Chapitre 451
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 451 : Il vola même le sourire d’Aoara
= = =
Enkrid réagit. Dunbakel et Rem se mirent en mouvement.
Des flèches fendirent les ténèbres, l’une après l’autre.
Plusieurs torches roulèrent au sol.
Tous les détails de la scène se dessinèrent dans l’esprit d’Enkrid, comme sur une toile.
Dans les moments d’urgence, ses instincts s’aiguisaient jusqu’à devenir froids et limpides. Son intuition, cette lame, trancha l’obscurité.
Il pouvait en sauver la moitié.
Parmi les otages cloués aux poteaux, certains n’avaient plus que quelques instants à vivre.
L’araignée géante n’avait pas l’intention de les épargner. Elle était là pour briser le moral des troupes. Rien de plus.
Un monstre capable de réfléchir ainsi ?
C’était surprenant, certes. Mais ce n’était pas le moment de s’y attarder.
L’important, c’était le nombre de personnes qu’il pouvait sauver.
Pas toutes. Sous la pâle lueur bleue de la pierre lumineuse, l’araignée géante leva ses pattes, dont les pointes acérées se déployèrent largement.
Chacune était assez longue et tranchante pour passer pour une lance.
La moitié. Juste la moitié.
Il pouvait lancer quelque chose et tuer l’araignée, mais ça ne sauverait personne.
La Volonté s’activa. L’œil qui percevait un pas à l’avance élargit le champ de ses prédictions et lui révéla un fragment du futur, entrevu dans le domaine de l’intuition.
Et pourtant, rien ne pouvait être changé.
Au même instant, Rem et Dunbakel tuèrent deux araignées. Une hache et une lame courbe fendirent les crânes des Créatures démoniaques.
Enkrid atteignit la troisième et lui planta Spark dans le corps.
Il prit appui au sol, réduisit la distance et lança une série de coups rapides, perçant la tête de la créature. Il poignarda, retira sa lame et chargea ses jambes de tout son poids. Devait-il renoncer parce qu’il avait vu un avenir impossible à changer ?
Enkrid n’en fit rien.
Qu’il réussisse ou non, il avançait vers la prochaine cible.
Neuf poteaux en tout.
Même en courant, des gens allaient mourir. C’était ce que lui montrait la toile de son avenir prévisible. Pourtant, il ne s’arrêterait pas.
Et alors, une lumière argentée déchira cette toile.
Fffchht.
Elle la traversa net, tranchant la patte de l’araignée qui s’abattait sur un otage.
Enkrid s’immobilisa en pleine charge. Il en oublia de respirer.
Il avait cru comprendre ce qu’était l’épée d’un chevalier.
Il se trompait.
Qu’est-ce que ça voulait dire, trancher le tissu à lui seul ?
Pourquoi disait-on que c’était une catastrophe ?
Le Roi des mercenaires, qui lançait sa lance selon des angles impossibles à suivre.
La foudre de Ragna, qui s’abattait avec une force déraisonnable.
La lame de Sinar, qui prenait des formes inconcevables.
Et maintenant, ça.
Aoara se déplaçait à une vitesse impossible à suivre et, de son épée comme d’un pinceau, retouchait le tableau peint sur cette toile.
Elle était plus loin qu’Enkrid, et pourtant, à présent, Aoara semblait être partout à la fois.
Il restait six poteaux debout. Six otages qu’Enkrid n’avait pas pu atteindre. Six, et Aoara était déjà auprès de chacun d’eux.
Un talent né d’une vitesse fulgurante se déployait sous ses yeux.
Un seul coup avait fait courir un frisson le long de son échine. À présent, une émotion proche de la joie l’envahissait tout entier.
C’était ce qu’il avait voulu faire.
C’était ce qu’il avait voulu voir.
Voilà ce qu’était un chevalier.
Aoara, des Chevaliers à la Cape Rouge, brandit son épée et se jeta au milieu des Créatures démoniaques.
Sa lame devint une pluie, une pluie nommée catastrophe, qui s’abattit sur les araignées démoniaques.
« Pas mal du tout, lança Rem, admiratif.
— Oh… » souffla Dunbakel.
Le regard d’Enkrid suivait l’épée d’Aoara, sans lui laisser le temps de penser à autre chose.
« Hahaha ! »
Aoara éclata de rire.
Avec une simple épée longue ordinaire, elle tua une araignée, puis une autre, chacune dotée d’une tête de la taille d’un être humain.
Des gestes simples, enchaînés l’un après l’autre.
Exactement comme elle le lui avait enseigné.
« Les mouvements spectaculaires sont inutiles. »
Ses paroles semblaient résonner à ses oreilles.
