis pas déçu.
D’ordinaire, il aurait estimé mériter le crédit pour ce qu’il avait fait.
Je n’ai fait que lutter.
Avoir vu ce chevalier — ou plutôt, ce simple écuyer — avait changé sa perspective. Il avait le sentiment d’avoir gagné bien plus que ce petit exploit.
« Tu as bonne mine. »
Après le départ du commandant de bataillon, Enkrid s’apprêtait à rentrer dans la tente lorsqu’il entendit des pas légers sur le sol.
« Qui va là ? »
Il se tourna vers la source du bruit et aperçut des yeux couleur émeraude. Dans l’obscurité de la nuit, ils avaient quelque chose d’inquiétant, comme ceux d’un fantôme.
Une beauté inhumaine.
C’était la commandante de compagnie elfe.
« Tu recevras une vraie récompense pour avoir arraché le drapeau. »
Elle n’avait apparemment rien d’autre à ajouter et se détourna pour partir. Mais juste avant de s’en aller, elle tourna la tête et reprit :
« Tu ne vas pas me saluer ? »
Enkrid fit tardivement mine de tenir une arme de la main gauche, et la commandante elfe balaya le geste d’un revers de main.
« Laisse tomber. Je m’en vais. »
Quel genre d’elfe était-elle ?
Quand la commandante de compagnie fut partie et qu’il rentra dans la tente, il trouva Rem allongé, un bras sous la tête.
« Ne m’abandonne pas sous prétexte que tu deviens populaire, chef d’escouade. »
« Tu es ivre ? »
« Pas du tout. »
Ce n’était qu’une plaisanterie. La nuit était déjà bien avancée. Enkrid ferma les yeux et repensa à ce qu’il avait vu et ressenti en observant l’écuyer.
Il aurait beaucoup à faire une fois rétabli.
À leur réveil, le bataillon d’infanterie de Naurillia prit la route de Border Guard. Après quatre jours de marche, il arriva en vue des murs de la ville fortifiée de Border Guard.
C’était une ville ceinte de longs remparts, avec trois grandes tours de guet bâties en hauteur, sur un plateau qui dominait les environs. Elle constituait le dernier bastion face à Azpen.
La ville fortifiée de Border Guard.
L’apparition de l’écuyer des Chevaliers à la Cape Rouge pouvait changer le cours de la bataille. Jusqu’alors, les escarmouches dans les plaines de la Perle Verte étaient restées limitées, car une règle tacite interdisait le déploiement de chevaliers.
Dans ces circonstances, le Royaume de Naurillia avait sorti son atout en déployant un écuyer. Naurillia avait enfreint la règle tacite. Même si l’homme présent sur le champ de bataille était en passe de devenir un chevalier, franchir la limite restait la franchir.
« Ces salauds ! »
Le duc d’Azpen explosa de colère. Ses yeux rougirent et les veines de son front saillirent.
« Déployez les nôtres, vous aussi ! »
Mais il ne suffisait pas de donner l’ordre pour qu’on puisse les envoyer sur-le-champ.
C’était l’hiver.
Déclencher une guerre en hiver affaiblirait considérablement les deux nations. Si une guerre de grande ampleur se profilait au lieu de simples escarmouches, il leur faudrait rassembler toutes leurs forces. De plus, les principales troupes d’Azpen étaient absentes pour une raison inconnue. Pour combattre sérieusement, Azpen avait lui aussi besoin de temps.
À la fin de la guerre, aussi furieux que fût l’autre camp, prêt à exploser comme un volcan, il ne pouvait que prendre sur lui à l’approche de l’hiver.
Naurillia avait probablement prévu le coup et déployé ses forces à la fin de la guerre. Azpen, en revanche, avait anticipé l’arrivée de l’hiver et dépêché un sorcier.
Mais leur épée préparée avec soin avait été bloquée, tandis que le poignard de l’adversaire s’était enfoncé profondément dans leur bras. La douleur était vive. Si les choses tournaient mal, ils risquaient de perdre l’usage d’un bras.
« Exercez une pression diplomatique. Le déploiement d’un chevalier sur le champ de bataille est inadmissible. »
Connu pour son bellicisme, le duc d’Azpen ne pouvait laisser passer cela. Sa voix bouillonnait de rage.
