Chapitre 363
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 363 : C’est tiré par les cheveux.
= = =
« Reprenez ce que vous étiez en train de faire. »
Le marquis s’assit, et deux gardes se postèrent derrière lui, tels des statues.
La pression meurtrière ne dura qu’un instant. Les deux gardes ne souriaient pas, mais ne montraient pas non plus le moindre mécontentement.
Ils étaient impassibles, comme des hommes qui se contentaient de faire leur travail.
Ragna trouvait leur posture plutôt bonne.
Ni raides ni arrogants. Ils avaient l’air du genre à user de la force juste nécessaire, le moment venu.
Cela retint son attention.
Si Ragna lisait les postures, Rem, lui, lisait les élans.
Cette aura féroce venait du fait qu’ils avaient vécu dans un environnement dangereux, non d’une quelconque offense.
C’est ainsi qu’il le voyait.
Rem jugea donc qu’il n’y aurait pas d’affrontement avec les gardes. Restait le marquis. Il avait l’air d’un vieillard qui n’avait rien de mieux à faire.
Tu n’as rien d’autre à faire ?
Il ne le dit pas à voix haute.
L’homme était venu voir Enkrid ; ce n’était donc pas à Rem d’intervenir.
Rem s’amusa de se dire qu’il n’avait pas besoin de s’avancer.
C’est normal, ça ?
Était-ce soudain devenu gênant ? Pas vraiment. C’était juste si naturel que d’y réfléchir lui semblait étrange.
Le respecter parce qu’il était l’invité d’Enkrid ?
À un moment, Rem s’était rendu compte qu’il suivait Enkrid.
Ça ne le dérangeait pas.
Il avait commencé à le suivre tout naturellement, avant même de s’en apercevoir.
Esther sentit une énergie magique de leur côté, mais jugea qu’aucun mage ne se trouvait parmi eux.
Une relique.
La cupidité et la curiosité de la mage s’éveillèrent, mais elle les réprima sans peine.
Si elle agissait de son propre chef, c’est Enkrid qui se retrouverait dans une situation délicate.
Boum.
Juste à côté d’elle, Enkrid abattit sa hache-lance avec force.
Sans même répondre au marquis, il obéit et poursuivit son entraînement.
« Si tu te concentres sur l’équilibre et que ton coup manque de puissance, à quoi bon ? »
Rem recula d’un pas et lui lança un conseil. La hache à sa taille se balança et lui effleura la cuisse. L’un des gardes jeta un coup d’œil dans leur direction, mais comme ils se contentèrent d’échanger un regard sans rien dire, cela ne dégénéra pas en véritable confrontation.
Rem se concentra entièrement sur Enkrid.
« Et alors ? »
« Le pied. »
Il voulait qu’Enkrid avance le pied gauche et déplace davantage son centre de gravité.
Mais je vais basculer vers l’avant.
Où est passé ton Cœur de la Force surhumaine ?
Rem ne le dit pas à voix haute, mais si Enkrid lui demandait encore une fois pourquoi, c’est ce qui lui échapperait.
Ce bref échange permit à Enkrid de comprendre rapidement.
Celui qui possédait une force dépassant les limites humaines pouvait bâtir ses attaques autour de celle-ci.
Une force au-delà des limites. Une puissance écrasante.
Il était arrogant de croire qu’il était le seul à pouvoir en faire autant. Il devait supposer que ses adversaires en étaient capables aussi.
Rem lui enseignait une technique appelée Fendeur de Géant.
Le nom évoquait le fait de fendre un géant, mais en pratique, il s’agissait d’une méthode pour affronter des armes maniées avec une force digne d’un géant.
C’était une technique et une méthode d’entraînement que Rem avait conçues lui-même.
Et il les avait mises au point récemment.
Transformer une expérience unique en technique.
Enkrid ne venait-il pas de le démontrer sous ses yeux ?
La technique de l’Épée capturée avait été fascinante à regarder, à elle seule.
Rem faisait la même chose.
Il prenait l’expérience pour fondation, donnait une forme concrète à ce qu’il en avait tiré,
puis établissait des étapes et un ordre clairs afin que le résultat final s’ancre dans le corps à force de répétition.
Il pouvait expérimenter par l’intermédiaire d’Enkrid. Rem apprenait lui aussi en enseignant, et poussait la technique encore plus loin.
Enkrid savait également ce que Rem cherchait à faire.
Une fois de plus, il se dit que même ce crétin au crâne fêlé était un génie. Cela ne changeait rien. C’était simplement la vérité.
Apprendre et maîtriser de nouvelles choses était bien trop exaltant pour qu’il se soucie de savoir si ce type était un génie ou non.
