Chapitre 346
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 346 : Pahahahaha
= = =
La reine de Naurillia n’avait pas d’enfants.
Ce qui signifiait qu’elle n’avait pas d’héritier.
Alors, qui devait devenir le prochain roi ?
Pourquoi la reine n’avait-elle pas d’enfants ?
C’était l’une des raisons pour lesquelles des gens de tous bords avaient commencé à convoiter le trône.
Bien sûr, la raison principale était sans doute la faiblesse de l’autorité centrale de la reine.
C’est ainsi que des hommes comme le comte Molsen revendiquaient leur souveraineté sur les régions frontalières.
Dans la capitale même, certains aspiraient à devenir le consort de la reine.
Des délégations venues d’autres pays étaient même allées jusqu’à proposer d’envoyer un prince.
Une foule de gens lorgnaient sur le trône.
Crang était de ceux-là.
Kraiss n’avait pas rencontré tous ceux qui convoitaient le trône.
Mais il suffisait de comparer Crang au comte Molsen.
Crang n’était-il pas, à l’heure actuelle, le candidat le plus redoutable pour s’emparer du trône ?
C’était en tout cas ce que pensait Kraiss.
« Il joue dans une autre catégorie. »
Enkrid ressentait la même chose.
La comparaison avec le comte Molsen rendait la différence évidente.
Ce n’était qu’un instinct, mais ce que voulait le comte Molsen, c’était le trône lui-même.
Son ambition s’arrêtait là.
Crang, lui, était différent.
Le fils bâtard de la famille royale ne regardait pas le trône. Il regardait au-delà.
Il avait affronté de plein fouet les problèmes de ce pays.
Le comte Molsen avait probablement lui aussi réfléchi à ce qu’il ferait après s’être emparé du pays.
Mais tout dépendait de ce que chacun jugeait prioritaire.
Le trône d’abord, ou le travail à accomplir ?
Qu’est-ce qui les faisait avancer ?
Où se trouvait le but qu’ils poursuivaient ?
La lumière du soleil filtrait jusqu’à eux. Des lianes s’enchevêtraient le long du mur de la caserne, à droite. La mousse verte et les plantes grimpantes noueuses qui s’insinuaient entre les pierres semblaient pleines de vie.
Le printemps était bien avancé et la température montait lentement.
Il ne faisait toutefois pas assez chaud pour transpirer en marchant.
Sous cette douce lumière, l’homme qui attirait tous les regards esquissa un sourire et prit la parole.
« C’est pour ça que je détestais vraiment le salir. »
Sa dernière phrase avait presque des airs de plaisanterie.
« Ah bon ? »
« Et pas toi ? Il ne t’est jamais arrivé de ne pas avoir envie de faire quelque chose ? De te lasser du chemin que tu suis ? De te demander si tu devais vraiment continuer à l’emprunter ? »
Enkrid médita les paroles de Crang. Non, cela ne lui était jamais arrivé. Il ne s’en était jamais lassé et n’en avait jamais douté. Pas une seule fois.
Manier l’épée était un plaisir.
Il aimait le chemin qu’il parcourait grâce à elle.
Chaque instant passé à devenir chevalier le faisait vibrer.
Même après avoir parlé sur un ton presque enjoué, Crang conserva son aura singulière.
Son regard se planta dans celui d’Enkrid.
À cet instant, Enkrid eut l’impression que tout autour d’eux avait disparu. Il ne restait plus qu’eux deux.
Pouvait-il vraiment prétendre n’avoir jamais souffert ?
Enkrid avait l’impression que Crang le lui demandait.
Il se sentit obligé de répondre oui. Ce n’était pas une pression, mais l’atmosphère qui régnait autour de Crang lui donnait envie de répondre ainsi.
C’était l’aura propre à Crang. En sa présence, Enkrid devenait une épée droite et inébranlable.
Il parla au travers de la mèche qu’il avait plantée en lui-même.
Il ne vacilla pas.
« Pas du tout. »
Enkrid lui répondit.
Le sourire de Crang s’effaça.
Ses yeux bleus fixèrent Enkrid, impassibles. Le temps de boire une gorgée de thé, de la garder en bouche, d’en savourer l’arôme et de l’avaler s’écoula.
« Pahahahaha. »
Crang éclata de rire. Il rejeta la tête en arrière et laissa fuser un rire clair et communicatif.
