Chapitre 399
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 399 : Pour mon héros lumineux, moi aussi
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Rieban, l’un des chefs d’escouade de la Défense de la capitale de l’armée royale, connaissait Enkrid. À l’époque où celui-ci se trouvait dans la capitale, ils avaient passé des mois au même endroit.
Bien sûr qu’il le reconnut.
C’était le genre de visage qu’on n’oubliait pas après l’avoir vu une fois.
Debout en première ligne, Rieban scruta le champ devant lui. Lorsqu’il aperçut Enkrid, les mots qu’il lui avait adressés autrefois lui revinrent en mémoire.
« Tu veux devenir chevalier ? »
Il avait ri.
« Tu ferais mieux de trouver une autre voie. »
Il lui avait même donné un conseil sincère.
Enkrid n’avait pas répondu. Il s’était contenté de manier son épée. Toujours au même endroit.
Qu’il pleuve ou qu’il neige, cela ne changeait rien.
« Apprends-moi à manier l’épée, je t’en prie. »
Et il n’avait jamais cessé de le supplier de lui enseigner.
Étrangement, il avait même l’air fier de le faire.
Les moqueries se multipliaient.
On le repoussait de plus en plus.
Un jour, un mercenaire qui venait tout juste de prendre une épée rejoignit leur cercle.
Les mercenaires se retrouvaient généralement dans une taverne, où Enkrid était lui aussi présent.
Au début, le jeune épéiste était raide et maladroit, mais il progressa vite.
Il avait du talent.
Il dépassa rapidement Enkrid, puis se mit à jouer avec lui lors de leurs entraînements.
« Non, tu manies autant ton épée et tu es toujours aussi mauvais ? Je ne comprends pas. Tu ne devrais pas abandonner ? »
Rieban se souvenait encore de ce visage moqueur, de son rire tandis qu’il prononçait ces mots.
Comment s’appelait ce salaud, déjà ?
Il ne se rappelait plus son nom. En revanche, l’expression d’Enkrid à ce moment-là lui était restée en mémoire.
Enkrid ne s’était pas mis en colère. Il n’avait pas sombré dans le désespoir. Il avait eu l’air parfaitement serein. Calme et imperturbable.
L’était-il vraiment aussi au fond de lui ?
Ou bien s’était-il corrompu, encore et encore, jusqu’à pourrir complètement ?
Rieban l’observait. Sans raison particulière. Son regard revenait simplement vers lui, encore et encore.
Le lendemain, Enkrid maniait de nouveau son épée.
Les gens le méprisaient toujours plus.
« Pourquoi tu traînes toujours avec ce type ? »
Certains disaient même ce genre de choses à Rieban. Ce n’était pas comme s’il s’était donné beaucoup de mal pour défendre Enkrid.
« Ça ne te regarde pas. »
Il ne supportait simplement pas ces abrutis minables qui se rassemblaient pour jacasser.
Même après ça, Enkrid ne changea jamais.
Pas même lorsqu’on le rouait de coups au point de le laisser à moitié mort.
Pas même lorsque les autres le rattrapaient.
Il maniait son épée, puis recommençait.
Pour quoi faire ?
Devenir chevalier ?
Quelle absurdité.
Un épéiste de troisième ordre, à peine de deuxième ordre au mieux, qui deviendrait chevalier ?
Seule une poignée d’élus, dotés d’un talent qui touchait au divin et que l’on qualifiait de génies, y parvenaient.
Voilà ce qu’était un chevalier.
« Reprends-toi. »
Rieban le lui avait dit avec une pointe de pitié, mais Enkrid ne l’avait évidemment pas écouté.
À l’époque, Enkrid avait sa petite réputation.
Un sens de la justice puéril et une témérité insensée.
Un talent médiocre, auquel rien ne pouvait remédier.
Voilà tout ce qu’évoquait le nom d’Enkrid.
Rieban observa les rangs ennemis au loin.
La toute première pensée qui lui vint en les voyant fut : fuyons.
On ne peut pas les battre.
Ils étaient bien plus nombreux. Une armée entraînée. Les troupes du comte, désormais rebelles. Ces mêmes hommes qu’il allait bientôt devoir affronter.
Ses années de mercenariat, puis son passage dans la Défense de la capitale, lui soufflaient tous deux la même chose.
S’ils se battaient ici, ils mourraient.
Une mort de chien.
Pourquoi est-ce que je me tiens ici ?
Pour une justice puérile ?
