Chapitre 361
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSAIT ÉTERNELLEMENT
Chapitre 361 : Où sont les chevaliers ?
= = =
« Ils vont tenter le poison ou une autre ruse ? »
À l’aube, le lendemain matin, Enkrid posa la question dès que le jour se leva.
Jaxon l’entendit et secoua la tête.
Il était redevenu lui-même.
Distant, ennuyé, calme, avec la même expression et la même attitude.
Seul son ton laissait percevoir une légère pointe d’intention meurtrière.
« Ils ne referont pas le même coup. »
Quand Jaxon prononça ces mots, sa voix ressemblait à un éclat de glace arraché à un glacier. D’une froideur mordante. Elle raillait ceux qui avaient tenté leurs petites manigances pendant son absence.
Bien sûr, ce sourire froid et meurtrier s’évanouit presque aussitôt apparu.
Son visage retrouva son indifférence fière habituelle, comme si même une aiguille le piquant ne lui ferait pas tressaillir un sourcil.
« Tu veux dire que tu vas faire en sorte qu’ils ne puissent pas recommencer. »
Enkrid posa la question, et Jaxon hocha nonchalamment la tête.
Cela suffisait.
Et, comme il l’avait dit, rien ne se passa de la journée. Ceux qui étaient venus prétendre qu’il s’agissait d’un avertissement ne reparurent pas.
Peut-être ne reviendraient-ils pas après une seule journée.
Non, peut-être ne viendraient-ils toujours pas au bout de deux ou trois jours.
S’ils n’avaient osé venir que lorsqu’il était seul, ils ne se montreraient pas quand il y avait du monde.
Enkrid passa une journée de plus.
Sans trop réfléchir, il s’entraîna et poussa Andrew et les cinq recrues dans leurs derniers retranchements.
« Je vous en prie, épargnez-moi. »
Une recrue marmonna ces mots sans même se rendre compte qu’elle les prononçait.
« Bien. Un coup d’épée aujourd’hui, et toi de demain, tu resteras en vie. »
Enkrid répondit à la plainte avec le plus grand sérieux, et Dunbakel applaudit.
« Quelle belle formule ! »
« Ce n’est pas une formule. Il dit juste qu’il ne veut pas entendre tes conneries. Espèce de bête idiote. »
Rem lança cela depuis le côté.
Leur échange parvint à peine aux oreilles d’Enkrid.
Les recrues ne devaient probablement pas l’entendre. Rem savait pourquoi Enkrid répondait ainsi ; il avait donc volontairement baissé la voix.
Supplier qu’on les épargne à ce stade…
Il pouvait les pousser davantage.
Enkrid voulait qu’ils consacrent à leurs épées jusqu’à la force dont ils avaient besoin pour parler. Plus que de leur donner ce qu’ils demandaient ou ce qu’ils désiraient, il comptait les empêcher de mourir, s’il le pouvait.
D’après ce qu’Enkrid pouvait voir, les forces combattantes de la famille Gardner ne comptaient que sept personnes.
Andrew, Mack et cinq recrues.
Andrew était au moins capable de se débrouiller, mais tout de même…
Capable de se débrouiller dans une situation pareille.
S’il arrivait quelque chose, ils mourraient, tout simplement. Enkrid connaissait Andrew et n’avait aucune envie de rester là à le regarder mourir.
En même temps, il ne pouvait pas les suivre éternellement et veiller sur eux à chaque seconde.
Le mieux était qu’ils apprennent à se protéger eux-mêmes.
C’était le but de cet entraînement ; il était donc juste de les soumettre à une période difficile, maintenant.
Dans ces moments-là, mieux valait jouer le mur incompréhensif que comprendre leurs paroles pour ensuite leur aboyer dessus.
On parle et on essaie de communiquer quand on pense que l’autre peut nous comprendre.
Avec quelqu’un qui ne se laisse pas raisonner, on ne se donne même pas cette peine.
On s’affaire simplement à faire ce qu’on a sous les yeux.
C’était ce qu’Enkrid voulait.
Qu’ils se concentrent comme des forcenés et mettent toute leur énergie dans ce qu’ils faisaient sur le moment.
Il avait gravi les échelons depuis le fond du trou ; il savait donc de quel état d’esprit ils avaient besoin.
« Pff… »
La recrue désespéra, et Enkrid en fut satisfait.
Ragna observa la scène et hocha la tête. Il donnait toujours le meilleur de lui-même.
Comme le capitaine qu’il connaissait.
Bien.
Le voir raviva son ardeur.
L’épée.
