Chapitre 36
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 36 : Le Brouillard d’Annihilation
Ragna fut perplexe, mais cessa vite d’y penser.
Il avait toujours été bizarre.
À ses yeux, Enkrid était loin d’être normal.
« Dans ce cas, je commence maintenant ? » demanda Enkrid.
« Oui », répondit Ragna.
Sous le ciel dégagé, ils reprirent depuis le début, en commençant par la façon de tenir l’épée. Non, ils commencèrent par trouver l’arme qui lui convenait.
« Vu ta force, rien ne justifie que tu utilises une arme légère. Tu ferais mieux de passer à une épée longue plus lourde. Échangeons. »
Ragna lui tendit l’épée qu’il portait à la ceinture. Enkrid trouva la suggestion radicale. Qui se sépare sans hésiter d’une arme à laquelle il est habitué ?
« Je ne l’utilise pas depuis assez longtemps pour y être attaché », ajouta Ragna.
Enkrid se rendit compte que ce n’était pas une épée particulièrement bonne. La sienne lui semblait meilleure, mais il accepta. C’était Ragna qui lui enseignait. Il décida de suivre ses conseils.
« Compris. »
Il troqua son épée d’armes contre une épée longue. Sa poignée plus longue permettait de la manier à deux mains, sa lame dépassait la sienne d’une paume et elle pesait davantage. Ce n’était pas une arme de premier ordre, mais son équilibre et sa finition étaient corrects.
« Main droite devant, main gauche derrière. »
Après avoir échangé leurs épées, ils commencèrent par les bases de la prise en main. Enkrid s’y plongea entièrement. Ragna aussi. Enseigner à Enkrid était stimulant ; lui-même se prit au jeu. Ils y consacrèrent toute la matinée, sans voir le temps passer, jusqu’à ce qu’on les interrompe.
« Vous sautez les repas pour jouer comme des gamins. Qu’est-ce que vous fabriquez ? »
L’arrivée de Rem fit prendre conscience à Enkrid de l’heure qu’il était.
« Maintenant que tu le dis, j’ai faim », marmonna Ragna.
« Espèce d’ordure, tu embêtes notre chef d’escouade ? »
« Va te faire foutre, barbare. »
« C’est toi qui devrais aller te faire foutre, feignasse. »
Les deux hommes se chamaillèrent. Enkrid, trempé de sueur, laissa pendre son épée. Il était épuisé. Repartir de zéro n’avait rien de facile.
Le temps nous manque.
Le temps lui manquait, tout simplement. Au départ, il avait prévu d’apprendre les techniques efficacement, persuadé que ses compétences s’amélioreraient puisqu’il pouvait revivre cette journée.
C’est tout le contraire.
Il n’avait pas compris à quel point ses bases étaient mauvaises. Et il se rendit compte d’autre chose : consolider ses bases sous l’œil attentif d’un épéiste chevronné n’avait rien à voir avec le faire seul.
« Pourquoi as-tu placé tes pieds comme ça ? »
« Ta prise est trop lâche. »
« Tu essaies d’estocquer ou de taillader ? »
« Qu’est-ce que tu cherches à faire ? »
« Ça ne va pas. Reprenons par la bonne façon de marcher. »
Les critiques de Ragna s’abattirent sur lui comme une tempête. Chaque conseil devenait une précieuse leçon. Alors qu’il se chamaillait avec Rem, Ragna posa soudain une question à Enkrid.
« Mais tu ne veux pas améliorer ton maniement de l’épée juste pour frimer ? »
Ragna se rappela pourquoi il avait pris une épée quand il était enfant. Qui ne voudrait pas se distinguer et être reconnu ?
Enkrid avait naturellement de l’ambition et l’esprit de compétition. Parmi ses rêveries, il y avait celle de recevoir un mouchoir d’une dame qu’il protégeait.
Qui n’en aurait pas envie ?
Tout le monde aspirait à être reconnu.
