Chapitre 369
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 369 : Pas de roi sans son peuple
= = =
La situation était si chaotique qu’il ne parvenait même pas à savoir combien d’ennemis arrivaient. L’Homme-ours tourna les yeux vers celui qui venait de parler.
« Enkrid ? »
La créature démoniaque reconnut un visage familier et prononça son nom sans réfléchir.
Enkrid balaya les environs du regard. Ce ne fut qu’après avoir repéré les nouveaux venus et l’homme au chapeau à plumes qu’il le fixa droit dans les yeux.
Leurs regards se croisèrent. En un instant, Enkrid rassembla plusieurs éléments dans son esprit.
Son adversaire le connaissait.
C’était probablement un noble.
Il était lié à la Lame Noire.
Il était en pleine Démonisation.
Il savait s’en servir.
Ces yeux bruns lui rappelaient quelqu’un.
Un nom lui revint. Un corps bien entraîné, une odeur de crasse, un homme obsédé par les bonnes manières.
Après ça, il avait été difficile à retrouver. Mais n’était-il pas au service du comte Molsen ?
Dans ce cas, le comte Molsen et la Lame Noire étaient-ils du même côté ?
Quelques nouvelles questions lui vinrent à l’esprit, mais Enkrid crut avoir reconnu l’homme et lança :
« Vicomte Bantara ? »
Il l’avait reconnu à sa seule apparence. Son Sixième Sens aiguisé le lui avait soufflé.
Ce ne fut qu’alors que Bantara comprit pourquoi ces visages lui étaient familiers.
C’étaient les hommes qu’il avait croisés en entrant au palais royal.
Dès qu’il s’en rendit compte, il bondit.
Il comptait s’enfuir.
Il savait déjà ce que ces salauds de la Compagnie des Fous avaient fait.
Mais il n’en eut pas l’occasion.
Fwoosh !
À peine eut-il bougé qu’une hache tournoyante passa au-dessus de sa tête.
À ce son, l’instinct prit le dessus. S’il sautait, il mourrait.
La Hache de lancer filait à une vitesse absurde. Même avec un corps de créature démoniaque, il sentait qu’il ne pourrait pas encaisser un tel choc ; il esquiva donc.
Au lieu de bondir, l’Homme-ours baissa la tête et s’accroupit. Il s’immobilisa net au beau milieu de sa fuite.
« Ouais, je vais te trancher en deux. »
Le bretteur blond s’approcha par derrière en prononçant ces mots.
C’était lui qui dégageait cette aura sinistre depuis tout à l’heure.
Il venait à peine de parler qu’il était déjà sur place.
Une lame s’abattit du ciel comme la foudre, dans un coup vertical.
Devenu créature démoniaque, Bantara hérissa les plumes de son corps et croisa les bras au-dessus de sa tête pour parer.
Clang ! Crac, déchire !
Il sembla bloquer le coup, mais l’épée lui fendit tout de même les bras jusqu’à mi-hauteur.
« Kraaagh ! »
Un cri de douleur éclata, mêlant le hurlement d’une créature démoniaque à une voix humaine.
« Hé, c’est pour venger un camarade. »
Dans le même temps, Eisia, venue avec Enkrid, planta sa lame fine en direction de son cœur.
Elle s’était tenue derrière Enkrid comme si elle n’était pas là, puis avait jailli en avant pour porter son estocade.
« Putain ! »
L’Homme-ours contracta les muscles de sa poitrine et bondit en arrière, évitant de justesse que la lame ne lui transperce le cœur.
Dans un bruit humide, la lame fine se glissa entre les plumes, les muscles et la chair, puis ressortit.
Une traînée rouge sombre suivit la lame lorsqu’elle se retira.
Son adversaire était une chevalière junior de l’ordre de chevalerie.
Non, ce n’était pas le problème.
Avec la chevalière junior Eisia, ils étaient au moins cinq autres à posséder un talent comparable au sien.
Qu’il se transforme en Homme-ours ou en grand-père de l’Homme-ours n’y changerait rien.
Le combat était perdu d’avance. Leur travail consistait à repérer des cibles, pas à se battre. Autrement dit, tout aurait dû s’arrêter au lever de la lune.
Si les chevaliers ne s’en étaient pas mêlés, l’issue aurait peut-être été différente. Mais dès qu’ils étaient intervenus, le résultat était devenu inévitable.
La seule surprise, s’il y en avait une, était que Crang lui avait envoyé une escorte et que le capitaine des gardes était intervenu en personne.
