Chapitre 216
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 216 : Préparation, schémas, expérience
= = =
« Putain ! »
Olf fut horrifié d’apprendre qu’une rébellion, ou quelque chose qui y ressemblait, avait éclaté.
Maintenant ? À un moment pareil ?
« Quel salaud est derrière ça ?! »
Puis on lui annonça que le meneur s’était emparé de la porte de la ville.
Ces soi-disant rebelles ne pouvaient pas faire grand-chose sur les tours de guet ou les remparts, mais la porte, elle, posait un vrai problème.
« L’unité d’escorte ! »
Affolé, Olf appela l’unité d’escorte. Ses hommes s’élancèrent devant lui.
« Allez-y ! Arrêtez-le ! »
Qui diable est-ce ?!
Olf se mit lui aussi en mouvement, dans l’urgence. Il courut comme s’il avait oublié le poids de son armure. Son souffle lui remonta dans la gorge.
Une odeur métallique lui monta du fond de la gorge.
Celle du sang séché.
Quand il arriva sur place…
« Je vous prie de m’excuser. »
Il vit trois hommes de l’unité d’escorte transformés en porcs-épics criblés de carreaux.
Il vit aussi une troupe d’au moins la taille d’un peloton barrer la route à l’unité d’escorte.
Les hommes braquaient leurs arbalètes dans leur direction.
Celui qui avait parlé plus tôt affichait un sourire sournois. C’était exactement ça : un sourire sournois.
Une bouche tordue, des yeux plissés, un visage et une expression qu’Olf n’avait jamais vus auparavant.
C’était ce lieutenant abruti qui avait réclamé la cavalerie à grands cris et juré qu’il écraserait l’ennemi.
Un imbécile qui ne savait que se battre. Du moins, c’était ce qu’il avait été jusqu’à quelques instants plus tôt.
Ce salaud ?
Il s’était battu avec une telle stupidité qu’Olf n’avait jamais imaginé une chose pareille.
À moins que tout cela ne fasse partie de son numéro, depuis le début ?
Avait-il joué les lieutenants idiots, les brutes qui ne connaissaient que la bagarre ?
Si c’était le cas, il était né comédien.
Olf comprit qu’il s’était fait avoir.
« L’ennemi arrive ! »
Bwooo !
Un grand cor retentit. C’était le signal annonçant le danger et la crise.
« Tirez ! Tirez ! »
Sur les galeries et les tours de guet, les archers bandèrent leurs arcs et décochèrent leurs flèches à toute vitesse. Pendant ce temps, le lieutenant brute s’acharnait à coups de hache sur le treuil de la porte.
Bang ! Crac ! Bang !
Pour Olf, ce bruit ressemblait à la lecture à haute voix d’une condamnation à mort.
Ha.
Il aurait dû soupirer dans un moment pareil, mais son esprit se figea. Il ne parvint même pas à donner l’ordre d’arrêter. Il était déjà trop tard.
Même s’il se précipitait pour l’arrêter, que pourrait-il faire, maintenant que la porte était en train de s’ouvrir ?
Une fois la porte ouverte, ces hommes qui avaient ravagé le champ de bataille allaient entrer, n’est-ce pas ?
Un cauchemar. Une terreur pure. Les cinq monstres.
Comme prévu.
Il comprit aussitôt que l’attaque des mages avait échoué.
Sinon, pourquoi ces salauds qui ne cessaient de parler d’indemnisation n’avaient-ils pas montré le bout de leur nez ?
Sales chiens du Nid de l’Ombre.
Olf renonça intérieurement. Tenir jusqu’au bout ? Tout risquer, y compris sa vie ? Ordonner à tous ces soldats de sacrifier la leur aussi ?
« Putain, putain, putain. »
Il ne pouvait pas faire ça. S’ils mouraient tous et qu’il était le seul à survivre, que lui resterait-il ?
Olf ne voulait pas couronner sa fin par une idiotie.
Même vaincu, il ne souillerait pas davantage son nom.
Il mourrait seul, et tout s’arrêterait là.
« Il faut vous rendre. »
Bien qu’il eût déjà pris sa décision, lorsque le capitaine de l’escorte prononça ces mots à ses côtés, Olf eut envie de lui coller une gifle.
Ce salaud ?
Une sorte de rage tourbillonna dans les yeux d’Olf.