Ragna plongea aussitôt dans son propre monde.
Jaxon regarda la même scène sans rien dire. En deux jours, la seule chose qu’il avait déclarée, c’était que l’ennemi ne tenterait pas de recommencer.
Personne ne lui adressait la parole non plus. Andrew avait du mal à aborder Jaxon.
Quant à Mack, Jaxon n’était pas quelqu’un à qui il aurait pu parler à la légère, de toute façon.
Les cinq recrues étaient trop occupées à essayer de survivre.
Rem et Ragna ne cherchaient pas non plus querelle à Jaxon. Chacun avait du travail. Quand Enkrid s’éloignait, Rem le remplaçait de temps à autre.
« Touchez-moi ne serait-ce qu’une fois, et vous aurez une pause. »
Il fit découvrir aux cinq recrues une autre forme d’enfer. Rem y prenait un plaisir certain.
Ragna se tenait à l’écart, balançant son épée et s’absorbant dans ses pensées.
Il marmonnait parfois : « léger et rapide, et lourd », si bien qu’il était évident qu’il réfléchissait à l’escrime.
Au milieu de tout cela, Jaxon pouvait réfléchir en silence.
Au début, ses pensées concernaient ses propres affaires.
Le jeu du chat et de la souris.
D’après les éléments dont il disposait, il avait retenu plusieurs cibles possibles pour sa vengeance.
Mais les avoir identifiées ne signifiait pas qu’il pouvait les retrouver.
Cela ne suffisait pas. Il devait recueillir davantage de renseignements. Creuser plus profond. Découvrir davantage.
Après ces considérations pratiques, une pensée plus fondamentale fit surface.
Est-ce la bonne voie ?
La voie qu’il avait choisie n’était pas celle du secours.
Quelle voie était la bonne, quelle était la réponse, et pourquoi s’était-il accroché à la vengeance toute sa vie ?
Si son but était la vengeance, était-ce toujours la bonne voie ?
« Poignarder. »
Les paroles d’Enkrid résonnaient dans sa tête.
Dans le champ de vision de Jaxon se tenait Enkrid, les avant-bras enveloppés de plusieurs couches de bandages.
Chaque jour était plus chaud que le précédent, et les manches raccourcissaient sans cesse.
Il avait presque négligé ses blessures au lieu de les soigner, et pourtant elles ne s’étaient pas aggravées. Elles guérissaient.
Des marques laissées par le stylet de Jaxon lui-même.
« Pourquoi t’inquiéter ? Commence par trouver la raison. Demande-toi pourquoi. »
C’était ce que son maître lui avait dit.
Alors Jaxon s’y attela.
La source de l’inquiétude se trouvait dans le cœur. Un cœur sans direction vacillait.
Si l’on ne savait pas, on se laissait entraîner. Si l’on savait, non.
Même s’il trouvait le pourquoi, il n’avait pas besoin d’une réponse parfaite.
Il existait bien des chemins.
Jaxon en choisit un.
Au lieu de forcer son cœur à se ranger, il le laissa suivre son élan.
Au lieu de se demander si c’était acceptable, il agirait. Il le ferait, tout simplement. Il avancerait. Il passerait à l’action. Il ferait un pas vers le résultat.
C’était l’état d’esprit d’Enkrid.
Il l’avait appris en l’observant.
Une fois encore, il entrevit à quel point l’homme devant lui était remarquable.
Il n’abandonnait pas sous prétexte de manquer de talent.
Au lieu de s’inquiéter, il réfléchissait.
Quand sa tête ne suivait plus, il faisait appel à son corps.
Et tout en utilisant son corps, il se servait aussi de sa tête. Il faisait tout ce qu’il pouvait. Il luttait avec acharnement.
« Tu n’y arriveras pas. Avec un niveau pareil ? Aucune chance. »
Les critiques et les moqueries allaient et venaient, mais son cœur ne vacillait pas. Il continuait d’avancer.
La complexité des pensées de Jaxon se dissipa bientôt en une simplicité limpide.
Le fil emmêlé se dénoua et se redressa.
Pour l’instant, il suivrait donc la voie que lui indiquait son cœur.
Ensuite, Rem déclara qu’il s’ennuyait et tourmenta encore davantage les cinq recrues.
Dunbakel prit les deux lames courbes qu’Enkrid lui avait données et les mania longtemps pour s’y habituer.
Plus tard, elle prit même sa forme bestiale et défia Ragna en combat amical, mais il la réduisit à l’impuissance.