Elle pointa, trancha, fendit, frappa.
Cela suffisait. Son rire s’éleva et son épée s’en fit plus féroce. Ses coups de pied frappaient comme une masse. Sa vitesse ne cessait d’augmenter.
Une araignée démoniaque ouvrit la bouche et cracha une boule de toile. Cette masse compacte était plus grosse que sa propre tête.
L’épée d’Aoara la trancha elle aussi.
Fuit. De minuscules araignées jaillirent de la toile fendue comme une explosion.
Plus d’une centaine s’abattirent depuis juste au-dessus de sa tête.
Chacune faisait à peine la taille d’un doigt.
Peu importait.
Enkrid ne voyait pas son visage, mais il était certain qu’elle avait ricané.
À cet instant, son épée dessina une fleur.
Une fleur d’images rémanentes, composée de dizaines d’estocades.
Pfft-pfft-pfft-pfft-pfft !
Une douzaine de petites araignées moururent d’un coup. Elle les avait tuées avec sa lame.
Enkrid l’observait, mais pas depuis longtemps. Le cours de la bataille avait basculé en l’espace d’une ou deux respirations.
L’apparition des otages, Aoara révélant la puissance d’un chevalier… tout cela s’était déroulé en quelques instants.
Aoara acheva son mouvement, laissa pendre son épée, inspira profondément, puis cria :
« Toutes les troupes, tenez vos positions ! »
Enkrid l’entendit et se mit à libérer les otages un à un, avant de les repousser vers l’arrière.
Rem les rattrapait et les passait à ceux qui se trouvaient plus loin.
« Bon sang, Oa ! »
L’homme de Rowena cria et hissa une otage sur son dos. C’était Rowena.
Les autres soldats attrapèrent chacun quelqu’un et se mirent à courir vers l’arrière.
« Fermez les portes ! »
Le regard d’Enkrid se porta brièvement derrière lui. Millio gisait mort, avec quelques autres soldats.
S’il avait réagi au cri, Millio aurait peut-être survécu. Mais il s’était jeté en avant pour protéger les siens.
Ce n’était pas un choix calculé.
C’était un instinct. Son corps avait bougé de lui-même.
Tout de même, quel dommage.
Il ne pourrait plus rêver.
Son rêve d’épouser Aoara était terminé.
Les morts ne peuvent pas marcher aux côtés des vivants.
Rowena avait survécu à sa place.
« Ne meurs pas, je suis là, je suis venu ! »
Le soldat qui portait Rowena ne cessait de le crier en courant.
Les fleurs poussent-elles même sur la Terre Maudite ?
On disait quelque chose de ce genre, en ville.
Des gens vivaient ici. Des gens tombaient amoureux, ici.
Voilà ce qu’Aoara voulait protéger.
« Capitaine, vous allez rester là à regarder ? »
demanda Rem. L’ampleur de la menace n’avait rien à voir avec ce qu’il avait vu du haut des remparts. Les Créatures démoniaques qui rampaient hors de la forêt étaient d’un tout autre ordre de grandeur.
Elles étaient terriblement nombreuses.
Et ce n’était pas fini.
Devant Aoara, une ombre noire bondit et abattit son épée.
Enkrid la vit.
Pas une épée. Plusieurs.
Le coup était assez rapide pour laisser des dizaines d’images rémanentes.
Tang-tang-tang-tang-tang !
L’épée d’Aoara s’agita et dévia chacun des coups. Elle para chaque attaque l’une après l’autre, puis lança sa propre estocade.
Mais l’assaillant se déroba et esquiva.
Enkrid distingua son adversaire.
Une silhouette inhabituelle. Elle se tenait sur deux jambes, tandis que les six membres restants pendaient comme des bras : une araignée monstrueuse aux huit pattes.
« Une espèce variante. »
Ruagarne tira son fouet et prononça ces mots.
Le visage du monstre araignée était presque humain. Sa peau était pâle. À la place des yeux, il avait des dizaines d’yeux à facettes. Là où aurait dû se trouver son nez, il n’y avait qu’un trou rond. Pas de bouche.
Chacune de ses huit pattes portait une lame d’un blanc pur. Non, elle ne la portait pas. Elle y était soudée. Chaque patte était elle-même une lame.
« Alors, Jerix ? C’est ton nouvel amant ? »
Aoara lança ces mots avec un sourire. Même quand rien ne lui plaisait, elle souriait. C’était ça, la chevalière souriante Aoara.
« Maître ! »
Romen surgit en criant derrière Aoara.
« Saloperies de Créatures démoniaques. »
De l’autre côté, le blondinet s’avança et les quatre écuyers reculèrent.
