Chapitre 392
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 392 : Savoir exactement ce que j’ai
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« Je suis une pécheresse. »
Aisia devait reconnaître ses torts.
Même si Enkrid prenait sa défense et ne disait rien, ses actes n’en disparaîtraient pas pour autant. Elle ne pensait pas que ses péchés s’effaçaient sous prétexte que sa cadette avait été prise en otage.
Tout n’était qu’excuses et justifications.
Du moins, c’était ainsi qu’Aisia voyait les choses. Elle était donc une pécheresse.
Après qu’elle eut dit cela, Crang lui répondit :
« Et si tu rachetais tes fautes par tes actes ? Comme je te l’ai dit, nous manquons tellement de bras qu’on prendrait même ceux d’un chat. »
Il dit cela comme si de rien n’était.
Était-ce parce que la situation était urgente qu’il se comportait ainsi ?
Quoi qu’il en soit, Crang affichait un calme presque excessif.
S’il avait besoin de quelqu’un, peu importait de qui il s’agissait ? Non, ce n’était pas ça. Elle sentait qu’il lui accordait une certaine confiance.
Pouvait-il vraiment se comporter ainsi alors qu’à peine une demi-journée plus tôt, elle avait pris le parti de ceux qui l’avaient trahi ?
Elle ne remarqua même pas les deux marquis qui les observaient.
Aisia prit la parole :
« Comment pouvez-vous me faire confiance ? »
Elle ne comprenait pas l’attitude de Crang.
Était-ce à cause des Chevaliers à la Cape Rouge ? Parce qu’ils manquaient vraiment de monde ? Parce qu’ils avaient besoin de l’une des rares forces de combat encore présentes dans le palais royal ? Parce qu’elle était écuyère ?
Aisia regarda Crang. Il soutint son regard et sourit.
« Je fais confiance au jugement de ce gars-là. Ça devrait suffire. »
Il dit cela en désignant quelqu’un du doigt. Rien de plus.
Celui qu’il désignait, le « gars-là » dont il parlait, c’était Enkrid.
« On dirait que j’ai des montagnes de problèmes à régler, là. À la prochaine. »
Crang s’en tint à ces mots, puis s’en alla. Après son départ, Enkrid demanda :
« Tu veux que je te remette le nez en place ? »
On aurait dit que sa trahison lui était complètement égale.
« Je l’ai déjà remis en place. »
Elle lui répondit en le regardant droit dans les yeux.
Est-ce qu’il me connaît si bien que ça ?
Ils avaient passé un peu de temps ensemble, mais pas longtemps. Elle ne pensait pas non plus qu’il sache pourquoi elle se trouvait là.
Elle ne voulait pas lui expliquer qu’elle s’était dressée contre lui uniquement parce qu’elle devait protéger sa cadette.
« À plus tard. »
C’étaient donc les seuls mots qu’elle parvint à prononcer.
Ensuite, elle dut se hâter : la sécurité de sa cadette passait avant tout. Heureusement, celle-ci n’avait pas été blessée.
Elle se mit aussitôt en route, mais le visage d’Aisia était toujours en piteux état. L’arête de son nez avait beaucoup enflé et son visage était couvert d’ecchymoses violettes.
De plus, chaque pas lui faisait battre la poitrine de douleur. Elle gardait donc une main plaquée contre son flanc.
Dans cet état, Aisia raconta tout à sa cadette.
« On m’a fait grâce. »
C’était la conclusion à laquelle elle était arrivée après avoir sauvé sa cadette et être venue jusqu’ici.
Quelles qu’en aient été les raisons, il l’avait protégée et lui avait fait confiance.
Elle ne pouvait pas prétendre que tout s’était parfaitement terminé, mais, pour Aisia, cela s’était fini de la meilleure façon possible.
« Ça, c’est te faire grâce ? Il t’a démoli le visage ! »
Sa cadette posa la question. Elle avait été kidnappée, avait paniqué et même sombré dans le désespoir, mais à présent, elle semblait aller bien. Du moins en apparence.
Elle prenait cette voix calme que les gens adoptaient pour ne pas inquiéter les autres. Aisia lui en était profondément reconnaissante.
