Chapitre 33
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 33 : Cible
En entendant le rapport du chef de peloton, la commandante de compagnie afficha un air perplexe. Ses yeux vert émeraude se plissèrent.
« Avec seulement dix hommes ? »
Pour les autres escouades, la mission de reconnaissance s’était déroulée comme d’habitude. Le seul événement notable avait été la rencontre, dans les plaines, avec une unité de reconnaissance d’infanterie d’Azpen. Au lieu de se battre, les deux groupes s’étaient séparés à distance.
Il était normal qu’Azpen déploie des escouades de reconnaissance ; en croiser dans les plaines n’avait donc rien d’inhabituel. À vrai dire, il était étonnant qu’ils ne les aient rencontrées qu’une seule fois.
Mais ce qu’avait accompli l’unité d’Enkrid, c’était une autre histoire.
L’ennemi avait tendu une embuscade dans les hautes herbes. Il préparait quelque chose. Qu’on ait recueilli cette information, c’était compréhensible.
Mais infiltrer le camp ennemi et y mettre le feu avec seulement dix soldats ?
Quels drôles de types…
Comme lors de l’affaire du précédent assassin, Enkrid se trouvait au cœur de tout ça.
N’était-ce pas toujours l’escouade d’Enkrid qui se retrouvait mêlée aux problèmes ?
Fallait-il simplement mettre ça sur le compte de la malchance ?
Mais parler de simple malchance aurait été absurde : il était incroyablement résistant. Non seulement il avait survécu, mais il avait aussi apporté une contribution majeure. Malgré son talent médiocre, ses résultats dépassaient chaque fois les attentes. Même lors de l’affaire de l’assassin, c’était grâce à ce chef d’escouade que la cible avait été protégée. Et cette fois, il avait fait encore plus fort. S’infiltrer seul dans le camp ennemi et en rapporter des renseignements valait bien cent récompenses.
« Oui, c’est ce qu’ils ont rapporté. »
Le chef de peloton lui répondit.
Sur les dix hommes qui s’étaient infiltrés dans le camp ennemi, seuls cinq étaient revenus. Pourtant, ils avaient obtenu des résultats incroyables. Ce n’étaient pas des soldats d’élite formés par la Brigade de Chypre, mais dix éclaireurs commandés par un soldat de bas rang.
La commandante de compagnie trouvait cela fascinant.
Enkrid, Enkrid…
Quel genre d’homme était-il ?
Ses compétences étaient médiocres, et pourtant, comment pouvait-il accomplir de tels exploits ?
Inutile de se creuser trop longtemps la tête.
La chance.
Elle en conclut simplement qu’il avait eu de la chance.
Si ce n’était pas le cas, qu’est-ce que ça pouvait être ?
À moins qu’il ait mémorisé les positions ennemies comme s’il avait pénétré dans l’esprit de leur commandant, c’était encore moins plausible. L’hypothèse la plus crédible était qu’il s’agissait d’un espion formé par Azpen, mais ça n’avait aucun sens non plus.
Quel idiot formerait et enverrait un espion pareil ?
Un simple chef d’escouade aux compétences médiocres ?
« Dois-je convoquer le chef d’escouade pour confirmer les faits ? »
« S’il était assez stupide pour mentir sur une affaire pareille, il serait mort depuis longtemps. »
La commandante de compagnie se renversa dans son siège et réfléchit.
Admettons qu’Enkrid ait simplement de la chance. Qu’est-ce qu’Azpen cherche à faire ?
Elle devait d’abord en informer le commandant du bataillon. C’était la procédure. Après avoir mis de l’ordre dans ses idées, elle se leva.
« Où allez-vous ? »
Qui avait bien pu choisir cet idiot comme chef de peloton ?
La commandante de compagnie écarta l’imbécile et répondit :
« Je vais à la tente du commandant de bataillon. »
Le signaler était prioritaire.