« Vous devez regarder la réalité en face. »
Le capitaine de l’escorte le répéta. Le désespoir se lisait dans ses yeux ; seule sa propre vie comptait à ses yeux.
Alors pourquoi ce salaud parlait-il autant sans se battre ?
Grrr.
La porte de la ville s’ouvrit. Bientôt, Olf aperçut un homme aux cheveux noirs, le regard perdu au loin.
Il ne portait même pas de casque.
Ses yeux bleus ne regardaient pas Olf, mais restaient fixés sur le vide.
Tandis qu’Olf le regardait avancer,
le capitaine de l’escorte détacha discrètement son épée et la posa au sol.
Il se préparait à se rendre.
Ce putain de salaud.
Olf le déchiqueta en pensée. Puis, lui aussi, renonça.
Et pourtant.
« Vous n’êtes pas obligé de leur céder la ville sans même combattre. »
Zimmer s’avança depuis l’arrière.
« Quoi ? »
« Laissez-moi mener le dernier duel. Je vous montrerai l’esprit du lion de l’Est. »
Les yeux de Zimmer brûlaient. Il s’adressa de nouveau à Olf.
« Général. »
Zimmer avait été le meilleur épéiste parmi les commandants de bataillon, Greg compris. Il avait aussi étudié l’escrime sérieusement.
Tandis que le capitaine de l’escorte, toujours si posé et digne en apparence, se demandait déjà s’il devait se mettre les mains sur la tête ou simplement s’agenouiller, Zimmer, qui s’occupait de toutes les corvées et autres besognes ingrates, et parlait souvent sans détour, s’avança.
Moi aussi, j’avais les yeux fermés.
Olf l’admit. Il avait aussi échoué dans le choix de ses hommes. Le lieutenant brute l’avait dupé et, à force de favoriser le capitaine de l’escorte, il n’avait pas accordé à Zimmer la valeur qu’il méritait.
Il avait envie de s’arracher les yeux.
« Faites-le. »
Olf hocha la tête. Même si la guerre était déjà terminée, il estimait n’avoir aucun droit d’empêcher un guerrier de consumer ce qu’il lui restait de vie.
Zimmer se plaça donc face à Enkrid.
* * *
Un espion avait été placé à Martai.
Depuis quand avait-il préparé ça ?
La porte s’était ouverte à cet instant précis. Enkrid comprit qu’il s’agissait du plan de quelqu’un, plus précisément de celui de Marcus.
Était-ce vraiment un plan ?
Peut-être s’agissait-il moins d’un plan que de préparatifs. Peut-être que tout n’avait pas été organisé pour cet instant précis et qu’il avait simplement placé son pion à l’avance, en attendant une occasion.
Ses pensées se poursuivirent. Elles s’accélérèrent et ne tardèrent pas à le ramener à l’escrime de l’Épée correcte.
Un style d’épée sans nom, qu’il avait appris auprès de l’Esprit maléfique de l’Épée démoniaque.
L’Épée correcte consiste à pousser l’adversaire dans une direction.
S’y préparer constituait le fondement de cette escrime, et le reste en découlait.
Si le Style de l’épée lourde écrasait par la force et le Style de l’épée rapide l’emportait par la vitesse,
l’Épée correcte consistait à créer un « schéma » qui acculait l’adversaire.
Et ce « schéma » exigeait une préparation.
Un « schéma », c’était une préparation et une méthode pour acculer l’adversaire.
Si l’adversaire agissait comme prévu, tant mieux. Mais s’il n’en faisait rien ?
Prépare-toi plus largement, prépare-toi davantage.
Il n’avait alors qu’à envisager toutes les possibilités et à agir en conséquence.
C’était pour cela que l’Épée correcte excellait dans les affrontements tactiques.
L’essentiel, c’était la préparation. Il fallait la diversifier sous tous les angles.
L’espion placé par Marcus était l’une de ces préparations.
Il devait avoir bien d’autres tours en réserve. Même si la porte ne s’était pas ouverte, il n’aurait pas renoncé. Il aurait sorti autre chose.
L’escrime de l’Épée correcte fonctionnait de la même manière. C’était ainsi qu’il fallait l’utiliser.
Ne te limite pas à un seul schéma.
Il devait simplement préparer de nombreuses réponses pour pouvoir s’adapter de multiples façons aux réactions de son adversaire.
Comme Marcus l’avait fait.
