Chapitre 404
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 404 : Quand la résolution devint volonté et resplendit
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« On dit souvent qu’il faut un talent écrasant pour devenir chevalier. Mais si on creuse un peu, qu’est-ce que ça veut vraiment dire ? »
Rierbart frappa le sol de son bouclier, s’y appuya et se redressa. Les sourcils froncés, il se força à bouger malgré la douleur.
Le sang rouge ruissela le long de la pointe de Spark, qui pendait vers le sol, puis goutta.
Enkrid ne se précipita pas tout de suite sur lui.
Pourquoi ? Son instinct lui disait que l’homme n’en avait pas fini.
Avec une blessure aussi profonde, il aurait dû être incapable de tenir debout.
Pourtant, cette impression persistait, et Enkrid se sentait aussi intrigué par les paroles de Rierbart. Il marqua donc une pause, et Rierbart poursuivit.
« Les chevaliers juniors maîtrisent des techniques fondées sur la Volonté. Mais les chevaliers, alors ? Sont-ils différents ? »
Son ton était calme, mais une détresse désespérée perçait en dessous.
Le sang coulait à flots du ventre de Rierbart. Il gémit entre ses dents serrées, mais finit tout de même par se redresser.
« Oui, ils sont différents. Vraiment différents. Ils sont plus rapides et plus forts. Comme ce coup vertical que tu as porté tout à l’heure : ils peuvent libérer en un instant une puissance qu’il est difficile d’encaisser. »
Enkrid faillit se frotter les yeux. Le sang qui s’écoulait de Rierbart semblait devenir plus sombre et plus trouble.
Et ce n’était pas tout.
Un instant auparavant, il grimaçait de douleur. À présent, son visage semblait beaucoup plus détendu.
Ce n’était pas feint. Il ne se forçait pas à sourire. Il avait réellement l’air d’aller mieux.
Enkrid observa cette étrange manigance sans parvenir à la comprendre.
« Ah, tu le savais aussi ? Malten avait une meilleure technique que moi, Benukt était plus fort que moi, et l’agilité de Banat dépassait ce qu’un humain pouvait suivre. »
Rierbart se mit à citer ses compagnons. Enkrid ne connaissait pas tous ces noms ; plutôt que de répondre, il brandit son épée. Il prit appui avec force et s’avança d’un pas, en portant un coup diagonal. Il rengaina Spark et saisit Silver à deux mains.
Boum !
Rierbart déploya une force égale à celle d’Enkrid et dévia la lame.
L’acier s’entrechoqua dans un fracas tonitruant, et de violentes étincelles jaillirent entre eux.
Qu’est-ce que c’est que ça ?
Le choc de l’impact suffit à engourdir les mains d’Enkrid.
Ils échangèrent ce coup, puis se séparèrent. Enkrid vit alors Rierbart fendre l’air de son épée, comme s’il reproduisait exactement la trajectoire de l’instant précédent. Il la tenait d’une seule main. Il avait paré de cette main le coup porté à deux mains par Enkrid.
Il répétait le mouvement sans cesse, comme s’il s’habituait à une épée tout juste achetée.
Coup diagonal, coup vertical, coup horizontal, estoc.
Des mouvements simples et élémentaires, mais leur puissance n’avait plus rien à voir avec celle d’avant.
Fouish.
La lame s’abattit tout droit, parfaitement perpendiculaire au sol, et le souffle de son passage effleura la joue d’Enkrid.
« Voilà ce que je veux dire. »
À ces mots, le sang qui s’écoulait de son flanc se mêla à une noirceur et devint rouge sombre, presque noir, avant de s’arrêter rapidement.
La barbe de Rierbart s’allongea sur son visage et s’aiguisa comme des épines. Les fins poils de son visage poussèrent eux aussi, jusqu’à commencer à le recouvrir.
Pourtant, la couleur de ses yeux ne changea pas. En revanche, le regard froid qu’Enkrid avait vu au début avait disparu.
Une chaleur brûlante emplissait maintenant ses yeux. Une flamme qui évoquait le massacre et la luxure.
Pas une passion pure. Une émotion tordue, déformée, laide.
« Il suffit d’élever toutes ses capacités au niveau d’un chevalier. »
Rierbart le déclara.
Il n’avait pas tort.
Si l’on rattrapait les chevaliers dans tous les domaines — physique, vitesse de réaction, puissance, explosivité et le reste — et qu’on les affrontait d’égal à égal, n’était-ce pas une voie possible pour devenir chevalier ?
Des poils couvrirent le corps entier de Rierbart.
Un peu plus tôt, il était humain. À présent, il ne l’était plus.
