Chapitre 374
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 374 : Ouaf ouaf
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Tandis que Jaxon semait le chaos dans les lieux, Enkrid repoussa Marcus comme s’il le jetait au loin.
« Son Altesse le Grand-Duc se trouve au palais royal. »
Marcus prononça ces mots en roulant sur le côté. Il eut la présence d’esprit de trouver une cachette et s’accroupit dans un coin.
Il n’avait pas la force d’imposer quoi que ce soit pour le moment. Il n’avait donc pas le choix. Au moins, il savait bien se cacher.
Il avait autrefois commandé un bataillon, mais il ne lui restait plus aucun soldat qui obéissait réellement à ses ordres directs.
Maudit Baisar.
La maison principale n’avait choisi aucun camp.
Marcus détestait ça. Pourtant, il ne pouvait pas rester les bras croisés.
S’il envoyait Enkrid au palais, celui-ci pourrait faire ce dont Marcus était incapable.
À condition de survivre, bien sûr.
S’il avait su que les choses tourneraient ainsi, il aurait mieux fait de rester à cheval.
Enkrid acquiesça d’un signe brusque et enfourcha Œil Unique. La même énergie farouche qu’auparavant émanait de sa peau.
Volonté farouche.
Je suis rapide.
Une puissance faite uniquement pour courir.
Même ainsi, Œil Unique n’aimait pas déployer sa force ou sa Volonté à la légère. Mais il partit tout de même au galop.
À ma demande.
Œil Unique accepta sans hésiter la requête d’Enkrid.
Le cheval, qui avait failli se transformer en Bête magique, frappa le sol à plusieurs reprises et s’élança.
Comparer ses mouvements à ceux d’un cheval de guerre ordinaire aurait été insultant.
Œil Unique prit légèrement appui et abaissa son corps.
Ses genoux à demi fléchis poussèrent contre le sol, et il fila à travers le portail du manoir. Rapide et silencieux. Une ombre noire passa comme l’éclair avant de disparaître.
C’était au moment où Jaxon abattait plusieurs assassins, attirant tous les regards sur lui.
Ils surveillaient le mur, mais personne ne gardait le portail. Une habitude d’assassin, peut-être ?
Enkrid le pensa et lança :
« Par là. »
Il saisit la crinière et se pencha en avant. Œil Unique s’élança au son de son murmure.
Ils prirent directement la route extérieure qui menait au palais royal.
La capitale était plongée dans le chaos. Les citoyens les plus vifs d’esprit s’étaient déjà barricadés chez eux.
Plusieurs boutiques avaient fermé leurs portes à grand bruit, et des gardes patrouillaient, la lance à la main, le regard meurtrier.
Enkrid n’en tint aucun compte. Œil Unique effleura le sol de ses sabots et s’arrêta avant la route extérieure menant au palais.
Les gens ordinaires n’empruntaient jamais cette route.
À gauche se dressait le rempart de la ville ; la voie longeait sa périphérie et menait directement au palais royal.
« Allons-y. »
Hiii !
Œil Unique répondit et s’arracha au sol. Le monde autour d’eux s’étira en lignes avant de disparaître derrière eux.
Est-ce que ça ressemblait à ça, quand la Volonté instantanée s’activait encore et encore ?
C’était si rapide.
Peu après, un obstacle apparut devant eux. Non, dès qu’il le vit, il se trouvait déjà juste devant lui.
Le Point de focalisation s’activa et Enkrid distingua ce qui se dressait devant eux.
Une palissade de bois. Des pieux affûtés étaient solidement fichés dans le sol, inclinés. Cheval, carrosse ou homme, quiconque foncerait là-dedans sans réfléchir se retrouverait le corps percé de part en part.
Même un cheval de guerre aguerri ne pouvait pas la franchir si facilement.
S’ils avaient aménagé une route directe vers le palais, ils avaient évidemment prévu de quoi la bloquer aussi.
« Arrê… aaah… ? »
Un soldat posté devant la barricade tenta de parler, mais ne put finir sa phrase.
Une masse noire semblait fondre sur lui. À une vitesse incroyable. En un clin d’œil, elle fut devant lui. Il voulut crier de l’arrêter.
Avant qu’il ait pu prononcer tous ses mots, la masse noire lui passa au-dessus de la tête.