Alors, comme toujours, il s’appliqua : apprendre, s’entraîner, recommencer.
Rem se contentait d’aimer le regarder faire.
« Plus fort. »
Rem le lui dit, et Enkrid s’exécuta à la lettre.
Pour encaisser l’attaque d’un géant, il devait d’abord savoir de quoi un géant était capable.
La force qui dépassait les limites humaines s’appelait la force surhumaine.
Que pouvait faire quelqu’un doté d’une telle force ?
Le marquis trouvait fascinant que ces gens s’entraînent avec autant de sérieux alors qu’il était assis juste là.
Jaxon observait le marquis en silence.
Pas d’intention meurtrière, pas de pression, pas la moindre trace. Il se contentait de regarder.
Jaxon pensait qu’il y avait de fortes chances que le chef des Lames Noires soit un noble.
Mais pas quelqu’un comme le marquis d’Okto.
S’il jouissait d’un statut aussi élevé, le chef des Lames Noires ne se serait-il pas déjà montré au grand jour ?
À part le comte Molsen, il était de fait l’un des hommes les plus puissants du palais royal et de ses environs.
Jaxon le savait, car il avait déjà achevé son enquête sur les luttes de pouvoir internes au palais.
Ce n’était pas lui.
Il avait l’allure que seul pouvait avoir un homme né et élevé dans la noblesse.
Le marquis ne pouvait pas être le chef des Lames Noires.
Le chef des Lames Noires était entré au palais en tant que chef de bandits. Un homme comme lui ne pouvait pas effacer complètement ses anciennes habitudes.
Pendant que Jaxon observait le marquis, l’un des gardes le regarda.
Il l’avait repéré et lui avait rendu son regard, alors que Jaxon n’avait pas laissé filtrer la moindre trace de sa présence ?
Ce garde avait sa propre méthode. Pas la même que la sienne. Mais c’était logique. Il fallait quelqu’un d’aussi doué pour survivre aux menaces d’assassinat.
À l’heure actuelle, tous ceux qui avaient un tant soit peu d’influence dans la capitale étaient menacés d’assassinat.
La volonté ?
Il n’avait pas appris les techniques sensorielles et ne dégageait rien qui évoquât le genre de Jaxon. S’il avait quand même capté son regard, ce ne pouvait être que la volonté.
Jaxon avait d’autres moyens de se dissimuler, mais cela ne servait à rien pour l’instant.
Il détourna les yeux.
Une étrange tension persistait, bien qu’aucune confrontation directe n’ait éclaté. Puis le marquis prit la parole.
« Vous ne m’offrez même pas une tasse de thé, baronnet Gardner ? »
« Ah ? Oui, bien sûr. »
Pris au dépourvu, Andrew transpira en faisant préparer du thé et des collations.
Le manoir ne comptait déjà qu’une poignée de domestiques.
Une servante reconnut le marquis d’Okto et s’approcha, les mains tremblantes.
Pour une jeune servante, le grand noble qui se tenait devant elle n’avait rien à voir avec Andrew.
Andrew aurait lui aussi pu lui faire du mal si les choses tournaient mal, mais c’était son maître, qu’elle voyait tous les jours.
Elle en avait l’habitude et savait qu’il n’était pas ce genre d’homme.
Mais l’homme assis là était un grand noble.
À proprement parler, un geste ou un mot de sa part suffisait à ruiner sa vie et celle de sa famille.
Et s’il était de rang supérieur à Andrew, cela signifiait aussi que son propre maître ne pouvait pas la protéger.
Elle ne comprenait pas tout cela clairement, mais la servante était terrifiée, instinctivement.
Finalement, ses mains tremblantes renversèrent le thé. Le liquide qui aurait dû remplir la tasse coula à côté.
Il traversa la table et goutta sur les genoux du marquis.
Le marquis se leva calmement et alla s’asseoir sur la chaise voisine.
La servante ne parvenait même pas à parler. Le visage blême, le corps tremblant, elle tomba à genoux.
« P-pardonnez-moi. »
Enkrid venait de finir son entraînement.
« Vos mains tremblent encore. »
Le marquis prononça ces mots. Mack apporta un mouchoir pour la servante, mais l’un des gardes fut plus rapide.
Il sortit aussitôt un mouchoir propre de son manteau et essuya l’humidité sur les genoux du marquis.
Le regard d’Enkrid se posa sur le marquis. Sans se soucier des yeux braqués sur lui, celui-ci prit la parole.
« Baronnet Gardner. »
« Oui. »
« Vous feriez bien de veiller à l’entraînement de votre servante. »
« … Oui. »
Mack nettoya la table. La servante continua de trembler pendant tout ce temps. Andrew la renvoya à l’intérieur.