En d’autres termes, il restait au moins quelques personnes soucieuses de la sécurité et de l’ordre dans la ville. Ce n’était pas plus mal.
Roooar !
Bantara poussa encore plusieurs cris.
« Putain ! »
Il jura tout en encaissant les coups.
« Épargnez-moi ! »
À la fin, il implora qu’on lui laisse la vie sauve.
En voyant ça, le capitaine des gardes du sud au chapeau à plumes se reprocha brièvement de n’avoir pas reconnu son adversaire.
Ce sont tous des monstres.
Comment appeler autrement des gens assez forts pour s’amuser avec un véritable monstre comme l’Homme-ours ?
Ce ne fut qu’alors qu’il comprit que les rumeurs des gardes-frontières étaient vraies.
Dans la capitale, les gens continuaient de les traiter d’absurdités et de racontars.
Quelle bande de conneries.
Le capitaine des gardes, qui avait échappé à la mort de justesse, aurait voulu ouvrir la bouche à ces salauds qui débitaient de telles conneries.
L’Homme-ours tint bon, encore et encore. Puis on lui perça la cuisse, on lui fêla le crâne et, pour finir, une hache lui trancha presque le cou.
Floush !
Rem, qui observait la scène, passa à l’action. Bantara répandit des flots de sang rouge sombre et s’effondra au sol.
Il bascula en avant, face contre terre.
À mesure que le sang de créature démoniaque s’écoulait de ses blessures mortelles, la transformation se dissipa. Il reprit forme humaine.
Ses plumes tombèrent et tout son corps se mit à trembler. Le flot de sang diminua brusquement.
Retrouver forme humaine ne changeait rien au fait qu’il avait reçu des blessures mortelles.
« Hum… »
Bantara cracha du sang, étendu sur le sol. Enkrid s’approcha et s’accroupit devant lui.
« Pourquoi êtes-vous ici ? »
Voilà ce qu’il lui demanda.
Bien sûr, Bantara n’avait aucune envie de répondre.
Mais, à l’approche de la mort, les regrets l’envahirent et il lâcha avec amertume :
« C’est injuste. »
Ce n’était pas à Enkrid qu’il en voulait.
Sa rancœur visait celui qui l’avait transformé en ce qu’il était.
S’enivrer de désir et de plaisir n’avait été qu’un effet secondaire, pas ce qu’il avait réellement voulu. Il était devenu une créature démoniaque et avait perdu son identité humaine, mais, avant de mourir, il avait retrouvé une part de son humanité. C’était pour cela qu’il trouvait la situation injuste.
« Comment avez-vous subi la Démonisation ? »
demanda Enkrid.
« Une drogue… Une drogue. »
murmura Bantara en mourant.
La lumière de ses yeux s’éteignit lentement. Il allait bientôt mourir.
Enkrid ne put rien lui demander de plus. Bantara rassembla ses dernières forces.
Il ne pouvait pas mourir sans avoir dit ça, même s’il devait garder les yeux ouverts.
« Je ne suis pas le dernier. »
* * *
Le comte Molsen entendit le rapport et hocha la tête.
« On l’a découvert et tué plus tôt que prévu. »
Un subordonné parlait au milieu du cabinet. Le comte s’adossa à son fauteuil et répondit sans émotion :
« Ce n’est pas grave. Ce n’était qu’un pion sacrifiable. »
Encore ces salauds d’Enkrid.
Ils savaient vraiment comment lui donner des maux de tête.
Malgré tout, quand il disait que ce n’était pas grave, il le pensait.
« Et les préparatifs ? »
« Il reste moins de quinze jours. »
« Bien. »
C’était une nuit de pleine lune. Le comte, qui sirotait du vin en compagnie de la nuit, posa son verre et déclara :
« Retrouvons-nous dans quinze jours, Votre Majesté. »
D’ici là, on saurait si c’était lui ou la reine qui serait sur le trône.
* * *
Devant le cadavre de l’Homme-ours — ou, plus exactement, celui du vicomte Bantara —, le capitaine des gardes au chapeau à plumes salua Enkrid militairement.
« Veuillez excuser mon impolitesse de tout à l’heure. »
« Vous n’avez pas été si impoli. »
Garder la porte faisait partie de ses fonctions.
« Merci pour votre aide. »
C’est ce qu’il dit.
Enkrid balaya ses remerciements d’un geste. À ses yeux, c’était ce qu’il fallait faire, peu importe qui s’en chargeait.
Ce qui le préoccupait davantage, c’était ce qu’avait dit le vicomte Bantara avant de mourir.
