Chapitre 214
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 214 : Les mages méprisent les épéistes
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Les mages méprisaient généralement les épéistes.
Lorsqu’un mage pénétrait pour la première fois dans le Monde des sorts, il éveillait un nouveau sens.
Une nouvelle main, quelque chose d’inédit, qui dépassait le Sixième Sens. Grâce à ce sens, ils bâtissaient un univers d’images mentales qu’ils appelaient leur monde intérieur, ou le Monde des sorts.
Nul besoin de clé pour y accéder, ni de porte à ouvrir, ni même de marcher.
Car le Monde des sorts était en eux.
Alors ils contemplaient le ciel et perfectionnaient ce monde, regardaient les flammes et le perfectionnaient, observaient les glaciers et le perfectionnaient.
Telle était la discipline et l’entraînement des mages.
On disait souvent que les mages étaient fous ou dérangés, en partie à cause de la manière dont ils perfectionnaient leur monde intérieur.
En l’an impérial 48, un mage qui avait entièrement façonné son monde intérieur de flammes incendia une ville entière pour en créer un nouveau.
Il voulait se servir de ce brasier dévorant comme d’un tremplin vers un monde nouveau.
Ce fut le plus terrible incendie criminel de l’histoire impériale.
Lors de cet événement, baptisé plus tard l’Incident du Déluge de flammes, le nombre de morts dépassa à lui seul le millier.
Le mage à l’origine du déluge de flammes ne cherchait pas à massacrer la population.
Il avait déjà brûlé des gens vifs maintes fois, et les voir se consumer ne lui inspirait plus rien.
Alors il brûla une ville.
C’est ainsi que naquit le pire mage du feu de l’histoire, le démon des flammes.
De nombreux chevaliers et mages moururent en tentant de le tuer, mais il finit lui aussi par périr.
Quiconque faisait n’importe quoi au nom de la recherche et de l’inspiration devenait un mage fou. Pourtant, ceux qui avaient du talent pour les sorts n’hésitaient pas à explorer ce monde.
La magie avait toujours été ainsi.
Avoir soif de recherche et de savoir, poursuivre la vérité et creuser toujours plus profond. Si l’occasion se présentait, tenter de s’emparer de la vérité elle-même.
Le monde appelait mages ceux qui perdaient la raison dans l’extase de la révélation.
Quoi qu’il en soit, pour toutes ces raisons, il était naturel qu’ils méprisent les épéistes.
Les mages pouvaient dériver dans des mondes invisibles aux épéistes.
Un mage capable de manier les sorts, surtout s’il était spécialisé dans ce genre de travail, pouvait tuer sans trop de mal plusieurs grands épéistes.
Cette mission était donc facile, tout naturellement.
« On fait le boulot, on récupère tout ce qu’on nous doit et on s’en va. »
Le continent comptait de nombreux lieux où l’on formait des mages, mais peu acceptaient des contrats.
Parmi eux, le plus connu du grand public était le Nid de l’Ombre.
Ils appartenaient au Nid de l’Ombre.
Dissimulés sous une couche de suie noire, ils avaient superposé leurs sorts sur la tente ennemie.
Ils avaient répandu dans le vent une épaisse odeur soporifique et lancé un sort de perturbation sensorielle sur toute la tente.
Le sort s’appelait le Linceul noir, et ce type de magie était généralement désigné sous le nom de magie de perturbation sensorielle.
Celui qu’ils avaient utilisé cette fois avait noirci toute la tente et l’avait soustraite à la perception des gens.
Les soldats ordinaires ne pouvaient pas la remarquer. Tout au plus, quelques-uns de particulièrement perspicaces pouvaient sentir que quelque chose clochait.
Ceux qui étaient nés avec un Sixième Sens très développé.
« Cet endroit ne vous paraît pas un peu bizarre ? »
Il se trouvait que l’un d’eux était là.
« Pourquoi ? »
C’étaient des soldats en patrouille. Ils étaient trois. Celui de droite se mordilla la lèvre avant de parler.
« Ce côté-là est un peu… euh, sombre, non ? »
Étouffer les sons, effacer sa présence. Tel était l’effet du Linceul noir.
Pour les gens aux sens aiguisés, l’endroit paraissait seulement un peu plus terne.
« C’est la nuit, forcément qu’il fait sombre. »
C’était précisément le but : que cela passe pour l’obscurité ordinaire de la nuit.
« Non, je veux dire, pas juste la nuit… cet endroit, là. Hein ? Il est plus sombre, non ? Plus trouble. »
S’ils se méfiaient et s’approchaient, ils tueraient les trois hommes et tireraient leurs corps à l’intérieur. Rien de plus.
