Chapitre 456
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 456 : Comment prendre l’initiative
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Enkrid voulait que Rem se débrouille seul, avec efficacité, astuce et vivacité d’esprit.
Et Rem y arriverait.
Il s’en sortira.
Ce n’était pas une confiance aveugle.
Tous les Rem qu’il avait connus étaient exactement ce genre d’homme.
Enkrid voulait tuer le chef de ces étranges Créatures démoniaques, celles qui enroulaient des fils pour les décocher comme des flèches. En réduire le nombre au passage serait un bonus.
Il ne l’avait pas dit explicitement, mais Rem et Dunbakel sauraient quoi faire.
Y aurait-il aussi de dangereuses Créatures démoniaques qui les attendaient là-bas ?
Probablement.
Mais.
Si j’étais l’une de ces Créatures démoniaques…
Il ne gaspillerait pas ses ressources contre Aoara de cette façon. Et, en plus, Enkrid s’apprêtait à attirer encore davantage les regards sur lui.
Il avait vécu cette journée encore et encore, l’avait examinée sous tous les angles, y avait réfléchi et repensé.
Il s’était mis à la place de l’ennemi, avait changé de perspective, puis avait observé son propre camp.
Quelle est la plus grande menace ?
Inutile de chercher. Aoara.
Quel est l’objectif ?
Il le connaissait déjà.
Le chevalier Aoara.
Ils mettaient tout en œuvre pour tuer un seul chevalier.
Si Aoara avait tenté de détruire la Terre Maudite en tuant son noyau, ils lui avaient rendu la pareille.
Enkrid avait compris leurs intentions, deviné leur raisonnement, puis l’avait confirmé au fil des journées qu’il avait revécues.
« Tu es né avec le sens du champ de bataille », marmonna Romen pour lui-même.
Mais ce n’était pas vraiment ça.
Ce n’était que de l’expérience.
Quoi qu’il en soit, cette journée s’était déroulée ainsi, puis encore ainsi, et encore.
Et il n’en avait pas perdu une seule à simplement recueillir des informations.
Même le Passeur en avait été surpris.
Enkrid se contentait de vivre chaque aujourd’hui, chaque jour, tous les jours, en maniant son épée comme un forcené et en engrangeant dans sa tête tout ce qui lui parvenait de son entourage.
C’est ainsi que cette journée avait commencé.
La conclusion était simple : Rem et Dunbakel feraient leur part. Enkrid devait donc faire la sienne.
« Hoo. »
Il gonfla les joues et souffla, puis pinça les lèvres et inspira de nouveau.
Boum, boum. Il se mit en marche, accélérant le pas. Son corps lui semblait léger. Il était en bonne forme. Non, en excellente forme. Mieux que d’habitude.
Le désir qui brûlait dans sa poitrine en faisait jaillir quelque chose de vif et d’élevé.
Enkrid partit d’un petit trot, suivi par Ruagarne.
Depuis le haut du mur, Aoara l’observait. Un peu plus près, Romen, le blondinet et Aisia regardaient eux aussi.
Il avait décidé de gagner leur confiance par ses actes.
Il ne lui restait donc qu’à leur montrer quelque chose qui la méritait.
Devant lui, la tête d’une Créature démoniaque arachnéenne fonça à sa rencontre. Des dizaines d’yeux sur les côtés, une mâchoire qui s’ouvrait latéralement, des pattes dures comme du fer martelé, alors que personne ne les avait martelées.
Plus rapide que ses semblables, la créature trottina vers lui et croisa ses deux pattes avant comme des ciseaux.
La porte du Sixième Sens s’ouvrit. Sa concentration lui donna l’impression que le temps ralentissait.
Il vit ces pattes semblables à des lames. Il aperçut les crans régulièrement espacés, les dents d’une scie courant le long de chaque tranchant.
Il sentit la force accumulée dans ces deux membres croisés.
S’il les laissait le frapper, son corps serait tranché net.
Même un simple effleurement le réduirait en lambeaux.
Il n’avait donc qu’à bouger avant qu’elles ne le touchent.
Dans l’intervalle d’une fraction de seconde, sa pensée s’accéléra et son corps suivit.
Enkrid leva Aker d’un mouvement ascendant, de bas en haut.
La lame décrivit un arc fluide, trancha les deux pattes et remonta jusqu’à fendre la tête de l’araignée.
