Chapitre 352
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : https://dsc.gg/wetried
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 352 : En paix
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Crang trouva qu’il s’agissait d’une expérience inédite.
« Est-ce donc cela, voyager sous la protection d’un chevalier ? »
Il régnait ici un calme qu’il n’avait jamais connu en parcourant le continent.
Et pourtant, il n’avait jamais essuyé autant de tentatives d’assassinat.
L’attaque des hommes déguisés en marchands avait été écrasée avant même d’avoir commencé, mais ce n’était pas fini.
Après cela, ils entrèrent dans la ville de Midpool.
« Merci. Merci infiniment ! »
Le fils d’un grand propriétaire terrien pleurait de joie.
Sa cheville avait été broyée par un piège et le faisait encore souffrir, mais il semblait prêt à embrasser le sol.
Bien sûr, il ne plongea pas réellement le visage dans la terre crasseuse. Cela montrait simplement à quel point il était heureux.
Il avait frôlé la mort, puis les avait suivis en restant constamment sur ses gardes : sa réaction était donc naturelle.
« Même si cet homme avait été un assassin, personne ne se serait laissé berner. »
En le regardant, l’escorte de Crang prit la parole.
« Je le pense aussi. »
Crang acquiesça et marmonna.
On leur avait dit que, s’ils faisaient du mal au fils du propriétaire terrien ou l’abandonnaient pour poursuivre leur chemin, la guilde des assassins les ferait accuser de meurtre.
Le fils du propriétaire terrien n’avait donc probablement aucun lien avec les assassins.
Malgré tout, personne ne baissa sa garde.
C’était là tout le sens des paroles de l’escorte de Crang.
Pendant tout le trajet, le fils du propriétaire terrien resta au centre du groupe.
Il ne pouvait rien tenter, même s’il l’avait voulu.
Dans le même temps, ils maintinrent une bonne distance entre lui et Crang, tandis qu’Enkrid soignait sa blessure et fouillait ses vêtements.
Les gestes d’Enkrid étaient minutieux, mais l’homme fouillé avait du mal à comprendre ce qui se passait.
Sa cheville avait failli être tranchée, et la douleur lui brouillait la vue. Comment aurait-il pu réfléchir clairement ?
S’il avait pu endurer cela tout en gardant l’esprit lucide, ç’aurait été encore plus étonnant.
Les gens ordinaires ne pouvaient garder leur calme après une blessure pareille.
Si quelqu’un de faible caractère fondait en larmes, reniflait et suppliait désespérément, personne ne pouvait le lui reprocher.
Même quelqu’un de tenace aurait eu du mal à garder son calme, confronté pour la première fois de sa vie à une telle épreuve.
Le groupe d’Enkrid continua de le surveiller et finit par entrer dans Midpool.
Midpool se distinguait par ses murs aux formes irrégulières, bâtis avec des pierres de toutes les couleurs au fil des rénovations et des réparations successives.
Dans les villes de Naurillia, on considérait généralement comme une vertu d’imiter les remparts de la capitale. Peut-être était-ce donc tout naturel.
Les remparts de la capitale étaient vraiment imposants.
Sur ce continent, les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques rôdaient partout ; même les bandits ne pouvaient donc pas se déplacer en petits groupes.
C’est pourquoi il n’y avait ni fermes isolées ni petits villages.
Pour survivre, les humains devaient bâtir de grandes villes. C’est ainsi que la civilisation avait progressé.
En contrepartie, les techniques de construction avaient fait des bonds en avant, et Midpool portait clairement les traces de ces progrès.
À cet instant même, des ouvriers assemblaient et empilaient des pierres devant l’un des murs afin d’en élever un nouveau, à l’extérieur.
« Merci, vraiment ! »
Comme cette ville s’était développée à partir des terres agricoles alentour, son seigneur avait traditionnellement été un grand propriétaire terrien.
Le seigneur qui gouvernait cette région possédait également plus de terres que quiconque dans le royaume et portait le titre de Marquis des Terres Fertiles.
Un grand propriétaire terrien placé sous l’autorité de ce marquis les remercia et insista pour qu’ils acceptent son invitation.
Enkrid intervint alors d’une seule phrase.