* * *
Le garde de Crang ne l’avait jamais vu rire ainsi.
La tête rejetée en arrière, il riait à en avoir les larmes aux coins des yeux.
Cette scène lui était étrangère, et le garde n’y comprenait rien.
Au vu de tout ce qu’il avait observé de la vie de son seigneur, le simple fait qu’il puisse rire ainsi avait quelque chose d’étrange.
Voyager avec des provisions préparées à part, par crainte du poison, n’était que le moindre de ses soucis.
Les menaces d’assassinat étaient constantes.
Rien que découvrir qui les commanditait rendait chaque journée épuisante.
Il leur fallait esquiver, encore et encore, et malgré tout, ils devaient accroître leur puissance. Ils devaient mettre de leur côté tout ce qui pouvait ressembler à de la chance.
« Pourquoi devrions-nous vous faire confiance et vous soutenir ? »
Un noble lui avait un jour posé cette question, et le garde avait été d’accord avec lui. En quoi, exactement, étaient-ils censés lui faire confiance et le soutenir ?
« Vous avez vraiment réussi à rallier des gens avec des notions comme la foi et la confiance ? »
Son seigneur avait retourné des situations en quelques mots, simplement grâce à son charme naturel.
Il captivait les gens et changeait le cours des choses.
Et pourtant, il ne franchissait pas la ligne. Il ne le pouvait pas. Ce qui devait être préservé, il le préservait. Telle était la vie que son seigneur avait choisie.
Rude. Toujours plus rude. Les exigences qu’il s’imposait étaient douloureusement élevées.
Voilà pourquoi il brillait.
Briller, c’était attirer les regards, fasciner les gens, se distinguer où qu’on se trouve.
Était-ce pour cela qu’un simple caillou aux reflets colorés pouvait valoir plus que la nourriture, les boissons et les vêtements ?
Le noble qui avait prononcé ces paroles devint l’un des plus fervents partisans de son seigneur.
« Comment obtenir ce que l’on veut en ne suivant que le droit chemin ? »
Un homme que l’on disait sage lui posa un jour cette question.
Son seigneur lui répondit :
« Il m’arrivera peut-être de marcher dans la boue et de salir une pièce avec mes bottes, mais puis-je vraiment laisser les gens qui vivent avec moi assister à cela et froncer les sourcils ? »
Le sage se plongea dans une profonde réflexion.
« C’est vrai aussi. »
« Ce que vous dites est vrai, vous aussi. »
Crang et le sage devinrent très proches.
Le garde avait assisté à tout cela.
Il connaissait les années qu’ils avaient traversées.
C’est pourquoi il le savait. Jamais il n’avait vu son seigneur rire ainsi. Le voir rire de si bon cœur lui paraissait étrange.
« Ha, c’est vrai. Alors, il n’y en a pas. »
Son seigneur essuya du doigt les larmes au coin de ses yeux.
Il avait ri à en pleurer.
« Ouais. Il n’y en a pas. »
L’autre homme ne lui demanda même pas pourquoi il riait. Il répondit simplement, d’un ton calme, sans paraître perplexe non plus.
Son seigneur et l’homme aux cheveux noirs poursuivirent alors leur conversation.
Après cela, il n’y eut plus cette atmosphère rayonnante. Ils échangèrent simplement quelques banalités.
« Pourquoi avez-vous foncé seul dans les lignes ennemies, à l’époque ? »
« Ce n’était pas une charge. Je comptais frapper puis me retirer, mais je me suis fait coincer. »
Ils parlaient du moment où il était tombé dans le piège tendu par le stratège Abnair.
« Ça n’aurait pas été plus simple de mener vos hommes avec vous ? »
C’était une question pour la prochaine fois. Il ne s’agissait pas de juger le passé, mais de repasser la situation en revue, de réfléchir à ce qui s’était passé et de ne pas refaire la même erreur.
En écoutant leur échange, Kraiss trouva l’attitude de Crang avisée.
Même les situations sur le champ de bataille avaient des leçons à offrir.
Crang ne l’interrogeait pas. Il l’écoutait.
Il était aussi disposé qu’Enkrid à entendre les autres.
« Les pertes parmi les alliés auraient alors été incontrôlables. »
Enkrid pouvait mourir encore et encore, puis revenir à la vie, parce que c’était lui.
S’il avait emmené une unité ? Ils y seraient tous morts. Au minimum, la moitié des forces aurait été anéantie.