« Ouais. »
« S’il te frappe encore une fois, tu vas lui demander de t’épouser ? »
« Je devrais y réfléchir. »
Une plaisanterie idiote.
Même si sa vie avait été menacée à cause d’elle, sa cadette ne lui en voulait pas.
Elle avait bien grandi.
Pour sa cadette, Aisia aurait pu briser sa propre épée.
Elle ne regrettait donc pas son choix. Si la même situation se présentait à nouveau, elle choisirait encore sa cadette.
Elle eut soudain envie de poser une question à Enkrid.
Que ferait-il si elle faisait le même choix une nouvelle fois ?
Pour une raison quelconque, elle avait l’impression de pouvoir deviner facilement sa réponse.
Elle ne le connaissait pas bien et n’avait fait que recevoir de lui, pourtant elle avait le sentiment d’avoir déjà entendu sa réponse.
« Alors, ne laisse pas cette situation se reproduire. »
C’était la bonne réponse. Enkrid agissait justement dans cet état d’esprit.
Après avoir sauvé sa cadette, s’être éloignée, avoir regardé le soleil se coucher, être rentrée chez elle, s’être lavée et avoir soigné ses blessures,
elle reçut un message du marquis d’Okto.
« Sois reconnaissante de sa clémence. Tu n’auras pas d’autre occasion de choisir le bon camp, de te battre et de faire tes preuves. »
Elle avait déjà prévu de le faire sans qu’on le lui dise.
Elle avait découvert qui se cachait derrière le salaud qui avait pris sa cadette en otage.
Le vicomte Mernes avait bien été en première ligne, mais qui l’y avait envoyé ?
Crac.
Ses dents s’entrechoquèrent, mais elle serra les mâchoires.
Ses blessures guériraient presque entièrement en moins de quinze jours.
Il lui suffisait de rester tranquille et de se reposer pendant quinze jours. Ensuite, elle supplierait qu’on l’envoie sur le champ de bataille.
Elle leur ferait alors comprendre qui elle était, et le prix à payer quand on s’en prenait à sa cadette.
En attendant ce moment, Aisia caressa les cheveux de sa cadette.
* * *
Je te vengerai, Lykanos.
Lykanos était celui qui avait partagé le même rêve que lui, son compagnon et son frère cadet, qui s’était tenu à ses côtés aux débuts des Bandits des Lames Noires.
Ils n’étaient pas liés par le sang, mais Lykanos avait été comme un membre de sa famille.
L’aube approchait, mais le soleil n’était pas encore levé. Le monde semblait bleu. L’homme s’éclipsa du château et prit la direction de la porte nord.
Sortir du château avait été difficile. À partir d’ici, ce serait facile.
Personne ne le soupçonnerait.
Le Collecteur d’impôts était déjà mort, en sa qualité de chef des Bandits des Lames Noires.
Il m’a été utile jusqu’au bout.
L’homme pressa le pas, ressassant sa vengeance. Il avait aussi un plan.
Le coffre secret.
Il y avait amassé des richesses pendant plus de dix ans.
L’homme avait été le serviteur du Collecteur d’impôts, mais aussi le véritable chef des Bandits des Lames Noires.
Autrefois, il avait tiré son épée aux côtés de Lykanos pour défendre les opprimés et les méprisés.
Si Lykanos s’était imposé par la force, cet homme avait mené les Bandits des Lames Noires jusqu’ici grâce à sa conviction et à son intelligence.
Bien sûr, le pouvoir et la richesse finissaient par changer tout le monde.
Ce changement l’avait conduit jusque-là.
Ce changement avait causé la mort de Lykanos.
Ce changement ne lui avait laissé que de l’argent entre les mains, bien qu’il fût encore loin de s’en rendre compte.
Quoi qu’il arrive.
Il ne cessait de se promettre vengeance, mais, au fond de lui, il le savait aussi.
En réalité, c’était impossible. Malgré le soutien des nobles et toutes les forces qu’ils avaient réunies jusque-là, ils avaient échoué. Comment pourrait-il y parvenir maintenant, alors qu’il avait à peine sauvé sa peau ?
Il savait tout cela, mais, tandis qu’il fuyait pour sauver sa vie, se promettre vengeance était le meilleur moyen de se justifier.
