Chapitre 30
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="text-muted-foreground underline underline-offset-[3px] hover:text-foreground transition-colors cursor-pointer" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 30 : Quand les ténèbres deviennent votre alliée
Quand les ténèbres deviennent-elles votre alliée ?
La réponse à cette question est simple : quand on se trouve dans un endroit que l’on connaît bien, dont on maîtrise le terrain aussi parfaitement que les abords de sa propre maison.
Mieux encore, si l’on s’y est rendu récemment. Il suffit de distinguer vaguement les environs pour parvenir à se repérer.
L’idéal, c’est un lieu qui a servi de terrain d’entraînement nocturne jusqu’à la veille. C’était précisément là qu’Enkrid se trouvait à présent. En temps normal, l’endroit lui aurait été inconnu.
« C’est… »
En temps normal, il aurait été surpris de le découvrir.
« Merde. »
En temps normal, il aurait désespéré en découvrant l’ampleur des forces ennemies. Mais rien de tout cela ne s’appliquait à Enkrid. Il était déjà venu ici d’innombrables fois.
Et il ne s’était pas contenté de passer par là. Il s’y était roulé par terre et s’y était battu à maintes reprises. À chaque fois, ses compagnons changeaient légèrement, mais la composition du groupe restait la même.
Andrew, le soldat à l’air bourru, Enri et les autres membres de l’escouade. Parmi eux, les deux soldats aux allures de brutes s’étaient révélés d’une aide précieuse. Ils étaient sortis de l’autre côté du champ d’herbes hautes. Une scène inattendue s’offrit à eux.
Certains soldats de l’escouade avaient cru que le chemin du retour vers le gros des troupes était bloqué et que cette voie devait donc leur offrir une issue. Enri, surtout, en était convaincu.
Il avait un bon sens de l’orientation, presque aussi développé que celui du soldat à l’air bourru. Il n’avait pas été chasseur dans les plaines pour rien. Enri s’était dit que, puisque l’ennemi tendait une embuscade dans les hautes herbes, ce côté devait être dégagé. Il se trompait.
La situation n’en était que plus désespérée.
Enri sentit ses jambes fléchir.
Ffffou.
La première chose qu’ils aperçurent fut une torche enflammée. Puis ils distinguèrent une grande tente épaisse qui masquait en partie la lueur du feu. Dès qu’Enri la vit, il recula d’un pas. En relevant la tête et en élargissant son champ de vision, il parvint à discerner les lieux.
C’était une tente.
Que faisait une tente ici ?
Il tourna légèrement la tête et aperçut, dans la faible lumière, des torches qui brûlaient à côté de la tente. Elles se succédaient à perte de vue. Même en comptant à la va-vite, il y en avait plus de dix.
Les torches étaient assez espacées pour qu’on distingue à peine les alentours. La lumière de la lune se mêlait à celle des torches et leur permettait d’y voir plus clair. Ce qu’ils découvrirent, c’étaient des tentes.
Au moins une vingtaine de tentes s’alignaient le long du champ d’herbes hautes. Ils se trouvaient du côté opposé à la base des alliés.
Autrement dit, les tentes devant eux appartenaient à l’ennemi : c’était le camp du duché d’Azpen.
« Putain, c’est quoi, ça ? »
L’un des soldats aux allures de brutes baissa instinctivement la voix en marmonnant.
« Mon Dieu, c’est là qu’on a atterri ? »
La voix d’Enri résonna, creuse, accablée de désespoir.
« Chut. Silence. »
Le soldat à l’air bourru fut le plus prompt à réagir. S’ils se faisaient repérer par les gardes, ils allaient devoir se battre. Et dans ce cas, ils seraient massacrés en un instant.
Au-delà des torches, ils apercevaient d’autres lumières en mouvement : des gardes en patrouille. Nul besoin de le leur expliquer : tous comprirent que les torches étaient tenues par des sentinelles.
« Fermez-la. »
Le soldat à l’air bourru chuchota en scrutant les alentours. C’était dans les moments de crise que l’expérience d’un vétéran faisait ses preuves. Il se fia à la sienne. Baissant la tête, il tenta de repérer les sentinelles. Il dissimula son corps autant que possible, évalua la situation et chercha une issue. Avec un peu de chance, ils pourraient s’en sortir.
C’était la nuit et, bien qu’ils ne l’eussent pas fait exprès, ils s’étaient dirigés dans une direction que l’ennemi n’aurait jamais envisagée. Ils étaient au cœur du camp ennemi, assez près pour toucher les tentes, mais ils pouvaient encore s’échapper tant qu’ils n’étaient pas repérés.
Il jugea que c’était faisable.
En restant sur ses gardes, on pouvait survivre même en tombant au milieu d’une horde de monstres.