« Et si c’était nous qui avions attiré votre fils dans ce piège et monté toute cette mise en scène ? »
Cette seule phrase fit reculer le propriétaire terrien.
Un homme de son rang était loin d’être naïf.
Il comprit que ces gens n’étaient pas du genre à accepter ses faveurs.
Peut-être même partageait-il en silence l’avis d’Enkrid.
« Je vous revaudrai cette dette plus tard. »
Le propriétaire terrien se retira.
Il traquerait le groupe qui s’en était pris à son fils, ainsi que tous ceux qui lui étaient liés.
Au besoin, il ferait même appel au pouvoir du marquis.
Ce n’était pas l’affaire d’Enkrid.
Par la suite, le groupe prit des chambres dans une auberge, où on leur servit des plats empoisonnés.
« C’est du poison. »
L’homme appelé Jaxon l’identifia aussitôt, et les assassins échouèrent une fois de plus.
Plus tard, dans une ruelle, alors qu’ils se rendaient dans un autre restaurant, quelqu’un lança une dague.
Elle était naturellement enduite de poison, mais Enkrid l’attrapa de sa main gantée et la renvoya deux fois plus vite qu’elle n’était venue.
« Grrk. »
Un râle d’agonie s’éleva du fond de la ruelle.
« S’il est même pas capable d’esquiver la dague qu’il a lancée, à quoi bon ? »
grommela Rem. Il avait l’air franchement agacé par tous ces gens qui leur tombaient dessus de partout.
Dès que la foule se faisait moins dense, ils attaquaient de nouveau.
Rem assembla sa lance courte modulaire, la posa sur son épaule et y appuya le bras.
Sa posture semblait négligée, mais elle ne l’était pas du tout.
Une fléchette empoisonnée fonça elle aussi sur lui. Sans changer de posture, il se contenta de pencher le buste sur le côté et la dévia avec le talon de sa lance.
Les assassins, pareils à des rats, lançaient leurs armes et se cachaient sans cesse.
Rem ne prit pas la peine de les poursuivre un à un.
Et on pouvait le comprendre.
Les assassins continuèrent ensuite à les harceler.
Dès qu’ils commençaient à baisser leur garde, un nouveau poignard empoisonné volait dans leur direction. Et pas seulement des poignards : des carreaux et des fléchettes aussi.
Ils ne s’en prenaient pas qu’à Crang. Ils attaquaient tout le groupe de tous côtés, mais en vain.
Cela n’avait aucun effet.
De temps à autre, des assaillants se ruaient aussi directement sur eux.
Ce n’étaient pas des assassins expérimentés, juste des bandes de vagabonds.
En l’absence de fermes isolées, les gens devaient se rassembler dans les villes pour vivre.
La présence de nombreux vagabonds posait problème dans toutes les grandes villes.
Certains d’entre eux se joignirent aux attaques. Bien sûr, cela échoua aussi.
Boum, crac, paf.
Ragna intervint et expédia proprement les rôdeurs à coups de poing et de pied.
« C’est un monstre ! »
L’un des rôdeurs cria cela et s’enfuit, mais personne dans le groupe ne le poursuivit.
« Ils ont probablement été payés quelques pièces de Krona. La tentative d’empoisonnement s’est sans doute déroulée de la même façon. »
Jaxon expliqua que celle qui avait mélangé le poison était une servante de l’auberge, mais Enkrid ne l’interrogea pas. Jaxon lui conseilla de s’en abstenir.
« C’est une ruse courante. Ils prétendent que c’est un médicament, pas du poison, et demandent aux gens d’en saupoudrer. »
Crang écouta attentivement Jaxon. Il n’avait jamais entendu parler d’une telle méthode. Il se rappela avoir failli mourir, autrefois, d’un poison particulièrement féroce.
À l’époque, il n’avait même pas su quand il avait été empoisonné.
Personne ne lui avait paru suspect.
Était-ce pour cela ? C’était probable.