À vrai dire, la mort de Lykanos lui avait inspiré de la peur, pas du chagrin.
Son ancien moi et celui qu’il était devenu étaient trop différents pour qu’il en soit autrement.
Il faut d’abord que je sorte d’ici.
Il finirait probablement par oublier cette promesse de vengeance aussi.
Il prendrait l’argent du coffre secret, s’enfuirait dans un autre pays et y vivrait.
Il pourrait même jouer les nobles à son tour.
Ou peut-être fonder une compagnie marchande.
Sinon, il pourrait aussi devenir un riche notable dans une ville respectable.
Sans qu’il s’en aperçoive, son esprit avait déjà imaginé un autre avenir.
L’homme secoua vivement la tête.
Non. Je me vengerai, quoi qu’il arrive.
Il continua donc d’avancer, se mentant même à lui-même. L’aube se leva peu à peu. L’air bleu qui l’entourait baignait dans un calme étrange. Une douce chaleur s’y mêlait. Il marchait, le soleil dans le dos.
Il n’était plus vêtu en serviteur.
Il portait une cape à capuche crasseuse et des guêtres. Il était déguisé en chasseur.
Imbéciles.
Ils ne le retrouveraient jamais.
Quand un type nommé Jaxon l’avait poursuivi, il avait bien cru que son souffle allait s’arrêter. Il avait eu l’impression qu’une lame était appuyée sous sa mâchoire.
Et maintenant ?
J’ai survécu.
Bien sûr, il ne s’était pas contenté de fuir.
Il avait semé le chaos jusqu’au bout.
Il avait ordonné à tous les membres restants des Bandits des Lames Noires d’incendier le palais royal.
Les flammes ne tarderaient pas à s’élever.
À cette pensée, il se retourna pour regarder derrière lui. Tout était calme. Même les gens les plus travailleurs ne faisaient que s’éveiller, mais, à cause du tumulte de la nuit précédente, certains étaient restés debout toute la nuit et traînaient encore dans les parages.
Aucune bataille ni émeute n’avait éclaté dans la capitale même, mais il y avait eu du grabuge à la porte du palais et les troubles du palais royal avaient semé l’inquiétude dans tous les cœurs.
Pourtant, il ne voyait pas les flammes qui devaient tout achever.
Pourquoi ?
La question ne dura qu’un instant. Qu’il se la pose ou non, ses pieds continuaient d’avancer. Il se faufila dans les ruelles et pressa le pas. Lorsqu’il atteignit la porte nord,
« Arrête-toi un instant. »
Un soldat, adossé à une porte latérale, le casque de travers, l’interpella. Sa voix était aiguë et fluette. Comme celle d’une femme.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
L’homme répondit. Le soldat retira son casque de travers. De longs cheveux blonds retombèrent. C’était une soldate.
« Pourquoi regardes-tu sans arrêt derrière toi en marchant ? »
C’était vraiment une raison pour chercher la bagarre ?
Et dans cette situation, où était le capitaine de la porte nord ? Pourquoi n’y avait-il qu’un seul soldat ici ?
Le chef des Bandits des Lames Noires sentit un frisson le parcourir. Quelque chose clochait. L’atmosphère était étrange. Son cœur se mit à battre à tout rompre, comme s’il pressentait un danger.
Il regarda alors au-delà de la soldate. Quelques autres soldats étaient assis tranquillement, somnolant.
Ils somnolent ?
Il comprit aussitôt ce qui le dérangeait. Après le chaos de la nuit précédente, était-il logique que les gardes de la porte soient assis là, à moitié endormis ?
« Désolée, mais il n’y aura pas d’incendie. »
La soldate prit la parole.
« … Qui êtes-vous ? »
« La Dague de Georg. »
Elle croisa les bras pour répondre.
Elle avait l’air parfaitement détendue. Et c’était ce qui rendait la scène plus inquiétante encore. Une sueur froide lui coula dans le dos.
« Tu arrives tard. »
Elle ajouta ces mots en regardant derrière lui.
Le chef tressaillit et se retourna.
Un homme à l’allure singulière se tenait là, ses yeux brun rougeâtre saisissants, dépourvus de toute émotion.
« Enchanté. »
L’homme prit la parole.