Pour quelques pièces d’or ?
Sinon, pour quoi ?
Quand il avait quitté la vie de mercenaire, il n’avait pas eu de grande raison, pas plus qu’à présent.
Il avait pris une épouse, puis eu un enfant.
Il y avait cette femme qui parlait d’amour en regardant les pétales et la lune.
Et cet enfant qui l’appelait papa.
« Qu’est-ce que tu fous à t’infliger ça ? Tu as les paumes en sang. »
Il l’avait demandé à Enkrid. Pourquoi aller aussi loin ?
Pourquoi risquer sa vie à l’entraînement ?
Pourquoi refuser de céder, même après avoir été roué de coups ?
Au fond, il connaissait la réponse.
Protéger.
Protéger ceux qui sont derrière soi. Ne pas renoncer à l’honneur. Rester fidèle à ses convictions.
C’étaient les principes qu’Enkrid suivait sans relâche, tandis qu’il sauvait les autres avec une bravoure insensée.
Même sans les prononcer, son corps les clamait haut et fort.
Quand il avait aidé à nettoyer le palais royal après l’incident, Rieban avait vu plusieurs cadavres.
Il y avait ce salaud qui avait l’habitude de battre Enkrid et de lui faire subir toutes sortes d’horreurs.
Cet homme qui avait écrasé tant de gens sous prétexte d’être instructeur gisait en morceaux sur le sol.
Pouvait-on appeler ça une belle mort ?
Celui qui l’avait tué, c’était Enkrid.
Lui dont le nom était censé évoquer un talent médiocre.
Rieban fut ébloui. Ce n’était pas le soleil qui lui brûlait les yeux.
Il y avait des gens, dans ce monde, qui brillaient si fort qu’on pouvait à peine les regarder.
Qu’on le qualifiât de héros ou d’étoile étincelante, il s’en moquerait probablement.
Il se tenait simplement à la place qui était la sienne et faisait ses preuves.
Enkrid.
Rieban ne fit que répéter ce nom dans son cœur.
Il regarda Enkrid s’avancer et combattre. Le spectacle était limpide. Aveuglant, et pourtant il parvenait à garder les yeux fixés sur lui.
Rieban n’arrivait pas à deviner de quel côté tournait la bataille. Mais une chose était certaine.
Le combat était féroce. D’une férocité sans fin. Comme si Enkrid y avait jeté toute sa vie.
Le sang gicla. Des étincelles embrasèrent le ciel.
L’homme qui combattait Enkrid lâcha son épée, tira une arme secondaire de sa ceinture et frappa. Une machette. Enkrid l’affronta de face avec l’épée qu’il tenait en main.
Klang !
Une détonation assourdissante retentit. L’onde de choc sembla se propager en cercles concentriques.
Rieban eut la chair de poule. Tous les poils de son corps se hérissèrent. Il oublia le désespoir qui l’avait saisi à la vue de l’ennemi et ne put que fixer le dos d’Enkrid.
Il était seul. Il s’était avancé de son propre chef, avait barré la route à une armée ennemie que nul autre n’aurait osé affronter seul, en avait abattu plusieurs et frappait maintenant le prochain adversaire venu à sa rencontre.
Une sorte de rayon jaillit entre les deux combattants qui s’entrechoquaient.
Le corps d’Enkrid fut projeté en arrière et roula au sol. L’autre homme ne trébucha que de quelques pas pesants.
Rieban vit Enkrid rouler. Ce n’était pas le genre d’homme à rester à terre. Il le savait.
Boum.
Rieban frappa le sol du manche de sa lance.
Boum.
Puis il recommença.
« Pour Naurillia. »
Il le murmura. Des mots que personne n’entendrait. Des mots qui n’atteindraient personne. Des mots pour lui seul.
Il était là pour son pays, son peuple, sa femme, son enfant, pour tout cela.
Parce qu’il devait protéger ceux qui se trouvaient derrière lui.
Suivant le mouvement de Rieban, les soldats proches se mirent à frapper le sol du manche de leur lance, l’un après l’autre.
Boum, boum, boum, boum.
Le rythme irrégulier se synchronisa naturellement. Aucun commandant ne l’avait ordonné. Tous s’étaient simplement laissés gagner par le combat de l’homme devant eux.
Et pour mon héros lumineux, moi aussi.
Rieban se le murmura puis frappa de nouveau le sol du manche de sa lance.
Alors Enkrid se releva.
On aurait dit que les deux hommes échangeaient quelques mots, mais personne ne les entendit.