Il en voulait au monde de l’avoir poussé jusque-là. C’était pour cela qu’il voulait raconter son histoire. Expliquer pourquoi il n’avait pas eu d’autre choix que d’aller aussi loin, et pourquoi il avait fait tout cela.
Il voulait le dire.
Il ne pouvait plus se retenir. Chacun connaît ces moments où l’on brûle de faire entendre son histoire à quelqu’un.
Pour Rierbart, ce moment était arrivé.
Celui qui l’avait vaincu se tenait devant lui, un homme qu’il jugeait pétri de talent.
Il ne connaissait pas Enkrid et en conclut que son adversaire n’avait atteint ce niveau que grâce à son talent.
Autrement, cela n’avait aucun sens.
Alors il parla.
Ses bras et ses mains étaient couverts de fourrure. Il laissa pendre sa main armée et ouvrit la bouche. Sa mâchoire avait un peu changé, mais pas au point de l’empêcher de parler.
Au début, il avait eu beaucoup de mal à s’y habituer. Mais ce n’était plus le cas.
« Certains doivent risquer leur vie pour devenir chevaliers. Mais si la mort est certaine, doivent-ils quand même suivre cette voie ? »
Il était arrivé au bord d’une falaise ; il ne lui restait qu’à sauter. Devait-il le faire malgré tout, en sachant qu’il mourrait ?
« Un pas qui ne coûte rien à quelqu’un d’autre m’a coûté la vie. »
Les paroles de Rierbart n’exprimaient que du ressentiment.
« Si tu franchis un mur une fois, par chance, est-ce que tout est terminé ? Non. Ce n’était pas le cas. Je devais le franchir encore et encore. De nouvelles falaises ne cessaient d’apparaître. Alors j’ai abandonné. »
Cela aurait pu ressembler à de l’autojustification. Après tout, Enkrid était arrivé jusque-là sans talent.
À tous égards, Rierbart avait eu plus de talent que lui.
Son adversaire déversait son amertume, sa douleur et son désespoir. Il accusait son manque de talent et maudissait le monde.
Parfois, il avait sans doute maudit la Déesse de la Fortune.
Parfois, il avait sans doute maudit le destin.
Voilà où il en était maintenant.
Et pourtant, rien de tout cela ne semblait faux à Enkrid.
Rem avait sa propre voie.
Ragna avait la sienne.
Jaxon avait la sienne.
Audin avait la sienne.
Dunbakel, Teresa, Esther, Andrew.
Chacun suivait simplement sa propre route.
Et Enkrid n’avait que la sienne.
Le simple fait que quelqu’un chante une chanson de désespoir bâtie sur le talent n’obligeait pas Enkrid à en suivre le rythme.
Il ne qualifia donc pas cela de mensonge.
Il n’éprouva donc aucun ressentiment.
Il ne laissa donc paraître aucune émotion envers son adversaire.
Rierbart se sentit offensé.
Après de telles paroles, l’autre aurait dû réagir d’une manière ou d’une autre. En général, les gens avaient deux types de réactions.
Cela ne lui était-il pas arrivé maintes fois ?
Une fois habitué à ce pouvoir, il avait traqué un à un ceux qui l’avaient vaincu autrefois et les avait tués.
« C’est de la triche. »
Certains l’avaient dit, et ces mots avaient apaisé la torsion dans le cœur de Rierbart.
Oui, de la triche.
Le talent lui-même était une tricherie ; alors, n’était-ce pas juste, lui aussi ?
« Comment quelqu’un comme toi a-t-il pu choisir ça ? Quel choix stupide. »
D’autres avaient condamné ce pouvoir, le qualifiant de faux.
Non. Le pouvoir était la vérité.
À présent, parle.
Même si un chevalier se présentait, pouvait-il vraiment prétendre qu’il le surpasserait, maintenant ?
Rierbart avait éprouvé les limites du talent et transformé son propre corps.
C’est ainsi qu’il s’était emparé de la puissance d’un chevalier.
« Chaque Chimère était une expérience pour moi. »
Rierbart le dit.
Enkrid ne prit pas la peine de répéter ce qu’Esther lui avait raconté.
Des choses comme le fait que le comte n’avait jamais fait ça pour ton bien, et d’autres détails du même genre.
De toute façon, Rierbart ne l’écouterait pas.
Et même s’il l’écoutait, rien ne changerait.
Enkrid leva son épée.
À travers ses cheveux noirs, Rierbart fixa les yeux bleu vif de Yeux Bleus.
Toujours aussi droits. Toujours tournés vers l’avant, toujours en marche.