Tac.
Un sabot frappa le sol, le vent lui fouetta les oreilles et quelque chose de lourd bondit par-dessus lui.
La créature le dépassa à toute allure.
Œil Unique prit appui et franchit la palissade d’un seul bond. À ses yeux, elle n’était pas très haute.
Enkrid n’eut pas besoin de dire un mot. Œil Unique s’en chargea tout seul.
« … Waouh. »
Plusieurs soldats médusés tournèrent la tête pour suivre leur passage.
Un bon cheval pouvait franchir une distance respectable, mais là, on aurait dit qu’il volait.
Ils avaient barré la route du palais avec des dizaines de soldats et une palissade, et le cheval avait tout franchi d’un seul bond.
« Euh, euh, hé, tirez ! »
Le commandant cria trop tard.
Son ordre ne servit à rien.
Le cheval avait déjà franchi leur barrage et filait au loin.
Il était plus rapide que tous les chevaux qu’ils avaient jamais vus.
C’était la deuxième fois qu’Enkrid montait Œil Unique.
Pourtant, cette fois, il lui semblait aller encore plus vite.
Le palais, qui lui avait paru si lointain, se rapprocha en un rien de temps.
Après avoir franchi les pieux et la palissade, ils galopèrent et arrivèrent en un clin d’œil.
Lorsqu’Œil Unique atteignit le palais, il planta ses sabots avant dans le sol, pivota de côté et s’arrêta.
Srrrrk.
Ses pattes arrière labourèrent la terre et un nuage de poussière s’éleva.
Courir à une vitesse aussi sauvage était une chose. Maîtriser parfaitement son corps pour s’arrêter ainsi relevait de l’art. Enkrid se redressa et dit :
« Merci. »
Puis il sauta aussitôt à terre. Ce n’était pas le moment d’admirer Œil Unique.
Enkrid se précipita dans le palais royal. Aucun soldat ne gardait l’entrée de la forteresse intérieure. En revanche, des chocs d’acier résonnaient quelque part à l’intérieur, et l’odeur du sang flottait dans l’air.
Il suivit le bruit et l’odeur.
« Hein, cet idiot ! »
Un homme qui le reconnut apparut dans son champ de vision. Un groupe s’était rassemblé là.
Était-ce le hasard ?
La Déesse de la Fortune ?
Ou avait-il lui-même souhaité un moment pareil ?
Impossible à savoir.
Le salaud qui répandait autrefois de vilaines rumeurs. Un visage familier. L’ancien instructeur, spécialiste des conneries.
« Hé, amène-moi cette serveuse. »
Il se souvenait encore de ce jour où l’homme avait ouvert sa grande gueule. Ensuite, Enkrid avait été battu à moitié à mort.
« Dis que tu as perdu, excuse-toi, reconnais que tu avais tort. »
L’homme l’y avait forcé, et Enkrid avait répondu à voix basse.
« Quoi ? Tu viens de dire ouaf ouaf ? »
Il avait connu bien des moments où il avait failli mourir. Certains lui avaient été utiles. D’autres non.
Celui-ci faisait partie des seconds.
L’ancien instructeur, spécialiste des conneries, était désormais soldat au service de la maison du vicomte Mernes.
Il portait un gambison frappé des armoiries de la famille.
Il ricana et lança :
« Hé, sois honnête. Tu as vendu ton corps pour en arriver là, pas vrai ? »
Voilà une connerie qu’Enkrid n’avait pas entendue depuis longtemps.
Ce spécialiste des conneries connaissait Enkrid depuis longtemps.
Un type sans talent qui maniait quand même l’épée comme si sa vie en dépendait.
Un type qui continuait de frapper même quand ses paumes s’ouvraient en deux.
Un idiot. Un type pareil était le héros des Gardes-frontières ?
Ridicule.
Quelqu’un devait le soutenir.
Ça avait déjà été le cas à l’époque.
Il n’y avait pas eu des salauds qui veillaient discrètement sur lui ?
« Par hasard, tu sais où se trouve Crang ? »
« Quoi ? »
« On dirait que non. »
« Quelles conneries tu racontes, idiot ? »
« Toujours à aboyer, hein ? Ouaf ouaf ? »
Quand Enkrid évoqua ce vieux souvenir, le visage de l’homme devint écarlate.