Rem s’ennuyait. Il n’y avait pas la moindre escarmouche et rien à faire. Les deux armées s’observaient depuis leurs positions respectives. Dans l’unité, la rumeur courait que la guerre pourrait bien s’achever ainsi.
« Ben, ça se tient. L’hiver approche, et cette bataille dans les plaines ne se terminera pas de sitôt, pas vrai ? Ils vont sûrement la remettre à l’année prochaine. »
Kraiss, dont l’ouïe était particulièrement fine, prit la parole.
Ce n’était pas son avis personnel, mais une conclusion tirée des rumeurs qui circulaient. Rem se fichait bien de ce que Kraiss pensait de ces affaires. Que le champ de bataille se réveille chaque année ou qu’Azpen et Naurillia aient autrefois été en bons termes…
Qu’est-ce que ça pouvait lui faire ?
Putain, qu’est-ce que je m’emmerde.
Il passait le temps à aiguiser le tranchant de sa hache, puis à la faire tournoyer, mais ça ne changeait rien : il n’avait rien à faire. Rem s’ennuyait à mourir. Tous les autres semblaient avoir quelque chose à faire.
« T’es malade ? Tu demandes ce prix-là pour des cigares ? T’as une pointe de flèche plantée dans le crâne ou quoi ? »
Grands Yeux était occupé à vendre ses marchandises. Après les batailles, les affaires tournaient au ralenti ; il devait donc en profiter pour vendre un maximum. Il travaillait dur.
« Quoi ? Une pointe de flèche ? »
Il arrivait que certains toisent Grands Yeux à cause de sa petite taille. Rem s’était fait une sorte de passe-temps d’intimider ces types. Il lui suffisait de lécher le tranchant fraîchement aiguisé de sa hache en les fixant.
En réalité, il ne l’aiguisait pas trop finement. Si elle était assez tranchante pour couper un doigt au moindre contact, la lame se briserait facilement. À moins qu’elle ne soit magique ou façonnée par un artisan, c’était ainsi qu’il fallait s’y prendre. Alors, lécher le tranchant de la hache ne lui coupait pas la langue.
« Bon, la dernière bataille, j’ai quand même reçu une flèche sur le casque. »
Le type recula aussitôt.
« Les cigares sont difficiles à trouver. Alors, t’en veux combien ? »
Kraiss haussa bientôt la voix. Il avait tout d’un marchand. Jaxon, le fourbe chat de gouttière, préférait traîner dehors plutôt que de rester dans la tente. Le fanatique religieux, lui, priait sans relâche, le visage sombre, en se cognant la tête contre le sol.
Il n’arrêtait pas de marmonner : « Dieu, donne-moi des réponses. »
Le voir à l’œuvre donnait envie de garder ses distances. Ses gestes à eux seuls criaient : « Fanatique cinglé. »
Pourquoi se comportait-il toujours comme ça ?
Enfin, Ragna passait ses journées à dormir, sans se soucier de rien.
Comment ne pas s’ennuyer à répéter la même chose toute la journée ?
Est-ce que ça l’amusait ?
Sans le chef d’escouade, c’est d’un ennui mortel.
Rem grommela en lui-même.
Le chef d’escouade était-il mort ?
Les missions de reconnaissance étaient dangereuses. Même si le chef d’escouade avait beaucoup progressé, ses compétences restaient ridicules aux yeux de Rem.
Et s’il était mort ?
Ce serait quand même dommage.
Merde, je me suis attaché à lui ?
À ce qu’il avait vu, ce serait dommage de le laisser mourir. Mais le suivre partout pour le protéger, c’était ridicule.
Après tout, qu’était-il pour lui ?
Rien. Juste quelqu’un qu’il avait rencontré par hasard et qu’il aimait bien.
Quelqu’un que j’aime bien ?
En y réfléchissant, les gens comme ça étaient rares. Combien en avait-il rencontrés au cours de sa vie ?