En fin de compte, il avait fait le bon choix.
« Mais vous ne le saviez pas à l’époque. »
Crang lui posa la question.
« Je pensais qu’en frappant seul la ligne ennemie de front, je pourrais attirer l’attention sur moi et permettre à nos hommes de manœuvrer plus librement. »
« Donc, un affrontement restreint entre troupes d’élite. »
Un observateur aurait pu croire qu’ils discutaient sérieusement de stratégie et de tactique, mais pour eux, ce n’était qu’une conversation anodine. Il était donc naturel de changer aussitôt de sujet.
« D’où vient cette cicatrice ? »
Enkrid posa la question.
« J’ai mal jugé quelqu’un. »
Crang portait une longue cicatrice sous le menton. On aurait dit une blessure reçue en échappant de justesse à la mort.
Enkrid ne s’attarda pas sur le sujet.
Son attitude se résumait à : ah, je vois.
Il se contenta de se dire que Crang avait peut-être du mal à cerner les gens.
Qu’était-ce, un roi ? Un roi commandait des hommes. S’il ne savait pas les juger, il était tout naturel qu’on finisse par le frapper.
Parfois, certaines choses se comprenaient sans qu’on ait besoin de les dire.
L’attitude d’Enkrid, à cet instant, était de cet ordre.
Ce qui devait être compris l’était, même si personne ne le disait à voix haute.
À cette vue, une veine saillit sur le front du garde.
Ce n’était pas qu’il avait mal jugé quelqu’un. Si Enkrid avait connu les circonstances, il n’aurait pas pu parler ainsi.
« J’ai déjà beaucoup appris. »
Crang répondit avec un petit rire.
Pour le garde aussi, c’était inhabituel.
Jusqu’ici, son seigneur s’était tout au plus contenté de sourire.
La rencontre s’acheva après leur promenade, leur conversation et cette douce journée de printemps.
« À la prochaine, mon ami. »
Kraiss se sentit frustrée.
Au bout du compte, Crang ne leur avait jamais demandé de se ranger à ses côtés.
Alors pourquoi s’était-il préparé à parer toutes sortes d’arguments ?
Enfin, il n’y avait pas une formule toute faite pour ce genre de situation ?
En général, du moins.
« Et si vous rêviez d’un royaume comme celui-là ? Rejoignez-moi et aidez-moi à faire vivre ce rêve. Je vous couvrirai de pièces d’or, et vous pourrez passer un mois entier avec des beautés différentes chaque jour ! »
Les gens ne disaient-ils pas généralement des choses de ce genre ?
Mais, en y réfléchissant, s’il avait été ce genre d’homme, peut-être ne serait-il pas allé aussi loin.
Kraiss se perdait dans ces pensées vagabondes quand cela arriva.
« Nous sommes amis ? »
Enkrid posa la question à Crang.
« Et nous ne le sommes pas ? »
« Alors, je dirai que si. »
Pour le garde, c’était le genre de conversation qui vous raidissait la nuque.
Il ne pouvait pourtant pas intervenir. Son seigneur ne lui avait-il pas ordonné de rester en retrait ?
Plus que tout, il croyait que les actes de son seigneur avaient un but et un sens.
Mais cela ne donnait pas une meilleure impression pour autant.
On aurait dit que son seigneur fourrait des kronas dans la main de quelqu’un en lui demandant d’être son ami.
Comme dans le dicton : payer pour s’acheter un ami.
Le muscle de la mâchoire du garde tressaillit.
Sans même s’en rendre compte, il serra les dents.
« Si on continue comme ça, le fouet de ce garde va me tomber sur le crâne. »
« Essaie d’esquiver. »
Crang laissa échapper un nouveau petit rire en plaisantant.
Enkrid rit brièvement à son tour.
Il était devenu ami avec Leona, la propriétaire de la Compagnie marchande Rockfreed ; s’entendre ainsi avec quelqu’un qui pourrait prétendre un jour au trône n’était donc pas une mauvaise chose non plus.
À vrai dire, oublions tout ça : il aimait simplement Crang en tant que personne.
« Alors. »
« Ouais. »
Enkrid et Kraiss s’en allèrent.
Crang les regarda partir en silence.
En voyant cela, le garde prit la parole.
« Vous savez bien que venir ici est dangereux, n’est-ce pas ? »
« Je le sais. »
Crang posa une main sur sa taille et leva la tête.
