Chapitre 293
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 293 : L’entraînement commença.
= = =
« Alors, quelle est exactement la raison ? »
Hum, ce type n’était toujours pas parti.
Kraiss se tenait encore devant lui.
Il leva la main et l’agita devant le visage d’Enkrid en parlant.
« Tu me vois ? Ah, tu m’entends au moins ? »
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« On dirait que tu m’entends, maintenant. »
« Mes oreilles vont très bien. »
« C’est ta tête qui a l’air de ne pas aller. »
Devait-il lui en coller une s’il continuait à le chercher comme ça ?
Kraiss faisait-il des siennes parce que Rem était parti s’amuser ?
Avant qu’Enkrid ait le temps de bouger, Kraiss prit la parole le premier.
« Si c’est à propos de cette question bizarre de tout à l’heure, demande à Esther. Et tu te rends compte qu’on a des choses bien plus urgentes à régler en ce moment ? »
« Je te donne carte blanche. Débrouille-toi. »
« Ah, merde, alors je me tire ! »
« Tout sauf ça. »
Kraiss tourna les talons en marmonnant un juron trop grossier pour être répété.
« Pourquoi ma vie est comme ça… »
Sa plainte avait quelque chose d’étrangement familier et réconfortant. Au moins, il ne disait pas qu’il allait partir sur-le-champ.
Enkrid posa de nouveau la main sur la tête d’Esther.
Elle ne deviendrait peut-être jamais humaine, mais le savoir qu’elle possédait n’allait pas s’évaporer comme ça.
Esther, telle qu’il l’avait connue jusqu’ici, n’était pas une mage ordinaire.
Même parmi les lanceurs de sorts qui incarnaient le mystère, elle avait quelque chose de spécial.
Alors peut-être savait-elle quelque chose.
Il ne lui posa pas la question avec beaucoup d’espoir.
« Esther, tu as entendu, pas vrai ? »
Il se contenta de lancer cette phrase.
Esther se redressa lentement, en commençant par le haut du corps.
Si elle avait été humaine, on aurait peut-être entendu une série de craquements, mais son corps souple de panthère se courbait et se redressait comme un arc bandé.
Une fois debout, Esther traça quelque chose au sol avec ses griffes.
Gratte, gratte.
C’était un dessin simple.
Une forme, puis trois lignes derrière.
Qu’était-ce censé représenter ? Son talent de dessinatrice lui donna à réfléchir.
De l’art abstrait ?
Esther dessina un objet long et pointu, un peu à l’écart de la première forme.
Oui, de l’art abstrait.
Enkrid prit un instant pour apprécier l’univers artistique d’Esther.
Elle n’avait donc jamais appris à dessiner. Les sorts et le dessin étaient deux choses distinctes. Il avait entendu parler d’un mage qui prétendait que les sorts étaient de l’art. Quelle absurdité.
Esther frappa la forme longue et pointue de la paume, puis balaya l’autre forme de la même façon.
La terre se dispersa en un instant.
Le chevalet qui représentait son univers artistique redevint un simple sol de terre.
Enkrid savait écouter et comprenait vite.
Même quand le professeur était une catastrophe, il savait apprendre. Cette fois encore, il déchiffra l’intention cachée derrière ces formes et ces lignes abstraites.
« Le couper avant qu’il s’active ? »
Esther poussa un grondement sourd, puis se recroquevilla.
Il faisait froid. Elle voulait dormir encore un peu.
Enkrid crut qu’Esther se plaignait du froid et la ramena dans la baraque.
Fwoosh.
Il installa la panthère près du porte-torche, puis se tordit et s’étira pour détendre ses muscles quand Audin entra.
Kraiss devait sûrement courir partout en essayant de trouver une solution.
Ragna était plus motivé que d’habitude ; il devait donc s’entraîner à l’épée dans les environs.
Quant à Jaxon, aucune idée. Il allait bien où qu’il soit.
Il ne restait donc qu’Audin et Enkrid.
« Frère. »
Audin l’interpella. Enkrid savait déjà ce qu’il allait dire sans avoir besoin d’entendre la suite.
Il s’agissait de le soigner.
Audin possédait un pouvoir divin. Il pouvait donc probablement guérir les blessures qui subsistaient dans le corps d’Enkrid.