Pas besoin de s’arrêter.
Réfléchir et bouger.
Il trancha une Créature démoniaque et poursuivit sa course, ne tenant plus Aker que de la main droite.
Ses deux pieds martelèrent le sol, raclèrent la terre, dérapèrent, puis continuèrent d’avancer.
Les hanches en torsion, les chevilles fléchies, il tailladait, transperçait, tranchait et frappait.
Paf, crac, boum, tchac, crac.
Que faut-il pour combattre plusieurs adversaires à la fois ?
De l’audace et du jugement.
Un jugement qui naissait de l’instinct plutôt que de la réflexion, et le talent nécessaire pour que chacun de ces instincts soit juste.
Personne ne faisait mieux que Rem.
Sa hache se mouvait à l’instinct, décrivant son arc sans la moindre hésitation.
Enkrid l’imita.
Pas sa technique. Son élan.
Je suis un barbare.
Un barbare fou.
Qui aimait fendre les crânes des nobles.
Qui cherchait la bagarre dès que quelque chose lui déplaisait.
Les épées dans ses deux mains claquaient comme des fouets et filaient comme des éclairs.
Spark devint une traînée, s’inclina vers le bas et plongea en diagonale.
On aurait dit qu’elle frappait le vide. Ce n’était pas le cas.
Une Créature démoniaque arachnéenne planta la tête exactement là où il n’y avait rien.
Kriiiii !
Une grosse araignée prenait appui sur ses pattes et relevait son arrière-train quand Spark lui traversa le crâne.
Il enfonça sa lame, la retira. Un coup d’épée à une vitesse hors de portée de tout être ordinaire.
Paf.
La Créature démoniaque mourut, un trou dans la tête, et projeta du venin par l’ouverture de son arrière-train en tombant.
Un liquide brun foncé décrivit un arc dans les airs et éclaboussa le sol.
Naturellement, rien n’atteignit Enkrid, et tout cela n’avait aucune importance.
Une Créature démoniaque qui crachait du venin s’effondra et mourut, tandis qu’Aker fendait le champ de bataille comme une hirondelle.
Frapper, toucher, briser. Encore et encore.
Il sentit une présence dans son dos et se baissa.
Une patte d’araignée passa juste au-dessus de sa tête. Quelques mèches s’envolèrent, et Enkrid pivota des hanches avant de lancer la jambe en arrière.
Crac.
Le crâne de l’araignée qui avait reçu son talon fut écrasé.
Tandis qu’il tendait la jambe derrière lui, une créature plus petite rampa jusqu’à lui et tenta de planter ses deux pattes avant, recourbées comme des faux, dans le dessus de son pied gauche.
Il ramena la jambe et décocha un coup de pied sec.
Les pattes recourbées comme des faux étaient à un cheveu de s’enfoncer dans son pied quand sa botte ferrée percuta l’araignée.
Boum.
C’était une des petites. Un coup de pied vif et claquant la fit éclater.
Un liquide noir éclaboussa le bout de sa botte.
Des grandes, des petites, des moyennes. Certaines crachaient du venin, d’autres lançaient des fils ; certaines se servaient de leurs pattes comme de lames, d’autres chargeaient droit devant, creusaient des tunnels sous terre ou se faufilaient dans son dos.
Elles étaient nombreuses. Assez pour le tuer, et même plus.
Enkrid voyait une seconde à l’avance.
Et frappait en conséquence.
Aker s’abattit d’en haut tandis qu’il rengainait Spark et dégainait le gladius, qu’il planta dans le sol.
Deux mouvements simultanés, puis il bondit sur le côté.
Crac !
Un fouet lesté d’un poids de fer à son extrémité remplit l’espace qu’il venait de quitter. Ruagarne le couvrait.
Il atterrit au beau milieu de l’essaim de Créatures démoniaques.
Plusieurs Bêtes magiques arachnéennes tendirent leurs membres vers lui. Il inclina la tête sur le côté et dressa son épée à la verticale, utilisant le plat de la lame pour frapper leurs avant-bras et détourner leurs attaques.
Seul un écart de compétence absolu rendait cela possible.
Malgré tout, c’était à moitié un acte de folie.
Mais quand un acte de folie réussissait, il devenait extraordinaire.
Il n’y avait jamais eu qu’un cheveu d’écart entre un fou et un héros.
