Chapitre 376
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 376 : Il n’y aura pas de prochaine fois
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« Espèce de cinglé. »
En voyant Enkrid sourire, Aisia faillit perdre son sang-froid, mais elle se ressaisit.
Si elle ne comptait pas le tuer, elle devait l’arrêter ici.
Sa cadette avait été prise en otage.
Quelqu’un qu’elle n’aurait jamais cru voir se tenait derrière elle.
Ses pensées s’emmêlèrent les unes aux autres, puis s’évanouirent.
Avec cet abruti qui lui souriait en plein visage, elle n’avait plus rien à dire.
« Tu as une raison de vouloir passer. Moi, j’ai une raison de t’en empêcher. »
Les mots lui échappèrent.
Pourquoi ?
Pourquoi disait-elle cela à Enkrid ?
Elle l’ignorait. C’était l’atmosphère elle-même qui l’y poussait.
Cela ne fit que durcir davantage son expression. Elle dissimula ses émotions et laissa son épée parler à sa place.
La Visée de la pointe de l’épée n’était pas son seul atout.
Elle ne perdrait jamais sur le plan technique. L’écart entre Enkrid et elle ne pouvait pas se combler en si peu de temps.
Elle admettait qu’il était plus fort, mais l’écart technique ne se comblerait pas si facilement.
Enkrid était doué autant pour la force brute que pour lire les mouvements.
Pourtant, même le meilleur lecteur de mouvements ne pouvait rien faire s’il perdait sans cesse les échanges techniques les plus subtils.
Enkrid ferma de nouveau les yeux.
« Tu vas mourir comme ça. »
Elle n’avait pas l’intention de le tuer, mais ce n’était pas le moment de baisser sa garde.
« Essaie, si tu en es capable. »
Enkrid ne recula pas. L’espace d’un instant, Aisia en éprouva de la frustration.
« Si tu attends la prochaine fois au lieu d’agir maintenant, tu n’auras pas à prendre ce genre de risques en combattant. »
Alors même qu’elle parlait, elle connaissait déjà la réponse. Elle savait exactement ce qu’Enkrid allait lui répondre.
Elle ne l’avait pas vu depuis quelques jours, mais elle comprenait parfaitement quel genre d’homme il était.
« Si ça ne marche pas aujourd’hui, ce sera demain. Si ça ne marche pas demain, ce sera le jour suivant. »
Enkrid parla, les yeux clos, son épée pointée vers elle.
« Si j’avais jamais vécu en attendant la prochaine fois, je ne serais jamais là, devant toi, aujourd’hui. »
Aisia serra les dents.
Ils se battirent encore et encore. À la fin, Aisia transperça l’avant-bras d’Enkrid de part en part en deux endroits.
Elle lui infligea aussi une profonde blessure à la cuisse, assez profonde pour y enfoncer une phalange.
Dans le même temps, Enkrid perdit Silver et, avec Spark, lui entailla longuement la joue.
« Si j’avais voulu te tuer, ça aurait été plus facile. »
Aisia reprit son souffle en parlant.
Le soleil avait déjà amorcé sa descente.
Les lames rebelles, lancées en plein jour, avaient probablement balayé tout le palais à présent.
Comme si elle l’avait entendu venir.
« Ça suffit. »
Une voix s’éleva derrière Aisia, depuis une ombre que la lumière n’atteignait pas.
« Range ça. »
La voix reprit.
Affalé au sol, Enkrid porta son regard au-delà d’Aisia. Il n’y avait pas de lumière. Il distinguait mal la scène, seulement une silhouette sombre et massive.
Même dans l’obscurité, la présence de l’homme semblait lourdement colorée.
Qui était-ce, maintenant ?
À la pression qu’il dégageait et à l’attitude d’Aisia, c’était évident : il lui était supérieur.
L’obscurité provenait de candélabres éteints. Un homme sortit de derrière eux.
À mesure qu’il avançait, la silhouette prenait des couleurs. En le regardant, Enkrid songea à un rocher impossible à arrêter, roulant dans sa direction.
Ce n’est pas un chevalier.
Son instinct et son expérience le lui soufflaient. N’avait-il pas déjà croisé le fer avec l’un d’eux ?
Il n’avait reçu qu’un seul coup, mais cela lui avait suffi pour comprendre ce qu’était un chevalier.