Boum, boum, boum.
Seul résonnait le bruit des hampes de lance frappant la terre.
* * *
Enkrid continua de presser son adversaire sans reprendre son souffle, puis repartit à l’assaut. Rierbart fut le premier à sortir son atout.
Il lâcha son épée et frappa de sa machette.
Enkrid ne ralentit pas et ne reprit pas son souffle.
Il lança Silver droit devant lui. Sa posture n’était pas parfaite, mais son coup portait l’explosion du Cœur de la Force surhumaine.
Une frappe chargée d’une puissance dépassant les limites humaines.
Puis leurs armes s’entrechoquèrent.
Au moment où les lames se rencontrèrent, une pression informe jaillit du tranchant de la machette et le frappa au ventre et à la poitrine.
C’était trop soudain, et trop près, pour qu’il puisse dévier le coup.
Enkrid serra les dents, encaissa de tout son corps et finit malgré tout par abattre son épée.
Voilà ce qui en résulta.
Son corps fut projeté en arrière, tandis que l’autre homme reculait de quelques pas.
Enkrid fut propulsé au loin et le monde se mit à tourner autour de lui.
Comprenant qu’il était projeté en arrière, il rétablit rapidement son équilibre.
Même après avoir retrouvé sa posture et s’être redressé, le ciel tournoyait toujours. Le sol aussi. La silhouette de son adversaire s’étirait et se déformait devant ses yeux. Une chaleur lui remonta des entrailles et il cracha.
« Beurk. »
Il cracha une gorgée de sang et sentit ses entrailles se calmer. Le vertige s’estompa.
« C’était quoi, ça ? »
Il posa la question.
« Une épée magique. »
Rierbart lui répondit.
Enkrid ne trouva pas ça déloyal.
Alors qu’Enkrid se relevait, des grondements s’étaient mis à faire vibrer l’air.
Étrangement, ils ressemblaient aux battements de son propre cœur. On aurait même dit un chant de guerre.
J’ai un peu mal au ventre.
Il avait aussi la tête qui tournait, mais était-ce un problème ?
Non. Pas du tout.
Enkrid se posa la question et y répondit lui-même, puis releva son épée.
Il comptait aller jusqu’au bout.
Rierbart observa son épaulière et sa cuirasse cabossées.
Est-ce ça, l’écart de talent ?
Il chassa cette pensée et reporta son attention sur Enkrid.
Son adversaire lui parut plus grand qu’avant.
C’était peut-être une différence de volonté, mais surtout, il dégageait une ardeur militaire.
Il pouvait continuer à pousser son avantage, mais ce n’était pas nécessaire.
Leur accorder un jour de répit ne changerait rien.
Cela correspondrait même aux véritables intentions du comte.
Pour toutes ces raisons, Rierbart reconnut sa défaite sans détour.
Il admit également que, si le combat se poursuivait, c’est lui qui finirait par reculer.
« Tu as gagné. »
C’était pour cela qu’il le lui dit.
Ce n’était pas ce qu’Enkrid s’attendait à entendre. Il se contenta de le fixer.
« La Déesse de la Fortune n’a pas changé aujourd’hui. »
Les paroles de Rierbart étaient empreintes d’un profond regret. Et plus profondément encore que le regret, il y avait du ressentiment envers le monde.
« Malgré tout, peu importe. Rien ne changera. »
« Tu ne continues pas ? »
Enkrid le coupa.
« Ça suffit pour aujourd’hui. J’ai perdu l’envie de me battre. »
Les coups sourds des hampes de lance résonnaient toujours à travers le champ de bataille.
Pour Rierbart, ce rythme sonnait comme un appel à protéger l’homme nommé Enkrid.
Surtout, il voyait que les autres s’étaient rapprochés pendant leur combat.
Rem, Ragna, Aisia, Dunbakel.
De l’autre côté se tenaient Malten, Benukt et Banat.
Les forces principales des deux armées s’étaient rassemblées.
Non, il y en avait un autre.
Quelqu’un dont les talents d’assassin dépassaient le premier ordre.
Grâce à des sens supérieurs aux limites humaines, Rierbart localisa sa position.
À l’ombre portée par celle d’un cheval. Quelqu’un se cachait derrière l’animal.
Lorsque Rierbart le fixa droit dans les yeux, l’homme s’avança sur le côté. Son attitude montrait qu’il n’avait rien contre le fait d’être repéré.
C’était évidemment Jaxon.