C’était ce qu’Enkrid faisait en cet instant.
Il esquiva, dévia les attaques et retrouva son équilibre. Au cœur de l’essaim.
Il s’enfonça parmi les Créatures démoniaques, saisit Aker à deux mains et la fit tournoyer en un large arc.
Une taille où la force centrifuge se déversait dans le Style de l’épée lourde.
Sa lame déchira l’essaim comme un typhon.
Craaaac !
Tout ce qu’elle touchait était tranché, sectionné.
Un seul coup ouvrit une brèche en plein cœur du groupe.
L’espace autour d’Enkrid se vida un instant.
Il reprit son souffle et fit vivement tournoyer sa lame pour la nettoyer. Un liquide noir goutta sur le sol.
Toutes ces journées répétées lui avaient appris les habitudes des Créatures démoniaques.
Enkrid peignait sa propre toile sur les schémas gravés dans ses instincts et ses réflexes.
Parce qu’il avait compris et anticipé leurs tendances, le champ de bataille était une toile, et leur sang noir, la peinture.
En temps normal, connaître les habitudes de chaque espèce de Créatures démoniaques aurait été impossible. Mais pas aujourd’hui.
Les jours où Aoara était morte. Ceux où il était mort. Ceux où Rem avait eu le ventre transpercé. Ceux où la tête d’Aisia avait été arrachée. Ceux où Ruagarne avait eu le cœur percé. Ceux où Romen était mort, impuissant. D’innombrables journées comme celles-là.
Ces journées, ces expériences, s’étaient accumulées et condensées en une seule personne.
Alors, au moins sur ce champ de bataille, Enkrid était le chasseur le plus expérimenté.
Pas mal.
Plus il bougeait, plus son corps semblait se libérer. Il ne se fatiguait pas. Pourtant, il avait déjà fait appel à la Volonté instantanée, à la Frappe du Géant et à la Volonté de Séparation.
Enkrid ne s’arrêta pas.
Pendant un moment, il oublia jusqu’à Rem, jusqu’à Aoara, et se contenta de courir. De manier son épée. De faire avancer ses pieds. De se battre sans relâche.
Cela suffisait à prouver sa valeur. Et des gens le regardaient.
* * *
Millio attendait près de la porte et ne pouvait pas voir ce qui se passait dehors.
Quand l’ordre d’ouvrir la porte était arrivé, une autre voix avait demandé de la refermer. Il n’avait aucune raison d’obéir à cette voix.
Pourtant, il avait failli s’exécuter sans réfléchir, avant de se reprendre.
« Refermez-la. »
À cet instant, l’ordre d’Aoara lui parvint.
Millio se dit que, même sans l’ordre de la chevalière, il aurait peut-être obéi à ce cri venu de l’extérieur.
« Sur le mur. Que tout le monde prenne un arc. »
Il donna l’ordre aux soldats sous ses ordres et se mit en marche.
Admore, espèce d’idiot. T’es pas déjà mort, j’espère ?
Enkrid était intervenu, mais celui qui avait envoyé Admore dehors, c’était toujours lui.
Une inquiétude sourde s’installa dans un coin de son esprit.
Bien sûr, ce n’était pas le moment de s’en faire. Les Créatures démoniaques affluaient comme jamais auparavant.
Une vague de vagues, d’une ampleur colossale.
Il ne pouvait pas laisser le sort d’un seul camarade l’handicaper dans une bataille où tout le monde, Aoara comprise, s’était engagé.
Millio se remit en mouvement.
Il savait qu’il ne servait à rien de se presser, mais ses pas accéléraient d’eux-mêmes.
Pourquoi ne tirent-ils pas ?
À Mille Briques, le bon sens voulait qu’on les crible de flèches avant qu’elles n’approchent, afin de réduire leur nombre. Pourtant, aucune flèche n’avait été tirée. Pas encore.
Ses pas se hâtèrent malgré tout tandis qu’il gravissait le mur. Une fois arrivé en haut, il prit un arc et encocha une flèche. Il ne lui restait plus qu’à attendre l’ordre de tirer.
Aoara était là, mais quelqu’un d’autre donnait les ordres.
Quand les chevaliers partaient au combat, le commandement des archers derrière eux revenait toujours à une autre personne. C’était ainsi que Mille Briques avait survécu.