Si seulement son bras droit et sa jambe gauche pouvaient repousser maintenant.
Ce serait bien plus facile.
Mais était-ce vraiment la bonne chose à faire ? Pouvait-il appeler ça la bonne voie ?
Enkrid avait vraiment l’esprit vif.
C’était aussi pour ça qu’il avait compris certaines choses.
Audin ne lui avait pas raconté tout son passé, mais ses actes, son attitude habituelle et ce qu’il avait dit jusque-là permettaient de formuler quelques hypothèses.
Il avait été banni, ou frappé d’un sceau d’interdiction, ou bien, pour une autre raison, ne pouvait pas user librement de son pouvoir divin.
Après l’avoir soigné, Audin avait fait comme si de rien n’était, mais Enkrid avait quand même remarqué que l’usage de son pouvoir divin avait un contrecoup.
« Je ne peux pas te rétablir complètement, mais je peux au moins atténuer la douleur. »
« Ça ira. »
Son refus fut immédiat. Et surtout, ça ne servait à rien.
Il ne s’agissait pas d’une guérison complète, et soulager la douleur n’avait aucun intérêt.
La douleur prouvait qu’il était vivant.
Plus que jamais, à présent.
Quand ce parchemin, quelle que soit la chose qui enveloppait l’enfant, avait explosé, il avait senti son propre corps se déchirer en morceaux.
Était-il le seul à avoir souffert ?
Ce gamin avait dû avoir encore plus mal.
Cette pensée l’irritait.
Il ignorait quel salaud avait imaginé ce coup.
Il ne voulait absolument pas que les choses se passent comme ce salaud le souhaitait.
Il ne voulait pas l’éviter en prétendant qu’il s’agissait d’un coup bas impossible à contrer.
Il voulait trancher de face, fracasser, poignarder, taillader et cogner.
Il avait même trouvé une méthode en une journée. Grâce à Esther.
Le couper d’abord.
Rien de plus simple. Pour un mur, c’était presque décevant de simplicité.
Il sortit de son manteau de la viande séchée, bien assaisonnée, et la glissa dans la gueule d’Esther.
La panthère mordit dedans et la mâcha proprement.
« Comme tu voudras, frère. »
Audin dit cela et s’éloigna.
Quel frère intéressant.
Il semblait avoir senti directement l’état d’Audin.
Des choses comme le sceau d’interdiction et la limite imposée à son pouvoir divin.
Il ne pouvait pas en être certain. Audin ne lui en avait jamais parlé.
Il avait donc dû le comprendre par pur instinct.
Et malgré tout, il prenait encore Audin en considération ?
Dans cette situation ?
Il ne prenait pas la fuite, choisissait d’affronter le combat et ne montrait toujours aucune intention de commencer par soigner ses blessures.
Pas même un peu.
Voilà ce qui le rendait intéressant.
Mon Seigneur et Père céleste, qu’est-ce qui affermit le cœur de cet homme ?
Bien sûr, il n’y eut pas de réponse.
Il n’en avait pas besoin.
Audin pria en silence, pour que personne ne l’entende.
Mon petit frère, si précieux à mes yeux, si telle est ta volonté, alors, sur ce champ de bataille, j’offrirai moi aussi les quelques forces qui sont les miennes.
Il avait lui aussi une cible bien définie.
Audin croyait que la tâche que son dieu lui avait confiée était de fracasser le crâne de celui qui menait la meute de bêtes magiques-loups.
Après le départ d’Audin, Enkrid réfléchit à l’épée rapide. Il accumula les pensées les unes sur les autres.
Revoir et organiser, c’était l’un de ses points forts.
Alors il fit exactement cela.
Une épée rapide.
Il y avait celle que Zimmer, de Martai, lui avait montrée, et d’autres encore, même avant cela.
Rem était rapide, et Ragna aussi.
« J’avancerai malgré la douleur. Je ne prierai pas pour oublier la douleur ; j’endurerai les souffrances que mon Seigneur m’accorde et poursuivrai mon chemin. »
Même cet ours dehors, près de la baraque, qui se mit soudain à réciter les Écritures, était rapide.
Qui avait vraiment été lent ?