Ses jambes tremblaient tandis qu’elle se dirigeait vers le manoir. D’une manière ou d’une autre, elle parvint à ne pas s’effondrer.
Ensuite, Andrew versa lui-même le thé, et le marquis hocha la tête.
Il ne se montra ni bienveillant ni sévère.
Le marquis porta sa tasse à ses lèvres et en prit une gorgée. Kin Baisar s’assit discrètement sur le siège à côté de lui.
« Je peux en avoir une tasse, moi aussi ? »
demanda Kin.
« Pourrais-je également vous en demander une ? »
ajouta le marquis d’Okto à la demande de Kin Baisar. Il était impossible de refuser.
« Bien sûr. »
Andrew acquiesça. Pendant ce temps, Enkrid s’avança et s’assit de l’autre côté de la table.
Le petit incident prit fin.
Enkrid n’adopta pas de manières sophistiquées, mais ne se montra pas impoli pour autant.
Il s’assit, tout simplement. Une attitude sans fioritures. Le marquis l’observa et porta sa tasse à ses lèvres.
La vapeur du thé s’éleva en volutes et lui humecta les lèvres.
« À votre avis, que se serait-il passé si j’avais réconforté cette servante à l’instant ? »
demanda le marquis, sa tasse à la main. Sa bouche souriait, mais pas ses yeux.
Enkrid avait du mal à cerner le marquis.
Il avait rencontré toutes sortes de gens, mais celui-là était difficile à comprendre.
Si Crang était comme un soleil qui brillait de lui-même, le marquis ressemblait à un cours d’eau.
Un courant dont on ne savait ni où il irait ni comment il changerait.
« Il y aurait deux possibilités. Elle se sentirait soulagée ou mal à l’aise. »
Enkrid s’essuya le front de l’avant-bras, posa sa main sur la table et répondit.
« Oh ? Pourquoi serait-elle mal à l’aise ? »
« Parce qu’elle pourrait se dire que vous l’avez réconfortée en public, puis que vous pourriez lui faire du mal plus tard. »
« Cette servante ne voit donc le monde qu’en noir ? »
« Ou bien, si elle raconte ce qui s’est passé à quelqu’un, cette personne pourrait lui dire : “Tu as renversé du thé et il t’a réconfortée ? Méfie-toi.” Quelque chose comme ça. »
Enkrid imita une grande sœur que la servante aurait pu connaître. L’imitation était médiocre, mais l’idée passait.
Combien de vieux nobles avaient prétendu en public que ce n’était rien, avant de s’en prendre aux servantes en privé ?
Il valait donc mieux se montrer un peu mécontent que de la réconforter.
Une fois l’incident passé, la servante se sentirait réellement soulagée.
Elle penserait avoir payé pour son erreur.
Le marquis ne s’était pas mis en colère, mais il lui avait reproché ses mains tremblantes.
Rien de plus.
« Vous êtes quelqu’un de prévenant. »
« On me dit souvent que je n’ai pas grand-chose d’un noble. »
« … Vraiment ? »
Kin Baisar faillit recracher son thé en entendant cela. Elle se contenta de resserrer les doigts autour de sa tasse.
Qu’est-ce qu’il racontait, alors que les gens le considéraient comme un noble entre les nobles ?
Dire qu’il n’avait rien d’un noble, ici, tenait presque du jeu de mots.
Un homme qui s’emportait pour une erreur commise par une servante pouvait-il être qualifié de noble ?
« Pourquoi êtes-vous venu ici ? »
« Pourquoi me le demandez-vous ? »
Une question en réponse à une question, et à un marquis qui plus est.
Le cœur de Kin Baisar s’emballa. Son regard se tourna naturellement vers Enkrid.
« Je veux savoir quel genre d’homme vous êtes. Pouvez-vous me répondre ? »
Que dirait-il ?
Kin savait comment Enkrid était arrivé ici.
Elle pouvait aussi deviner, dans les grandes lignes, pourquoi.
Sa réponse aurait dû être évidente.
Il pouvait dire qu’il était venu pour aider quelqu’un à accéder au trône, ou parce qu’il avait accepté une requête.
Même s’il disait être venu parce que la situation lui paraissait intéressante et qu’il avait voulu prêter main-forte, Kin aurait hoché la tête.
Il pourrait répondre quelque chose comme ça.
De la part d’Enkrid, rien d’étonnant.
Mais le marquis apprécierait-il cette réponse ?
Sans doute pas.
Le marquis n’avait l’air ni impatient ni ravi. Il était simplement calme. Ce calme rendait la pression plus pesante encore.
Enkrid ouvrit la bouche.