À cet instant, des flèches se mirent à voler de nouveau depuis l’intérieur de la Forêt Grise.
On n’avait même pas encore récupéré le corps de Millio.
Enkrid leva son bouclier pour bloquer les projectiles. Les autres se débrouillèrent seuls avec les flèches.
Aucune ne se dirigeait vers Aoara ou les chevaliers juniors.
Le face-à-face entre l’araignée bipède à huit membres et Aoara se poursuivit.
Un monstre de rang chevaleresque.
Pourquoi personne ne pouvait-il rêver d’un monde où il y aurait des chevaliers, mais pas de Créatures démoniaques ?
Parce qu’il existait des monstres faits pour affronter les chevaliers. Voilà pourquoi.
C’était l’un d’eux.
La créature aux huit pattes fit luire ses dizaines d’yeux rouges et fendus.
« Krrk. »
Enkrid crut entendre un rire.
« Tu t’amuses bien avec quelqu’un d’autre ! »
Aoara lui lança cette pique. Quel culot remarquable.
La pression étourdissante qui émanait de l’araignée aux huit bras-lames ne semblait pas l’affecter le moins du monde.
Elle leva son épée et l’araignée fit un pas de côté.
Un Homme-ours apparut derrière elle.
Une tête de chouette sur un corps d’ours, avec deux poings démesurément gros bien en évidence.
Quand il les serrait, on aurait dit qu’on avait fixé deux rochers au bout de ses bras.
Son corps et ses poings semblaient encore plus imposants sous ses plumes hérissées.
« Oh ? Celui-là non plus n’a pas l’air commode. »
Rem prit la parole.
Enkrid partageait son avis. À peine l’eut-il aperçu qu’un frisson le parcourut.
Son pouls s’accéléra, lui aussi.
De puissantes Créatures démoniaques, aucun doute là-dessus.
« Vous aviez vraiment prévu tout ça ? »
Aoara ouvrit la bouche.
Les deux créatures chargèrent en même temps. L’épée de la chevalière et les armes des Créatures démoniaques s’entrechoquèrent.
Des arcs de lumière, rapides au-delà de toute limite ordinaire, sillonnèrent les airs comme des étincelles.
Ils se croisèrent, et une lumière éclatante se dispersa en motifs éblouissants.
Tang-tang-tang-tang ! Clang ! Clang !
Des explosions ponctuaient chaque instant.
Les deux chevaliers juniors guettaient la moindre ouverture pour intervenir.
Ils ne pouvaient pas se jeter dans la mêlée à la légère.
Deux contre une, et pourtant, dire qu’Aoara avait l’avantage aurait été faux.
Et ce n’était toujours pas fini.
Ratatatatak !
Des Créatures démoniaques tiraient à l’arc.
Au-delà de la Terre Maudite, d’autres Créatures démoniaques se mirent à sortir en rampant, l’une après l’autre.
Une vague.
La vague qu’Aoara, chevalière, retenait depuis tout ce temps déferlait sur Mille Briques.
Aoara balaya l’air d’un large coup horizontal, repoussant légèrement les deux créatures, puis cria :
« Enki, Aisia, protégez la ville ! »
Le reste du combat lui appartenait.
Les deux chevaliers juniors chargés de la protéger se replièrent derrière elle.
Aisia était introuvable. Elle était déjà partie s’occuper du groupe de Créatures démoniaques qui tirait à l’arc.
« Ça se complique. »
Rem prononça ces mots en dégainant sa hache. À voir ce qui arrivait, les balles ne suffiraient pas à en venir à bout.
Enkrid dégaina lui aussi. Aker dans la main droite, Spark dans la gauche.
Aoara allait-elle se faire repousser ? Ça n’en avait pas l’air.
Elle gérait sans peine les huit membres en forme de lame de l’araignée et les poings de l’Homme-ours.
Est-ce que j’en serais capable ?
Il n’y avait aucune chance qu’il y arrive aussi facilement.
Les deux Créatures démoniaques couvraient leurs failles avec une grande adresse.
Que faudrait-il pour briser leur coordination ?
La Foudre noire de Ragna.
Ça marcherait. Est-ce que sa propre foudre blanche pourrait faire quelque chose de semblable ?
Non. Il le sut dès qu’il se posa la question.
Enkrid détourna les yeux du combat d’Aoara. Tant qu’elle les retenait, il avait son propre travail à faire.
Screu-screu.
Des cris sinistres se mêlaient au bruissement précipité des pattes sur le sol, les uns après les autres.
La horde d’araignées qui avançait dans l’obscurité était terrifiante à regarder.