« Bien sûr que je veux frimer. Beaucoup », avoua Enkrid. Il voulait être acclamé par les gens et devenir le héros d’une chanson de ménestrel. C’était tout naturel.
Ragna hocha la tête. Cela semblait répondre à sa question.
« Qu’est-ce que tu racontes ? Enfin, rassemblement. L’ennemi a été repéré », annonça Rem.
L’heure du combat avait de nouveau sonné. Enkrid hocha la tête. En le voyant faire, Ragna se dit qu’il avait commis une erreur.
Va-t-il survivre aujourd’hui ?
Qu’adviendrait-il si Enkrid partait au combat dans cet état ?
Mal à l’aise avec sa nouvelle épée, il avait des gestes maladroits et gauches. C’était pourtant l’arme qu’il avait travaillée toute la journée. Ragna s’attendait à ce qu’Enkrid meure.
Il n’a aucun talent.
En travaillant les bases, Ragna avait découvert à quel point Enkrid était mauvais. Ce n’était pas quelque chose qui pouvait se corriger en une nuit. Ragna s’en voulut brièvement.
Est-ce que je l’ai poussé vers la mort ?
Il le regrettait. Sa grande gueule lui avait encore attiré des ennuis. À quoi avaient donc servi ses interventions, jusqu’ici ?
Et voilà qu’il recommençait. Avec un soupir de regret, Ragna se résolut à rester près de lui.
Je veux le protéger aujourd’hui.
« L’ennemi ! »
Le combat approcha à grands pas. Avant même qu’ils aient démonté leur camp de fortune, l’infanterie ennemie surgit derrière les hautes herbes et s’avança rapidement. Sa marche était anormalement rapide.
Alors que les unités se rassemblaient pour affronter l’ennemi, Enkrid remarqua quelque chose d’étrange dans la disposition des troupes adverses. Des groupes dispersés portaient chacun une grande bannière.
Flap !
Les drapeaux claquèrent sur leurs bannières lorsqu’un vent soudain souffla de l’ennemi vers eux. En plissant les yeux sous les rafales qui les piquaient, Enkrid sentit que le combat ne serait pas facile. Son instinct de survie, aiguisé par des années d’expérience, le mettait en garde. Et il ne tarda pas à lui donner raison.
« C’est quoi, ce bordel ? »
Un chef d’escouade à l’avant de l’infanterie rassemblée marmonna. Un visage familier : le chef d’escouade Benzence. Ils avaient échangé des saluts gênés en se quittant devant l’infirmerie.
À présent, un épais brouillard commençait à se former entre Enkrid et le chef d’escouade.
« On est attaqués ! »
Avant même que le chef d’escouade ait pu parler, le commandant de compagnie elfe comprit la situation. Ses sens aiguisés lui avaient fait percevoir le changement sur le champ de bataille.
De la magie ? De la sorcellerie ?
Un épais brouillard commença à rouler vers eux. Il n’avait rien de naturel. L’elfe, en communion avec la nature, percevait cette anomalie. Le brouillard s’épaissit rapidement et ne tarda pas à tout dissimuler.
« Commandant ! »
À la panique dans la voix du chef d’escouade, le commandant elfe comprit quelque chose d’important.
Personne ne s’y attendait.
Soudain, plus personne ne voyait rien. Tout le monde devait paniquer. Le problème ne concernait pas seulement la 4e compagnie. Si ce brouillard était artificiel, il ne se dissiperait pas de sitôt.
Ce sombre pressentiment devint bientôt réalité.
Boum, boum, boum, boum !
Les carreaux et les flèches se mirent à voler. Des projectiles invisibles s’abattirent sur eux. Une attaque meurtrière et soudaine, venue d’au-delà du brouillard.
Boum !
Des carreaux frappèrent les soldats alentour ; l’un d’eux atteignit même le chef d’escouade en pleine tête. Le commandant elfe aiguisa ses sens et recula vivement. Des flèches frappèrent l’endroit où elle se tenait un instant plus tôt.
