Chapitre 431
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 431 : Deux jours suffisent
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Audin examina le Sceau d’interdiction qui entravait son corps en plongeant son regard au fond de lui-même.
Bientôt, une image se forma dans son esprit : des chaînes dorées enroulées étroitement autour de tout son corps. Avec le temps, il avait puisé un peu de pouvoir divin ; les minces bandes de tissu qui recouvraient les chaînes étaient donc usées et en partie effilochées, mais les chaînes, elles, étaient toujours là.
Les chaînes lui appartenaient, tandis que le tissu qui les recouvrait était un sceau apposé par d’autres.
Lorsqu’il inspecta de nouveau le sceau, pour la première fois depuis longtemps, les souvenirs du passé déferlèrent sur lui comme un torrent.
C’étaient des moments auxquels il avait délibérément refusé de penser.
« Protéger des hérétiques, et tu appelles ça le devoir d’un inquisiteur ?! »
Tout d’abord, il entendit la voix d’un évêque déchu qui hurlait de rage.
« Nous t’avons fait confiance parce que tu croyais au Dieu de la Guerre. Ha ! »
Les paroles d’un autre prêtre lui revinrent également en mémoire.
« Qu’est-ce que tu vas faire ? »
Il y avait aussi l’homme qui l’avait instruit et guidé jusque-là.
L’ancien pape, qui ne voyait pas, mais affirmait pouvoir entrevoir l’avenir des gens.
Il avait quitté le siège pontifical dix jours à peine après y avoir accédé.
« Ce n’est pas ma place, mes frères et mes sœurs. »
Après avoir renoncé à son autorité, il avait confié à Audin, en secret :
« Si je restais sur ce siège, j’avais l’impression que je ne vivrais pas longtemps. »
C’était une raison absurde, mais il avait ajouté que c’était la conclusion à laquelle il était arrivé après avoir deviné son propre avenir.
Ces souvenirs s’entremêlaient, mais Audin n’avait pas su répondre facilement à l’homme qui lui avait témoigné une affection paternelle, alors qu’il n’avait pas de famille de sang.
C’était arrivé juste après qu’il était devenu un pécheur pour avoir manqué à son devoir d’inquisiteur.
« Alors, tu ne sais vraiment pas quoi faire ? »
« C’est exact. J’ai perdu mon chemin. »
Audin avait répondu à genoux.
« Un berger qui a perdu son chemin n’a qu’une seule place où aller. »
L’ancien pape, cet homme qui avait été comme un père pour lui, avait parlé d’un ton sévère.
« Tu dois descendre, dans la prison souterraine enveloppée de ténèbres. »
Audin avait répondu à nouveau.
Celui qui jugeait le péché était le Dieu des Balances, qui régnait sur le soleil et la lune.
Lorsqu’on péchait, on comparaissait devant le Dieu de la Guerre, qui rendait son jugement.
Et ceux que le Dieu de la Guerre punissait étaient emprisonnés dans la prison souterraine.
C’était un élément de la doctrine. C’était aussi écrit dans le texte sacré.
Audin servait le Dieu de la Guerre, tandis que l’ancien pape servait le dieu à deux visages.
L’un de ses visages était le gardien de la prison bâtie par Dieu, ainsi que le dieu de l’amour. L’autre était le dieu du jugement, symbole d’éclat et de sainte radiance.
Le texte sacré disait que ces deux divinités semblaient totalement opposées, mais qu’elles n’en formaient à l’origine qu’une seule.
Un dieu était descendu dans les profondeurs, jusqu’à la prison, afin d’y répandre un amour pur.
Il avait laissé sa propre lumière à la surface, dans son corps, pour que le monde d’en haut puisse encore être illuminé.
Ainsi, l’un de ses visages était devenu le gardien de la prison souterraine, symbole des ténèbres et de l’amour, qui accueillait les pécheurs.
L’autre était devenu celui qui punissait les pécheurs par l’éclat et la sainte radiance.
« C’est toi qui guideras la lumière de l’éclat. »
Ces paroles poussèrent Audin à devenir celui qui punissait l’hérésie.
Le Dieu de la Guerre lui avait accordé un corps exceptionnel.
