Chapitre 40
NOUS AVONS ESSAYÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 40 : Les étendards flottent et les soldats dansent l’épée (3)
Chaque jour, Enkrid apprenait la technique du Point de concentration auprès de Ragna, puis fonçait au cœur du combat. Voilà comment se répétait sa journée.
Les répétitions étaient innombrables. Même en affrontant la mort encore et encore, il lui semblait toujours être à deux doigts de maîtriser le Point de concentration.
‘Ne te précipite pas’, se dit-il.
Il changea de stratégie. Pour commencer, il essaierait de briser le mât de l’étendard.
Lorsque la bataille reprit, Enkrid réfléchit à la manière de limiter les pertes. Réfléchir et élaborer des stratégies comptaient parmi ses points forts.
Le brouillard retomba. Le Brouillard d’Annihilation. Enkrid ignorait le nom de cette sorcellerie, mais il savait qu’il ne devait pas se laisser submerger. Avant que le brouillard ne les enveloppe complètement et que Rem ait le temps de crier quoi que ce soit, il prit la parole.
« Tout le monde à terre ! »
Pris au dépourvu, tous obéirent. Même le chef d’escouade se baissa au son de cet ordre inattendu.
« Levez vos boucliers ! »
À son nouveau cri, ses compagnons levèrent leurs boucliers par réflexe. Sentant sa main gauche vide, Enkrid en ramassa un à son tour.
Il se baissa, tint son bouclier en diagonale et chargea. Plusieurs carreaux et flèches s’écrasèrent contre le bouclier.
Le bouclier imbibé d’huile fit parfaitement son travail.
‘J’aurais dû en prendre un plus tôt.’
Il lui était arrivé de charger pour recevoir un carreau ou une flèche avant même que le combat ne commence. À force, il était devenu habile à esquiver tout en réduisant la distance.
Tout en y repensant, il fonça. D’après son expérience, pour échapper aux effets du brouillard, il fallait se rapprocher de l’ennemi.
Enkrid ne fit pas autrement.
Alors qu’il courait, il prit soudain appui au sol et se jeta sur la gauche.
Ffff ! Ffff !
Des lances fendirent l’air à l’endroit où il se trouvait. Il avait mémorisé le schéma. Se mettre en danger de mort ne l’aiderait pas à atteindre le Point de concentration. Il devait lutter de toutes ses forces.
Enkrid s’y résolut. Après avoir esquivé la lance, il se rua sur l’ennemi.
Enfin, il aperçut son adversaire au-delà du brouillard. Son visage surpris, sous un casque de cuir arrondi, était clairement visible. Enkrid lui donna un coup de pied à la cheville.
« Gah ! »
Le soldat perdit l’équilibre et s’effondra. Enkrid lui fracassa le crâne avec le bord de son bouclier.
Crac !
On aurait dit du bois qui se fendait. Si le soldat survivait, ce serait par pure chance. En passant près de lui, Enkrid dégaina son épée longue. Il la balança largement, et les trois ou quatre ennemis qui approchaient furent pris de court. Enkrid traça rapidement son itinéraire dans son esprit.
Il avait revécu cette journée plus de trois cents fois. Il pouvait se repérer les yeux fermés. Il connaissait l’emplacement des mâts et la formation ennemie.
Du point de vue de l’ennemi, les mouvements d’Enkrid devaient sembler fantomatiques.
Ron, soldat du duché d’Azpen, fut stupéfait par les mouvements du soldat de Naurillia qui chargeait alors que le brouillard retombait.
Il était apparu brusquement sur la gauche, avait abattu trois ou quatre de ses camarades, puis s’était éclipsé d’un geste vif. On aurait dit qu’il s’était volatilisé.
En réalité, il s’était simplement accroupi.
« Argh ! »
« Il est en bas ! Il est en bas ! »
Ron savait que le brouillard autour de lui était dû à la sorcellerie ou à la magie. Il n’empêchait donc pas ses camarades de voir. Toutefois, dans les zones les plus épaisses, la visibilité était réduite.
Ainsi, il distinguait bien ce qui se trouvait au-dessus de sa poitrine, mais peinait à voir le sol. L’ennemi semblait le savoir.
« Tuez-le ! »
« Espèce de salaud ! »
Des cris éclatèrent de toutes parts. Le soldat ennemi se déplaçait comme s’il avait dix corps. Ron était sur ses gardes, prêt à lui fracasser le crâne dès qu’il apparaîtrait à portée.