Rierbart voulait lui arracher ces yeux. Il les haïssait.
Plus il les regardait, plus il se sentait mal à l’aise. C’était comme s’ils condamnaient sa voie, comme si elle était mauvaise. Cela le blessait davantage que les paroles de tous ceux qui le lui avaient dit ouvertement, comme un fouet qui entaillait plus profondément.
Alors il le tuerait.
Il le tuerait.
« Mon seigneur m’a accordé ce pouvoir. »
Enkrid réajusta sa prise et inclina son épée.
Après la transformation de Rierbart, la pression qui émanait de lui avait changé.
La force qui écrasait les épaules d’Enkrid n’était plus la même.
La pression du chevalier d’Azpen lui avait fait l’effet de cordes s’enroulant autour de tout son corps. Celle de Rierbart ressemblait à de violents blocs de fer qui lui broyaient les épaules.
« Et c’est ainsi que je suis devenu chevalier. »
Sa déclaration tomba. La pression doubla.
Enkrid ne recula pas.
Son adversaire parlait de chevaliers, tandis que lui était toujours au niveau d’un chevalier junior.
Et alors ?
Qu’est-ce que ça changeait ?
Même ainsi, il gagnerait.
Même ainsi, il ne perdrait pas.
La résolution devint Volonté et resplendit.
Fouish.
On aurait dit qu’il avait plié l’espace. L’épée de Rierbart s’abattit, fine comme un fil.
Enkrid frappa vers le haut de sa lame. Le timing était d’une précision extrême. S’il avait manqué son coup, être coupé en deux aurait été le moindre de ses malheurs.
Les deux épées se heurtèrent, et une déflagration éclata.
Boum !
Enkrid sentit son corps s’enfoncer dans le sol. Ses genoux tremblèrent.
Non, ce n’était qu’une impression. Rierbart avait concentré sa pression dans son attaque.
Enkrid arracha ses pieds à la terre où ils s’étaient enfoncés et dressa son épée à la verticale.
Comme s’il avait attendu cela, l’épée de Rierbart s’écrasa sur le plat de sa lame.
Clang ! Crac.
Une fissure traversa Silver en son milieu.
L’épée de Rierbart ressemblait toujours à un fil.
Ce fil allait vite et se brouillait. À l’instant où il le touchait, le choc redoublait et martelait tout son corps. Malgré tout, il pouvait le bloquer. Il pouvait réagir.
Boum ! Boum ! Boum !
Il abattit Silver sur la lame qui s’approchait. Il l’affronta de plein fouet. Il para, encore et encore.
À la place d’Enkrid, n’importe qui aurait abandonné depuis longtemps.
Rierbart avait dit vrai.
Grâce à son corps de Chimère, il avait largement dépassé les limites humaines.
Et il croyait avoir acquis la puissance d’un chevalier.
Enkrid continua de recevoir ses coups.
De justesse, mais il tenait bon.
Après avoir vu Silver se fendre, il passa à Gladius. Sa lame épaisse et solide témoignait du véritable savoir-faire des nains. Même après des parades répétées, elle ne se brisait pas facilement.
Le fil se courba et visa son épaule. Enkrid leva son épée et frappa en diagonale, comme pour porter un coup.
S’il se contentait de parer, il finirait repoussé. Il devait donc répondre aux coups par des coups. Il l’avait appris lors de son précédent combat contre le chevalier d’Azpen.
Enkrid fit exactement ce qu’il avait appris.
Chaque échange entre attaque et défense se déroulait sur un pied d’égalité presque parfaite.
Puis, après plus de trente chocs d’épées et autant de parades à un cheveu près,
Rierbart recula d’un pas.
Il n’y avait pas de quoi s’étonner.
« Tu peux encaisser les coups d’un chevalier ? »
Un chevalier junior ? Impossible. Leur maîtrise de l’épée était différente. Leur vitesse et leur puissance aussi. Alors comment pouvait-il tenir bon ?
À ces mots, Enkrid porta rudement la main à son lobe d’oreille entaillé.
La blessure venait de la pointe de l’épée qui l’avait effleuré tandis qu’il esquivait et parait.
Le sang coulait le long de son cou.
Ailleurs aussi, son armure était cabossée et déchirée. Il ne portait pas de casque ; du sang coulait donc également de son cuir chevelu écorché, à travers ses cheveux.
L’assaut avait été sauvage. La lame se déplaçait avec une telle liberté qu’elle ressemblait à un fil. Malgré tout, il pouvait la bloquer.
Parce qu’elle était toujours plus facile à parer que les coups de Ragna.