« Ils prétendent être les fiancés ou les proches de quelqu’un de votre groupe et disent qu’ils vous suivent discrètement par-derrière. En général, les gens les croient. Comme ils ne peuvent pas nous tromper, ils dupent un tiers, quelqu’un qui n’éveillera pas les soupçons. D’habitude, ils disent : “Ils sont épuisés par le voyage. C’est un bon médicament, alors veuillez en saupoudrer pour eux. Mais faites-le en secret ; ils ne doivent pas savoir que nous les suivons.” C’est probablement comme ça qu’ils s’y sont pris. »
C’était une ruse facile, mais elle fonctionnait à merveille.
Et si un employé de l’auberge ou l’aubergiste dérobait discrètement un peu de poudre pour l’utiliser à son tour ?
La guilde des assassins s’en soucierait-elle ?
Au lieu d’un poison agissant sur-le-champ, ils donneraient probablement un poison qui provoquait des convulsions le lendemain.
Heureusement — si c’était le mot juste —, l’aubergiste et la servante avaient été honnêtes.
Ils n’avaient dérobé aucune poudre et l’avaient entièrement saupoudrée sur la nourriture.
La servante qui les avait servis n’avait cessé de jeter des coups d’œil furtifs au groupe, précisément pour cette raison.
Bien sûr, Enkrid et les autres attiraient aussi l’attention rien qu’avec leurs visages.
Garder leurs capuchons rabattus dans une auberge n’aurait fait qu’attirer davantage les regards ; ils s’étaient donc montrés à visage découvert.
Forcément, tous ceux qui les entouraient avaient les yeux tournés vers eux.
Ils se comportaient aussi comme s’ils se moquaient éperdument d’être observés, ce qui avait dû piquer l’orgueil de quelques assassins.
Et voilà le résultat.
« Au-dessus ! »
Ce fut l’avertissement de Jaxon.
Dans une portion mal éclairée, plus précisément alors qu’ils se rendaient dans un autre restaurant après qu’il leur fut devenu impossible de manger à l’auberge, un assaillant leur tomba dessus.
Ils avaient déjà reçu assez de dagues pour tenir un étal de rue.
Rem, Enkrid et Ragna bougèrent en même temps.
Leurs trois armes fendirent l’air au-dessus d’eux.
L’assassin elfe qui leur était tombé dessus fut découpé en six morceaux.
Le sang se mit à pleuvoir et s’étala sur le sol.
Entrailles, chair, bras et jambes tranchés s’écrasèrent sur le pavé de l’allée.
S’ils avaient brandi leurs armes ainsi au milieu d’une grande rue, les gardes seraient accourus aussitôt.
« Beurk. »
Ce râle d’agonie fut son dernier mot.
Son visage était si pâle qu’il semblait refléter la lumière de la lune, et il finit enfoui dans la boue.
Quelques autres attaques surprises suivirent, mais tout de même.
Quelque chose clochait.
« Ils tombent tous avant même d’avoir pu commencer. »
Comme l’avait dit l’escorte.
Crang voyait les choses de la même façon.
Et ce n’était pas tout.
« Attends. »
Quand Jaxon s’éloigna un moment, les attaques diminuèrent brusquement.
Pendant ce temps, Enkrid trouva un restaurant.
« Paraît que le poulet rôti est excellent ici. »
« Hein ? »
Crang inclina la tête. Était-ce vraiment le moment de chercher un bon repas ?
« Tu n’aimes pas le poulet ? »
demanda Enkrid.
Bien sûr que non.
Il n’avait simplement pas mangé un vrai repas depuis longtemps.
Il avait eu affaire à tant de nourriture empoisonnée qu’il mangeait pour survivre, pas pour le goût.
Sur cette pensée, Crang entra dans le restaurant.
« Soyez prudent. »
Son escorte le lui dit, mais n’arrêta pas son maître. À ses yeux aussi, la situation semblait assez sûre pour qu’ils puissent manger.
Ils mangèrent donc.
Crang mangea jusqu’à devoir desserrer sa ceinture, pour la première fois depuis longtemps.
L’établissement ne servait que du poulet rôti, mais la cuisson était excellente.
Un poulet entier était embroché sur une longue broche et rôtissait au-dessus de bûches enflammées. Les broches étaient disposées autour du feu et tournées lentement ; la cuisson durait au moins une demi-journée. C’était un plat qui demandait beaucoup de temps.
« Cette recette nous vient de l’époque de mon grand-père. J’en suis fier. »
Le cuisinier, qui était aussi le propriétaire, l’annonça avec fierté.