Elle dégaina son épée et la fit tournoyer.
Cling !
Deux flèches ricochèrent sur sa lame. Elle saisit ensuite le corps du chef d’escouade à terre pour s’en servir de bouclier. Sans lui, des flèches perdues l’auraient tuée.
Le brouillard et les flèches.
Une stratégie préparée.
Ils s’étaient fait complètement manœuvrer.
« Ça a marché ! »
Le commandant des forces d’Azpen fut submergé de joie. Bientôt, il couvrirait ce champ de bataille de gloire. Ils avaient engagé des ressources considérables pour cette opération. L’échec était exclu. Alors que le brouillard s’épaississait, le commandant cria :
« Feu ! »
Empli de joie et d’excitation, son ordre déclencha une volée de flèches et de carreaux préparés à l’avance, qui fondirent sur l’ennemi.
Azpen avait eu recours à la sorcellerie, notamment au « Brouillard d’Annihilation », pour aveugler ses adversaires ! Au cri du commandant, le sorcier sourit, satisfait.
Le rituel avait fonctionné.
Il avait fallu le sang d’une centaine d’agneaux, de veaux et de poulains nouveau-nés, ainsi que l’eau d’un lac inviolé. Ces ingrédients n’étaient pas de simples matériaux. Cette sorcellerie avait exigé de nombreux sacrifices. Le commandant n’en connaissait pas les détails.
Quoi qu’il en soit, le sorcier y avait consacré toute son âme. Le terrain, le climat et les rituels de pluie avaient tous été pensés pour cet instant. Le sol devait être humide pour que le sort fonctionne. Les bannières et les hampes imbibées de sang servaient de support au sort. Les soldats protégés par les hampes n’étaient pas affectés par le brouillard. Voilà l’astuce du sorcier.
Mais dire que ce n’était « qu’une astuce » était un euphémisme.
L’ennemi ne voyait rien, mais eux, si. Même un imbécile aurait compris l’avantage immense que cela leur procurait dans une bataille de grande envergure. Le sorcier se moquait de l’issue du combat. La réussite du sort était sa seule source de joie.
« Tu es content de ta réussite ? »
Le chef d’escouade qui gardait la bannière posa la question. C’était le même épéiste chevronné qui avait acculé Enkrid un peu plus tôt.
« On a failli échouer, alors oui, je suis content », répondit le sorcier en se remémorant le raid nocturne ennemi.
Leur attaque avait presque réduit à néant des mois de préparatifs. Rien que d’y repenser, il en frissonnait. Le chef d’escouade se rappela celui qui avait mené le raid nocturne.
Ce salaud.
Membre du Lévrier Gris, aussi connu sous le nom d’Amant Tenace, il voulait tuer cet homme de ses propres mains. Celui-ci devait se trouver quelque part dans le camp ennemi. Le chef d’escouade d’Azpen n’oublierait jamais ce visage éclairé par les torches. Le visage délicat du soldat ennemi. Il voulait le revoir.
À mesure que le brouillard se répandait, il apportait une odeur d’eau. La visibilité disparut en même temps. Le chef d’escouade Benzence, qu’Enkrid voyait encore un instant plus tôt, s’évanouit dans la brume.
Ragna aussi avait disparu, alors qu’il se tenait juste à côté de lui.
« De la sorcellerie ! »
Quelqu’un cria. Non, c’était Rem. Il avait l’air exaspéré.
« Quel putain de salaud ? »
De la sorcellerie ? Quelle sorcellerie ?
Enkrid s’accroupit tout en réfléchissant. Des flèches et des carreaux filaient au-dessus de sa tête.
« Bien joué. Garde la tête baissée. »
Une voix retentit à côté de lui. C’était Ragna.
Cling ! Boum !
Des flèches sifflaient au-dessus de sa tête. Son mauvais pressentiment s’était réalisé. Enkrid réfléchit, la tête baissée.
De la sorcellerie.