Plus facile aussi que les moulinets de hache de Rem.
Plus facile que l’épée sans trace de Jaxon.
Plus facile à encaisser que les poings brutaux d’Audin.
Toutes ces expériences rendaient la tâche supportable.
Du moins, c’était ce qu’il ressentait à cet instant.
« Tu es vraiment un chevalier ? »
Enkrid lui retourna la question.
S’il était un véritable chevalier, ce ne serait pas la fin. Enkrid lança cette question, puis comprit quelque chose et reprit :
« Tu n’as jamais combattu de chevalier, pas vrai ? »
C’était la bonne réponse.
Rierbart avait craint la défaite et la mort. Il avait eu peur de constater l’écart de talent.
C’était pour cela qu’au fond de lui, il avait espéré affronter un chevalier cette fois-ci. Il croyait qu’il devait maintenant dépasser ses limites. Il croyait en être capable.
Enkrid l’avait compris.
Le dégoût dans les yeux de Rierbart se mua en rage.
Un simple chevalier junior osait le défier ?
Une fossette apparut au creux de sa joue tandis qu’Enkrid disait : « De là où je suis, tu n’arrives même pas à la cheville de Ragna. »
Qui était-ce ?
Rierbart ne posa pas la question. Il comprenait l’intention.
Ce salaud se moquait de lui en faisant comme lui tout à l’heure : il citait les noms de ses compagnons.
« Si Rem s’y met à moitié sérieusement, il t’attrapera aussi. Chevalier ? »
Enkrid releva la voix sur le dernier mot.
Rierbart en fut ébranlé jusqu’au plus profond de lui-même.
Si, après tout ça, il ne pouvait toujours pas devenir chevalier,
alors qu’était-il devenu après avoir renoncé à son humanité ?
Il avait emprunté cette voie en tuant sa propre famille et en massacrant tous ceux qui étaient liés à sa maison.
À commencer par sa fiancée, il avait livré plusieurs familles nobles à ses expériences.
Il avait offert en sacrifice chaque personne qui l’avait suivi jusqu’à l’autel.
Et maintenant, malgré tout cela, il n’était toujours pas chevalier ?
« Prends quelques coups de poing d’Audin. Ça te remettra peut-être les idées en place. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas te consacrer à un dieu ? »
Enkrid prononça ces mots en haletant, le bras tremblant.
Le dernier fil de raison auquel Rierbart se raccrochait céda.
« Je vais te tuer, puis traquer tous ceux que tu as nommés et les tuer eux aussi. »
À peine eut-il prononcé ces mots que Rierbart chargea avec une vitesse et une force deux fois supérieures à celles qu’il avait avant sa transformation.
Lorsqu’il arriva aux mots « tous ceux que tu as nommés », son épée s’abattait déjà pour fendre le crâne d’Enkrid.
Enkrid parvint à parer une nouvelle fois, de justesse.
Clang !
L’acier résonna sur le champ de bataille. Avant même qu’on s’en aperçoive, les spectateurs s’étaient attroupés. Alliés comme ennemis avaient interrompu le combat pour observer l’issue du duel.
Leur affrontement ne déciderait probablement pas de la guerre à lui seul.
Pourtant, personne ne pouvait détourner les yeux.
C’était un duel qui captivait les regards.
Un instant où une vie en rencontrait une autre et cherchait à prouver quelle voie avait été la bonne, et laquelle avait été la mauvaise.
Tous deux avaient tracé leur vie avec l’épée et étaient parvenus jusqu’ici grâce à elle. Il était donc naturel qu’ils se parlent par la lame.
Leurs épées s’entrechoquèrent de nouveau.
De nouvelles blessures apparurent sur le corps d’Enkrid.
Un coup lui arracha l’épaulière.
Une entaille s’ouvrit sur sa joue.
Des gouttes de sang jaillirent.
Un coup lui frôla la cuisse.
Même repoussé de la sorte, Enkrid gardait la même pensée en tête.
Esther avait dit qu’il ne pouvait pas perdre.
S’il perdait ici, il serait repoussé dans le temps et devrait recommencer depuis le matin.
Et s’il mourait, alors quoi ? Ce ne serait qu’une répétition de cette journée ?
S’il avait vécu en s’accrochant à cette idée, il serait depuis longtemps prisonnier d’un présent tout juste passable.
Je gagnerai.
Je ne perdrai pas.
La même résolution que toujours.
À nouveau, la résolution devint Volonté et resplendit.
Une nouvelle Volonté se manifesta.
C’était sa quatrième Volonté, après Refus, Volonté instantanée et Pression.
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