« Je vais te tuer. »
Il prononça ces mots avec une intention meurtrière, pointa son épée vers Enkrid et prit sa garde.
Certaines choses que l’homme avait dites longtemps auparavant s’étaient révélées utiles.
« Si tu prends la grosse tête parce que tu te crois fort, tu meurs. Même pour un seul lapin, tu donnes tout. Sinon, ce monde t’envoie tout droit dans la tombe. »
Enkrid était d’accord. Il lui montra donc une partie de ce qu’il avait de mieux.
Dans l’allée bordée de rangées de piliers se tenaient treize hommes : l’instructeur et ses acolytes.
Ils ricanèrent, l’arme à la main. N’importe qui aurait compris qu’ils s’étaient conduits comme des chiens enragés sous la bannière de l’armée du vicomte Mernes.
Derrière eux se tenait une servante aux vêtements à moitié déchirés. La peur emplissait son regard, ses bras étaient couverts d’égratignures et son corps tremblait.
Enkrid avança le pied gauche. Il banda ses muscles, fléchit puis tendit les genoux, saisit Spark et regarda droit devant lui.
Il repéra ses ennemis et poussa sur le sol.
Boum !
La semelle de sa botte s’écrasa sur le dallage.
Une accélération fulgurante.
Face à cette vitesse qui repoussait tout derrière lui, Spark ne fut plus qu’un point. Enkrid mit un terme à leur vieille querelle.
Ting, paf.
Ces deux sons retentirent, et un cadavre apparut. Du sang suivit Spark, qui ressortit aussi vite qu’il était entré.
L’homme ne réagit même pas à l’estoc d’Enkrid.
L’écart de niveau était évident.
L’homme qui serrait son épée s’effondra. Ses genoux heurtèrent le sol et son corps bascula en avant.
Son crâne frappa la pierre dans un bruit sourd, comme un baiser profond contre le sol.
Les autres cessèrent de respirer en le voyant tomber. Ils étaient trop choqués.
Enkrid tira en silence l’épée à sa hanche gauche. Un chuintement : un gladius.
Le gladius dans la main droite, Spark dans la gauche.
Une lame dans chaque main, Enkrid devint un loup au milieu des moutons.
Deux moutons tendirent vers lui leurs mains laineuses, mais le loup les repoussa, les trancha et les mutila.
Puis vinrent le large et lourd tranchant de l’une, et l’estoc de la lame fine et étroite de l’autre. Douze moutons se retrouvèrent à l’instant précédant l’abattage.
Après les avoir tous tués, Enkrid agita ses deux armes dans les airs pour en faire tomber le sang.
« Ghh… »
La servante avait été sauvée, mais elle était encore plus terrorisée.
Le groupe qui lui avait paru démoniaque s’était changé en amas de chair en un instant.
Elle avait eu de la chance de ne pas s’évanouir.
Elle n’était pas en état de répondre à des questions.
Enkrid n’avait pas non plus le temps de s’occuper d’elle.
« Va te cacher quelque part. »
Il se contenta de ces mots et repartit. Tout en marchant, il rengaina ses épées, serra puis desserra le poing et songea :
C’est devenu plus facile.
Il l’avait senti en combattant Aisia et en s’entraînant avec elle d’innombrables fois, mais il s’était habitué davantage à manier la Volonté.
Il l’utilisait sans arrêt et, lorsqu’il en abusait, il lui arrivait de perdre connaissance. Pourtant, après une nuit de sommeil, il se sentait de nouveau en pleine forme.
Aisia en avait été stupéfaite, mais Enkrid ressentait toujours une certaine gêne.
Malgré tout, il ne faisait aucun doute que son corps s’adaptait à force de répétition.
Peut-être son corps changeait-il de lui-même à mesure qu’il utilisait la Volonté.
Peut-être était-ce cela, grandir.
Quoi qu’il en soit, c’était bien plus facile et efficace qu’avant.
Une pensée fugace. Un bref fragment.
Ensuite, Enkrid eut l’impression que quelqu’un d’autre allait lui barrer la route.
Tous ces liens assez mauvais pour relever de la malédiction ne cessaient de se manifester.