C’était aussi pour cela que, parmi les styles qui se renforçaient avec l’expérience, on citait en particulier l’Épée correcte et l’Épée fluide.
Plus on livrait d’affrontements tactiques, plus des schémas différents s’imprimaient dans le corps.
Les pensées qu’avait éveillées la magie de Marcus ne cessèrent de s’enchaîner, jusqu’à l’amener vers une certaine voie de l’escrime.
Son combat contre l’Esprit maléfique de l’Épée démoniaque.
Son retour, puis son nouvel échange de coups avec Ragna.
Tout ce qu’il avait appris de la grenouille Ruagarne.
Tout se mêlait et s’entrecroisait.
Enkrid fit trois pas et franchit la porte de la ville. Au cours de ces trois pas, il prit conscience de l’avantage dont il disposait.
Les répétitions d’aujourd’hui.
Les expériences de combats où sa vie avait été en jeu.
Les expériences où il avait risqué sa vie en se battant.
Tous ces retours sur lui-même, après d’innombrables défaites et batailles.
N’étaient-ce pas là des schémas et de l’expérience ?
Si. C’étaient des schémas et de l’expérience.
Ce vieux maître devait être un spécialiste de l’Épée correcte.
Il comprit même quelle était la spécialité du maître d’escrime du village côtier qui lui avait enseigné l’importance de revenir sur ses erreurs.
Deux pas de plus, tandis qu’il s’éveillait à la diversité des schémas.
Au terme de ces cinq pas, Enkrid comprit qu’il devait repasser en revue toute l’expérience accumulée jusqu’ici et la réincorporer.
S’il avait été un génie, ou même simplement doué, aurait-il tout compris d’un coup et aurait-il pu le mettre en pratique aussitôt ?
Ce serait mentir que de prétendre n’avoir jamais regretté de manquer de talent.
Pourtant, il ne le désirait plus aussi ardemment qu’autrefois.
Un pas après l’autre.
Avancer. C’était la voie du Vouloir, celle qui le mènerait à devenir chevalier.
Un rêve oublié frappa de nouveau son cœur.
Ce n’est qu’alors qu’Enkrid prit conscience de ce qui l’entourait.
La porte s’était ouverte et l’un des acteurs principaux du champ de bataille venait d’entrer.
Même si des flèches volaient, il aurait dû y en avoir des centaines d’autres. Sinon, des lances, des épées ou des marteaux auraient dû se trouver juste devant lui. Pourtant, tout était silencieux.
« Ah. »
Quelqu’un poussa une brève exclamation, et Enkrid abaissa son bouclier. C’était un bouclier de bois hérissé de flèches. Il le posa sur le côté, regarda à droite et à gauche, puis évalua la situation d’un coup d’œil.
Ils n’ont pas envie de se battre.
Seuls des soldats qui avaient perdu toute volonté de combattre se tenaient devant lui.
C’étaient des hommes qui avaient déjà essuyé une lourde défaite lors de la bataille précédente, puis étaient revenus pour tenir un siège défensif.
Leur dernier bastion était la porte et les remparts.
Ils venaient de voir leurs ennemis s’accrocher aux murs comme des fous.
« Et si elle cédait ? »
« Putain, quoi ? Notre porte est en terre ou quoi ? »
L’inquiétude fit fuser des paroles acerbes, et une tension dangereuse se répandit parmi les soldats.
Ils savaient ce qui se passait, mais ne pouvaient rien y faire.
Puis la porte s’ouvrit, et les cinq démons du champ de bataille entrèrent.
« Merde. »
Si quelqu’un court à sa perte en toute connaissance de cause, est-ce du courage ou de la stupidité ?
Les soldats de Martai n’avaient pas besoin de connaître la différence. Ils ne cherchèrent pas à la vérifier.
Ils s’arrêtèrent, tout simplement.
Les regards des hommes qui avaient renoncé à se battre se fixèrent sur Enkrid.
Le silence. Le vent souffla et effleura le mât planté au-dessus de la ville.
Flap, flap, flap.
Le claquement de la bannière se mêla aux jurons de quelques soldats à la langue bien pendue.
Les jurons se mêlèrent aux paroles de reddition et d’autodérision.
Après avoir tout vu et ressenti, Enkrid prit la parole.
« Dois-je redonner mon nom, ici ? »
« Je m’appelle Enkrid. »
Au début, ces mots avaient paru arrogants, ridicules, insensés. À présent, cette simple phrase s’abattit avec gravité sur la ville de Martai.