Il avait de quoi l’être. Le poulet rôti fondait en bouche.
Une fine couche d’assaisonnement, mêlant sel, poivre et épices, s’accordait à merveille avec la peau croustillante ; c’était meilleur que bien des repas de seigneur.
Quand Crang enfonça sa fourchette dans la viande pour en couper un morceau, celle-ci, à la fois ferme et tendre, se détacha proprement.
Il ne cessait d’en enfourner dans sa bouche.
« Vous n’avez pas mangé depuis des jours ? Vous avez bon appétit. »
Sur ces mots, le propriétaire apporta un jus préparé avec un fruit qu’il disait avoir mis au point.
Il était excellent lui aussi. Les saveurs sucrées et acidulées se mêlaient et débarrassaient la bouche du gras.
Quand une ville était densément peuplée, la cuisine était souvent ce qui progressait le plus vite.
Par nature, une ville était un lieu où convergeait la logistique des environs, si bien que de nombreux ingrédients différents y affluaient.
Une ville comme Midpool, où l’agriculture prospérait, se prêtait aussi bien à l’élevage.
C’était sans doute pour cette raison que ses remparts ne cessaient de s’étendre et que sa superficie augmentait.
Il y avait des installations agricoles à l’extérieur des murs, protégées par des soldats en faction, mais on ne pouvait pas y élever correctement du bétail.
Tout le monde ne pouvait pas devenir un combattant des étendues sauvages et tuer des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques.
Alors, naturellement, on élevait des vaches, des chevaux, des poulets et des moutons à l’intérieur des murs.
Dans les quartiers des errants, certains vivaient même serrés contre quelques bêtes.
Le bétail aidait aussi à se réchauffer en hiver.
Pour des raisons de ce genre, le poulet était facilement disponible dans la ville.
Autrement dit, on en élevait beaucoup.
Quand l’agriculture était la principale activité et que les dirigeants administraient bien la ville, il était tout naturel d’élever du bétail avec les céréales restantes.
C’était probablement pour cela qu’un restaurant comme celui-ci existait.
« Enlevons ce cuisinier. »
Rem lui adressa ses plus grands éloges, et le cuisinier, qui venait d’apporter des pommes de terre rôties, le regarda avec horreur.
« Quoi ? Ce restaurant est financé par un grand propriétaire terrien, alors ne va surtout pas raconter de bêtises. »
Dans cette ville, la classe des propriétaires terriens détenait l’autorité suprême.
Enkrid le calma en lui expliquant que c’était une plaisanterie.
À un moment donné, Jaxon était lui aussi revenu et dévorait une cuisse de poulet.
« Espèce de chat de gouttière, tu vas continuer à rôder comme ça ? »
— C’est juste que tu es lent.
Ces deux-là se chamaillaient sans cesse.
Dehors, le cheval sauvage, bien qu’il fût un cheval, dévorait lui aussi du poulet.
« Ce n’est pas une Bête magique, hein ? »
Un garçon couvert de taches de rousseur, qui travaillait au restaurant, posa la question. Il avait l’air effrayé.
« Il ne mord pas. »
Enkrid lui dit cela pour le rassurer, mais le garçon ne s’approcha évidemment toujours pas du cheval sauvage.
Qui aurait voulu approcher un cheval qui broyait jusqu’aux os de poulet ?
« Buvons un coup. »
proposa Rem.
« Buvons maintenant et emportons-en avec nous. »
Enkrid acquiesça.
À première vue, ils avaient l’air d’un vrai désordre, éparpillés à des tables différentes, sans la moindre discipline.
En apparence, oui. Mais pas un seul ne se relâchait.
Crang vit et entendit tout, le vécut, et s’en sentit apaisé.
Leur calme lui procura cette sensation.
Alors, il se jeta sur le poulet et but un verre d’eau-de-vie de cerise.
Elle avait un arôme bien particulier.
S’il n’avait pas été avec eux, il aurait pu soupçonner qu’on l’avait empoisonné.
Mais ce n’était pas le cas.
« Chef, je peux acheter quelques bouteilles ? »
Enkrid acheta plusieurs bouteilles. Le groupe finit de manger, puis ils regagnèrent l’auberge.