« Ne sortez pas vos armes. Restez accroupis. »
Il agissait comme s’il était le chef. La plupart des soldats de l’escouade lui obéirent, à deux exceptions près.
Sans surprise, l’un d’eux était Enkrid, l’autre Andrew.
« Il doit avoir un plan. Enkrid est le chef d’escouade. »
Peut-être parce qu’il s’était fait rosser le matin même et avait perdu son poste de chef d’escouade, Andrew fut le seul à prendre le parti d’Enkrid.
« Ce n’est pas le moment de plaisanter. »
Le soldat à l’air bourru tourna la tête sans se redresser. Sa voix était basse, mais grondait comme celle d’une bête.
Il était pressé. Ils se trouvaient au cœur du camp ennemi, dans une situation bien plus dangereuse que face à une embuscade dans les hautes herbes. À tout instant, une lance ennemie pouvait surgir d’une tente. Penser à autre chose était absurde.
La réaction du soldat à l’air bourru était raisonnable. En fait, Enkrid l’avait souvent observé en se faisant la même réflexion.
Ce n’est pas un soldat ordinaire.
Sa maîtrise, son expérience, son jugement et sa façon d’agir dépassaient de loin ceux d’un simple soldat. Si Enkrid n’avait pas été là, s’il n’avait pas revécu cette journée tant de fois, il aurait été juste de faire de cet homme le chef d’escouade et de lutter pour survivre à ses côtés.
Mais, à présent, c’était inutile. Les autres soldats l’ignoraient, mais jusqu’ici, tout s’était déroulé selon le plan d’Enkrid. L’heure, le lieu, tout.
Combien de nuits avait-il passées ici ?
Combien de vies avait-il sacrifiées ?
Combien de fois avait-il revécu cette journée ?
Dans la tente devant eux, trois soldats somnolaient profondément. La prochaine ronde des patrouilleurs ne passerait pas tout de suite.
Enkrid savait tout cela. Il passa à l’action.
Fchhht.
Il dégaina son épée et entailla le flanc de la tente. La lame, qui remonta de bas en haut, refléta le clair de lune.
« Espèce de cinglé ! »
Le soldat à l’air bourru s’étrangla de surprise, tandis qu’Andrew réagissait au geste d’Enkrid.
Il se précipita aussitôt dans la tente déchirée et planta son épée courte dans le cou du soldat ennemi qui venait de se réveiller.
Boum !
Enkrid le suivit à l’intérieur. Il plaqua son épée contre la gorge d’un autre soldat qui se réveillait et tentait d’attraper la lame. Il appuya, lui tranchant la gorge.
Frrt.
Le bruit du cuir déchiré emplit la tente, bientôt suivi par l’odeur du sang. Le dernier soldat ennemi fut tué par l’un des hommes aux allures de brutes, qui lui planta un poignard dans le cœur.
« Grr… Grrr… »
Poignardé au cœur, le soldat rampa sur le sol en tendant la main. Il avait la vie dure. La lueur de la torche à l’entrée de la tente éclaira sa main tendue et projeta une ombre au-dessus d’elle.
C’était le soldat à l’air bourru. Il s’agenouilla sur le dos de l’ennemi, lui saisit le cou et le tordit.
Crac.
Le cou du soldat se brisa. Il mourut, la langue pendante.
« Toi… »
Dans l’obscurité, les yeux du soldat à l’air bourru luisaient. Il fusilla Enkrid du regard. Ils avaient eu de la chance ; autrement, ils auraient été encerclés et exterminés au milieu du camp ennemi. C’était un pari. Du moins, c’est ainsi qu’il voyait les choses.
« Décale-toi. »
Enkrid ignora son regard. Avant même qu’il ait pu dire quoi que ce soit, il tendit son épée.
« Espèce de cinglé. »
Le soldat à l’air bourru parla à voix basse. Sa frustration et sa colère étaient évidentes. À ses yeux, c’était de la pure folie. Enkrid entailla le flanc de la tente et tourna légèrement la tête. Il ne semblait pas craindre que le soldat l’attaque dans le dos.
Et malgré cette tension ?
Alors qu’ils s’enfonçaient dans un camp ennemi avec pour seule compagnie une escouade de patrouilleurs, l’atmosphère était si tendue qu’on aurait dit que des éclairs crépitaient entre eux. Tous observaient les deux hommes avec prudence.
« Comment tu t’appelles ? »
« Quoi ? »
« Ton nom. »
Peut-être était-ce le calme d’Enkrid. Ou son audace face au danger. Tout en tenant son épée et en entaillant la toile, le soldat à l’air bourru ouvrit la bouche pour répondre à sa question.
« Appelle-moi Mack. »
Son hostilité ne faiblit pas. Enkrid détourna les yeux du soldat et déclara :
« Mack, je ne tolérerai pas la désobéissance. »
« Quoi ? »
Frrrtt.