Millio remarqua que la personne qui aurait dû donner ces ordres s’était tue.
Le soldat à ses côtés, celui qui aurait dû agiter les drapeaux pour transmettre les signaux, était dans le même état.
Non, même Aoara l’était.
« Quel taré. »
Aoara lâcha ces mots, le coin des lèvres relevé.
Aoara souriait toujours. Mais le sourire qu’elle arborait quand elle était vraiment ravie différait légèrement des autres.
Une nuance que seul Millio connaissait, un talent particulier qu’il avait acquis en l’observant longuement, en gardant les yeux sur elle.
Il savait lire les sourires d’Aoara.
Et, à en juger par là, Aoara semblait véritablement enchantée, juste devant lui.
Sans même y penser, il tourna les yeux vers l’avant.
Il avait un jour entendu parler d’un membre des Chevaliers à la Cape Rouge qui avait combattu pendant son passage d’écuyer à chevalier junior.
Sur le champ de bataille entre Naurillia et Azpen, au cœur de Greenfield, au-delà de la Garde-frontière.
Le chevalier, la Volonté parcourant ses jambes, avait bondi du sol et chargé.
Les tailles qui avaient suivi ressemblaient à des papillons. Ses mouvements étaient comme l’éclair.
Un seul combattant avait déchiré le champ de bataille. Un chevalier junior, au milieu de simples soldats, pouvait accomplir cela.
Une puissance capable de bouleverser une bataille.
Millio n’avait pas vu ce combat de ses propres yeux. Il ne pouvait que regarder ce qui se trouvait devant lui.
Mais il assistait à quelque chose qui s’en rapprochait.
À l’extérieur de la porte.
C’était pour ça qu’Aoara souriait.
Au milieu de l’essaim de Créatures démoniaques, sans le moindre allié à proximité, à l’exception d’une Grenouille qui le suivait.
Et même les mouvements de combat de la Grenouille étaient à peine visibles.
Un homme, dans une position où Millio lui-même ne tiendrait pas plus de quelques échanges avant de mourir, maniait son épée. Il tranchait, frappait d’estoc, tailladait et brisait.
L’homme faisait rage à droite d’Aoara et, quand un fracas retentit à sa gauche, il s’y était déjà déplacé.
La terre noire jaillit de l’endroit où il avait pris appui.
Avant même qu’elle ne retombe, quatre Créatures démoniaques avaient le crâne percé.
Quel genre d’homme pouvait faire ça ?
La flamme d’une torche toute proche vacilla violemment, projetant sa lumière sur ses exploits.
Peu de soldats avaient vu les chevaliers combattre d’aussi près que Millio.
Il savait donc que les écuyers et les chevaliers juniors n’étaient pas invincibles.
Quand ils manquaient de sommeil, ils se fatiguaient. Quand ils n’avaient pas mangé, ils ne pouvaient pas donner toute leur puissance.
Les paumes de Millio étaient moites. Son cœur battait à tout rompre. Une émotion qu’il ne parvenait pas à nommer déferla en lui.
Il ignorait pour quoi cet homme se battait.
Mais si on lui demandait qui se trouvait tout devant, au cœur de cette bataille, Millio répondrait sans hésiter.
Boum.
« Oa. »
Un soldat frappa le sol du pied et lança le chant.
« Oa ! »
Un autre reprit, bientôt rejoint par quelques voix.
Le chant se répandit. Une acclamation pour un seul homme.
Tous les habitants de la ville, tous ceux qui tenaient les murs, regardaient ensemble. Même Aoara.
« Enkrid ! »
Ils criaient le nom d’un seul homme. C’était étrange.
Ce qu’Enkrid leur avait montré était-il si différent des prouesses dont les chevaliers les avaient régalés jusque-là ?
Non.
Et pourtant, la façon dont cet homme se battait avait quelque chose qui vous mettait le feu à la poitrine.
Les cœurs battaient à tout rompre. Les poitrines brûlaient. Les esprits se vidaient. Cette sensation parcourait chaque membre, et Millio était persuadé qu’il pouvait envoyer n’importe quoi au tapis, Créature démoniaque ou non.
Les Deux Lunes Rouges s’étaient levées, mais personne ne leva les yeux vers le ciel.
Personne ne parla du danger.
Ils regardaient simplement l’homme qui décimait à lui seul la horde qui les avait tous menacés.
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