Une intention meurtrière envahit le regard des mages.
Paf !
Au moment où ils prirent leur décision, le soldat à l’extrémité frappa derrière la tête de celui qui avait l’ouïe fine.
« Putain, si tu racontes des trucs pareils, je vais pas dormir. Arrête. »
« Espèce de taré, tu m’as frappé sur la tête ? »
« Hé, hé, arrêtez. On est en patrouille. »
Celui du milieu les sépara. Les deux autres continuèrent à se chamailler, et les trois soldats s’éloignèrent.
Aucun problème.
Les mages étaient cinq en tout.
L’un d’eux lançait le sort de perturbation sensorielle.
Un autre répandait l’odeur soporifique.
Un troisième utilisait un sort appelé Rêve abyssal pour faire perdre connaissance aux personnes à l’intérieur une fois de plus.
La préparation était peut-être excessive, mais ils avaient déjà vu cinq soldats cinglés se battre.
« S’il y a ne serait-ce qu’un combattant du niveau d’un écuyer là-dedans, on n’aura pas le choix. »
Mépriser les épéistes, c’était une chose ; ceux qui avaient éveillé la Volonté, eux, étaient pénibles.
La Volonté, ou ce que certains appelaient la force de volonté.
Pour devenir écuyer, il fallait en éveiller ne serait-ce qu’une partie.
Y aurait-il quelqu’un capable d’utiliser la force de volonté ?
Difficile à dire en se contentant d’observer.
Pourtant, l’un d’eux avait montré des signes.
« Le blond. »
Un type avait retiré son casque en plein combat, comme s’il en avait assez.
Un regard vif, des iris rouges, des cheveux blonds et une maîtrise de l’épée monstrueuse.
Le chef avait souvent affronté des combattants du niveau d’un écuyer. Son instinct de mage lui soufflait que cet homme était le plus dangereux.
« C’est fait. »
Un subordonné prit la parole à ses côtés.
Le chef écarta le pan de la tente et entra.
Même quelqu’un du niveau d’un écuyer n’aurait pas dû être capable de garder toute sa lucidité.
Ils avaient pris tant de précautions.
Et s’il y en avait un qui allait bien, il ne pouvait s’agir que d’une seule personne, au plus.
Cela ne représenterait même pas un risque.
C’est ce qu’il pensa en ouvrant la tente.
À l’intérieur de l’espace dissimulé par le sort de perturbation sensorielle, là où personne n’aurait dû se trouver, il vit deux lumières bleu vif.
Elles ressemblaient aux flammes d’un Esprit maléfique, à ces esprits pervers faits uniquement de feu.
Bien sûr, ce n’était pas une Créature démoniaque.
« … Une panthère ? »
Une panthère noire respirait des flammes par les yeux.
Le chef comprit aussitôt.
Ces yeux embrasés recelaient de l’art magique, du mystère, ou quelque chose de cet ordre.
La suie qui recouvrait son compagnon et lui-même se détacha.
Les deux mages se dévoilèrent.
Une panthère leur barrait la route.
Personne ne parla. Aucun son ne s’éleva. Une lourde atmosphère emplissait la tente.
Puis.
« Kitchi ! »
La panthère éternua.
« … Un éternuement ? Ça ne colle pas du tout à la situation. Ça casse la tension. »
Voilà ce que pensa le chef.
* * *
Esther se remémora le passé.
Si elle devait résumer en une phrase l’événement le plus important de sa vie, ce serait celle-ci.
« Cette putain de malédiction. »
La malédiction avait déformé sa vie. L’avait nouée serré. C’était sacrément pénible, mais elle allait bien, désormais. Elle avait fini par lâcher un peu prise.
Briser une malédiction, c’était comme démêler un fil emmêlé.
Quand il s’était noué encore et encore, défaire chaque brin l’un après l’autre prenait du temps. Mais dès qu’il commençait à se desserrer, le reste n’était plus qu’une question de temps.
Grâce à ce nœud qui s’était relâché,
Esther pouvait à présent retrouver et utiliser des parties de son monde.
« Grrr. »
La panthère montra les crocs.
« … Un familier ? »
Autrement dit, un être contrôlé par le sort d’un mage.
Parfois, c’était un animal ; parfois, un être spirituel.
C’était une erreur, mais compréhensible.
Esther n’en tint pas compte et observa les deux intrus. Non, le mana tourbillonnait dans son corps, se concentrait dans ses yeux et lui permettait de tout voir au-delà d’eux, jusqu’aux moindres artifices qu’ils employaient.
« Cinq. »
Perturbation sensorielle, sort de vent et sort de sommeil.