Enkrid décida d’abattre son épée sur cette horreur.
Paf. Crac.
La lame d’Aker s’abattit droit à la verticale et fendit le crâne d’une araignée dont le sommet arrivait au sternum d’Enkrid.
Rem l’aida à ses côtés. Sa hache accomplissait la même besogne.
Ruagarne évalua la situation, puis prit la parole.
« On tient bon. C’est tout. »
À ces mots, le visage de Dunbakel s’éclaira de soulagement.
Enkrid entendit les cris des soldats, qui avaient accepté comme une évidence que les flèches continueraient de faire des victimes.
« Oa ! »
Romen lui en avait parlé la veille au soir.
Ce cri. Le « Oa » d’Aoara.
C’étaient les gens qu’Aoara, la chevalière, protégeait.
Ceux qui vivaient dans une ville bâtie sur sa foi.
Si la chevalière Aoara se battait pour eux, eux aussi se battaient pour Aoara.
Et pour la ville.
Enkrid abattit quatre Créatures démoniaques et laissa son regard dériver un instant vers l’avant.
Il suivit une sensation. Un instinct. Comme si quelque chose lui avait soufflé que quelqu’un devait regarder devant lui.
Quelque chose sortait de la forêt. Une Créature démoniaque à la silhouette différente de toutes les araignées.
Elle avançait entre les arbres gris de la Terre Maudite, foulant le sol noir.
« Jerix, tu es vraiment venu préparé. »
Aoara lança ces mots, saisissant une ouverture entre deux parades contre Arachne et l’Homme-ours.
Les deux Créatures démoniaques variantes reculèrent un instant et s’immobilisèrent.
« Tu en avais vraiment après moi ? »
demanda Aoara.
Une Goule ne répondrait pas.
Et Aoara sourit.
Enkrid ne comprenait pas tout, mais il avait saisi une chose.
Ils perdaient du terrain.
Jerix. Son ancien mari. Le monstre qui entretenait la Terre Maudite.
La Créature démoniaque qu’Aoara voulait tuer plus que toute autre.
Si elle le tuait, la Terre Maudite perdrait son pouvoir. Elle avait dit que la Terre Maudite ressemblait à une gigantesque Colonie.
Et pourtant, il était sorti.
C’était un pari.
Quand les coïncidences s’accumulent, elles deviennent une fatalité.
Aoara qui déchirait sans cesse la Terre Maudite.
Un monstre capable de se servir de son cerveau.
Les Deux Lunes Rouges.
Le nombre de Créatures démoniaques rassemblées.
Du point de vue des Créatures démoniaques, il n’y avait qu’un moyen de mettre fin à la menace.
Tuer Aoara.
Toutes les coïncidences avaient convergé vers ce jour.
Le regard d’Enkrid se posa enfin sur la Goule.
Sa peau était bleue. Sa bouche était déchirée. À la place du nez, un trou. Ses yeux noirs n’avaient pas de pupilles.
Ses bras pendaient le long de son corps, et ses ongles avaient poussé jusqu’à faire une demi-empan. La peau de ses bras semblait anormalement dure, comme une armure.
On aurait presque dit qu’elle portait des épées.
Il observa la posture de la Goule.
Elle marchait autrement que toutes celles qu’il avait vues, et semblait prête à utiliser ses deux bras comme des lames.
Pire encore, la pointe de ses ongles était enduite d’un venin capable d’empoisonner un chevalier au moindre effleurement.
Ses ongles étaient sombres, comme couverts de suie — rien à voir avec la peau pâle de ses bras.
Ils étaient assez noirs pour engloutir la lumière des Deux Lunes Rouges.
La conclusion sautait aux yeux. La posture de la créature trahissait un entraînement à l’escrime.
« La Terre Maudite fait évoluer les Créatures démoniaques. »
Ruagarne prononça ces mots.
Enkrid ne comprenait pas vraiment pourquoi, mais il avait vu le résultat de ses propres yeux et reconstituait ce qui avait dû se passer.
Une Goule était née dans la Terre Maudite.
Elle avait observé les humains. Elle avait cherché la bagarre. Elle avait survécu de justesse.
Aoara avait dit qu’elle avait manqué Jerix à trois reprises.
À chaque fois, il était devenu plus fort. À chaque fois, il était devenu plus rusé.
Cette route s’achevait ici.
Une Créature démoniaque évolutive.
Une Créature démoniaque qui s’entraînait.
Le coin de la bouche de la Goule se releva.
Elle avait même volé le sourire d’Aoara.
Graaaaaahh !
Elle éclata de rire. C’est ainsi qu’Enkrid l’entendit.
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