Ragna passait son temps soit à donner de brèves séries de coups d’épée, soit à s’allonger dans l’herbe, près des paillasses et du terrain d’entraînement.
À moins que quelqu’un ne vienne le presser de faire un combat amical, il avait l’air désœuvré.
Jaxon sortait parfois avec Enkrid, et souvent aussi tout seul.
Quand ils sortaient ensemble, c’était généralement pour assister à des réceptions.
Enkrid emmenait Andrew et l’accompagnait en tant que garde du corps.
Il lui arrivait de croiser quelqu’un qu’il connaissait. Tant de gens s’étaient entassés dans la capitale, tous à tourner autour du pouvoir, que ce genre de rencontre était inévitable.
« Toi. »
« Ça fait longtemps. »
L’autre réagit le premier, et Enkrid répondit aussitôt.
C’était un instructeur qu’il avait rencontré lors de son dernier passage dans la capitale, un homme qui enseignait l’escrime.
Pas vraiment quelqu’un de recommandable.
À présent, il était devenu le garde du corps attitré d’un noble.
Enkrid en jugea d’après tout ce qu’il avait sous les yeux : ses vêtements, ses armes et les gens autour de lui.
« C’était vraiment toi, Enkrid ? »
demanda l’ancien instructeur qui débitait des absurdités.
À l’époque, Enkrid l’avait jugé plutôt doué. Mais qu’en était-il maintenant ?
À cette pensée, Enkrid hocha la tête.
« Pas possible. »
L’homme marmonna, puis chuchota avec ses compagnons.
D’après ce qu’Enkrid parvint à saisir, ils semblaient le traiter d’imposteur.
Il les ignora.
À côté de lui, Andrew fronça les sourcils.
« Tu vas laisser passer ça ? »
Andrew semblait prêt à intervenir lui-même.
« Laisse tomber. »
En les observant, Enkrid ne vit aucune raison de chercher querelle le premier.
L’instructeur aux discours absurdes regarda Enkrid et sourit, lui aussi. Un sourire douteux, qui semblait sentir le poisson cru.
« Ah, oui. À la prochaine. »
Il ricana avec ses compagnons en s’éloignant. Il n’était même pas leur chef.
Y avait-il quelqu’un qui méritait qu’on s’y intéresse ? Pas vraiment.
Enkrid n’y prêta pas attention. Juste un bref incident parmi d’autres.
Ce ne fut qu’après quelques autres réceptions qu’Enkrid finit par rencontrer Crang.
Crang lui dit qu’il était difficile de sortir du palais royal lui-même.
« Tous ont l’air prêts à dégainer à tout moment. »
« Le comte Molsen ? »
Enkrid ignorait les intrigues du palais et nomma donc le personnage le plus probable.
Mauvaise réponse.
Crang sourit et répondit :
« Celui qui me tient une lame sous la gorge en ce moment n’est pas un noble des Marches. Il se trouve à l’intérieur du palais. »
Enkrid ne demanda même pas de qui il s’agissait, mais Crang poursuivit quand même :
« Un homme du nom de vicomte Mernes. »
D’après Crang, Mernes avait rassemblé les factions du palais et les avait réunies en un seul bloc de pouvoir.
Puisqu’il rivalisait avec le vicomte Bantara, il semblait distinct du comte Molsen, qui poursuivait ses propres ambitions.
« C’est une sacrée nuisance. L’un des Cinq Doigts. »
Tout en parlant, Crang posa la paume sur le banc, se redressa et leva les yeux vers le ciel. Pourquoi avait-il l’air si détendu en disant cela ?
Les Cinq Doigts qui soutenaient le palais représentaient cinq familles.
La maison du pouce : le marquis Baisar.
L’index : la famille Lakhon, une lignée militaire depuis des générations.
Le majeur : le comte Molsen, maître des Marches.
L’annulaire gérait les finances du royaume depuis des générations. Son chef actuel portait le titre de Marquis des Terres Fertiles.
La dernière maison, celle de l’auriculaire, était connue comme la famille qui protégeait le palais, mais son nom n’était pas public.
Et, à l’heure actuelle, aucune de ces cinq familles ne soutenait la reine.
Toutes étaient trop occupées à servir leurs propres intérêts.
Crang n’expliqua pas tout cela à voix haute. Il n’en avait probablement pas besoin.
Il jeta un coup d’œil à Enkrid. Ce n’était visiblement pas là la véritable raison de sa venue.
Alors, qu’était-il venu demander ?
Au début, Andrew attira l’attention en tant qu’invité arrivé sans invitation à une réception.
Ensuite, les rumeurs se tournèrent vers son escorte.