Ils avaient bloqué la vue, volé les sens et endormi les gens à l’aide de trois sorts, puis étaient entrés ?
Ils n’étaient pas venus pour s’amuser.
Enkrid semblait profondément endormi, sous l’effet combiné de l’odeur soporifique et de la magie.
Ou peut-être était-il déjà épuisé avant même cela.
Esther supposa que les autres s’étaient eux aussi endormis.
Alors, était-elle la seule à pouvoir les arrêter ?
« Tue-la », ordonna le mage.
Juste après, Esther sentit le Monde des sorts s’animer.
Cela faisait très longtemps qu’elle n’avait pas vu un sort correctement formé, même s’il ne s’agissait que d’une imitation passable.
Une lame de vent apparut juste au-dessus de sa tête et s’abattit droit sur elle. Une guillotine faite de pur mystère, une lame d’exécution, la mort façonnée par le vent.
Fiiiou.
Esther prit appui sur le sol. Un brusque pas de côté lui suffit.
La lame de vent fendit l’air, s’écrasa au sol dans un bruit sourd, puis disparut.
Les malédictions étaient vraiment cruelles. Dans ce corps, elle ne pouvait pas lancer de vrais sorts.
Si elle le faisait, il y aurait toujours un contrecoup.
Un autre mage se mit alors à agiter la main en marmonnant.
Une incantation et des gestes.
Les mots étaient bredouillés et difficiles à comprendre. Si l’adversaire comprenait et se préparait, cela poserait problème ; il avait donc probablement remanié ses runes magiques pour son usage personnel.
Ses gestes guidaient le mana en même temps que l’incantation.
Esther vit tout d’un coup d’œil.
Quel était le niveau de l’art magique de son adversaire ?
« Minable. »
Une ombre s’étira sous les pieds du mage et jaillit à une vitesse terrifiante pour saisir la panthère.
Esther frappa le sol d’une patte avant. La métamorphose s’enclencha au même instant.
Ce n’était pas une simple métaphore intérieure.
Son apparence extérieure elle-même changeait physiquement.
Les fils se dénouaient, et l’étrange pouvoir qui flottait autour d’Enkrid y était pour plus de la moitié.
Elle n’avait donc plus à subir de contrecoup dans le corps de la panthère.
Elle pouvait aussi retrouver sa forme d’origine pour un court instant.
Le sort qui fonçait sur elle visait à l’entraver.
« Abandonnez-vous à mon parfum. »
Transformée, Esther tendit la main et parla. Ce n’était plus une patte, mais une main.
Ses griffes se rétractèrent, dévoilant une peau d’un blanc pur, presque lumineuse. L’ombre entravante qui s’approchait se changea en robe noire et enveloppa tout le corps d’Esther.
Le pelage de panthère disparut, devint blanc, et sa silhouette grandit. En un rien de temps, elle prit naturellement forme humaine.
Et grâce à la magie même de son adversaire, elle n’eut pas à rester nue.
Une robe noire drapait sa peau pâle.
Un bref silence, pesant et glacé, écrasa la tente. Les deux mages ennemis écarquillèrent les yeux et se raidirent jusqu’aux épaules.
La femme qui s’était changée de panthère en humaine reprit la parole.
« … Cela fait vraiment longtemps. »
Redevenue humaine, Esther était bouleversée. La malédiction avait duré si longtemps, et elle ne l’avait toujours pas entièrement brisée. Ce n’était qu’une brève escapade, mais cela comptait malgré tout.
Elle avait failli passer toute sa vie enfermée pour toujours, et maintenant, elle pouvait sortir un petit moment.
L’air du dehors était frais, limpide et pur.
Il était mêlé aux sorts ennemis, mais même cela ne la dérangeait pas.
Ses longs cheveux noirs cascadaient sur ses épaules et dans son dos.
Elle tendit ses doigts aux ongles acérés.
« Salut ? »
Une beauté aux cheveux noirs les salua. Le chef et les deux mages furent trop choqués pour répondre, d’abord.
La panthère s’était changée en humaine ?
Qu’est-ce que c’était que ça ? C’était terrifiant.
« Alors, ce n’est pas un familier ? » demanda le mage à côté du chef.
« … Reprends-toi ! » cria le chef.
Il était décontenancé et bouleversé. Elle avait absorbé le sort de son subordonné, l’avait recomposé, en avait fait des vêtements et les avait enfilés.
Cela avait-il seulement un sens ? Non. Était-ce une étrange technique d’illusion ? De la magie illusoire ?
Entre les plis de la robe qu’elle avait créée, il aperçut un sein pâle.