Audin était devenu prêtre de bataille alors qu’il était encore prêtre novice. Naturellement, il s’était également distingué durant ses années de prêtre de bataille.
« Tu es probablement le premier à avoir étudié aussi profondément la lutte de style Valaf et à l’avoir vraiment comprise. »
Son talent hors du commun l’avait conduit tout droit au pouvoir divin.
La lumière de l’éclat et la sainte radiance étaient descendues dans son corps par l’intermédiaire du dieu du combat et de la guerre.
« C’est un miracle ! »
Personne ne s’était retenu de le dire. Tous l’avaient béni.
Alors qu’il s’entraînait pour devenir chevalier sacré, Audin fut nommé inquisiteur.
« Prie là-bas, et aiguise-y ton corps et ton esprit. »
Telles étaient les paroles d’un archevêque. Avec ses yeux étrangement fendus et son visage d’allure répugnante, il avait ordonné à Audin de devenir un juge chargé de punir les hérétiques.
Audin avait fait exactement cela.
En tant qu’inquisiteur, il avait choisi de punir les gens par la lumière de l’éclat et la sainte radiance.
Puis, au cours d’une mission, il avait puni pour ses péchés le fils caché d’un évêque et lui avait ôté la vie.
Après cela, il s’était occupé de plusieurs autres affaires.
Puis, dans une petite ville où il était arrivé sur ordre d’un évêque, Audin avait commencé à douter.
Un homme accusé d’hérésie s’était immolé pour prouver son innocence.
En le regardant brûler, Audin avait instinctivement senti que quelque chose clochait.
Mais qu’est-ce qui clochait ?
Était-ce lui, parce qu’il croyait en Dieu ?
Ou le temple, qui s’était corrompu ?
L’archevêque, ivre de pouvoir ?
L’homme qui prétendait voir l’avenir et avait abandonné le siège pontifical ?
Ou bien…
« Devrais-je accuser le dieu qui a donné de la force à quelqu’un d’aussi imparfait que moi ? »
Non, ce ne pouvait pas être ça. Il n’avait simplement pas compris la volonté du Seigneur Père.
Il se mit à errer. Sa foi vacilla. Les fondations mêmes qui avaient fait de lui ce qu’il était, la pierre angulaire elle-même, se fissurèrent et s’effondrèrent.
Son rêve se brisa : celui de devenir un chevalier sacré, de se tenir en première ligne pour détruire le mal, d’envoyer les démons auprès du Seigneur et d’anéantir la méchanceté.
La tour bâtie sur la foi s’écroula ainsi.
« Si tu détestes punir par l’éclat, alors va dans les ténèbres et cache-toi. »
Suivant les paroles de celui qu’il considérait comme un père, et parce qu’au fond il ne voulait tout simplement plus rien faire, Audin s’imposa un Sceau d’interdiction.
Comme si cela ne suffisait pas, plusieurs autres détenteurs de pouvoir divin ajoutèrent des sceaux sur son corps.
« Je suis désolé, mon frère. »
L’un de ses frères aurait même donné sa vie à sa place.
« Pourquoi as-tu fait ça ? »
Il y avait aussi une sœur qui avait ri avec lui la veille encore et qui, à présent, le regardait avec haine.
Audin accepta les sceaux sans chercher la moindre excuse, renonça à son poste et quitta le temple.
En partant, il se rappelait encore très clairement ce que le père évêque lui avait dit.
« Le jour où ton chemin s’éclaircira, tu avanceras de toi-même. »
« Est-ce une prophétie ? »
« Quelle prophétie ? Je vais être honnête. Je ne peux pas prophétiser. C’est une supposition, une prédiction. Si je deviens pape d’un temple où davantage de gens me détestent qu’ils ne me suivent, il est évident que quelqu’un essaiera de me tuer. »
C’était la confession du père évêque.
« Je ne peux pas connaître chaque recoin du cœur d’une personne, mais j’en ai assez vu pour en comprendre une partie du tien. Si tu préfères croire qu’il s’agit d’une prophétie, libre à toi. Ça m’est égal. Je ne fais que dire le peu que je sais. Le jour où tu avanceras de toi-même, Dieu gagnera le bouclier le plus solide qui soit pour protéger son enfant. »
Sur ces mots, le père évêque s’était détourné. Six mois plus tard, il avait été accusé d’hérésie et lapidé à mort. Le seul pouvoir divin qu’il possédait se limitait à de simples techniques de guérison.