Pourquoi y avait-il un sorcier ici ?
Même parmi les tribus de la Frontière occidentale, les sorciers étaient rares. Pourquoi ici ?
La question n’avait plus d’importance. Enkrid chassa cette pensée. Soudain, une pointe de lance fonça sur lui.
Thump.
Le Cœur de la Bête réagit. L’audace s’empara de lui. Sans cela, il serait resté figé et serait mort. Enkrid pivota instinctivement vers la gauche et leva son épée d’un mouvement ascendant.
Clac !
Son tailladement maladroit ne put trancher le manche graisseux de la lance. Celui-ci rebondit. Une pointe surgit soudain du brouillard. Enkrid en estima la position et tenta d’avancer.
Une autre pointe de lance apparut.
Clac !
Il parvint à la bloquer une nouvelle fois. Tout en le faisant, il comprit que sa posture était mauvaise et que son transfert de poids manquait de contrôle. La seule chose qu’il fit correctement fut de serrer fermement son épée. Il avait oublié tout ce que Ragna lui avait rabâché.
Ça sent mauvais.
Il ne s’était jamais attendu à maîtriser tout ça après une seule leçon. Alors, que devait-il faire ?
« Recule. »
Ragna le lui ordonna. Enkrid partit dans la direction opposée. Grâce à Jaxon, son ouïe s’était affinée. Il ne voyait rien, mais il entendait.
« Argh ! »
« Aaah ! »
« Crève ! »
« Putain ! »
Au milieu des cris et des jurons qui retentissaient tout autour, Enkrid se déplaça.
« … Chef d’escouade ! »
Le cri alarmé de Ragna lui parvint de derrière.
Puis…
Thump !
Une pointe de lance lui transperça le cou.
Précis.
C’était mieux que de se faire transpercer le corps maladroitement. Une douleur atroce se répandit de son cou à tout son corps.
L’obscurité commença à l’envahir.
« Quel taré. »
Le soldat qui avait embroché Enkrid marmonna. Il avait été surpris quand Enkrid s’était soudain jeté sur lui.
« Crève. »
Le soldat repoussa Enkrid d’un coup de pied. La pointe de la lance se retira, déclenchant une nouvelle vague de douleur intense. Enkrid sentit la mort approcher. Encore quelques respirations, et les ténèbres l’engloutiraient.
Il accueillit la mort.
Que représentaient une douleur atroce et la terreur de mourir, même si cela devait se répéter un nombre incalculable de fois ?
Grâce à ça.
Un nouveau « aujourd’hui » commençait, et il pourrait apprendre les bases auprès de Ragna. Cette pensée le remplit de joie.
« Gah. »
Enkrid rit à travers le sang. Le soldat ennemi recula, persuadé d’avoir affaire à un véritable fou. Les ténèbres s’abattirent. Lorsqu’il rouvrit les yeux, une nouvelle journée commençait.
« Pourquoi aller aussi loin ? »
Ragna posa la question. Cette fois, Enkrid répondit aussitôt, sans se gratter le front.
« Parce que je veux bien manier l’épée. »
Une réponse différente, mais le même objectif.
« Tu veux apprendre l’escrime ? »
Évidemment. Ragna lui proposa de nouveau, et Enkrid accepta. Le deuxième jour d’entraînement aux bases, le deuxième « aujourd’hui » commença. Puis il se retrouva sur le champ de bataille. Le brouillard se répandit.
« Oh ? Putain ! »
Rem jura de nouveau. Cette fois, Enkrid para le manche de la lance à trois reprises avant de se faire de nouveau transpercer le cou. Par malchance, la pointe le frappa de biais. La peau de son cou se déchira et son sang se répandit sur le sol.
Putain.
Se vider de son sang était trop douloureux. Avant qu’il ait pu réfléchir davantage, un autre soldat ennemi lui décocha un coup de lance. Il lui en fut reconnaissant.
Thump.
Il mourut encore.
Et le troisième « aujourd’hui » commença.
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