Et pourtant.
Même lorsque tout le monde renonçait, il y avait toujours quelqu’un pour tenter un dernier effort.
Au milieu du silence pesant et des soldats figés, un homme mince s’avança, se faufilant entre les soldats qui gardaient les doigts sur la corde de leur arc et se surveillaient les uns les autres.
Enkrid vit que l’homme n’était pas grand, mais que ses muscles compacts remplissaient sa silhouette.
Sa posture équilibrée attirait l’œil, et l’intrépidité de son regard ne passait pas inaperçue.
« Je m’appelle Zimmer. »
L’homme qui s’était avancé se présenta.
Enkrid ne savait pas qui il était.
Il n’avait jamais pris la peine de retenir ce genre de choses.
« Je suis le commandant du 2e bataillon de Martai. »
Puisque l’homme s’était présenté poliment, Enkrid fit de même.
« Je commande une compagnie indépendante de l’Armée permanente de la Garde-frontière. »
« Je vois. »
Enkrid plongea son regard dans celui de Zimmer. Ce n’étaient pas les yeux d’un homme qui avait renoncé. Du moins, il essayait encore de faire quelque chose.
« C’est gênant d’interrompre ça. »
Rem, qui les avait suivis, grommela. Audin sourit et ajouta :
« Un duel est sacré. Frères, en lieu et place des yeux du Seigneur, je transmettrai sa volonté. »
On aurait dit une phrase que seul un prêtre au service du Dieu de la Guerre pouvait prononcer, mais personne ne la contesta.
Ils écoutèrent simplement.
« Je ne peux pas battre en retraite sans avoir brandi mon épée au moins une fois. »
Zimmer se contenta d’exposer clairement ses intentions.
Le général Olf se tenait derrière lui, mais semblait déjà à moitié dément.
Un homme qu’on avait arraché à la frontière entre rage et raison. Bien sûr, Enkrid s’en moquait.
Seul Kraiss regardait autour de lui.
La guerre était terminée, mais pour certains, elle ne pouvait pas s’achever par une simple reddition.
Franchement, pourquoi risquer sa vie comme ça ?
Kraiss ne comprenait pas.
Les autres semblaient accepter la situation sans trop de difficulté.
Ragna se déplaça vers la droite. Si un archer ennemi ou quelqu’un d’autre tentait d’intervenir, il dégainerait sans pitié.
Il dégageait une pression qu’il ne montrait pas d’habitude ; aux yeux des soldats ennemis, Ragna paraissait plusieurs fois plus imposant.
Et l’un des leurs était vraiment aussi énorme.
« Si vous vous en mêlez, je vous fracasserai le crâne et vous enverrai au paradis, mes frères et sœurs. »
Audin se chargea de faire l’arbitre, et Rem recula lui aussi.
Rem respectait également beaucoup le courage de son adversaire. Dans une telle situation, foncer pour croiser le fer, ne serait-ce qu’une fois, était exactement ce que ferait un brave guerrier.
Zimmer, c’était bien son nom ? Dans la tribu de Rem aussi, on l’aurait appelé un guerrier.
Quant à Jaxon, puisqu’il s’était déjà caché, il prévoyait probablement d’étrangler des commandants si les choses tournaient mal.
Enkrid aussi était impressionné de voir Zimmer s’avancer.
Même s’il gagnait, il avait de fortes chances de mourir malgré tout.
Pourtant, il ne reculait pas.
Un guerrier. Un homme qui savait se battre.
Chriiing.
Enkrid dégaina son épée. Elle avait été l’Épée démoniaque, mais n’était plus qu’une lame extrêmement acérée et robuste.
« Mon épée n’est pas ordinaire. »
Enkrid l’informa ensuite de l’avantage que lui conférait son arme.
Il respectait le courage de l’homme qui s’était avancé.
Zimmer hocha la tête.
Puis il dégaina à son tour.
Ting.
C’était une lame courte et droite.
Une estoc.
À la vue de sa posture, Enkrid devina sa spécialité. Non, il en était presque certain.
Épée rapide, pieds légers.
Avoir les pieds légers, c’était se déplacer vite.
Zimmer plia les genoux. Dès qu’il pointa son épée vers l’avant, son pied quitta le sol.
La pointe de son épée se brouilla comme une image rémanente et fila vers Enkrid comme un projectile.
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