« Ce serait dommage de tout sacrifier ici. Tu devrais apprendre qu’une bataille ne se résume pas à des duels à l’épée. »
Rierbart prit la parole, puis se détourna. Il fit signe à son destrier, et le cheval noir qui l’accompagnait depuis des années vint à lui.
Il ramassa son épée, rangea son équipement sur le cheval caparaçonné et monta en selle.
« Tu es fade. »
Enkrid lança sa pique, mais Rierbart ne répondit pas.
« La prochaine fois, je ne le serai pas. »
Même s’il venait de reconnaître sa défaite à voix haute, il ne perdait rien de sa prestance.
Leurs regards se croisèrent.
Rierbart songea à la Déesse de la Fortune et la maudit.
Enkrid le regarda partir et se demanda si c’était vraiment tout.
Son instinct lui répondit.
Ce n’était pas tout.
« La bataille aura lieu demain. Nous commencerons à l’aube. C’est le respect que je te témoigne pour m’avoir vaincu. »
Rierbart se détourna après ces paroles.
Enkrid le regarda s’éloigner.
Devait-il l’attaquer dans le dos, même maintenant ?
L’idée ne lui plaisait pas.
Il ne faisait pas ce qu’il détestait.
Ce n’était pas la bonne voie non plus.
Et cela ne servirait à rien.
Ses sens le lui soufflaient, et la raison le confirmait.
Si l’ennemi lançait l’assaut général maintenant, les forces d’Enkrid seraient désavantagées. S’il se retirait, les hommes d’Enkrid devraient leur offrir de l’argent en remerciement.
Boum, boum, boum.
Une unité continuait de frapper le sol du manche de ses lances. Leur ardeur était grande, mais c’était tout.
L’élan ne leur permettait pas d’augmenter leurs effectifs.
Si une mêlée éclatait avant qu’ils aient pu se réorganiser correctement, le camp le moins nombreux perdrait.
Que pouvaient-ils faire pour augmenter, ne serait-ce qu’un peu, leurs chances de victoire ?
Enkrid sentit la réponse d’instinct.
Gagner du temps, se réorganiser, former les rangs, puis combattre et obtenir le moindre avantage possible.
S’il s’était avancé plus tôt, c’était parce qu’il l’avait compris instinctivement.
S’emparer de Rierbart pour le forcer à combattre maintenant n’aurait donc servi à rien.
Enkrid se détourna à son tour. Rierbart s’éloignait déjà, et la distance entre eux s’agrandissait rapidement.
« Pourquoi vous êtes venus m’accueillir d’aussi loin ? »
C’est ce qu’Enkrid demanda en voyant les hommes qui l’attendaient à mi-chemin entre lui et le gros des troupes, sur le chemin du retour.
« Si tu étais mort, j’allais lui faire payer avec des coups de hache vengeurs. »
« Cette technique sans reprendre son souffle était bonne. »
« Pourquoi il n’y a pas un seul salaud facile à tuer, ici ? »
Rem le dit en levant sa hache, Ragna en tenant un pépin de pomme, et Dunbakel en jetant un regard par-dessus l’épaule d’Enkrid.
Enfin, Aisia fixa Enkrid et prit la parole.
« Beau salaud. »
Il ne comprit pas exactement ce qu’elle voulait dire, mais en saisit l’essentiel.
Il avait montré de quoi il était capable. Voilà pourquoi ces mots lui étaient venus.
Qu’avait montré Enkrid aujourd’hui ?
Il avait prouvé qu’il pouvait se contenter de trois affrontements dans la journée contre l’écuyer Briseur de flux, et avait gravé le nom d’Enkrid dans l’esprit de tous ceux qui l’avaient vu.
Sans élan, cette unité n’avait plus rien.
Enkrid avait créé cet élan et l’avait dirigé contre eux.
Boum, boum, boum, boum !
Le bruit des hampes de lance frappant la terre résonnait au rythme des battements de cœur. En l’écoutant, Enkrid rejoignit le gros des troupes.
Personne ne lui adressa la parole, mais tous le regardaient.
* * *
« Alors, comment était-il ? »
« Il est fort. Plus fort que moi. »
« Et ensuite ? »
« Je dois le tuer. »
« Alors fais-le. »
Rierbart retourna auprès du comte, qui posa ses questions et y répondit d’un ton ennuyé.
L’engagement général avait été reporté au lendemain matin.
Cela convenait.
Non, c’était exactement ce que voulait le comte.
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