Un héros né de la Garde des frontières.
En réalité, un homme dont la réputation était gonflée de toutes pièces.
Quelqu’un qui connaissait le passé d’Enkrid n’arrêtait pas de bavarder. D’après la rumeur, le véritable Enkrid était pitoyable à l’épée et vivait ivre d’une gloire factice, en profitant du travail de ses subordonnés.
S’ils ne le voyaient pas de leurs propres yeux, ils ne pouvaient pas l’accepter ?
Était-ce de l’arrogance ? De la vanité ?
Ou cherchaient-ils à préserver la réputation qu’ils avaient bâtie toute leur vie ?
Rien de tout cela.
Crang les prenait tous pour des imbéciles.
S’ils ne croyaient pas à sa réputation, ils pouvaient faire semblant d’être amicaux et le mettre à l’épreuve.
S’ils ne voulaient même pas tenter cela, il était plus sage de commencer par observer.
Pourtant, quelques nobles stupides et ignorants s’affairaient à rabaisser Enkrid et à le dénigrer.
Peut-être étaient-ils simplement idiots.
Comment de telles têtes creuses avaient-elles pu devenir des dignitaires du palais ?
Le commissaire à la sécurité du palais était l’un d’eux.
Il était le supérieur de tous les capitaines de la garde et dirigeait les forces chargées de protéger le palais.
Crang devait-il s’en réjouir ?
Devait-il se féliciter de voir qu’un ennemi à ses yeux était stupide, ou déplorer que le palais qu’il pourrait être amené à gouverner soit rempli d’imbéciles ?
Ou devait-il blâmer la reine, qui dirigeait un pays pareil ?
Cela dit, peut-être devrait-il plutôt la plaindre.
Elle n’était pas forcément à l’origine de tout cela.
Bien sûr, Enkrid attirait l’attention pour d’autres raisons que son habileté.
« Je veux voir ce visage une fois. »
« On dit qu’il est si beau que ça ? »
« On dit qu’il est un régal pour les yeux. »
La curiosité des dames de la noblesse.
La rumeur voulait que les deux hommes venus escorter Andrew aient capté tous les regards, depuis l’extérieur de la salle jusqu’au cœur de la réception.
Ces deux hommes étaient bien sûr Enkrid et Jaxon.
Pas étonnant que des seigneurs nobles rongés par la jalousie se soient mis à répandre des calomnies à peine voilées sur Enkrid.
Peu de sentiments sont plus puissants que la jalousie.
Certains nobles étaient réellement prêts à tout pour tuer Enkrid.
Le commissaire compris.
Si Enkrid dégainait son épée en ville, les gardes accourraient-ils aussitôt ?
Tandis qu’il y songeait, Crang prit la parole.
« Le vicomte Mernes est le gendre du marquis Baisar, et il est issu de la famille Lakhon. »
Il bénéficiait des plus puissants soutiens au palais, et avait même fait entrer ses troupes privées dans la capitale.
Il avait également placé une partie de la Garde royale sous ses ordres.
Depuis l’arrivée de Crang dans la capitale, cet homme avait accru son pouvoir à un rythme brutal et était même parvenu à rallier les factions voisines.
Dans la situation actuelle, il était deux fois plus dangereux que le comte Molsen.
« Il paraît aussi qu’il a rassemblé une force privée de la taille d’un bataillon et l’a installée aux abords de la capitale. Alors, qu’est-ce que tu voulais vraiment savoir ? »
Crang débita tout cela à la hâte, puis s’interrompit et posa la question. Enkrid était venu pour une raison précise.
Enkrid avait beaucoup de questions, mais ce qu’il voulait vraiment savoir se résumait à une seule chose.
Une question qui éclaircirait bien d’autres points.
Il interrogea donc Crang au sujet des personnes qu’il s’était attendu à trouver là, de celles qui auraient dû être présentes.
« Où sont tous les chevaliers ? »
S’il n’y avait eu ne serait-ce qu’un seul chevalier au palais,
s’ils s’étaient tenus aux côtés de la reine, ce Mernes ou cet enfoiré de Mornos aurait-il vraiment pu agir ainsi ?
Un groupe d’assassins avait lancé un avertissement en plein jour.
La nuit, des cris de bêtes résonnaient et, chaque jour, de nouvelles histoires de fantômes se répandaient dans la capitale.
S’il existait des chevaliers, si un ordre de chevalerie était à l’œuvre, cela ne devrait pas arriver. Cela ne devait pas arriver.
Voilà pourquoi cette question était au cœur de tout.
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