« Mais cela ne pose pas de problème que vous ayez abandonné votre poste ? »
demanda Enkrid à Matthew. Il ne savait pas exactement ce qui se passait au palais, mais il savait que la situation était loin d’être ordinaire.
Alors, c’était l’escorte de Crang qui était venue ici ?
« Sans peuple, il n’y a pas de nation. Sans sujets, il n’y a pas de roi. »
dit Matthew. Enkrid comprit aussitôt. Ces paroles ne pouvaient venir que de Crang.
S’il devenait roi en détournant les yeux tandis que le salaud de Bête lunaire massacrait son peuple, cela ne signifierait rien pour lui.
Enkrid appréciait beaucoup cette façon de penser.
Crang était ce genre d’homme, celui qui donnait envie de l’aider de son plein gré.
« Quoi qu’il en soit, on dirait qu’on a bien nettoyé tout ça. »
lança Enkrid. Rem répondit que l’ambiance était retombée et proposa un combat d’entraînement, tandis que Ragna essuyait le sang et la graisse sur son épée.
Un peu à l’écart, Dunbakel leva sa lame recourbée et hocha la tête.
« Bien. Ça me plaît. »
Enkrid l’avait récupérée sur un assassin et la lui avait donnée. Dunbakel en était pleinement satisfaite.
« Au fait, est-ce qu’il y en avait d’autres qui sentaient aussi mauvais que lui ? »
demanda Enkrid. Dunbakel secoua la tête.
« Je n’ai senti personne d’autre avec une odeur semblable. »
Alors, où se trouvait ce fameux « autre » ?
Et s’il y en avait eu d’autres, seraient-ils restés aussi discrets ?
Y avait-il plusieurs Bêtes lunaires ?
Non, la cible s’était enivrée de sang de créature démoniaque. Elle avait cédé à ses instincts et poursuivi le plaisir dans le carnage.
C’était aussi la conclusion qu’il avait tirée de leurs interrogatoires, et pas seulement des paroles du capitaine des gardes de la porte sud.
Enkrid se demanda si Bantara avait débité des absurdités en mourant, mais, à cet instant, l’homme avait été sincère.
Enkrid n’était pas assez obtus pour ne pas s’en rendre compte.
Alors, où et qu’est-ce qui se cachait là-bas ?
Pas dans la capitale.
Alors quoi ? Qu’y avait-il d’autre ?
Sa réflexion fut brève.
« Le comte Molsen a créé une Chimère. »
En prononçant cette seule phrase à voix haute, Enkrid parvint à sa conclusion.
« Hé, il faut prévenir le palais tout de suite. »
dit Eisia avant de partir. Minuit ou pas, c’était urgent.
« Euh… »
Avant de s’en aller, Matthew s’approcha. Au bout du compte, Enkrid n’avait même pas pu voir cet homme se servir de son fouet.
Seuls Rem, Ragna, Dunbakel et Eisia avaient participé au combat contre l’Homme-ours.
« Vous vouliez me dire quelque chose ? »
Matthew s’approcha, chercha ses mots à plusieurs reprises, puis mordit une fois dans sa lèvre comme s’il avait pris sa décision et ouvrit la bouche.
« Je vous en prie, aidez mon seigneur. »
« Bien sûr. »
« Quand le danger se présentera, juste une fois… »
« Ouais. »
« … Hein ? »
« J’ai dit que je l’aiderais. »
Qu’est-ce que Matthew croyait qu’Enkrid faisait ici au lieu de rentrer chez lui ?
Il était resté parce qu’après avoir vu ce qu’avait fait Crang, il voulait combattre à ses côtés.
Crang deviendrait roi de Naurillia.
Surtout, il avait envoyé ici une escorte armée d’un fouet et avait joint les actes à la parole.
Il avait dit qu’il défendrait la nation, le peuple, les sujets.
Il avait dit qu’il deviendrait ce genre de roi.
Et, en même temps, il avait dit qu’ils deviendraient amis.
Pour un homme comme lui, même si Enkrid ne devenait pas son chevalier sur-le-champ, il valait largement la peine qu’on se batte à ses côtés.
Il avait déjà pris sa décision, aussi sa réponse lui était-elle venue aussitôt.
C’est pourquoi Matthew fut si stupéfait de l’entendre répondre si vite.
« Ce n’est pas le genre d’homme à s’arrêter à mes côtés. Il ne me demandera donc même pas de l’aide. »
Crang l’avait dit lui-même.
Il avait affirmé qu’il s’occuperait de cette affaire par ses propres moyens. Il avait dit que c’était un pari, mais qu’il ne pouvait pas gagner sans risquer le tout pour le tout.