Cet homme n’en était pas un.
Les cheveux ternes, une épée longue à la taille et un poignard ensanglanté à la main, il s’avança.
Aisia se retourna. Elle avait encore assez de forces pour frapper Enkrid une fois de plus, pourtant elle pivota sans hésiter.
Épée levée, elle fit face à l’homme.
« Sunbae, arrêtons-nous là. »
Enkrid voyait le dos d’Aisia et, au-delà d’elle, l’homme dont la présence l’écrasait même elle.
L’homme au poignard pencha la tête. Ses cheveux ondulés, brun foncé, suivirent le mouvement.
« Aisia ? »
« Ça suffit. Qu’est-ce que tu crois faire si Maître revient ? »
Enkrid ne décelait aucune conviction dans les paroles d’Aisia.
Elle-même ne croyait pas à ce qu’elle disait.
« Si tu n’y arrives pas, je m’en chargerai. »
L’homme avança à grands pas en parlant, et Aisia libéra de nouveau sa Pression.
Un mur.
Le mur qui avait barré la route à Enkrid s’était retourné contre lui.
« Tu ferais mieux d’arrêter », marmonna Enkrid.
Difficile d’évaluer les capacités de cet homme. Son propre jugement était-il faussé ?
Il n’en savait rien.
C’était comme regarder Ragna ou Rem.
« Tu crois que tous les écuyers se valent ? »
Les anciens mots d’Aisia lui revinrent en mémoire. Les avait-elle prononcés à cause de cet homme, pendant leur entraînement ? Peut-être.
L’homme ignora la Pression d’Aisia. Son pas ne ralentit pas.
« Aisia. »
Toujours assis, Enkrid l’appela de nouveau. Aisia ne répondit pas.
Elle leva plutôt son épée.
La Visée de la pointe de l’épée.
Et une fois encore, Enkrid vit comment la contrer.
Après Rem, Ragna et Jaxon, c’était la quatrième fois.
Dès qu’Aisia pointa sa lame, l’homme fit un grand pas en avant et en frappa le plat avec son poignard. Elle utilisa la Visée de la pointe de l’épée, mais en vain.
À cet instant, Enkrid comprit ce que l’homme avait fait.
Il avait déjà vu cette parade quatre fois ; la révélation lui vint donc naturellement.
Sa lame ne disparaît pas simplement parce qu’elle la pointe.
L’épée était toujours là. Si l’on pouvait l’écarter par la force, on pouvait briser la Visée de la pointe de l’épée.
Si Aisia portait le premier coup ou parait, la technique se brisait de toute façon.
Alors, même s’il avançait et frappait de son poignard, elle n’aurait eu d’autre choix que de dévier le coup ou de le bloquer.
Mais il fallait frapper de manière à l’empêcher de dévier le coup dans un mouvement fluide, tout en lui coupant toute possibilité de contre-attaque. Autrement dit, il fallait réunir quantité de conditions.
Alors, comment cela pouvait-il être possible maintenant ?
Il en voyait le résultat, mais pas toutes les étapes qui y avaient mené.
D’ordinaire, elle aurait dévié le coup et riposté.
Il avait brisé son enchaînement.
Maîtriser ainsi le combat avec un simple poignard prouvait qu’il évoluait à un tout autre niveau.
Tous les écuyers ne se valaient pas.
Cette phrase s’enfonça profondément dans la poitrine d’Enkrid.
S’appuyant sur son épée comme sur une canne, Enkrid se releva. Il pourrait sans doute frapper encore une ou deux fois.
S’il se contentait de regarder Aisia mourir, il ne passerait pas une nuit tranquille.
Dès qu’il se mit debout, Enkrid cessa de se soucier de savoir si son épée lui obéirait ou non.
Il le fit parce qu’il le pouvait.
« Ne fais pas l’idiot. »
L’homme au poignard reprit la parole. Son regard ne se tourna pas une seule fois vers Enkrid. Il resta fixé sur Aisia.
Aisia récupéra l’épée qui avait été repoussée et divisa son estoc en trois branches.
Une attaque en trident. Cette technique s’appelait-elle le Trident ?
Elle lui avait dit l’avoir inventée après avoir observé des pêcheurs dans un village côtier.
L’homme fit tournoyer son poignard de haut en bas.
Comme s’il remuait un ragoût à la louche.