Il espérait qu’il reviendrait vivant, sans pour autant s’inquiéter. Ce n’était pas le genre à se faire tuer par une bande d’amateurs.
Finalement, incapable de supporter plus longtemps cet ennui qui ne changeait pas, Rem décida qu’il ne pouvait pas rester à ne rien faire. Que le chef d’escouade soit mort ou vivant, il fallait qu’il mette un terme à cet ennui.
« J’ai envie de te tuer ? »
Rem opta pour une solution simple. Il donna un coup de pied à Ragna, qui traînait sans rien faire. Ragna leva les yeux vers lui, comme pour lui demander ce qu’il fichait.
« Tu veux mourir ? »
Ragna était sérieux.
« Je m’ennuie. On se bat ? »
Pas besoin d’en dire davantage. Jaxon, qui venait d’entrer dans la tente, les ignora et passa son chemin. Comme d’habitude, le fanatique religieux se cognait la tête contre le sol, le visage sombre. Kraiss était absent. Ils se mirent d’accord et sortirent.
Clang.
Leurs hache et épée s’entrechoquèrent légèrement pour signaler le début du combat. Ils se mirent à s’échanger des coups.
Fchhh !
Le bras de Rem s’abattit et sa hache frappa avec violence. Ragna esquiva le tranchant, pivota et lança une estocade. Bien plus précise que tout ce qu’Enkrid avait montré, elle visait le ventre de Rem. Celui-ci poussa sur ses orteils et bondit en arrière.
Thoum.
Une empreinte resta à l’endroit où son pied s’était posé. Quiconque avait l’œil aurait été stupéfait par le niveau de leur échange. Enkrid arriva au moment où le combat atteignait son apogée.
« Tue-le ! »
Un soldat surexcité poussa un cri. Une foule s’était rassemblée pour les regarder. Pourquoi l’escouade d’Enkrid avait-elle été surnommée l’Escouade des Fauteurs de troubles ?
Parce qu’elle réunissait des individus qui avaient tous leurs problèmes.
Pourquoi l’unité gardait-elle de tels fauteurs de troubles ?
Tout simplement pour leurs compétences. Avec un tel talent sous les yeux, le spectacle était forcément captivant.
Bam !
Quand l’épée et la hache s’entrechoquèrent, un nuage de poussière s’éleva autour d’eux.
Fiuu !
Pourtant, leurs yeux ne se quittèrent pas.
Skraaa.
La hache sembla tomber du ciel et racler le sol. De petits cailloux giclèrent sous son tranchant. Ragna esquiva la hache qui labourait la terre et abattit son épée de haut en bas.
Fchhh.
Même les yeux grands ouverts, impossible de suivre la trajectoire de l’épée. Alors qu’elle se trouvait au-dessus de lui, elle plongea soudain pour trancher la gorge de Rem.
Bam !
Une nouvelle fois, hache et épée s’entrechoquèrent. Des étincelles jaillirent de leurs armes.
« C’est dingue. »
Le chef de la 2e escouade de la 4e compagnie marmonna.
Leur niveau dépassait de plusieurs fois le sien, c’était évident. Plusieurs soldats chevronnés en restèrent bouche bée. Certains étaient même sur le point d’atteindre un niveau supérieur. Tous avaient senti l’écart de talent. Bien sûr, quelques-uns tentèrent d’évaluer la maîtrise des deux combattants.
Je pourrais faire pareil.
À sa place, j’aurais déjà terminé le combat.
Ces pensées venaient d’une idée fausse : ils croyaient que ce qu’ils voyaient était tout ce qu’il y avait à voir. Enkrid était immobile, les yeux grands ouverts. Il n’entendait plus rien autour de lui. À cet instant, son regard était entièrement rivé sur les mouvements des deux hommes.
Dans son esprit, il se concentrait sur leurs armes, la hache et l’épée. La sueur perlait au bout de son nez. Le simple fait d’observer et de se concentrer le faisait transpirer à grosses gouttes. Parfois, il suffisait de regarder pour progresser.