« Alors… »
Matthew s’éloigna à son tour.
Quand la nuit s’acheva et que le matin arriva, une nouvelle parvint au manoir d’Andrew.
Elle ne concernait pas les événements de la nuit.
Même la mort du vicomte Bantara fut aussitôt étouffée. Tout le monde garda le silence.
Les exploits et les discussions autour de la capture de la Bête lunaire avaient eux aussi déjà été étouffés.
La nouvelle qui se répandit fut celle de la cérémonie d’investiture du grand-duc.
C’était le signal lancé par Crang.
Peut-être à cause de cela, Eisia cessa elle aussi de se montrer.
Après l’avoir vue tous les jours et avoir passé du temps avec elle, son absence laissa un vide.
« Quoi, la chevalière junior ne vient plus ? »
Rem lui-même posa la question.
« La cérémonie d’investiture a lieu. Elle doit être occupée. »
répondit Enkrid, trempé de sueur. Lui aussi était déçu.
Si seulement on avait pu s’affronter cent fois de plus… Non, deux cents.
Alors, il aurait peut-être réussi à franchir la pression de la pointe de son épée.
Mais même ainsi, il lui aurait fallu beaucoup plus de temps pour vraiment dominer Eisia et l’emporter.
Il regrettait tout ça.
C’était une adversaire qu’il aurait voulu affronter des dizaines, des centaines de fois encore.
« Puisque je suis déçu, autant aller tabasser le capitaine. Viens là. »
Rem claqua la langue et lui gratta exactement là où ça le démangeait. Enkrid ressentait la même chose.
* * *
Au palais royal, les choses changeaient de jour en jour. Tout évoluait selon les plans de Crang.
Et Crang jeta de l’huile sur le feu.
« On va vraiment rester là à regarder ? Un grand-duc ? »
« Il creuse sa propre tombe ou quoi ? »
De quoi faire se soulever tout le bloc des nobles.
La reine avait annoncé qu’elle accorderait à Crang le rang de grand-duc, dans un palais où le marquis était jusque-là le plus haut titre.
« Où est passé le vicomte Bantara ? »
demanda le vicomte Mernes.
Il était à présent celui qui avait rallié toutes les factions du palais.
Si ces factions éparses s’étaient unies, c’était en partie à cause de Crang, qui leur faisait face.
Crang avait rallié Marcus Baisar et plusieurs nobles, puis s’était aussitôt appuyé sur la reine pour obtenir le rang de grand-duc.
Tout ce qu’il entreprenait menaçait le bloc des nobles.
À commencer par les réformes institutionnelles visant à renforcer l’autorité royale, ils ne pouvaient évidemment pas rester les bras croisés.
Une chose était claire : il fallait l’éliminer. Ses manœuvres menaçaient toute la noblesse.
La reine semblait le soutenir en coulisses, mais la règle habituelle consistait à éliminer celui qui faisait le plus de bruit en sortant du rang.
Il se croit tout permis parce que la reine le soutient ?
Le vicomte Mernes jugea qu’au bout du compte, Crang ne faisait qu’obéir à la volonté de la reine.
Pourquoi avez-vous fait ça, Votre Majesté ?
Tout cela finirait par causer sa perte.
Évidemment. Les factions s’étaient rassemblées et unies. Si cette force unifiée n’était pas dirigée vers l’extérieur, des troubles intérieurs étaient inévitables.
La reine avait creusé sa propre tombe.
La cérémonie d’investiture aurait lieu dans une semaine.
Le vicomte Mernes mobilisa l’alliance des assassins.
Il fit également appel aux forces qui le soutenaient.
Les derniers effectifs des Bandits des Lames Noires pénétrèrent dans le palais.
Il rallia les membres de la Garde royale qui étaient de son côté.
Il informa aussi de l’insurrection ceux qui avaient fait défection depuis certaines sections de l’ordre de chevalerie.
Voilà ce qu’est la loyauté.
La situation avait déjà basculé.
Une guerre civile ne ferait qu’affaiblir le pays.
Il fallait donc tout réprimer avant même que les choses ne commencent.
Si la reine comptait se servir de son jeune frère, sorti de nulle part, comme d’un bouclier,
alors ce jeune frère mourra.
La reine n’oserait plus jamais recommencer. Elle deviendrait une poupée sur le trône.
Ensuite, le véritable roi pourrait monter sur le trône.
Mon travail s’arrête là.
Le vicomte murmura ces mots à voix basse.
Tout serait terminé la veille de la cérémonie d’investiture.
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