Le chef se dit qu’il vivait un véritable cauchemar, puis comprit aussitôt qu’il en était désormais prisonnier.
Il maudit sa propre insouciance : il n’avait même pas emporté un seul parchemin de téléportation.
Mais s’il l’avait fait, il ne serait jamais allé aussi loin.
Pour éviter les sorts de détection qui pullulaient dans le palais, il n’aurait de toute façon pas pu dissimuler un objet pareil.
Pour l’instant, il n’avait qu’une épée. Il savait déjà que son adversaire n’était pas du genre avec qui on pouvait discuter.
Il avait vu mourir le Collecteur d’impôts qu’il avait envoyé au-devant du danger.
La peur faisait trembler ses mains.
« Tu t’es bien amusé pendant tout ce temps, hein ? On dirait que c’est mon tour, maintenant. »
Jaxon avait senti que quelque chose clochait quand il avait tué le Collecteur d’impôts. Un type qui avait si bien dissimulé son identité était tombé si facilement ?
Puis Enkrid avait ordonné un nettoyage interne.
La guerre civile approchait.
Que fallait-il faire avant de se battre ?
Se débarrasser de ce qui se trouvait autour de soi.
Si une lame les frappait dans le dos, ils perdraient avant même d’avoir commencé.
Crang était du même avis, tout comme les deux grands marquis.
Marcus s’était même joint à eux en cours de route et avait accéléré les choses.
Jaxon avait lui aussi fait sa part : traquer et écraser les derniers éléments de la bande.
Au milieu de tout cela, une membre de la Dague de Georg qui avait suivi Jaxon s’était jointe à eux.
Il lui avait dit qu’elle n’avait pas besoin de se mêler de ça, mais elle l’avait fait quand même.
« Maître. »
La femme prit la parole. Elle était l’amante de Jaxon et membre de la Dague de Georg. Il était tout naturel qu’elle lui donne ce titre. Bien sûr que oui.
Jaxon était le maître de la Dague de Georg, la meilleure guilde d’assassins du continent.
« Vous rentrez une fois que ce sera terminé ? »
Elle poursuivit. À son avis, il n’y avait plus rien à faire ici.
« On en parlera plus tard. »
Jaxon lui répondit. Il fallait d’abord s’occuper de ce qui se trouvait devant eux.
* * *
Le comte Molsen n’avait pas bluffé. Il n’avait pas menti non plus. Il avait envoyé des troupes à la Garde-frontière.
Parmi elles se trouvaient plus de cinquante lycanthropes.
Des monstres capables de passer de la forme humaine à celle d’un loup.
Celui qui marchait en tête avait tué des gens et mâché leur chair même lorsqu’il était encore humain.
À l’époque, il avait déjà le niveau d’un écuyer, mais il possédait désormais aussi la puissance d’une Créature démoniaque.
« Allons dévorer de la chair tendre. »
Il ricana et prit la tête du groupe.
Personne ne peut nous arrêter.
Il était sûr de sa victoire.
Non, il voyait plus loin encore. L’unité de lycanthropes sous ses ordres deviendrait le nom qui terroriserait toute la région.
Ce salaud qui, lorsqu’il était humain, se comportait comme un chien était désormais une véritable bête à tête de chien. Il leva le museau et hurla.
Aouuuuu !
À sa suite, cinquante lycanthropes hurlèrent.
Aouuuuuuu !
Le cri des Créatures démoniaques inspirait la peur aux humains. Une peur inscrite dans leurs instincts.
Mais les soldats rangés devant la porte de la Garde-frontière gardèrent leur calme.
À force de se répéter, même les pires choses finissaient par lasser.
L’armée régulière de la Garde-frontière avait combattu jusqu’à l’écœurement.
Azpen, les Créatures démoniaques, les Cultistes, les troupes territoriales, et j’en passe.
Trop de salauds différents s’étaient acharnés sur la Garde-frontière. À l’intérieur comme à l’extérieur, ils n’avaient jamais eu de répit.
Quand les Cultistes attaquaient la porte tournée vers l’intérieur du royaume, Azpen frappait de l’autre côté la fois suivante.
Voilà les soldats réguliers qui avaient survécu à tout cela.