C’est ainsi qu’Enkrid le vit.
Clang, clang, clang !
Trois chocs retentirent.
« Tu fais vraiment ça ? »
L’homme reprit la parole. Aisia lui répondit avec son épée. Elle changea de posture.
La Visée de la pointe de l’épée n’était pas son seul point fort.
Enkrid le savait bien.
Elle prenait appui sur ses orteils. Elle déplaçait son centre de gravité. Elle ne négligeait jamais le renforcement musculaire, mais bien des gens possédaient une force brute bien supérieure à la sienne.
Si elle n’avait pas trouvé comment compenser cela, elle n’aurait jamais pu devenir écuyère.
« Tu veux vraiment mourir ? »
La voix de l’homme ne variait pas. Pas la moindre intonation. Il aurait tout aussi bien pu énumérer des faits.
L’épée d’Aisia fendit l’air à plusieurs reprises.
Elle se courba, piqua et remonta d’un bond. C’était la même technique qui avait transpercé l’avant-bras d’Enkrid.
Délicate et tranchante. En vitesse pure, elle rivalisait avec la Volonté d’« instant » d’Enkrid.
On pouvait à juste titre parler d’un coup décisif.
Pourtant, face à chacune de ses attaques, l’homme se contenta de donner un coup de poignard et de parer.
Enfin, la pointe effleura sa joue, mais, bien sûr, ce n’était pas mortel.
Le sang gicla. L’homme lâcha son poignard. La lame courte heurta le sol.
Au même instant, sa main se referma sur la poignée de l’épée longue à sa taille.
Enkrid aperçut le pommeau. Il avait la forme d’un loup.
L’homme saisit l’arme et la tira du fourreau.
Son geste n’était pas fulgurant. Il n’avait rien d’écrasant.
Il dégaina, tout simplement, puis porta un coup.
Pourtant, son épée remonta selon un angle étrange et brisa l’enchaînement de l’estoc d’Aisia.
Il frappa le milieu de sa lame. Un claquement sec retentit et l’épée d’Aisia fut projetée en arrière.
Comment est-ce possible ?
Il n’en savait rien. Absolument rien. Le regarder ne lui apprenait rien.
Aisia ramena son épée contre sa poitrine. L’enchaînement était déjà brisé. Son élan avait disparu ; aucune attaque ne pouvait donc porter.
Quand l’enchaînement céda, ses pas s’emmêlèrent. Et ses pas s’emmêlant, sa respiration se bloqua.
Aisia retint complètement son souffle. Sans tenir compte du moindre enchaînement, elle trancha au lieu d’estoquer.
Elle frappa de haut en bas. Ce coup vertical n’avait pas la violence de la foudre, mais il était rapide comme un rayon de lumière. Il ressemblait à l’un de ces mouvements irréguliers qu’Enkrid exécutait parfois avec Spark.
À mesure que la lame s’abattait, l’homme plaça la sienne contre elle et poussa.
Tidi-di-ding.
L’acier s’entrechoqua et des étincelles jaillirent. Leurs lames se verrouillèrent un bref instant.
À cet instant précis, Enkrid se lança.
Il ne pouvait pas reproduire la charge explosive qu’il avait utilisée contre Aisia.
Mais il pouvait encore porter un coup digne de ce nom.
Il y insuffla une accélération fulgurante.
Il repoussa la Pression qui déferlait de l’homme.
Il fit exploser le Cœur de la Force surhumaine et maintint son Point de focalisation.
De la main gauche, il projeta Spark en avant. Son estoc fila droit et imita la lumière du soleil.
Le soleil, sa lumière : dès qu’on la sentait, elle vous touchait. Impossible de l’éviter.
C’était un estoc qui évoquait exactement cela.
Sa technique était plus aboutie que jamais : respiration, pas, timing, élasticité musculaire, pression exacte de sa main sur la poignée.
Tout s’accordait.
Il n’avait pas le loisir d’éprouver de l’exaltation ou quoi que ce soit d’autre. Son estoc s’emboîtait à la perfection.
Pourtant, la lame de l’autre homme se glissa dans l’ouverture.
Comment éviter la lumière du soleil ? En se mettant à l’ombre.
L’enchaînement se brisa. Une lame s’insinua au milieu du mouvement et dévia le centre de Spark avant que l’estoc ne s’achève.