Et ce bretteur qui l’avait acculé par sa seule présence ?
Rapide. Encore rapide.
Le dernier qu’il avait vu, c’était l’épée de ce salaud de Lykanos.
Trop rapide.
Il pouvait l’affirmer sans hésiter : c’était la plus rapide de toutes.
La vitesse. Ce qu’il lui fallait à présent, c’était de la vitesse pure.
Enkrid se plongea dans cette réflexion, retrouva une journée identique à la précédente et avança en brandissant son épée.
« La douleur ne peut pas me tuer ! »
« Elle ne fait que me rendre plus fort ! »
Enkrid se tenait parmi les soldats qui scandaient ces slogans.
C’était la voie qui consistait à avancer en emportant avec soi tout ce qu’il avait étudié et appris.
Ça avait explosé dans les environs, la veille.
Il s’avança pour aller à sa rencontre plus tôt que la dernière fois.
« Hein ! »
Il se rua soudain vers la ligne de front et un soldat surpris poussa un cri à côté de lui.
Il n’y prêta pas attention et courut.
À mesure qu’il accélérait, son tibia gauche se mit à pulser, mais ce n’était pas grave. La douleur ne l’empêchait pas de marcher.
Il vit les yeux de l’enfant s’écarquiller tandis qu’il courait vers lui.
Trancher.
Il aperçut le parchemin. Un papier rouge terne enroulé autour du corps de l’enfant.
Ce n’était pas difficile de balancer son épée et de ne trancher que le parchemin.
Autrefois, il n’aurait même pas pu essayer. Maintenant, c’était facile.
Juste avant qu’il ne le fasse.
Sa lame était sur le point de toucher le corps de l’enfant.
Flash. Une lumière jaillit. Le sort explosa de nouveau.
Il avait clairement été plus rapide que la veille. Il était parti plus tôt et avait frappé avant d’arriver, mais le sort s’était tout de même déclenché en premier.
Quelqu’un, dans l’ombre, ajustait le délai d’activation du parchemin.
L’éclair de lumière brûla et écrasa les globes oculaires de l’enfant. Sa peau se fendit et s’ouvrit, tandis que ses entrailles et ses os brisés étaient projetés dans toutes les directions.
Sa tête brûlait. La chaleur atteignit ses yeux. Sa concentration exacerbée l’obligeait à tout voir.
Il vit tout, le supporta et mourut encore.
Putain de merde.
Quand un nouveau jour commença, ce qu’il avait vu semblait encore imprimé sur sa rétine.
Pourtant, une répétition de plus suffisait. Il avait appris tout ce qu’il lui fallait.
Le troisième matin identique arriva.
« Ouais, c’est ce que je fais. »
« Tu es vraiment obligé d’aller aussi loin ? Hein ? Sérieusement ? »
Il répondit à Kraiss avant même que celui-ci ait prononcé un mot, puis se leva et attrapa son épée.
Esther, blottie dans ses bras, émit une plainte grondante, puis retourna se coucher là où elle était.
« Hoo. »
Enkrid reprit son souffle et sortit de la baraque.
« … Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Kraiss le dévisagea, déconcerté.
« À ton avis ? Je m’entraîne. »
Dunbakel lui donna une réponse limpide.
Elle regarda Enkrid et décida de le suivre. À sa façon de bouger, Dunbakel devina ce qu’il s’apprêtait à faire et se leva à son tour.
Elle comptait manier son cimeterre à toute volée pendant un moment.
Sans Rem, elle avait des fourmis dans les jambes.
Enkrid s’arrêta devant la baraque, chassa ce qui s’était imprimé sur sa rétine et mit de l’ordre dans ses pensées.
Il avait aperçu la voie à suivre. Il ne lui restait qu’à l’emprunter.
« Mais qu’est-ce que tu fous, sérieux ? »
Le murmure las de Kraiss s’éleva derrière lui, mais Enkrid l’ignora comme toujours, sans sourciller.
Puis il empoigna son épée et la tendit devant lui.
C’était cette ressemblance qui lui donnait l’air fou. Il se mit à s’entraîner.
* * *
Il faisait toujours de son mieux avec le jour qui lui était accordé. Enkrid le faisait même sans le vouloir.