« Je suis venu pour un monde où les enfants ne se retrouvent pas sur les champs de bataille. »
À cette réponse inattendue, tout le monde, Kin comprise, garda le silence.
Enkrid poursuivit d’un ton ordinaire, presque comme s’il récitait.
C’était une déclaration tranquille, un serment public, une affirmation de sa volonté.
« Je suis venu pour réduire le nombre de Créatures démoniaques et de Bêtes magiques. Je suis venu protéger ceux qui savent prendre soin des leurs. Je suis venu punir ceux qui oppriment les autres par la force. Je suis venu parce que je veux protéger les faibles et préserver les rêves de ceux qui en ont encore. »
Des paroles creuses. Des paroles grandiloquentes. Des paroles qu’on pouvait balayer d’un revers de main.
Non, elles avaient un sens. Elles étaient pleines de conviction. Pleines de sincérité. Elles ne venaient pas de ses lèvres, mais de son cœur.
L’espace d’un instant, Kin, le marquis, les gardes, et même Rem, Dunbakel et Andrew, qui observaient la scène à proximité, se sentirent emportés par la tempête qu’était Enkrid.
Les mots n’ont aucun pouvoir.
N’importe qui peut parler.
Non, les mots ont bel et bien un pouvoir.
Parce que ceux-là portaient en eux une volonté et une conviction.
Alors que personne ne disait mot, le marquis reposa sa tasse avec un petit bruit et déclara :
« Vous avez dit que votre rêve était de devenir chevalier ? »
Son rêve ne pouvait pas s’être répandu à ce point ; le marquis devait donc avoir l’oreille fine.
Enkrid acquiesça.
« Oui. »
« Je vous encourage. »
« Oui. »
Le marquis se leva. Pourquoi était-il venu ici ?
Il n’était tout de même pas venu simplement pour confirmer le rêve d’Enkrid avant de repartir ?
Kin était déconcertée. Mais en beauté qui avait fait chavirer des cœurs pendant des années, elle maîtrisa son expression.
Le marquis se leva, mit fin à la conversation plus tôt que prévu et se détourna.
Il fit quelques pas comme s’il allait partir, puis se retourna avant même d’en avoir fait cinq.
« Ah, mais si un homme dit qu’il va protéger les faibles et devenir chevalier, va-t-il simplement regarder les gens mourir dans la capitale ? Il se passe quelque chose toutes les nuits. Ou bien n’intervenez-vous que lorsqu’on vous le demande ? »
Le ton et les gestes du marquis manquaient quelque peu de naturel.
Il faisait comme si l’idée venait de lui traverser l’esprit, mais ses paroles et son comportement étaient calculés depuis le début. Il le montrait exprès.
Autrement dit, tu ne mets ton sens de la chevalerie et ta conviction en pratique que s’il y a des couronnes ou une récompense à la clé.
Voilà ce que les paroles du marquis semblaient dire sans détour à Enkrid.
C’est tiré par les cheveux.
Ce qui se passait dans la capitale relevait de la garde.
Enkrid appartenait à l’Armée permanente de la Garde-frontière ; s’il causait des problèmes ici, il risquait de se faire réprimander.
Devait-il accepter cette provocation forcée ?
Enkrid plongea son regard dans celui du marquis.
Un sourire fugace s’y dessina.
Ah.
Une provocation. C’en était une. Il le sentit clairement.
Tu peux le faire ? Tu n’es pas obligé.
Tu sais bien que ce n’est pas à toi de le faire.
Mais est-ce vraiment ça, ta chevalerie ?
C’était quoi, déjà, ton rêve ? Devenir chevalier ? Chevalieeer ?
Tu ne te défiles pas parce que tu penses ne pas pouvoir régler ça, au moins ?
Ces mots lui effleurèrent les oreilles en un instant. Le marquis ne les avait pas réellement prononcés, mais Enkrid les entendit quand même.
Un grand noble drapé dans sa dignité n’aurait jamais parlé ainsi en public, mais Enkrid avait l’impression d’avoir entendu chacun de ces mots. Il devait mordre à l’hameçon.
Parce que c’était ainsi qu’il se prouvait à lui-même.
Parce que si ses paroles devaient être sincères, il fallait qu’elles s’accompagnent d’actes.
Si les mots seuls prenaient les devants, personne ne suivrait. Personne ne se tiendrait derrière lui.
« Je m’y mettrai dès ce soir. J’irai voir ce qu’il en est et je réglerai le problème. »
« Je m’en remets à vous. »
Leurs regards se croisèrent, et le marquis sourit. Le coin de ses yeux s’adoucit. Enkrid lui rendit son sourire.
= = =
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>