Il avait beau y réfléchir, cette journée était belle.
La lumière du soleil était chaude, l’air doux. C’était le genre de journée où l’on avait envie de s’allonger dans l’herbe et de faire une sieste.
En le regardant, le garde dut lui poser une question toute simple.
C’était quelque chose que son seigneur lui avait répété d’innombrables fois.
Si l’on laissait les doutes s’installer sans communiquer, les malentendus finissaient par s’accumuler.
« Ne transformez pas une simple question-réponse en une situation où les gens dégainent leurs armes », disait-il.
Le garde fit donc exactement ce qu’il préconisait.
« Alors, pourquoi êtes-vous venu ? »
« Parce que j’étais curieux. »
Il voulait forcément parler de l’homme qui venait de partir. La question suivante s’imposait, et le garde la posa.
« De sa maîtrise ? »
Alors, auraient-ils dû se battre ?
C’est ce que le garde se demanda en son for intérieur.
Crang se protégea les yeux du soleil éblouissant d’une main et leva les yeux vers le ciel.
Des nuages parsemaient le ciel dégagé.
Beau temps.
Sur cette pensée, Crang répondit :
« Je me demandais s’il avait changé. »
En le disant, Crang eut un nouveau rire discret.
Le garde pencha la tête, mais n’insista pas.
Il ne pouvait pas poser toutes les questions une à une.
Il ne pensait pas avoir besoin de connaître chaque recoin de l’esprit de Crang.
Son seigneur avait voulu vérifier quelque chose, l’avait vérifié et en était satisfait.
C’était tout ce qui comptait.
Ses doutes s’étaient dissipés.
Il n’y avait pas de malentendu.
« Oui, je vois. »
« Mm. »
Crang estimait Enkrid à sa juste valeur.
Plus que quiconque le connaissait.
À vrai dire, plus qu’Enkrid lui-même.
À condition qu’il demeure aussi inchangé.
Une personne qui avançait sans changer fascinait son entourage. Elle l’attirait, le retenait, l’influençait.
Selon les convictions de Crang, influencer les autres était une chose véritablement grandiose.
Si seulement il avait fait de la politique.
Un homme qui aurait pu fonder une grande maison avait choisi de manier l’épée. Il rêvait de devenir chevalier.
Un chevalier se tenait au sommet de la puissance martiale.
Alors, que se passerait-il si un homme comme lui devenait chevalier ?
Ce n’était pas l’affaire de Crang. L’homme était fidèle à lui-même. Il ne changeait pas.
Il suivait simplement son propre chemin.
Crang était satisfait d’en avoir eu la confirmation.
Son ami Enkrid n’avait effectivement pas changé.
Enkrid voulait devenir chevalier.
Crang voulait diriger le royaume.
« Un continent sans guerre, est-ce possible ? »
« Si mon seigneur le veut. »
« Facile à dire. »
Crang esquissa un léger sourire et tapota l’épaule du garde.
Il était redevenu lui-même. Mais si ses épaules semblaient un peu moins tendues que d’habitude, était-ce seulement une impression ?
Crang se mit en marche.
« Allons-y. Si nous voulons rester en vie, nous devons encore nous battre. »
Le garde le savait très bien, lui aussi.
« Oui. »
Le soleil dans leur dos, le garde suivit Crang.
* * *
« Le trône devrait revenir à celui qui ne le désire pas, pas à celui qui le convoite. »
Enkrid dit cela sur le chemin du retour.
Kraiss le corrigea.
« Plus exactement, il devrait revenir à quelqu’un qui le comprend. Un bâtard qui ne sait même pas ce qu’il fait ne saurait pas demander l’aumône correctement, encore moins s’asseoir sur un trône. »
Elle le corrigea en y ajoutant un proverbe.
Même pour devenir mendiant, si l’on ne savait pas quoi faire, on n’y parvenait pas.
C’était un proverbe du continent.
La phrase d’Enkrid répondait à la question de Marcus.
Ce n’était pas le chemin de celui qui ne faisait que désirer, encore et encore. C’était celui de quelqu’un qui en connaissait le poids et qui avançait malgré tout.
« À cet égard, c’est un homme impressionnant. »
« Pas seulement parce qu’il n’est pas idiot ? »
La question d’Enkrid avait un autre sens, et Kraiss le comprit. Elle lui donna donc la réponse qu’elle pouvait lui apporter.