La tension était palpable.
« Argh ! »
« Gah ! »
« Par ici ! »
Le soldat ennemi continuait de rôder au ras du sol dans le brouillard, comme s’il était chez lui.
Ron déglutit. Il avait l’impression qu’une lame pouvait surgir à tout instant. Il avait envie de pisser. Mais l’ennemi ne se montrait toujours pas. La tension de Ron atteignit son comble.
« Brisez le mât ! »
Un cri retentit derrière lui. C’était la voix du chef d’escouade. Ron tourna vivement la tête.
Il vit le chef d’escouade tomber en avant et un soldat ennemi se relever du sol à côté de lui.
Le soldat qui émergeait du brouillard ressemblait à un squelette sortant de sa tombe.
‘Il était seul ?’
Un seul soldat avait-il semé tout ce chaos dans le brouillard ?
L’ennemi saisit son épée à deux mains et frappa le mât.
Crac !
Le coup puissant brisa le mât en son milieu. L’étendard pencha, puis s’effondra.
Un instant plus tôt, il flottait au vent. À présent, il ne remuait plus et avait perdu toute sa voix.
Boum.
L’étendard tombé souleva un nuage de poussière. À travers celui-ci, il sembla à Ron que le soldat ennemi inclinait la tête. Puis l’ennemi bougea de nouveau.
« Tuez-le ! Tuez-le ! »
Un homme, à l’agonie, attrapa le pantalon du soldat ennemi. Un geste admirable, digne de l’élite d’Azpen.
Ses alliés se ruèrent sur lui comme des abeilles. Transpercé de deux lances au flanc gauche et de cinq carreaux à la cuisse, le soldat ennemi perdait son sang à flots. Il demanda :
« Pourquoi le brouillard ne se dissipe-t-il pas ? Il est censé servir de support à la sorcellerie. »
Un membre de l’escouade ricana à la place du chef d’escouade, qui était mort.
« Espèce d’idiot, pourquoi crois-tu qu’il y a six mâts ? »
Le soldat parlait sans retenue. Il allait mourir de toute façon. Le savoir ne changerait rien.
« Cinq sont des leurres. Un seul est le vrai. »
« Putain de taré. »
« Pourquoi le Point de concentration est-il si difficile ? Enfin, rien n’a été facile jusqu’ici. »
« De quoi tu parles ? »
« Concentration, concentration, concentration. »
« Putain de taré. »
Flac !
Le soldat ennemi marmonnait après avoir posé sa question et obtenu sa réponse. Ron n’en put plus et l’assomma d’un coup de hampe de lance.
La tête du soldat ennemi éclata dans une gerbe de sang. À terre, le malheureux tressaillit en crachant le sang.
« Grr. »
Ron détourna les yeux du soldat qui gargouillait. À cause de cet homme, toute une unité chargée de défendre l’étendard n’avait pas pu accomplir sa mission. Mais le sort de la bataille était déjà scellé. La victoire du duché d’Azpen était décisive. Avec ce brouillard, la défaite était impossible.
La douleur de l’agonie envahit tout le corps d’Enkrid. Pour oublier sa souffrance, il se plongea dans ses pensées.
‘Comment avais-je appris le Cœur de la bête ?’
L’assassin l’avait grandement aidé à aiguiser son sens de la lame. Quant au Cœur de la bête, il l’avait appris en roulant sur le champ de bataille, jusqu’aux portes de la mort. Mais le Point de concentration ne venait pas facilement.
Est-ce que l’audace que lui conférait le Cœur de la bête l’en empêchait ? Cela ne semblait pas être le cas.
S’il y était parvenu en quelques essais, Enkrid aurait été un homme exceptionnellement doué. Il aurait pu s’en frustrer, mais il resta calme. Il n’était pas anxieux. Il n’y avait aucune raison de l’être.
‘Si je n’y arrive pas, je continuerai d’essayer jusqu’à ce que ça marche.’
Le cœur ferme et résolu, il ne connaissait ni le désespoir ni la frustration.
La mort le frappa de nouveau et, le matin, il ouvrit les yeux. Il se prépara, s’abandonnant au soleil et au vent.
« On appelle ça le Point de concentration. Tu veux l’apprendre ? »
Ragna poursuivit son enseignement comme s’il suivait un chemin tout tracé, et Enkrid acquiesça. Il apprit, puis recommença, mais ne comprenait toujours pas. Alors qu’il étudiait les bases de l’escrime du Nord auprès de Ragna, une petite révélation lui vint.