« Bonne nuit. »
Ils échangèrent quelques mots, se lavèrent, délogèrent avec une fine brosse les morceaux de viande coincés entre leurs dents, puis se rincèrent la bouche avec de l’eau salée préparée à partir de sel bon marché.
Le lit était rembourré de coton, et non de paille ; cela seul témoignait de la richesse de la ville.
Une journée où il pouvait s’allonger dans un lit qui n’était ni rugueux ni dur.
Qu’y avait-il de plus précieux ?
« Incroyable. »
Ce fut l’escorte qui le dit. Crang acquiesça.
Ils passèrent toute la nuit là, et, étrangement, aucun autre homme ne vint les prendre en embuscade.
« C’était donc à cause de ce rouquin qui avait disparu tout à l’heure. »
La perspicacité de Crang lui permit de voir clair dans la situation.
Les attaques avaient cessé après la disparition de l’homme nommé Jaxon.
Qu’avait-il fait ?
Crang fut soudain curieux, mais il ne posa pas la question.
Il suffisait de le regarder pour le comprendre. Ce n’était pas le genre d’homme à répondre, même si on le lui demandait.
Ils quittèrent la ville, mais le groupe d’assassins continua de s’agiter vainement. Oui, ils s’agitaient vainement.
« Vous ne passerez pas ! »
Un homme qui prétendait avoir été champion d’arène se rua sur eux.
« Je m’en charge. »
Dunbakel, la femme-bête, s’avança et lui écrasa le visage d’un coup de genou.
Dunbakel écarta sa lance d’un coup de cimeterre, puis se rua sur lui et l’acheva de la même façon.
Dunbakel prit appui du pied gauche et lança son genou droit vers le haut. Une excellente technique corporelle.
Le champion, le visage défoncé, s’effondra au sol.
« C’était quelle arène ? Vous n’y entraînez que des poulettes ? »
La femme-bête lança ces mots et balaya les hommes rassemblés d’un regard acéré.
Le groupe se dispersa en prenant la fuite.
Le ciel était dégagé, comme si la tempête n’avait été qu’un mensonge.
Tous les membres du groupe montèrent en selle et partirent au pas, sans se presser.
Bien gérer l’endurance d’un cheval permettait en fait d’arriver plus vite.
Éviter d’épuiser sa monture et avancer à un rythme régulier, c’était la base des déplacements à cheval.
Alors, soudain, une flèche fusa.
Elle visait droit Crang, et Enkrid la saisit naturellement au vol.
Tac, brrrr.
Crang vit la hampe tremblante s’arrêter juste devant lui, mais il n’en fut guère ébranlé.
Elle avait été bloquée, alors tout allait bien.
Enkrid saisit la hampe, regarda au loin et prit la parole.
« Celui-là, c’est du sérieux. »
Fini, les tours maladroits. Le dernier coup de l’ennemi était un tir de précision à longue portée.
Et ce n’était pas un amateur. On aurait dit un véritable archer.
Crang ne le voyait pas, mais Enkrid distingua au loin un archer à cheval qui tirait tout en prenant la fuite.
Pouvaient-ils le rattraper à cheval ?
Non, ce serait difficile.
Alors, que faire ?
Ils ne pouvaient que dévier les flèches qui arrivaient, l’une après l’autre.
Les assassins avaient disparu, et voilà qu’un archer à cheval était apparu.
La nouvelle manœuvre de l’ennemi était donc aussi gênante. Malgré tout, elle ne représentait pas une véritable menace.
Telle fut la conclusion de Crang.
Même si des dizaines ou des centaines de flèches pleuvaient sur lui, il ne mourrait pas.
Avec Enkrid pour le protéger à ses côtés, c’était ce qui se passerait.
C’était pour cela qu’il se sentait calme.
L’archer monté, au loin, ne lui paraissait donc pas menaçant.
Et puis.
Hiiiiii.
Le cheval sauvage hennit et s’approcha d’Enkrid.
« Tu veux qu’on aille l’attraper ? »
En entendant Enkrid répondre ainsi, Crang comprit qu’ils n’avaient pas non plus l’intention de laisser filer l’archer.
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