« Non. Je ne crois pas que ce soit ça. »
Kraiss devina pourquoi Crang était venu ici.
Quelle autre raison aurait-il pu avoir ?
Il était venu voir ce type.
Pourquoi voulait-il voir Enkrid ?
Parce que c’était un homme qui progressait en faisant connaître son nom partout ?
Parce qu’il avait acquis un peu de notoriété récemment ?
Kraiss s’en moquait, mais ce n’était probablement pas pour ça.
Qu’avait-il donc sacrifié pour voir le capitaine ?
Du temps, un lieu, des informations, sa position.
« C’est dangereux, pas vrai ? »
Enkrid posa la question à brûle-pourpoint.
Il avait perçu — non, déduit et compris — le danger que représentait la venue d’un homme comme Crang.
Le capitaine avait vraiment l’esprit vif.
Kraiss le pensa, puis répondit :
« Oui. Je ne suis pas sûr qu’il s’en sorte vivant. Il a dit qu’il se rendait au palais royal, n’est-ce pas ? »
C’est ce qu’il avait dit. Il retournerait maintenant au palais royal et s’attendait à ce que le voyage soit pénible.
Dans ces circonstances, il avait tout de même fait le chemin jusqu’à la Garde-frontière.
Quelle qu’en soit la raison, il avait clairement pris un risque considérable.
Les avant-postes que Kraiss avait bâtis à la Garde-frontière avaient déclenché une croissance explosive du trafic commercial.
Et avec la participation de la Compagnie marchande Rockfreed, le commerce avait littéralement bondi.
Tout cela s’était produit en un ou deux mois à peine, et la ville était déjà en pleine effervescence.
Autrement dit, une foule de gens s’y était rassemblée.
Et quand il y avait beaucoup de monde, les crapules pouvaient facilement se faufiler.
De toute façon, personne ne pouvait arrêter tous les espions.
Kraiss s’était contentée de renforcer la défense autour des installations stratégiques.
Pour le reste ? Pour l’instant, il n’y touchait pas.
Plus tard, elle comptait développer davantage le réseau d’informateurs et renforcer le contrôle à l’intérieur de la ville, mais pas pour le moment.
Si un homme comme Crang était toujours menacé de mort ?
Kraiss ne pouvait que répondre par l’affirmative.
Enkrid parlait toujours. Voilà sur quoi reposait son jugement.
« Ce garde a changé de posture. Il était prêt à intervenir à tout moment. »
« Il ne mangeait ni ne buvait rien qui n’ait été préparé par ses hommes. Il a dû vivre un enfer. »
« Il s’est déplacé sans escorte cachée. Je ne pense donc pas qu’il ait beaucoup d’hommes autour de lui. »
Pour Crang, la Garde-frontière devait donc être l’endroit le plus dangereux qui soit, en ce moment.
Dès qu’il en sortirait, des assassins pourraient se jeter en groupe sur son carrosse.
Kraiss hocha la tête en écoutant Enkrid.
Il comprenait aussi pourquoi son capitaine disait tout cela. La raison était simple.
« Si tu veux t’en charger, tu n’as qu’à le faire, non ? »
Qui commandait la Compagnie des Fous ?
Le fou aux cheveux noirs et aux yeux bleus.
Enkrid.
« Je sais. Mais je dois quand même savoir pourquoi. »
« Je suis d’accord, ce serait dommage qu’un homme aussi précieux meure ici. »
À leur retour à la caserne, Marcus était déjà là.
Enkrid s’attendait déjà à voir débouler des assassins, des frères assassins, leurs grands frères, leurs pères, leurs petits frères et leurs grands-pères. Aussi prit-il les devants avant que Marcus n’ouvre la bouche, l’air grave.
« Nous l’escorterons jusqu’au palais royal. Mettez-vous d’accord avec Kraiss sur le montant de la mission. »
Marcus lâcha un « Uoh » dénué de sens, puis resta figé, la bouche ouverte.
La vivacité d’esprit d’Enkrid avait largement dépassé ce que Marcus imaginait.
« Hein ? Où est-ce qu’on va ? »
Rem posa la question derrière eux.
Il avait déjà l’air prêt à bondir dans l’action.
Autant emmener Rem avec eux.
Sur cette pensée, Enkrid hocha la tête.
S’il restait dans cet état, Rem finirait forcément par faire des siennes.
Mieux valait le garder près de lui.
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