Il faut l’apprendre correctement du premier coup.
‘La peur de mourir aiguise-t-elle les nerfs ?’
Il avait beau faire de son mieux, il se sentait aussi mal à l’aise que dans un costume mal ajusté.
« Comment as-tu appris ? »
« Comme ça. »
Ragna répondit avec gentillesse.
Et c’était d’autant plus agaçant. Pourquoi se montrait-il gentil, tout à coup ?
Enkrid le préférait quand Ragna se montrait sarcastique.
« Comme ça ? »
« Oui. Je me suis concentré, j’ai oublié tout ce qui m’entourait et, bientôt, je ne faisais plus qu’un avec mon épée. »
Il ne se vantait pas. Son ton était simplement factuel.
« Vraiment ? »
« Oui, vraiment. »
Ce qui n’était rien pour Ragna était une étoile inaccessible pour Enkrid. Pourtant, il n’éprouvait ni jalousie ni envie. S’il en avait été autrement, il n’aurait jamais rêvé de devenir chevalier. Il recommença plusieurs fois. Ragna arrêtait son épée juste devant ses yeux, l’exhortant à ressentir la peur de mourir.
En matière de vitesse, Ragna semblait plus rapide que Rem. Pourtant, quand Enkrid les regardait se battre, Rem lui paraissait plus vif. Le souvenir de leur duel était encore frais dans son esprit. Mais face à Ragna, il avait l’impression que celui-ci était plus rapide.
« Qu’est-ce que tu fabriques ? On doit se rassembler. Tu te sers du chef d’escouade comme d’un mannequin d’entraînement ? Tu n’as toujours pas digéré ta défaite contre moi ? »
« Qui a perdu ? Toi, peut-être ? »
Pourquoi ces deux-là se disputaient-ils chaque fois qu’ils se croisaient ?
« Allons-y. »
Retour sur le champ de bataille. En mourant, Enkrid avait appris bien des choses. Notamment que cinq des six mâts n’étaient que des leurres.
‘Il me suffit de viser le bon.’
Il était temps de tenter sa chance. Cette fois, avant même que le brouillard ne se lève, il fonça sur l’ennemi qui approchait.
« … Chef d’escouade ? »
Il entendit derrière lui la voix étonnée de Ragna. N’importe qui aurait trouvé ça insensé.
« Le chef d’escouade est devenu cinglé ! »
Rem cria. Les autres murmurèrent, se demandant ce qu’il fabriquait et le traitant de fou. À cet instant, le brouillard retomba.
« Quoi ? »
« Je n’y vois rien ! »
Enkrid cria tout en courant.
« À terre ! Levez vos boucliers ! »
Comme ils l’avaient déjà fait, il s’attendait à ce qu’ils obéissent à ses ordres. Mais cette fois, le résultat fut différent. Ses compagnons réagirent lentement. Les flèches et les carreaux fusèrent, déchirant ses camarades. Les soldats ennemis armés de lances avancèrent, et ses alliés paniquèrent.
‘Pourquoi ?’
Le timing était mauvais. Pris de court, ils avaient besoin d’un instant pour reprendre leurs esprits. Il savait qu’il avait commis une erreur. Ce n’était pas grave. Il pourrait la corriger la prochaine fois.
Certains auraient dit que la Déesse de la Fortune lui avait souri ou qu’elle lui avait offert une bourse pleine de pièces.
Enkrid se connaissait bien. Il n’avait rien d’un homme particulièrement chanceux.
Cette fois, il visa le deuxième mât. Il lui fallut livrer un combat acharné, semblable au précédent. Le Point de concentration ne lui venait toujours pas naturellement. Mais en appliquant à la réalité du combat les bases qu’il venait de perfectionner, il fit d’énormes progrès.
‘Il me reste encore du chemin à parcourir.’
Pour Enkrid, Rem et Ragna étaient les points de référence. Il lui fallut trois répétitions de plus pour briser le deuxième mât. Quand il y parvint enfin, le chef d’escouade, un poignard planté dans le ventre, cracha du sang en riant.
« C’est une ruse ! »
« Je sais. »
Enkrid hocha la tête, deux flèches fichées dans la cuisse.
« … Quoi ? »
« Il en reste quatre. »
« Quoi ? »
« Concentration, concentration. »
Était-ce son manque de concentration, le problème ?