Enkrid acheva de découper la tente et sortit. Les autres n’eurent d’autre choix que de le suivre.
« Pfiou… Qu’est-ce qui se passe, bordel ? »
Mack marmonna pour lui-même, puis croisa le regard d’Andrew.
« Oui, j’arrive. »
Mack répondit à son regard. Pour l’instant, ils devaient suivre Enkrid.
La tente suivante était vide. Tous les soldats qui s’y trouvaient semblaient être partis monter la garde pendant la nuit.
Ça tient debout, ça ?
La tente pouvait accueillir au moins dix soldats. Une escouade entière, au minimum. En se serrant un peu, deux escouades auraient pu y tenir. À en juger par les traces à l’intérieur, plus de dix soldats y étaient passés.
« En avant. »
Après avoir traversé la tente, Enkrid ne prit même pas la peine d’entailler la suivante. Il jeta un coup d’œil à l’entrée, regarda à gauche puis à droite, et s’élança.
L’escouade le suivit. Entre-temps, des nuages avaient recouvert la lune. À la seule lumière des torches, il était difficile de voir les alentours. Même après avoir cligné plusieurs fois des yeux pour s’habituer à l’obscurité, ils ne distinguaient rien. Enkrid avançait sans hésiter. Hormis la respiration des soldats de l’escouade, aucun bruit ne troublait le silence.
« Par ici. »
Une voix les appela dans le noir. Elle n’était pas discrète. Si des ennemis se trouvaient dans les parages, ils l’entendraient sans peine. Mack sentit un frisson lui parcourir l’échine.
Ce salaud.
Pourtant, aucun ennemi ne se montra. Rien ne bougea de façon suspecte. S’il y en avait eu, ils auraient déjà entendu quelqu’un leur demander qui ils étaient. Enkrid repartit.
À présent, même Mack était incapable de s’orienter. Dans le champ d’herbes hautes, le soleil au-dessus de leurs têtes leur avait permis de s’y retrouver facilement, mais ici, tout était plongé dans le noir.
Sait-il où il va ?
On aurait dit que oui. Les pas d’Enkrid ne trahissaient aucune hésitation. Il continua jusqu’à atteindre une tente flanquée de deux torches rapprochées. Il s’arrêta. En prenant un arbre comme abri, il fit signe aux soldats derrière lui. Dans l’obscurité, ils distinguaient à peine ses gestes.
Mack avait l’impression d’être guidé par un fantôme.
Combien de temps avons-nous marché ?
Il n’en était pas sûr, mais, à en juger par le nombre de tentes, ils avaient traversé tout le camp ennemi.
Comment se fait-il qu’on ne nous ait pas repérés ?
Il avait l’impression de rêver, comme s’il était sous le charme d’un sort.
« Attendez ici. »
Enkrid chuchota en se retournant.
Dans la faible lumière, ils aperçurent quatre gardes devant la tente. Le camp ennemi était d’un calme inquiétant, mais cette tente semblait animée.
Ffffou.
Une brise fit vaciller la flamme des torches, faisant danser les ombres des gardes. Quelqu’un sortit de la tente et leur adressa la parole. Ils n’entendirent pas ses mots, mais les gardes acquiescèrent.
Qu’est-ce qu’ils gardent ?
Enkrid était sûrement venu pour ça. Mack commença enfin à comprendre la situation. Non, il la devina. Une illumination soudaine le frappa.
C’est une mission secrète.
Une mission confiée à Enkrid seul, à l’insu du reste de l’escouade. Cela signifiait forcément qu’il avait la confiance du commandant. Mack se rappela ce qu’Andrew lui avait dit : le commandant de compagnie avait ordonné à Enkrid de se joindre à eux.
Tout s’éclairait. Enkrid était en mission secrète.
Alors, c’était ça ?
Il s’était mépris. Mack eut une sorte de petite révélation, mais ne la formula pas à voix haute. Même si Enkrid avait deviné son erreur, il ne se donnerait pas la peine de l’expliquer. Il avait des choses plus urgentes à régler.
« Nous allons mettre le feu à cette tente. »
Enkrid la désigna. Quatre gardes se tenaient devant.
« Mack, occupe-toi des gardes de gauche. Andrew, prends ceux de droite. Enri, tiens-toi prêt avec ton arc. Les autres, préparez-vous à foncer. »
Il donna ses ordres avec un calme qui imposait l’autorité. Ils n’avaient pas le choix : il fallait obéir. Mack éprouva à la fois de l’agacement et un respect contraint. Enkrid les menait par sa seule volonté et son efficacité.
L’escouade se mit en place. Enkrid ne quittait pas la tente des yeux.
Le moment était venu de mettre son plan à exécution.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="text-muted-foreground underline underline-offset-[3px] hover:text-foreground transition-colors cursor-pointer" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>