Il commençait par réfléchir, puis mettait ses idées en pratique avec son corps.
Comme toujours, Audin lui proposa de remettre son corps en état.
« Ça ira. »
Il refusa.
C’était son quotidien. Dans ce jour qui se répétait, certaines choses changeaient et d’autres non.
L’attitude d’Audin faisait partie de celles qui ne changeaient pas.
Chaque fois qu’Enkrid refusait d’être soigné, Audin récitait les Écritures ou priait, puis se préparait.
Il avait l’air capable de provoquer un incident, mais d’après ce qu’Enkrid avait pu observer, il passait tout de même ses journées tranquillement.
« Te soigner ? »
« J’ai dit non. »
Le jour se répétait.
À chaque fois, Audin ne demandait pas pourquoi et passait à autre chose.
Enkrid cessa lui aussi d’insister et finit par accepter cette habitude comme une part du quotidien.
« Change. »
Certains jours, il lançait légèrement Esther contre un mur en marmonnant quelque chose qui ressemblait à une incantation.
Il se demandait si elle allait se transformer en se mettant en colère, mais tout ce qu’il récoltait, c’étaient de nouvelles griffures au visage.
Il ne s’attendait pas vraiment à autre chose, de toute façon.
Il errait aussi sur le champ de bataille, comme s’il en inspectait les moindres recoins.
Il posa même une question à un archer d’une précision remarquable.
« À cette distance, tu peux déchirer uniquement le tissu qui enveloppe un corps ? »
Et si ça marchait, et que la pointe de la flèche ne touchait que le bord du tissu ?
« Comment veux-tu que ce soit possible ? »
Le soldat avait l’air si abasourdi qu’Enkrid abandonna aussitôt l’idée.
Il allait donc devoir s’approcher et se débrouiller lui-même.
Et s’il s’infiltrait avant même que le messager portant le parchemin ne se mette en route ?
Et s’il sauvait l’enfant avant que tout cela ne commence ?
« Où est Jaxon ? »
« Aucune idée. Je ne l’ai pas vu depuis hier soir. »
D’après la réponse de Kraiss, Jaxon avait disparu depuis la veille au soir.
À bien y réfléchir, parmi toutes ces journées répétées, Jaxon était le seul à ne jamais se montrer.
Lancer Esther ou fouiner ailleurs était devenu presque une habitude.
Il y avait des failles dans ce mur qui le forçaient à revivre la journée.
Ne s’était-il pas servi de ces failles de nombreuses fois, auparavant ?
C’était pour ça qu’il continuait à chercher.
Il se renseigna aussi pour savoir si l’unité comptait des mages.
Mais depuis quand les mages étaient-ils si courants ?
Pourtant, pour des gens si rares, il semblait en rencontrer assez souvent.
Il se gratta le menton à cette pensée, sans raison particulière.
À part une courte exploration à midi, il ne fit que manier son épée.
Parfois, il oubliait l’heure, oubliait le jour, oubliait même son objectif.
Ah.
Il poignardait et frappait jusqu’à sombrer dans un état de non-soi, au point de presque oublier qui il était, mais il n’y parvint jamais.
Neuf journées passèrent ainsi.
Il ne se relâcha pas une seule fois.
Et pourtant, il échouait.
Il avait l’impression de pouvoir l’atteindre, mais n’y arrivait pas.
Pourquoi ?
Il s’accrocha à cette question et se la posa à lui-même. Il devait bien y avoir un moyen. Aucun mur n’était infranchissable.
Enkrid repassa dans son esprit ce qu’il avait découvert.
Grâce à ces neuf journées répétées, il avait confirmé certaines choses et acquis des certitudes.
D’abord, il s’agissait d’un parchemin et d’un sort.
Esther poussait un cri d’avertissement avant l’explosion.
Quelqu’un l’observait et déclenchait le sort à distance.
Même s’il fonçait droit sur l’enfant pour le sauver, il ne pouvait pas devancer l’activation de la magie.
Voilà ce qu’il avait appris. Mais il ignorait encore certaines choses.
Si jamais il se contentait de trancher le parchemin, le sort ne se déclencherait-il vraiment pas ?
Était-ce la bonne voie ?