Le Point de concentration était difficile à maîtriser. Enkrid ignora les bavardages du chef d’escouade et se concentra. Il dévia la lance ennemie et abattit hardiment son épée. Son coup ascendant, bien plus travaillé, fendit le menton de son adversaire.
Crac, la fente remonta de la bouche jusqu’au nez.
Un carreau jaillit de côté. Il s’enfonça dans son flanc. Son armure lui sauva la vie, mais il n’avait pas remarqué les cinq arbalétriers à proximité. Environ quatre-vingts ennemis gardaient les mâts.
Il y en avait trop pour lui seul.
‘Je dois attaquer le mât tout en réfléchissant à une voie de repli.’
À force de réfléchir et d’élaborer des stratégies, il repoussa la mort pour atteindre le Point de concentration et tenta de briser les mâts. Il lui fallut encore cinq répétitions pour le troisième, puis sept pour le quatrième.
‘Si j’étais le commandant ennemi…’
J’aurais caché le mât à l’endroit le plus sûr. Avant que le brouillard ne se lève, il consacra deux répétitions à repérer la formation ennemie.
Enfin, il le vit.
Une unité chargée de garder un étendard, lourdement protégée par l’ennemi. Elle se trouvait tout au fond. Enkrid avertit ses compagnons sans se tromper, puis chargea. Tous se baissèrent et levèrent correctement leurs boucliers.
« Rem, suis-moi ! »
Il interpella Rem.
« Quoi ? Qu’est-ce que tu manigances ? »
« Suis-moi, c’est tout ! »
Il cria et partit en courant. Rem lui emboîta le pas.
« Quelle folie tu fabriques encore ? »
Au lieu de répondre, Enkrid fonça avec Rem sur l’unité qui leur barrait la route.
« Vous n’êtes que deux ! »
Les soldats ennemis rugirent de colère. Enkrid manœuvra avec adresse, se baissa dans le brouillard et poussa les soldats ennemis vers Rem.
« Qui est derrière cette sorcellerie ? »
La voix de Rem était froide comme la glace tandis qu’il balançait sa hache. En se retournant, Enkrid vit une tête ennemie voler dans un bruit sourd, le sang jaillissant comme une fontaine.
« La prochaine fois, j’obtiendrai ma réponse du suivant. »
Rem se déchaîna. En le regardant, Enkrid visualisa les mouvements des ennemis. Il lui fallut encore cinq répétitions pour atteindre l’unité la plus reculée. Cinq répétitions épuisantes avant de parvenir enfin à percer leurs défenses.
Enkrid fit preuve d’astuce. Au lieu de foncer de front, il s’approcha par le côté, accroupi et discret. Il se glissa jusqu’au mât.
Quelqu’un lui barra alors la route.
« Je rêve ? »
L’homme qui lui faisait obstacle prit la parole. Qui diable était ce type ?
« Par la grâce de Dieu, mon vœu s’est exaucé. J’ai toujours voulu te tuer de mes propres mains. »
Enkrid observa son adversaire et pencha la tête. Il ne se souvenait pas de lui.
« … Tu m’as déjà oublié après quelques jours ? »
Pour son adversaire, quelques jours s’étaient écoulés. Mais, à force de répétitions, Enkrid avait vécu une année entière sur ce champ de bataille.
« Désolé, tu pourrais te présenter ? »
Enkrid posa poliment la question. Une veine gonfla sur le front de son adversaire.
« Je suis Mitch Hurrier, chef d’escouade du duché d’Azpen. »
Même après avoir entendu son nom, Enkrid ne se rappela pas de lui.
« D’accord. »
Il hocha la tête, et Mitch le foudroya du regard.
« Espèce de salaud. »
Il dégaina son épée, furieux. Alors, les souvenirs d’Enkrid commencèrent à remonter à la surface.
‘Où l’ai-je déjà vu ?’
« Attends. »
Enkrid leva la main pour l’arrêter. Mitch marqua une pause, son épée pointée vers lui.
« Quoi ? »
« Je ne me souviens vraiment pas. Qui es-tu ? »
« Tu t’en souviendras après en avoir pris quelques coups ! »
Mitch chargea. Enkrid dégaina son épée longue pour lui faire face.
Clang ! Clang !
Leurs épées s’entrechoquèrent dans un tintement métallique. Leurs lames se verrouillèrent, et Mitch fut secrètement stupéfait.
‘Ce salaud ?’
Son niveau avait considérablement progressé.
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