Audin avait appris la nouvelle six mois après les faits.
À peine l’eut-il entendue qu’il ne put contenir la rage bouillonnante en lui.
Il voulait courir au temple sur-le-champ et les massacrer jusqu’au dernier.
Mais il ne le pouvait pas.
Cela aurait signifié arracher sa dernière racine, la brûler, puis verser de l’eau dessus jusqu’à ce que même les cendres disparaissent.
Et ce n’aurait pas été ce que souhaitait le père évêque.
« Seigneur. Dois-je mourir en silence comme ça ? »
Il savait pourquoi il était là : il avait tué le fils caché de l’évêque.
Il savait pourquoi il était là : il était devenu inquisiteur, puis avait échoué à punir l’hérétique désigné par le temple.
Audin savait tout cela.
Pourtant, il ne faisait rien de ses mains. Il ne le pouvait pas. Ses mains ne savaient que frapper et briser.
Au fil de ses errances, il avait fini par s’installer dans l’Escouade des Fauteurs de troubles.
Au moment où il avait tout abandonné, il avait rencontré quelqu’un qui, lui, n’avait rien abandonné.
Cet homme avait survécu face à des chevaliers, surmonté des guerres, mené une guerre civile à la victoire et n’avait pas renoncé même face à un démon.
Il avait même poussé le Roi de l’Est à venir le voir en personne.
Audin y avait longuement réfléchi.
Pouvait-il choisir de ne pas renoncer, tout en gardant ses Sceaux d’interdiction ?
Audin avait essayé de rêver à nouveau le même rêve.
Il deviendrait le bouclier et l’épée éclatants qui détruiraient le mal, le poing qui agirait à la place de Dieu.
Il voulait de nouveau accomplir le devoir qui lui avait été confié et suivre le chemin tracé devant lui, mais un problème demeurait.
Il avait prêté serment en apposant le sceau et ne pouvait pas rompre cet engagement à sa guise.
De plus, personne au temple, à l’heure actuelle, n’approuverait qu’il lève le sceau.
Les souvenirs du passé s’entremêlèrent jusqu’à le ramener à la question qu’il avait toujours enfouie dans son cœur.
Un monastère isolé, à Legion, la ville du pouvoir divin.
Il était né sans parents.
« Pourquoi suis-je né ? »
Audin s’était posé cette question d’innombrables fois. À quoi servait ce corps inutilement immense ?
Même après avoir obtenu le pouvoir divin, la question n’avait pas changé.
Était-il né pour tuer les ennemis du temple, que l’on appelait hérétiques ?
Cela ne pouvait pas être ça.
Je deviendrai un poing qui détruira le mal.
Il s’était fixé cet objectif, mais il y avait eu un temps où il n’avait pas pu le devenir.
Il rejeta cette époque derrière lui. Il mit le passé de côté un instant et tourna son regard vers un nouveau soleil, vers le lendemain qui arrivait plutôt que vers aujourd’hui, déjà révolu.
« Qu’as-tu dit vouloir faire en tant que chevalier ? »
Audin posa la question, et Enkrid répondit :
« Je veux bâtir un monde de ce genre : des champs de bataille où les enfants n’ont pas à avancer, des chevaliers qui restent fidèles à la chevalerie, un monde qui respecte ce qui est juste. »
Ah. Le jour où il avait entendu cette réponse, Audin avait pleuré. Pour que personne ne le remarque, il avait prié et pleuré dans un coin, derrière les baraquements.
Jaxon et quelques autres l’avaient vu, mais avaient fait comme s’ils n’avaient rien remarqué.
Ce n’était pas la première fois qu’Audin pleurait en priant.
Alors qu’il priait ainsi, Teresa s’était approchée de lui. Elle avait patiemment attendu qu’il termine, puis avait pris la parole.