La principauté d’Azpen reposait sur trois familles.
Le duc d’Azpen.
La puissance des Hurrier.
Et l’administration et les affaires d’État des Ekins.
La diplomatie relevait de la famille Ekins. L’ambassadeur des Ekins se trouvait dans une position délicate, à cause de la lettre de Naurillia. Elle était arrivée à peu près au moment où le Chevalier à la Cape Rouge avait été déployé, signe que Naurillia avait parfaitement préparé son prétexte.
La lettre affirmait qu’un général Grenouille d’Azpen était apparu dans le camp ennemi et que le chevalier avait été envoyé pour le contrer. Le motif était plausible. Même trop bien trouvé.
Pourquoi ce général Grenouille avait-il fallu qu’il soit là ?
Les Grenouilles vivaient naturellement à leur guise. Les problèmes de ce genre étaient inévitables dès lors qu’on les plaçait à des postes militaires.
Même sans général, ils auraient trouvé un autre prétexte.
Les Ekins n’étaient pas idiots. Naurillia n’aurait pas envoyé un chevalier sur un coup de tête. Le général Grenouille n’était qu’un prétexte commode ; même sans lui, Naurillia aurait inventé une justification appropriée.
En somme, Azpen s’était fait avoir. La cause première de cette affaire était l’échec de leur sorcellerie.
Si le Brouillard d’Annihilation avait fonctionné, à moins qu’un véritable chevalier ne soit apparu, les longues escarmouches dans les plaines de la Perle Verte se seraient soldées par une victoire décisive d’Azpen. Ekins se rappela le rapport selon lequel un soldat ennemi avait perturbé la sorcellerie.
Ils rejettent vraiment la faute sur un seul soldat ennemi pour justifier leur manque de vigilance ?
Comment cela pouvait-il tenir debout ?
Tous ceux qui avaient participé à cette affaire devraient rendre des comptes. On avait retrouvé le sorcier mort après la retraite. Qu’il s’agisse de bandits de passage ou de quelqu’un d’autre, le sorcier et ses escortes avaient tous été retrouvés coupés en deux.
Rien ne va comme il faut.
« On va vraiment laisser passer ça ? »
Le duc oublia toute dignité et hurla. Le plan secret qu’Ekins avait tant insisté pour mettre à exécution à l’automne s’était retourné contre eux. Les escarmouches s’étaient achevées par la défaite d’Azpen.
Dix jours plus tard, Enkrid se sentit complètement rétabli. Dès qu’il se leva, il alla donc chercher Rem.
« Rem. »
« Quoi ? »
Rem, qui venait de terminer son tour de garde, se tint devant Enkrid.
« On s’entraîne ? »
« À l’épée ? »
« En duel. »
« … Tu viens à peine de te rétablir, non ? »
Et alors ?
Il brûlait d’envie de se battre. Enkrid le lui fit comprendre par son expression. Si c’était une compétence, alors c’en était une : il savait transmettre ses pensées avec ses seuls sourcils et ses lèvres.
« D’accord. Si tu y tiens, allons-y. Tu vas encore te faire démolir. »
« Amène-toi, barbare prétentieux. »
« Eh ben, tu veux que je te casse une jambe, cette fois ? »
Rem accepta la provocation d’Enkrid en riant. Tous deux sortirent bientôt. En voyant ça, Ragna donna raison à Rem sur un point, même s’il n’était pas d’accord avec lui sur le reste : le chef d’escouade était la personne la plus dingue qu’il ait jamais rencontrée.
Comment quelqu’un d’aussi peu doué pouvait-il défier les autres en duel dès qu’il se levait ?
Moins d’une demi-heure plus tard, Enkrid rouvrit la porte.
« À ton tour, Ragna. Je vais te débarrasser de ta paresse. »
Le chef d’escouade affichait un air ravi. Du sang séché lui couvrait un côté de la tête, là où il avait saigné, mais il arborait une mine réjouie.
« Oui, oui, allons-y. »
Ragna ne gaspilla pas son énergie à discuter. Quelques passes suffiraient. C’était leur routine.
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