D’abord, un commissaire rongé par la jalousie.
Ensuite, une bande d’assassins.
Et maintenant, l’instructeur spécialiste des conneries.
Enkrid avança à l’instinct.
Il ne tarda pas à trouver un autre groupe en plein combat.
Il avait suivi le vacarme.
C’était le jardin du palais intérieur. Personne ne gardait le mur d’enceinte, et ils se battaient ici à la place.
La Garde royale s’était divisée en deux factions.
« Qui êtes-vous ? »
Un garde royal cria. Enkrid répondit :
« Juste un passant. Continuez ce que vous faisiez. »
« … Quel genre de fou est-ce ? »
« Si quelqu’un sait où se trouve Crang, je lui en serais reconnaissant. »
Le regard d’Enkrid se posa sur un homme au casque gris foncé.
Lui aussi semblait avoir traversé l’enfer ; son corps était couvert de sang.
« Il se trouve dans une chambre latérale, plus loin dans le palais. Tu arrives trop tard. »
Il avait parlé.
« Espèce de fou ! »
Un garde royal chargea Enkrid, brandissant une lance dorée.
Enkrid recula le pied droit, puis le projeta en avant d’un coup de pied sec.
Coup de pied haut arrière du style Valaf.
En faisant pivoter ses hanches, il fouetta l’air du pied et frappa la main qui tenait la hampe de la lance.
Le garde royal s’était concentré sur l’épée d’Enkrid ; le coup atteignit donc ses doigts de plein fouet.
Crac !
Le bruit des os brisés retentit. Les bottes d’Enkrid étaient renforcées de cuir dur sur le cou-de-pied et les orteils. C’étaient des armes à elles seules.
« Aaargh ! »
Le soldat hurla et lâcha sa lance. Avec les doigts brisés, la douleur devait être atroce.
Ce n’est qu’alors qu’Enkrid vit son visage et le reconnut. Un garde royal qui se moquait autrefois de lui et grinçait des dents en sa présence.
Ils se retrouvaient ici.
Enkrid frappa la tête de l’homme du plat de son épée.
Bam !
Un choc sec se mêla à un cri déformé. L’homme s’écroula de côté dans un bruit sourd.
Du sang suinta de l’intérieur du casque doré. Son crâne semblait légèrement fendu.
Enkrid tourna le regard vers les autres et demanda :
« Vous avez besoin d’aide ? »
Il venait de mettre un homme à terre, et pourtant sa voix était calme.
Une pression subtile et une présence pesaient sur tous ceux qui l’entouraient. C’était le genre d’aura que seul un combattant véritablement doué pouvait dégager.
Cette pression évoquait celle qu’on pouvait attendre d’un écuyer des Chevaliers à la Cape Rouge. Tous se turent.
« Je ne t’ai pas dit que tu arrivais trop tard ? »
Le porteur du casque gris foncé prit la parole.
Il voulait sans doute dire : va rejoindre Crang au lieu de perdre ton temps ici.
« Alors… »
Enkrid repartit aussitôt en courant. Il ignorait où se trouvait la chambre latérale, mais choisit une direction à l’instinct.
S’il se trompait, il demanderait son chemin à la première personne qu’il croiserait.
« C’est de la trahison ! »
Un cri retentit derrière lui.
« Si agir comme je le crois juste, c’est trahir, alors oui, je suis un traître. »
Il entendit aussi le porteur du casque gris foncé répliquer.
Enkrid s’enfonça plus avant dans le palais à la recherche de la chambre latérale. Le long couloir le guida dans une direction.
La lumière filtrait par les fenêtres disposées le long du mur.
Il fit quelques pas, songeant que Sa Majesté la Reine était peut-être elle aussi en danger, puis l’événement se produisit.
« Arrête-toi là. »
Quelqu’un lui barra le chemin.
Des cheveux orange. Une femme vêtue d’une simple armure de cuir, sans cape ni armure de plates.
Enkrid s’arrêta. Il s’agissait de quelqu’un à qui il parlerait avant de l’attaquer.
« Aisia ? »
« Tu n’iras pas plus loin. Je ne peux pas te laisser passer. »
Sans la moindre trace de sourire, Aisia se posta devant Enkrid et lui barra la route.
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