Au cours de cette cinquième journée, le doute et la méfiance l’envahirent, mais Enkrid les balaya sans effort.
Que ce soit juste ou non, si c’était tout ce qu’il pouvait faire à présent, alors c’était ce qu’il devait faire.
« Cours au lieu de réfléchir. Si tu n’as pas de talent, au moins, aie de l’endurance. »
C’était ce qu’un maître d’armes lui avait dit dans un territoire commercial de taille moyenne.
Cet homme avait été le premier véritable professeur qu’Enkrid avait rencontré.
Il allait de soi que l’endurance était la base de tout.
Et que le corps qui supportait tout cela devait être en bon état, cela allait de soi aussi.
« Ne te blesse pas. Si tu négliges ton corps, tu perds tes moyens au moment crucial. Et si tu les perds, tu meurs. »
Ces paroles venaient d’un homme qui enseignait une escrime de mercenaire, pratique et fondée sur d’innombrables combats réels.
Le fils d’une famille marchande qui écoutait à côté de lui avait alors lancé :
« Arrête avec tes évidences et apprends-moi quelque chose de concret. »
Malgré tout, Enkrid écouta ce professeur, un ancien mercenaire.
Il ne balaya pas ses conseils sous prétexte qu’il ne lui avait payé que quelques krona.
Il suivit la voie opposée à celle de ce fils à papa qui les trouvait banals.
Il écouta, puis passa à l’action.
Au lieu de perdre son temps à s’inquiéter, il mania son épée.
Il intégra à sa vie leurs paroles, leurs conseils et les leçons qu’il tirait de ses coups d’épée.
Ne pas négliger l’entretien de son corps.
Il avait aussi suivi ce conseil assez fidèlement.
Son tibia et son bras droit étaient blessés, mais il allait bien.
Après avoir été contraint d’utiliser sa main gauche, Enkrid l’avait entraînée avec acharnement lui aussi. Il ne s’était jamais arrêté.
S’il faisait cent coups descendants de la droite, il en faisait cent cinquante de la gauche.
C’était pour ça que sa main gauche ne lui paraissait plus maladroite.
« C’est un entraînement au cas où tu perdrais une jambe. »
Il avait aussi appris des choses de Rem. Dans un combat, tout pouvait arriver. Et si une de ses jambes refusait soudain de lui obéir ?
« Dans ce cas, voilà comment tu te bats. »
C’était un jeu de jambes sans nom. Il pliait et dépliait un seul pied, puis changeait de posture et de position.
C’était d’une difficulté extrême, et l’idée d’incorporer complètement ces mouvements à son corps lui donnait l’impression de mourir. Pourtant, tout ce qu’il avait fait à l’époque ne s’était pas révélé vain.
« Un moyen parfait de tuer le temps. »
Jaxon ne l’avait-il pas dit en le regardant ?
S’il avait vraiment pensé que ça ne servait à rien, il lui aurait dit de passer ce temps à esquiver des dagues.
Après avoir appris à prendre appui sur un seul pied, il donna aussi un nom à cette technique.
« Appelons ça le Pas claudicant. »
Il enfonça ce qu’il avait appris dans son corps, puis le perfectionna encore.
Au fil de ces neuf journées, Enkrid était en train de créer, de la main gauche, une épée plus rapide que celle qu’il maniait de la droite.
Ce n’était pas facile.
Les échecs se répétaient. Parfois, sa lame frôlait le corps de l’enfant, mais peu importe où se trouvait l’observateur, le parchemin explosait aussitôt, à chaque fois.
Enkrid imagina encore et encore différents scénarios dans sa tête.
Il faut que je me prépare.
Il mit en pratique ce qu’il avait appris de Jaxon.
De quoi avait-il besoin pour dégainer l’épée la plus rapide possible ?
Pourrait-il aveugler d’une façon ou d’une autre les yeux qui le surveillaient ?
À la quinzième journée, ce mur qui semblait franchissable se dressa juste devant lui, un de ces instants capables de pousser n’importe qui au désespoir.
« Par pitié pour toi, je vais te donner une méthode. Tu as deux possibilités. »
Le Batelier prit la parole.
Par pitié ? C’était un mot qui ne convenait pas du tout au Batelier.
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