Leur cœur endurci était devenu insensible, et la ville elle-même avait enfin pu respirer.
Autrefois, la seule annonce d’une bataille aurait interrompu le trafic marchand, tari l’aide et répandu l’angoisse.
« Est-ce qu’ils ne nous font pas confiance ? Ou bien ils veulent nous voir morts ? »
À présent, la Compagnie marchande Rockfreed était devenue le centre logistique de la Garde-frontière.
Dès que les marchands de la Compagnie avaient repéré l’incursion ennemie, ils avaient sécurisé des voies pour acheminer la nourriture et toutes sortes de fournitures.
Nombreux étaient ceux qui étaient prêts à les aider.
Bien sûr, le comte Molsen avait tenté d’isoler la Garde-frontière, faisant pression sur les nobles et les villes voisines.
« Si vous les aidez, vous serez les prochains. »
Malgré tout, la ville qu’Enkrid avait sauvée à la colonie de Gnolls, ainsi que Martai, leur avaient prêté main-forte.
Et la réputation que Rockfreed s’était forgée n’était pas à prendre à la légère non plus.
La ville elle-même n’était donc pas d’humeur à se jeter dans la mêlée.
Bref, bien des choses avaient changé.
En regardant du haut du rempart les cinquante lycanthropes charger, Kraiss eut l’impression qu’elle allait se pisser dessus.
Ah, putain, ça fait peur.
Elle devait tout de même faire ce qu’elle avait à faire.
S’ils perdaient cette première bataille, même l’aide limitée dont ils disposaient leur serait retirée.
Ce serait mauvais.
Celui qui prend l’initiative l’emporte.
L’ennemi était un grand noble qui régnait sur toute la région. Le comte Molsen, le roi de la frontière.
« Si tout échoue, on prend des otages. »
Kraiss marmonna d’une voix qu’elle seule pouvait entendre.
Elle gardait déjà les deux enfants du comte Molsen à l’œil, pour pouvoir le faire si les choses tournaient mal.
À vrai dire, elle les surveillait depuis un moment déjà.
On ne savait jamais quand ni comment ils pourraient se révéler utiles.
Même après avoir envisagé cette solution, elle ne croyait pas vraiment que des otages feraient l’affaire.
Prendre des otages contre le comte Molsen ?
Aucune chance.
Elle ne pouvait pas pour autant laisser ces deux-là sans surveillance.
Il avait déjà préparé trente-six plans de fuite au cas où les choses tourneraient mal.
Et avant même ces trente-six plans de fuite, Kraiss avait imaginé cent soixante-dix façons de gagner et de tenir bon.
Parmi elles, le meilleur premier coup — le plus utile, le plus rationnel et le plus efficace — était celui-ci.
« Ça va aller ? »
Vengeance, désormais chargé des archers sur le rempart, lui posa la question depuis son côté. Kraiss répondit en regardant l’imposante silhouette qui se tenait devant les soldats alignés, un homme qui dépassait les autres de deux têtes.
« En matière de stratégie, de tactique, d’art militaire, de tout ça, qu’est-ce qu’il faut considérer en premier, à ton avis ? »
Vengeance réfléchit un instant, puis répondit :
« … Le moral ? »
Le moral, l’élan des soldats, avait aussi son importance.
Mais il y avait une chose à prendre en compte avant cela.
« Savoir exactement ce que j’ai. »
Cela semblait vague, mais c’était simple.
Il fallait d’abord bien employer ce qu’on avait.
Comment pouvait-on se battre sans même savoir de quoi on disposait ?
Kraiss connaissait Audin. Il ne savait pas tout de lui, mais il savait qu’Audin n’était pas le genre d’homme à battre en retraite devant seulement cinquante lycanthropes.
Et Teresa, celle qu’on appelait l’une des Sœurs Ours, était à ses côtés.
Kraiss avait donc ordonné qu’aucune flèche ne soit tirée.
Il le fallait.
Ils devaient briser l’orgueil de l’ennemi dès cette première bataille. Ce n’est qu’alors que le comte Molsen renoncerait à cette place.
Kraiss avait terminé ses calculs.
Et Audin, résultat de ces calculs, levait à l’instant le poing contre le lycanthrope qui chargeait droit sur lui en bavant.
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