Il n’avait pas le loisir d’éprouver le moindre désir.
Le chef déglutit.
Son adversaire était une mage. De haut rang, à n’en pas douter.
« Alors, commençons. »
Esther était folle de joie. Depuis combien de temps n’avait-elle pas pu lancer de vrais sorts et puiser dans une partie de son monde ?
Cette joie prit forme au bout de ses doigts.
« Faux de Dmueller. »
Le sort s’activa et une faux noire s’éleva dans les airs. Elle ressemblait à une lame de vent, mais appartenait à un rang supérieur : un sort d’attaque avancé.
« Compagnon de vie, drapé d’une obscurité plus noire que la nuit ! »
Le chef lança l’incantation à la hâte. Un sort défensif gravé dans son corps s’activa.
Les yeux d’Esther brillèrent. Pendant qu’elle avait été prisonnière de la malédiction, un nouveau type de sort semblait avoir vu le jour.
Elle n’en avait jamais vu de semblable. Une sorte de sort défensif, mais qui n’empruntait pas sa puissance à un autre monde.
Pourtant, à en juger par la vitesse d’incantation, il était très rapide.
Elle suivit le flux de mana avec ses sens. D’où venait-il ? De la peau sous sa robe.
« Un tatouage gravé au mana ? »
La méthode consistait à former un cercle magique au moyen d’une incantation.
En clair, il s’était fait graver des tatouages de mana sur le corps.
« Assez pratique, je suppose. »
La méthode était efficace, mais la magie de haut niveau ne pouvait de toute façon pas être activée ainsi.
Elle avait donc ses limites.
Kraaaak !
La faux noire en plein vol percuta le Voile. Celui-ci se déchira et vola en éclats, tandis qu’une partie de la faux se brisait aussi.
Des fragments noirs se dispersèrent comme du verre et tombèrent au sol.
Esther claqua des doigts dans le vide.
Clac !
Au claquement, la faux disparut.
« Ha… ha… »
Le chef haletait. Un seul échange lui avait suffi pour comprendre. Il ne faisait pas le poids.
« Faites venir tout le monde ! »
Le chef cria. Il lui restait quatre subordonnés. Il était temps que les cinq unissent leurs forces.
Esther était, tout simplement, une mage qui savait se battre.
Avant la malédiction, elle avait affronté des mages à de nombreuses reprises.
Quant aux combats de sorts, elle en avait mené suffisamment pour en être écœurée.
« Nés des étincelles, devenez brasier et embrassez tout. »
Elle ne cessa pas d’incanter.
Après si longtemps, il y avait aussi du plaisir à retrouver son corps humain.
Une partie de son Monde des sorts s’ouvrit, et les flammes jaillirent.
Un instant plus tard, elles surgirent sous les pieds des ennemis.
« Bloquez-les ! »
Les mages qui se précipitaient à l’intérieur se mirent à agiter les mains, affolés. Un Voile défensif se forma, mais…
« Non. Mauvaise réponse. »
Esther tordit ses lèvres rouges en parlant.
Au même moment, peut-être à cause du temps passé sous forme de panthère, elle prit appui sur le sol et fondit sur un mage en laissant des images rémanentes derrière elle.
Sort : Main brûlante.
Sa paume rougit. Elle saisit un mage à la gorge.
« Kyaaaaaaah ! »
Sa chair fondit jusqu’à laisser apparaître l’os de son cou. Son cri s’interrompit presque aussitôt. Ses cordes vocales et les os de son cou brûlaient ; il ne pouvait plus crier.
Grrk, ssssh.
Seuls des sons écœurants s’échappaient de sa gorge.
« Au suivant. »
Esther montra les crocs et sourit. Ses lèvres rouges ressortaient vivement.
« Putain de merde ! »
Le chef sentit l’écart de niveau. Il ne voyait aucune chance de s’en sortir vivant.
Une pression qu’il n’avait jamais ressentie, même face à son propre maître, l’écrasa.
Sa volonté céda avant même que le combat commence. Il n’osait même pas fuir.
Esther en saisit deux autres avec Main brûlante.
L’écart de capacités physiques était tout aussi évident.
Puis elle décapita le chef et le dernier mage avec la Faux de Dmueller.
Elle n’avait pas besoin de sorts grandioses.
De toute façon, elle ne pouvait pas encore lancer de sorts véritablement profonds.
Mais cela suffisait.
Les têtes tranchées, hachées menu, jaillirent dans les airs.
« Je savais que c’était ma beauté. »
La voix de Rem résonna dans la tente, où il avait fait semblant de dormir. Couché sur le côté, il avait nonchalamment posé le menton sur son poing.
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