« Je pense que mon corps et mon talent sont insignifiants. J’ai essayé d’apprendre des chants pour maîtriser mon cœur, mais ce n’est pas facile. »
« Pourquoi veux-tu aller plus loin ? »
« Parce que je veux suivre un chemin que je crois juste. Et je pense que ce chemin se trouve aux côtés de cet homme. Par-dessus tout, je brûle du désir de protéger cet endroit. »
« Je vois. »
« Oui. Je veux faire mes preuves en me mesurant à lui, et aider cet homme à poursuivre son chemin. »
Se fixer un but et l’accomplir : voilà la plus grande lumière qu’une personne puisse posséder.
Ce n’était peut-être pas une lumière sainte, mais elle ne s’éteindrait pas.
Après avoir récité quelques paroles du texte sacré, Audin hocha la tête.
« J’ai appris que vous aviez sélectionné quelques membres. Commençons ensemble un véritable entraînement. »
Audin le dit. Après lui avoir confié ses inquiétudes, Teresa le regretta un très bref instant.
Rien que d’entendre ces quatre mots — un véritable entraînement — lui donna une idée de ce qui l’attendait.
L’entraînement serait sans doute si brutal qu’elle aurait mieux fait d’être enfermée dans la prison souterraine.
Tout cela était arrivé alors qu’elle formait une unité, après avoir reçu l’ordre de choisir des croyants grands et robustes.
Et Audin comprit qu’un des sceaux qui l’enserraient dans son esprit venait de se briser.
« La parole du temple est la vérité absolue ; ne va donc jamais à son encontre. »
Il lui faudrait alors se rendre au temple et modifier un peu cette vérité.
Au besoin, il devrait lever le sceau.
Mais, tant qu’il n’aurait pas reçu l’autorisation, il ne le ferait pas de son propre chef. C’était là le signe de la foi qu’Audin conservait encore.
Même s’il devait mourir, il ne lèverait pas tous les sceaux.
Il ne les lèverait qu’après avoir dit au temple ce qui était juste.
Même si c’était difficile et devait lui coûter la vie, il le ferait quand même.
Parce qu’un homme avait pleinement incarné son rêve, la vie d’un autre en avait été changée.
* * *
Ragna s’endormit et, dès qu’il se réveilla, remarqua le changement.
« L’air froid. »
L’air qui entrait et sortait de ses poumons.
Les feuilles mortes.
La poussière qui flottait dans l’air.
Tout lui paraissait plusieurs fois plus net qu’auparavant.
Il avait même l’impression qu’en tendant la main, il pourrait arracher la hache à ce barbare idiot assis au loin.
Elle se trouvait à près de vingt pas, mais cela lui semblait tout de même possible.
Ragna libéra sa Volonté et referma le poing sur le vide.
Bien sûr, à moins de posséder un pouvoir surnaturel ou de la magie, une hache posée au loin n’allait pas bondir dans sa main.
Mais au moment même où il mima le geste de tendre le bras et de saisir quelque chose, Rem agrippa fermement le manche de sa hache.
Tout se passa presque simultanément.
Rem, qui avait réagi au geste de Ragna, regarda le cinglé de fainéant et lança :
« Espèce de taré, éloigne-toi de moi, bordel. »
On aurait dit qu’il avait lu dans les pensées de Ragna. Mais cela signifiait aussi que la tentative de Ragna avait échoué.
« Ça ne marche pas. »
Il avait l’impression que tout était possible, mais bien des choses ne l’étaient pas.
Il avait compris quelque chose et franchi un mur, mais il y avait trop de choses à examiner une par une.
Ragna se rappela le duel entre le Roi de l’Est et Enkrid.
Enkrid avait résisté à la force d’un chevalier sans reculer d’un seul pas.
Le roi s’était beaucoup retenu. Ce n’était pas tout à fait un combat d’entraînement, mais cela s’en rapprochait. Il avait aidé Enkrid à mobiliser toute sa force.
Ragna avait tout vu.
Il avait vu — non, senti — la force émanant de l’arme du roi se déverser sur l’épée d’Enkrid et s’y accumuler.
« Est-ce que je peux rassembler ma Volonté et la manifester dans le monde réel ? »
Par exemple, pouvait-il ignorer la distance physique et tirer à lui la hache de Rem, là où il était assis ?
« Je peux. »
Pour cela, il devait avancer et réduire la distance.