Sans l’avoir cherché, Enkrid comprit ce qu’il devait faire à cet instant.
Cette méthode ne marchera pas.
Chacun avait une méthode qui lui convenait. C’était pareil pour l’apprentissage de l’escrime et l’entraînement du corps. Enkrid possédait quelque chose que les autres n’avaient pas.
La malédiction qui lui faisait revivre cette journée.
Le mur qui se dressait sans cesse devant lui, comme l’avait dit le passeur aveugle. Il devait donc abandonner les exercices et l’entraînement ordinaires pour adopter une méthode nouvelle, adaptée à sa situation.
En observant la hache et l’épée des deux hommes, une idée lui vint. L’excitation et la révélation furent immédiates, mais retombèrent tout aussi vite. En regardant leur duel, Enkrid dut admettre qu’il ne les avait jamais poussés à donner le meilleur d’eux-mêmes.
Ni Rem ni Ragna ne s’étaient battus ainsi contre lui. Ce n’était pas une question de force ou de vitesse : leurs expressions en disaient long.
Rem souriait. Il avait l’air ravi. Ragna aussi semblait plein de vie. On ne le voyait pas souvent avec une telle expression.
Combien de fois avait-il revécu cette journée ?
Combien de fois avait-il affronté la mort ?
Et malgré tout, à cet instant, il ne pouvait rivaliser sérieusement avec aucun des deux. Voilà où il en était.
Mais il ne se découragea pas.
S’il devait abandonner maintenant, il n’aurait jamais commencé. Au contraire, il trouvait ça passionnant. Un nouvel objectif se dessinait devant lui.
Cette expression…
En les regardant, il se jura de leur faire afficher la même expression lorsqu’ils se battraient contre lui. Cela lui suffisait. Il avait trouvé une nouvelle voie et disposait du temps nécessaire pour la parcourir. C’était, sans le moindre doute, un immense plaisir.
Tiririring.
Le tranchant de la hache frôla l’épée et produisit un son étrange. Au même instant, Rem et Ragna s’éloignèrent l’un de l’autre. Tous deux étaient en nage. La sueur coulait le long du front de Ragna.
Haa…
Rem expira et esquissa un sourire.
« Pour un type qui dort tout le temps, tu te débrouilles plutôt bien. »
Ragna ricana.
« Et de quel droit tu te permets de me juger, barbare qui s’en prend aux faibles ? »
Malgré leurs paroles acerbes, ils rengainèrent leurs armes. Ils connaissaient bien l’état de l’autre. S’ils continuaient, ils se battraient à mort. Ils avaient encore des forces, mais ce n’était pas le moment. Ils s’étaient affrontés en gardant une certaine réserve.
Au cours du combat, ils avaient remarqué un visage familier parmi les spectateurs : leur chef d’escouade. Même en plein duel, ils avaient l’œil assez vif pour reconnaître quelqu’un qu’ils connaissaient.
« Tu es venu regarder ? Si tu veux continuer, viens donc te mesurer à moi. »
La remarque soudaine de Rem dispersa les spectateurs. Au milieu de la foule qui s’éloignait, il ne resta qu’Enkrid, l’air minable.
« Te voilà de retour ? »
Rem accueillit Enkrid. Ragna le salua d’un signe de tête. Le combat était terminé.
Et Enkrid était revenu sain et sauf.
Peu après, Jaxon sortit en passant une main dans ses cheveux roux en bataille, et Kraiss accourut dès qu’il aperçut le chef d’escouade.
« Bon retour. »
« Chef d’escouade ! »
« Dieu a veillé sur toi. »
Le membre religieux de l’escouade le salua lui aussi.
Ils étaient six en tout — une escouade qui aurait dû compter dix hommes. À présent réunis avec ses hommes, Enkrid annonça officiellement son retour.
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