Le coup n’était pas violent, mais sa direction dévia. Cette déviation ruina tout : l’explosion contenue depuis ses pieds dans son corps entier, sa respiration, son appui.
Enkrid comprit que son attaque avait échoué.
Le résultat fut immédiat.
L’épée que l’homme tenait dans la main droite avait déjà transpercé le cœur d’Aisia.
« Ghk. »
Une écume sanglante jaillit de la bouche d’Aisia. Même tandis que la lame lui transperçait le cœur, elle abattit son fleuret, mais toutes ses forces l’avaient déjà quittée.
L’homme n’encaissa même pas ce coup. Il intercepta la lame avec son épaulière et la laissa glisser sur le côté.
Son bras gauche était toujours tendu. À présent, il tenait une épée courte, dont la pointe s’enfonçait déjà dans la poitrine d’Enkrid.
L’Armure de bandages tint un instant. La lame ne lui transperça donc pas le cœur et glissa sur le côté, mais elle s’enfonça dans son flanc et érafla ses autres organes.
Le regard de l’homme balaya la blessure d’Enkrid. Même alors, il ne lui adressa pas la parole.
Il le regardait comme un vulgaire caillou au bord de la route.
Était-ce à cause de l’écart de niveau ? Non, ce n’était pas ça.
C’était le regard qu’on pose sur quelqu’un ou quelque chose qui n’a rien à voir avec soi.
« Il était impossible de te maîtriser sans te tuer. »
Il ne s’adressa qu’à Aisia.
« Sunbae. »
Les lèvres d’Aisia, couvertes d’écume sanglante, remuèrent. Rassemblant ses dernières forces, elle ouvrit encore la bouche.
« Ma cadette. »
« Ne t’inquiète pas. »
La lumière s’éteignit dans les yeux d’Aisia. La douleur brûlante qui déchirait les organes d’Enkrid ne lui brouillait pas l’esprit.
Répéter cette journée était une malédiction, pas une bénédiction qui lui permettait de s’habituer à la douleur.
La douleur était donc la même que lorsqu’il avait revécu cette journée pour la première fois.
Pourtant, il ne parvenait pas à détacher les yeux d’Aisia.
Qu’elle l’ait arrêté, d’accord.
Mais pourquoi s’était-elle retournée à cet instant ?
Pourquoi s’était-elle placée devant lui ?
Il pouvait le comprendre sans poser la question, rien qu’en voyant comment les choses s’étaient déroulées.
Elle aurait pu détourner les yeux.
Elle aurait pu s’en aller.
Elle n’aurait alors pas eu à risquer sa vie.
Mais elle ne l’avait pas fait.
Il n’avait pas besoin de demander pourquoi.
Tout comme il ne remettait jamais au lendemain ce qu’il pouvait faire le jour même.
Aisia aussi avait quelque chose à quoi elle ne pouvait absolument pas renoncer.
Ce à quoi elle ne pouvait pas renoncer.
Ne pas tourner le dos à son cœur.
Pourquoi était-elle venue ici, au départ ?
Pour le tuer ?
Non. Ce n’était pas le cas. Si elle l’avait voulu, elle aurait pu le tuer n’importe quand.
Tous ses compagnons d’escouade avaient dit la même chose.
« Si le combat devient une lutte à mort, la victoire peut basculer d’un côté comme de l’autre. Mais ça ne change rien au fait que gagner maintenant reste difficile. »
Rem l’avait dit.
« Si tu l’affrontes, tu perdras. La plupart du temps, tu perdras. »
Ragna l’avait dit lui aussi.
Alors que ses pensées se poursuivaient, l’homme s’arrêta devant lui. Ses bottes noires entrèrent dans le champ de vision d’Enkrid.
Quand Enkrid releva les yeux, l’homme s’adressa enfin à lui.
« Elle est morte à cause de toi. »
Sa voix était atone, dépourvue de la moindre émotion.
Puis l’épée de l’homme frappa le cou d’Enkrid.
La douleur jaillit de sa nuque et remonta jusqu’à son cerveau. Une douleur brûlante, la chair qui se déchire, puis le noir, l’obscurité qui engloutit tout.
Lorsqu’il traversa cet instant, il vit un fleuve en crue.
« Tu veux que je te montre le chemin facile ? »
demanda le passeur.
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