Il ne pouvait pas y parvenir en gardant les pieds immobiles et en tendant simplement la main.
Ragna comprit naturellement aussi le principe de la Pression.
Ce n’était pas quelque chose qu’on obtenait en fixant quelqu’un d’un regard chargé d’esprit combatif et d’intention meurtrière.
C’était la manifestation de la Volonté sous forme de phénomène.
Autrement dit, on parlait à son adversaire par la Volonté.
Une épée à la ceinture, une lance dans le dos, une fourchette pour piquer et manger un steak.
Quel que soit l’objet qu’on tenait, on faisait comprendre à son adversaire qu’on pouvait le tuer avec.
« Non, une Lame à une main suffit. »
On imaginait le mouvement et on le faisait discrètement comprendre à son adversaire.
Alors, l’instinct de survie lui crispait les mains, les pieds et le cœur.
Voilà ce qu’était la Pression.
À un moment donné, Ragna s’était retrouvé dans le réfectoire à la mettre à l’épreuve avec une fourchette.
Il l’avait essayée une fois sur Rem.
« Ce connard a perdu la tête ? »
Rem le fusilla du regard, la rage d’un barbare dans les yeux.
« Mon frère, je vous en prie, maîtrisez-vous. »
Audin le dit en souriant, même si une petite veine saillait sur son front.
Dunbakel poussa un cri et recula.
Teresa fronça les sourcils et récita discrètement un passage du texte sacré. En même temps, elle rapprocha subrepticement son plateau pour s’en servir de bouclier.
Ce type nommé Ropord tint bon juste à côté, tout tremblant. De la sueur froide lui coulait sur le visage et gouttait sur son plateau.
« Tu vas finir par tuer quelqu’un, à agir comme ça. »
C’était un camarade des Bergers du Désert. Il tira discrètement un peu son épée du fourreau.
Une lame noire apparut. C’était l’épée nommée Tueur d’idoles. Ragna sentit quelque chose se déposer également sur cette épée.
On disait qu’elle rongeait les âmes. C’était une épée qui tranchait la Volonté incarnée par les êtres.
Il sentit une présence, sans pouvoir déterminer exactement ce qu’elle renfermait.
Pour le savoir, il aurait dû s’en emparer et la manier lui-même.
Après cela, ce fut au tour de Grands Yeux.
Kraiss, toujours aussi inconscient de tout, se contenta de dire : « Il ne fait pas un peu froid, aujourd’hui ? »
« Certains réagissent vivement. »
D’autres non.
Cela permettait-il d’évaluer le talent, ou peut-être les compétences ? C’était possible.
À part pour manger et dormir, Ragna se consacra entièrement à manier son épée.
Le Roi de l’Est avait eu raison avant de partir.
Il devait maintenant choisir la bonne voie.
Il se sentait tout-puissant, comme s’il pouvait tout faire, mais pour y parvenir, il fallait suivre un processus.
Pouvait-il fendre une montagne d’un coup d’épée ?
Aucun coup d’épée ne pouvait fendre une montagne d’un seul trait.
« Mais je peux tuer le mage qui essaiera de fendre cette montagne avec sa magie. »
Il distingua ce qu’il pouvait faire de ce qu’il ne pouvait pas faire, et prit conscience des deux.
Pour cela, il reprenait chaque jour l’entraînement de ses fondamentaux.
Il faisait travailler son corps sans relâche jusqu’à être trempé de sueur ; le soir venu, il se mettait alors à ronfler bruyamment en dormant.
Après plusieurs jours à répéter la même chose, Enkrid défit les bandages étroitement enroulés autour de sa main et demanda :
« Quand seras-tu prêt ? »
Il voulait dire qu’il avait envie de se battre.
Ragna s’observa un instant, puis répondit :
« Deux jours suffisent. »
Ça devrait aller. Pour l’instant, il lui était même difficile de maîtriser sa force, mais deux jours suffiraient.
Son talent était insensé.
Même si la plupart des gens franchissaient le mur et mettaient un pied dans le domaine des chevaliers, il leur fallait au moins trois mois, parfois six, pour stabiliser de nouveau leur corps. Mais Ragna était différent.
Même quinze jours, c’était long pour lui.
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